Le général: «Attendez, mes amis, je vais vous faire entrer, moi; suivez.
moi et ne craignez rien. Jacques et Paul, faites l'avant-garde des
enfants: vous aiderez à les établir chez eux.»
Le général avança jusqu'à la porte qui donnait dans l'appartement
des enfants, et les fit tous entrer; puis il alla vers la porte qui
communiquait à la chambre de sa nièce, l'entr'ouvrit et lui dit à très
haute voix:
«Ma nièce, j'ai amené les enfants dans leurs chambres; je vais leur
envoyer les bonnes, et je ferme cette porte pour que vous ne puissiez
entrer chez eux qu'en passant par le corridor.»
Madame Papofski: «Non, mon oncle; je vous en prie, laissez cette porte
ouverte; il faut que j'aille les voir, les corriger quand j'entends
du bruit. Jugez donc, mon oncle, une pauvre femme sans appui, sans
fortune!... je suis seule pour les élever.»
Le général: «Ma chère amie, ce sera comme je le dis, sans quoi je ne
vous viens en aide d'aucune manière. Et, si pendant votre séjour ici
j'apprends que vous avez fouetté, maltraité vos enfants ou vos femmes,
je vous en témoignerai mon mécontentement... dans mon testament.»
Madame Papofski: «Mon bon oncle, faites comme vous voudrez; soyez sûr
que je ne...»
Tr, tr, tr, la clef a tourné dans la serrure, qui se trouve fermée. Mme
Papofski, la rage dans le coeur, réfléchit pourtant aux six cent mille
roubles de revenu de son oncle, à sa générosité bien connue, à son âge
avancé, à sa corpulence, à ses nombreuses blessures. Ces souvenirs la
calmèrent, lui rendirent sa bonne humeur, et elle commença sa toilette.
On ne lui avait pas interdit de faire enrager ses femmes de chambre:
les deux qui étaient présentes ne reçurent que sottises et menaces
en récompense de leurs efforts pour bien faire; mais, à leur
grande surprise et satisfaction, elles ne reçurent ni soufflets ni
égratignures.
V