LE CONFORT DE M. DE SCHOEN.

Tandis que l'ambassadeur de France à Berlin était renvoyé à la frontière

hollandaise, un peu comme un malfaiteur qu'on extrade, le représentant

du kaiser à Paris, M. de Schoen, était reconduit jusqu'à Berlin dans un

train français spécial où il trouvait, en même temps que le plus parfait

confort moderne, tous les égards que les peuples bien élevés ont coutume

de témoigner aux ambassadeurs des puissances amies.

M. Cambon, sous peine de se voir retenu prisonnier, dut payer «en or»

les trois mille et quelques francs auxquels fut taxé le prix de son

voyage; la France ne réclama rien à M. de Schoen.

La mentalité allemande interpréta sans doute ces procédés courtois comme

une marque de faiblesse. Le train français, comprenant deux

voitures-salon, deux wagons de première classe et deux fourgons, fut

tout d'abord retenu comme prise de guerre; on arrêta même un moment les

deux convoyeurs, qui avaient assuré la sécurité et le confort de

l'ambassadeur allemand, des personnages et des petits chiens de sa

suite.

Nos compatriotes eurent à subir les plus stupides vexations. Après les

avoir autorisés enfin à repartir avec notre train, on les arrêta à

nouveau à Regensburg, puis à Constance, d'où ils furent enfin dirigés

sur le réseau suisse.

Le train français était arrivé à Berlin dans la soirée du 4 août; c'est

seulement dix jours plus tard qu'on le revit à Paris, à la gare de Lyon.

L'Illustration, No. 3730, 22 Août 1914 · 第 17 / 25 题