[Illustration: La transformation des autobus en voitures à viande: les
stores, banquettes, etc.--_Phot. R. Millaud._]
[Illustration: LES TOMBES D'ALSACE _Dessin de L. SABATTIER_]
La terre d'Alsace n'est qu'un vaste champ funèbre, où sont couchés les
vaillants dont le courage, vainement, se dépensa pour la défendre et la
conserver à la patrie chère à son coeur. La plaine y est jonchée de
sépultures à profusion: ici, un tumulus où dorment pêle-mêle des
phalanges de héros inconnus; là, quelque stèle dressée au chevet d'un
tertre verdoyant; plus loin, une dalle où la mousse efface lentement un
nom; des croix de bois dans chaque guéret... Or, depuis quarante-quatre
ans ces pauvres morts vaincus dormaient d'un sommeil trouble. Les
lourdes bottes du conquérant barbare martelaient la terre où ils
reposent; des trompettes hostiles sonnaient au-dessus de leurs têtes
comme dans un cauchemar. Et voici que le rêve infiniment doux commence.
Des pas plus alertes se pressent, loin encore, mais se rapprochent, sur
la route et dans les glèbes; des fanfares plus allègres ont déchiré
l'air estival, éveillant dans les profondeurs des tombeaux de longs
échos; et sur leurs couches ont tressailli à ces appels belliqueux tous
ceux qui tombèrent dans l'inoubliable et fatale guerre, autour du
drapeau tricolore. Tous ceux fauchés à Woerth, à Froeschwiller, à
Morsbronn, fantassins, cavaliers, cuirassiers épiques, frémissants
d'espoir, sont prêts à se dresser à l'appel des clairons de France,
ainsi qu'on voit, dans la _Revue nocturne_ de Raffet, les grenadiers et
les dragons de l'autre épopée, afin de se mêler, à l'heure du défilé
triomphal, aux libérateurs de leurs tombes, aux vainqueurs de demain!
[Illustration: DU 3 AU 6 AOUT.--Les Allemands envahissent la Belgique,
incendiant les villages en conquérants à qui rien ne doit résister.
_Phot. prise à Mouland, près de Visé.--Vereenigde fotobureaux,
Amsterdam._]
[Illustration: Des officiers allemands s'attablent en plein air, à Visé,
et boivent force bouteilles cachetées, qu'ils ont réquisitionnées.]
[Illustration: APRÈS LE 10 AOUT.--Des milliers de soldats allemands sont
arrivés jusqu'à Bruges, mais comme prisonniers de guerre; ils
remplissent les cours des casernes où ils sont internés: quelques-uns
jouent aux cartes.--_Phot. prise à la caserne Apostoline, à Bruges._]