ÉGLISE DE LA TRINITÉ, A CAEN (FRANCE).

(Coupe transversale.)]

Sauf les absidioles du transsept, le plan est à peu près le même que

celui de Cerisy-la-Forêt, mais plus simplement combiné.

Au centre de la croisée du transsept s’élève une haute tour-lanterne, à

l’exemple de celles qui avaient pris dans les églises monastiques et

surtout en Normandie une grande extension.

[Illustration: FIG. 191.--ÉGLISE DE LA TRINITÉ, A CAEN (FRANCE). (Coupe

longitudinale.)]

Les églises de la Trinité et de Saint-Étienne--abbaye aux dames et

abbaye aux hommes de Caen--possèdent des tours centrales qui font ainsi

partie du vaisseau intérieur et ne sont pas des clochers, mais des

coupoles ou plus exactement des lanternes[96] donnant de la lumière au

centre de l’édifice. Les clochers[97] élevés sur les façades des églises

romanes en Normandie prennent également de l’importance; mais ils sont

étroits et terminés par des pyramides très aiguës.

La coupe transversale de la nef de la Trinité (fig. 190) montre le

rudiment d’un arc-boutant qui est encore caché sous le comble en

appentis des bas côtés; il contrebute effectivement les poussées des

voûtes des bas côtés, mais il ne s’accuse pas encore au dehors, comme

nous le verrons un peu plus tard.

Les voûtes de la Trinité marquent encore un pas en avant, un progrès

réalisé par les constructeurs au moment où la période romane prend fin,

après avoir préparé une nouvelle révolution dans l’art de bâtir par un

système de construction nouveau qui s’annonce dès la première moitié du

XIIᵉ siècle, qui grandit jusqu’à la fin du même siècle, pour arriver au

XIIIᵉ siècle à son complet développement.

* * * * *

Nous avons cherché et trouvé les origines de l’_architecture romane_.

Nous avons montré la naissance, les transformations et les superbes

développements de cette belle et grande architecture, absolument

rationnelle dans ses principes aussi bien que dans ses applications.

Nous verrons dans le volume suivant: l’_Architecture gothique_, des

monuments qui sont des merveilles par leurs ingénieuses combinaisons, et

des miracles d’équilibre par la hardiesse de leur construction; mais

nous devons rendre hommage à la mère de tous ces chefs-d’œuvre, à

l’architecture romane qui a produit des monuments qu’il faudrait imiter

parce qu’ils sont des modèles achevés, autant par leur simple beauté que

par la sagesse de leur structure, disposant prudemment à l’intérieur

leurs points d’appui et protégeant leurs organes essentiels en les

mettant à l’abri des intempéries destructives.

Il faut admirer ces grands édifices qui sont la gloire de notre pays et

donnent une si haute idée du génie de nos architectes. Si l’on ne peut

pas ou, plutôt, si l’on ne veut pas les imiter, on doit les connaître et

surtout les étudier sérieusement, sincèrement, afin d’en tirer les plus

sérieux enseignements.

* * * * *

Le gouvernement de la République française a bien mérité des savants et

des artistes en fondant, dans un des musées de l’État, un cours

d’architecture du moyen âge. Le ministre qui l’a institué dernièrement

pour répondre aux vœux légitimes exprimés en même temps par la

commission des monuments historiques et par le directeur des cultes, sur

l’avis des inspecteurs généraux des édifices diocésains, a rendu un

grand service public en comblant une lacune regrettable; car

l’architecture du moyen âge, l’un des chapitres les plus intéressants de

notre art si intimement lié à l’archéologie nationale, n’était enseignée

nulle part, sauf à l’École des chartes, dont les cours ne sont pas

publics.

C’est un grand progrès qu’il faut s’empresser de constater, en

souhaitant plus encore.

Si pour des raisons spéciales le cours nouveau d’architecture est

professé au musée du Trocadéro, dans un milieu excellent d’ailleurs,

puisqu’il comprend une partie des chefs-d’œuvre de l’art français du XIᵉ

au XVIᵉ siècle, il est permis d’espérer que, dans un avenir très

prochain, l’architecture française du moyen âge aura enfin sa place

marquée au rang qu’elle doit occuper dans l’enseignement des arts donnée

par l’État à l’École nationale des beaux-arts.

L'Architecture romane · 第 111 / 128 题