(Plan.)]
Mais la manière, nouvelle alors, dont la croisée de transsept a été
voûtée est particulièrement remarquable. Ce n’est plus une coupole
proprement dite; c’est une voûte sphérique coupée par les quatre
doubleaux des arcs de la croisée; c’est, en un mot, une voûte annulaire
dont les poussées sont moins énergiques que la coupole, en raison de sa
moins grande pesanteur. La construction en est très simple, car chaque
ligne d’assise formant claveau concave, les cintres peuvent être
réduits à leur plus simple expression. Les retombées et cette voûte
annulaire sont accusées par des chapiteaux placés un peu plus haut que
ceux qui reçoivent les arcs-doubleaux de cette croisée.
[Illustration: FIG. 176.--ÉGLISE DE FONTEVRAULT.
(Coupe de la voûte de la croisée du transsept.)]
Nous avons vu déjà ce mode de construction de voûtes[91]; il se montre
quelques années après Fontevrault, à l’église Saint-Pierre, à Saumur,
avec un perfectionnement plus accusé qui marque, mieux encore qu’à
Saint-Avit-Sénieur, le passage de la voûte en coupole à la voûte
d’arête, soutenue par des _croisées d’ogives_.
[Illustration: FIG. 177.--ÉGLISE DE SAUMUR.
(Coupe de la voûte.)]
Ce dernier système qui donne une plus grande légèreté aux voûtes et
nécessite des arcs-doubleaux et des
[Illustration: FIG. 178.--ÉGLISE DU PUY-EN-VELAY. (Façade.)]
points d’appui beaucoup moins importants, se développa rapidement; nous
en verrons les premières applications dans les chapitres XVI et XVII.
* * * * *
En dehors des églises à coupoles, que nous avons étudiées ou signalées,
il faut citer l’église de Notre-Dame au Puy-en-Velay, issue des mêmes
types, mais qui présente un caractère particulier.
La nef, se terminant par une abside sans collatéral, consiste en une
suite de travées voûtées, comme le carré du transsept l’est
ordinairement dans les églises romanes, c’est-à-dire que chacune de ces
travées est surmontée d’un tambour octogone, sur plan carré, racheté par
des trompes très ingénieusement disposées, et d’une coupole également
octogone, qui rappelle celles de Saint-Vital, de Ravenne ou de l’église
palatine d’Aix-la-Chapelle; la coupole surmontant la croisée du
transsept est disposée de même, mais plus élevée au-dessus du comble à
deux pentes qui couvre celles de la nef; les ailes du transsept sont
voûtées en berceau.
Suivant Viollet-le-Duc, Notre-Dame du Puy est unique dans sa
disposition. «En passant par un porche très relevé, comme une loge
immense, on pénètre sous le parvis de l’église et on débouche par un
escalier devant le maître-autel. Ce degré se prolonge au loin, dans la
rue percée en face le portail. Cette disposition si étrange avait été
prise pour permettre aux nombreux pèlerins qui visitaient Notre-Dame du
Puy d’arriver processionnellement jusqu’à l’image vénérée. La cathédrale
du Puy présente des traces d’un édifice du XIᵉ siècle. Les trois travées
orientales sont en plein cintre et les autres
[Illustration: FIG. 179.--ÉGLISE DU PUY-EN-VELAY. (Clocher.)]
en _arcs brisés_,--achevées vers le milieu du XIIᵉ siècle et couronnées
par des coupoles octogones... Les parements extérieurs sont composés
d’assises de grès blanc et de lave noire, de façon à former de grandes
mosaïques[92].»
Le clocher rappelle les clochers limousins et périgourdins, surtout ceux
de Saint-Léonard et de Brantôme. Il se compose, à la base, d’une
muraille carrée, reliée à quatre piles isolées par des arcs portant des
berceaux perpendiculaires aux quatre côtés de ce mur; sur ces berceaux
reposent les étages supérieurs se rétrécissant à chaque étage jusqu’à
l’aplomb des piles intérieures.
Le cloître, dont la construction primitive remonterait, en partie, au Xᵉ
siècle (?), a été reconstruit sur trois côtés au XIIᵉ siècle. Les
galeries sont couvertes par des voûtes d’arête romaines, portant d’un
côté sur les murs extérieurs et, du côté de l’aitre du cloître, sur de
grosses piles composées d’assises et cantonnées de colonnes monolithes
dégagées. Ces piles sont reliées par deux rangs d’archivoltes en plein
cintre, formées de claveaux alternativement noirs et blancs et dont
l’extrados est orné de mosaïques de lave et de briques en losange, qui
décorent également les écoinçons et la frise au-dessus de la corniche.
Le cloître du Puy a un caractère byzantin très accusé par la
construction même, indiquant nettement l’influence orientale et par tous
les détails de la décoration bâtie ou sculptée.
[Illustration: FIG. 180.--ÉGLISE DU PUY-EN-VELAY. (Cloître.)]