rampants, et rien ne les distingue plus extérieurement des autres
églises romanes à nef unique. Les églises de Brassac (Dordogne), de
Sablonceaux (Charente-Inférieure) ont été élevées, ou reconstruites dans
ces conditions,
[Illustration: FIG. 168.--CATHÉDRALE D’ANGOULÊME.
(Coupe longitudinale, fragment.)]
de même que celles d’Angoulême et de Fontevrault.
L’église d’Angoulême, bâtie au commencement du XIIᵉ siècle, sur les
vestiges d’un édifice plus ancien, se compose d’une nef unique voûtée
par trois coupoles et couverte d’un comble à deux rampants; à
l’extrémité orientale de la nef s’élève une tour-lanterne
octogone,--qu’on a recouverte vers 1860 d’une coupole qui n’avait très
probablement pas existé avant cette époque;--le sanctuaire primitif,
sans bas côté, est en forme d’hémicycle cantonné, comme à Cahors,
d’absidioles rappelant le Saint-Sépulcre; cet hémicycle ou abside
principale
[Illustration: FIG. 169.--CATHÉDRALE D’ANGOULÊME.
(Vue perspective extérieure.)]
est accompagné de deux absides plus petites, voûtées, comme le
sanctuaire, en quart de sphère. Les deux bras du transsept, couverts
dans sa largeur par une voûte en berceau, donnent à l’édifice la forme
d’une croix latine, plus accusée encore par la construction de deux
tours--vers le milieu du XIIᵉ siècle--dont une seule a été achevée un
peu plus tard et l’autre élevée jusqu’à la hauteur des combles.
L’école angoumoise, selon Anthyme Saint-Paul[90], sert de trait d’union
entre les écoles périgourdine et poitevine, empruntant à la première ses
nefs uniques, ses coupoles et à la seconde ses riches façades, son luxe
d’arcades et sa décoration sculpturale.
La façade de l’église d’Angoulême, qui rappelle celle de
Notre-Dame-la-Grande, à Poitiers, est tout entière
[Illustration: FIG. 170.--ÉGLISE DE RIPEN, JUTLAND (DANEMARK).
(Coupe transversale du transsept.)]
couverte d’arcatures et de sculptures consacrées à la représentation du
Jugement dernier.
* * * * *
L’influence de Saint-Front s’est étendue bien au delà des rives de la
Loire que des archéologues modernes--peut-être un peu trop jaloux de la
gloire de leur clocher--considéraient comme la limite extrême de son
rayonnement.
[Illustration: FIG. 171.--ÉGLISE DE SOLIGNAC. (Vue perspective
intérieure.)]
Une église bâtie vers le XIIᵉ siècle dans une des provinces reculées du
Danemark, nous montre la force d’expansion des idées qui avaient causé
en Aquitaine une féconde révolution dans l’art de bâtir au XIᵉ siècle;
ses effets se sont fait sentir dès la fin du même siècle et surtout
pendant le XIIᵉ dans toute l’Europe occidentale, non seulement par la
reproduction pure et simple des coupoles, mais encore par les
transformations successives et rapides qui sont nées de ce mode de
construction.
[Illustration: FIG. 172.