[Illustration: FIG. 152.--ÉGLISE SAINT-PAUL-DU-MAUSOLÉE, A SAINT-RÉMI
(FRANCE). (Vue perspective des galeries.)]
moins riche que ceux de Saint-Trophime et de Saint-Gilles, mais les
caractères de l’architecture romane du XIIᵉ siècle sont peut-être plus
franchement accusés. Il faut constater, toutefois, les réminiscences
antiques très marquées par le galbe des colonnes, les profils, la
sculpture et plus encore par l’attique qui surmonte le portail.
Cet attique est composé de pilastres alternant avec des colonnettes, les
uns et les autres cannelés et compris entre deux corniches minces; celle
du bas est soutenue par des modillons ou plutôt des corbeaux sculptés
dont l’espacement est rempli par une frise en forme de métopes gravées.
Ces membres d’architecture ont conservé l’aspect des mêmes motifs qu’on
retrouve fréquemment sur les édifices romains bâtis en Provence vers les
premiers siècles de notre ère.
Parmi les portes d’églises du XIIᵉ siècle les plus remarquables, il faut
citer, d’après Viollet-le-Duc, celle de Moissac.
Cette porte s’ouvre latéralement sur le grand porche; elle est élevée
sous un large berceau--presque en plein cintre--qui forme lui-même
l’avant-porche et qui est richement décoré de sculptures en marbre gris.
Son trumeau est formé de lions entrelacés, formant une ornementation
dont le caractère asiatique est très fortement accusé; la sculpture est
d’ailleurs d’une finesse et d’une netteté extraordinaires; le temps l’a
ornée d’une admirable patine qui donne à cette singulière composition,
si originale et si décorative, l’aspect d’un bronze antique.
Les pieds-droits se découpent en croissants sur le vide des baies et le
linteau est décoré de belles rosaces admirablement fouillées. Dans le
tympan est assise une grande figure couronnée représentant le Christ
bénissant; de chaque côté sont les quatre symboles des évangélistes,
accompagnés de deux anges de dimension colossale et des vingt-quatre
vieillards de l’Apocalypse. Les voussures sont décorées d’ornements
finement sculptés. Sur les pieds-droits du berceau et dans des arcatures
latérales, des bas-reliefs en marbre, d’un style byzantin très marqué,
représentent, à la droite du Christ, les vices punis, et à gauche:
l’Annonciation, la Visitation, l’Adoration des mages et la Fuite en
Égypte.
* * * * *
Les cloîtres des abbayes de Montmajour, près d’Arles, et de
Saint-Paul-du-Mausolée, près de Saint-Rémi, sont moins ornés que le
cloître de Saint-Trophime d’Arles; mais ils présentent avec celui-ci de
grandes analogies par le mode de construction adopté par les architectes
de ces édifices romans.
Les galeries des cloîtres de Montmajour et de Saint-Paul-du-Mausolée
sont également couvertes par des voûtes en berceau, nervées par des
arcs-doubleaux et retombant sur les murs latéraux; celui du côté de
l’aitre du cloître est fort épais, et il est encore renforcé
extérieurement par des contreforts au droit des arcs-doubleaux
intérieurs. Ces contreforts sont reliés, extérieurement, par des arcs en
segment dont le vide ou plus exactement la claire-voie est décorée
d’arcatures reposant sur des colonnettes jumelles.
Le cloître de Montmajour est plus ancien que celui de Saint-Paul, qui
paraît remonter aux premières années du XIIᵉ siècle; il a été construit
avec plus d’art que celui-ci, les profils sont plus nets, les sculptures
mieux composées et l’ensemble de la construction n’a pas la rusticité de
Saint-Paul, qui semble avoir été une imitation grossière de Montmajour,
comme ce dernier est une traduction simplifiée de Saint-Trophime.