[Illustration: FIG. 138.--ÉGLISE DE SAINT-PAUL, A ISSOIRE. (Coupe
transversale.)]
celles de Vignory et de Saint-Savin, avec cette différence que les
absidioles sont percées de fenêtres et que, dans le mur circulaire
extérieur de l’abside, entre les absidioles, on a ménagé également des
fenêtres pour éclairer largement le pourtour du sanctuaire.
Les absidioles sont ornées à l’intérieur de contreforts sous forme de
colonnes, que nous avons vus déjà à Saint-Savin et dont nous avons
indiqué l’origine orientale ou syrienne.
[Illustration: FIG. 139.--ÉGLISE DE SAINT-PAUL, A ISSOIRE.
(Vue perspective de l’abside.)]
Au-dessous du chœur, une crypte, desservie par deux degrés, a été
construite dans les soubassements de l’église haute, dont le sol du
chœur est relevé de quelques marches au-dessus de celui du transsept.
Au centre de ce transsept, à l’extrémité de la nef et en avant du chœur,
s’élève une tour octogone; sur les quatre piles de la croisée, quatre
arcs-doubleaux portant dans les angles des trompillons, passant du carré
à l’octogone; au-dessus, une voûte en coupole, contre-butée latéralement
par des demi-berceaux, est surmontée d’une tour octogone, dont l’étage
supérieur est un clocher terminé par une pyramide en pierre.
La construction très soignée de l’église d’Issoire a été faite en grès à
gros grains pour les massifs et en grès calcaire pour les membres ornés
de sculptures. Certaines parties sont ornées de mosaïques ou, plus
exactement, d’une marqueterie polychrome, qui donne à l’édifice un
caractère oriental très originalement élégant, dont nous avons signalé
l’origine en étudiant l’église latine de Saint-Front[79].
L’architecture romane de l’Auvergne eut un grand succès, qui s’explique
par l’originalité de ses dispositions et de sa décoration orientale ou
byzantine, et dont les effets se manifestèrent rapidement dans les
provinces du Nivernais, du Limousin, du Poitou et même du Languedoc.
Dès la fin du XIᵉ siècle ou le commencement du XIIᵉ, on voit se
généraliser la forme des absides circulaires agrandies par des chapelles
rayonnantes.
Poitiers, Nevers en conservent encore des exemples, et nous verrons un
des plus beaux de ce genre à Toulouse.
Le transsept de l’église abbatiale de Saint-Hilaire à Poitiers est très
vaste, car une nef centrale et 4 bas côtés y aboutissaient; le
sanctuaire, en forme d’hémicycle, est enveloppé d’un vaste collatéral
sur lequel s’ouvrent des chapelles, ou des absidioles, comme celles de
Saint-Savin, de Notre-Dame-du-Port à Clermont et de Saint-Paul à
Issoire.
[Illustration: FIG. 140.--ÉGLISE DE SAINT-HILAIRE, A POITIERS.
(Vue perspective de l’abside.)]
L’église de Notre-Dame-la-Grande est une des plus curieuses de Poitiers,
si riche en monuments romans. A l’intérieur, elle présente trois nefs
voûtées en berceau de hauteur à peu près égale.
Ce système de construction montre encore les hésitations et les
tentatives constantes des constructeurs romans à la fin du XIᵉ siècle.
Une grande tour carrée, se terminant par un étage circulaire couronné
d’une pyramide, s’élève sur la croisée du transsept; sa façade, couverte
de sculptures, montre l’arc plein cintre associé à l’arc brisé, employé
depuis longtemps déjà et que nous avons vu à la chapelle de Sainte-Croix
à Montmajour, construite dans les premières années du XIᵉ siècle; deux
tourelles, couronnées comme la partie haute de la tour centrale et
supportées par des faisceaux de lourdes colonnes, ornent les angles de
la façade occidentale (fig. 141).
Cette façade dans laquelle les réminiscences orientales abondent est
surtout remarquable par la décoration sculpturale dont elle est
entièrement couverte; elle semble être le volet central d’un immense
triptyque, chef-d’œuvre de l’imagerie romane, représentant la chute de
l’homme et sa rédemption[80].
Ces sculptures ont un intérêt iconographique considérable, comme idée et
comme expression. L’une d’elles, placée au-dessus et à droite--pour le
spectateur--de l’arcade latérale représente le _Bain de l’Enfant Jésus_,
sujet très rare et dont il n’existe, croyons-nous, qu’un exemple
appartenant à la châsse en orfèvrerie du XIIIᵉ siècle, dite des _Grandes
reliques_ conservée au trésor d’Aix-la-Chapelle.
* * * * *
L’église de Saint-Sernin, pour lui conserver sa dénomination
vulgaire--ou plus exactement de Saint-Saturnin--à Toulouse, fut
commencée en 1060 par Raymond, chanoine de la cathédrale de Toulouse,
achevée en 1096 et consacrée par le pape Urbain II,
[Illustration: FIG. 141.--ÉGLISE DE NOTRE-DAME LA GRANDE, A POITIERS.
(Vue perspective des façades ouest et sud.)]
après le concile de Clermont où sa parole détermina la première
croisade, et peu de temps avant sa mort survenue en 1099; mais la date
de cette construction
[Illustration: FIG. 142.--ÉGLISE DE SAINT-SERNIN, A TOULOUSE.
(Vue perspective de l’abside.)]
doit concerner la première église de Saint-Sernin, car, d’après
Viollet-le-Duc, celle qui existe aujourd’hui, et qui a été complétée à
diverses époques, est du XIIᵉ siècle. C’est un des plus vastes édifices
élevés dans le Midi de l’Europe par les constructeurs romans.
L’influence de l’architecture romane d’Auvergne est manifeste aussi bien
dans le plan et la coupe que dans
[Illustration: FIG. 143.--ÉGLISE DE SAINT-SERNIN, A TOULOUSE.
(Vue perspective des façades ouest et sud.)]
les détails de sa construction; c’est une imitation, agrandie, des
églises de Clermont et d’Issoire.
La nef dont la façade est inachevée a été rebâtie au XVᵉ siècle, mais
sur les données primitives. Le vaisseau central est voûté par un berceau
contrebuté par les demi-berceaux latéraux couvrant les galeries hautes
des collatéraux; celles-ci sont simples, tandis que les galeries basses
des bas côtés, voûtées d’arête, sont doubles et se retournent dans le
transsept, très vaste et dont la face orientale est percée d’absidioles
voûtées en quart de sphère.
Le chœur est enveloppé par un collatéral, voûté d’arête, sur lequel
s’ouvrent cinq absidioles ou chapelles rayonnantes voûtées comme celles
du transsept.
Sur la croisée du transsept, et soutenue par quatre énormes piliers,
s’élève une haute tour construite au XIIIᵉ ou au XIVᵉ siècle, en pierre
et en briques dont l’appareil est très ingénieusement étudié pour
l’étagement des arcatures et leur construction, dans laquelle l’emploi
des matériaux est des plus judicieusement combinés.