L’élévation des travées rappelle encore

[Illustration: FIG. 64.--ÉGLISE DES SS. SERGE ET BACCHUS, A

CONSTANTINOPLE. (Plan.)]

les dispositions romaines; les colonnes de l’ordre inférieur, formant

comme le soubassement de l’ordonnance générale, sont relevées par un

entablement; les arcades de l’étage supérieur forment les pans de

l’octogone à l’angle desquels s’élève un pendentif, et elles sont

subdivisées chacune par trois arcatures reposant sur des colonnes sans

architrave.

L’église de Saint-Vital, à Ravenne, fut fondée en l’année 526 de notre

ère, par saint Ecclesius, après un voyage qu’il fit à Constantinople

avec le pape Jean Iᵉʳ. Elle paraît avoir été élevée suivant le plan de

l’église octogone construite à Antioche par Constantin. Les travaux

commencés furent continués d’après les ordres de Justinien, dont les

armées venaient de reconquérir une partie de l’Italie, et sous la

direction d’un personnage du nom de Julien--_Julianus_--qui exerçait les

fonctions de trésorier--_argentarius_.

L’édifice achevé, orné de superbes mosaïques, aurait été consacré vers

547 par Maximianus, archevêque de Ravenne--546 à 556--en présence de

l’empereur d’Orient Justinien et de l’impératrice Théodora.

La disposition générale de l’église, les détails de sa décoration

intérieure donnent à cet édifice un caractère particulièrement

intéressant, car nous trouvons pour la première fois un monument

franchement byzantin, construit en Occident au commencement du VIᵉ

siècle et portant les signes certains qui ont marqué les œuvres des

architectes de cette époque.

Les analogies frappantes qui existent entre le plan de Saint-Vital et

celui de l’église des SS. Serge et Bacchus, appelée par ses

contemporains la petite Sainte-Sophie--et qui a précédé la grande,--ont

fait supposer avec raison que le célèbre monument de Ravenne a été

construit par des architectes de Constantinople.

Le plan de l’église de Saint-Vital est un octogone ayant 34 mètres de

diamètre intérieur, cantonné à l’extérieur de plusieurs tours rondes et

terminé à l’est par une grande abside.

L’église est orientée suivant la règle prescrite par le clergé dès le Vᵉ

siècle. (_Orientation des basiliques chrétiennes_, Iᵉʳ partie, chap. V.)

La nef intérieure, de 15 mètres de diamètre, reproduit dans son plan la

même forme que le périmètre extérieur; mais chaque pan est agrandi par

un exèdre,

[Illustration: FIG. 65.--ÉGLISE DE SAINT-VITAL, A RAVENNE. (Plan.)]

formé par deux colonnes disposées symétriquement sur un arc de cercle

communiquant par les entre-colonnements avec la galerie intermédiaire.

Les bas côtés, enveloppant la nef intérieure, sont à deux étages

recouverts par des voûtes d’arête; ils établissent la circulation depuis

la tribune à l’ouest jusqu’à la travée de l’octogone contenant le

sanctuaire à l’est, sur lequel s’ouvrent deux tribunes dans la galerie

haute. Le chœur et le sanctuaire sont accessibles, dans la galerie

basse et latéralement, par des entre-colonnements qui établissent une

communication facile avec

[Illustration: FIG. 66.--ÉGLISE DE SAINT-VITAL, A RAVENNE. (Coupe

longitudinale du narthex (ouest) à l’abside (est).)]

les sacristies placées dans les tours vers l’abside.

Ces tribunes étaient, suivant l’usage, réservées aux femmes.

Le porche moderne, qui précède l’édifice, a changé les dispositions

anciennes. Le narthex à deux étages, ou porche primitif, n’occupait sur

la surface ouest qu’un des côtés de l’octogone; deux tours s’élevaient à

chaque extrémité de cet avant-corps; elles contenaient

[Illustration: FIG. 67.--ÉGLISE DE SAINT-VITAL, A RAVENNE.

(Détails d’une arcade de la galerie haute.)]

des escaliers s’ouvrant dans le vestibule du temple et desservant les

galeries hautes, éclairées par des fenêtres percées dans le mur

extérieur.

L’extérieur de Saint-Vital n’offre plus grand intérêt parce qu’il a été

dénaturé par de nombreuses réparations et par l’adjonction du porche

moderne placé maladroitement en biais.

A l’intérieur, le principe des églises à coupole est développé avec une

puissance de moyens, aussi originaux par la composition et les détails

de l’architecture que par la somptuosité de sa décoration appliquée.

Chacune des faces de l’octogone central, soutenu par huit piliers

robustes qui portent sur leurs reins la grande coupole, est percée d’une

grande arcade. Ces arcades forment sur sept de leurs pans des niches qui

viennent se fermer en quart de sphère derrière les grands arcs et qui

sont ajourées par deux étages d’arcatures éclairant les galeries hautes

et basses. Le huitième pan de l’octogone à l’est s’ouvre dans toute la

hauteur de l’arcade afin de laisser voir l’abside et l’autel.

Au-dessus de ces grandes arcades s’élève la coupole hémisphérique, dont

la base circulaire se lie à l’octogone par une série de petits

pendentifs.--Cette disposition rappelle les moyens employés en 515 par

les constructeurs du baptistère de Saint-Georges d’Ezra, dans la Syrie

centrale (fig. 39). A la base de la coupole, huit grandes baies

géminées, à la manière byzantine, éclairent la partie haute de la nef

centrale.

Les détails de la construction attestent la continuité de l’influence

romaine; la coupole est construite en poteries noyées dans un mortier

très solide, à l’exemple du temple de _Minerva medica_ et du cirque de

Maxence. A Saint-Vital, la base de la coupole est bâtie en poteries

ayant la forme des amphores antiques, emboîtées les unes dans les autres

et posées verticalement; la calotte est faite de même, mais avec des

amphores plus petites reliées par du mortier; ces poteries forment une

spirale continue, d’une grande légèreté et d’une solidité à toute

épreuve.

Les détails de l’architecture et de la sculpture sont également romains,

mais interprétés avec une grande rudesse, appréciable surtout dans la

sculpture des chapiteaux de forme orientale supportant les arcatures des

grandes niches. Cette sculpture est grossière, et le rudiment

d’entablement romain qui surmonte ces chapiteaux alourdit inutilement la

retombée des arcatures.

[Illustration: FIG. 68.--ÉGLISE DE SAINT-VITAL, A RAVENNE.

(Vue perspective d’un des exèdres de la galerie basse.)]

Mais ce qui distingue surtout l’église de Saint-Vital parmi les édifices

byzantins, c’est la somptueuse décoration en mosaïque dont elle fut

revêtue du temps de Justinien.

«C’est à Ravenne qu’il faut chercher les plus belles mosaïques

byzantines. Rien en ce genre n’égale la décoration de l’abside de

Saint-Vital. D’un côté, Justinien entouré de dignitaires et de gardes;

de l’autre, Théodora, suivie des femmes de sa cour, offrent des présents

à l’église. L’impératrice franchit l’atrium, où se trouve la fontaine

sacrée, tandis qu’un serviteur soulève devant elle les voiles suspendus

à la porte du temple; son costume est splendide: une large broderie, qui

représente l’adoration des mages, orne le bas de sa robe; des joyaux

couvrent sa poitrine; de la chevelure pendent sur les épaules des

torsades de perles, et un haut diadème couronne la tête ceinte du

nimbe[26].»

L'Architecture romane · 第 51 / 128 题