Si la fondation d’un nouvel empire à Byzance, par Constantin, en 330 de
l’ère chrétienne, est un des grands événements de l’histoire du monde,
elle marque en même temps, dans l’histoire de l’architecture, la
naissance d’un art nouveau ou, plus exactement, le départ d’une
évolution de l’art antique, modifié par les influences orientales.
L’art byzantin n’est pas sorti spontanément du fait de la translation du
siège de l’empire, de Rome a Byzance, car les traditions romaines se
sont longtemps continuées et elles sont visibles encore au VIᵉ siècle,
dans les plans des édifices construits par Justinien aussi bien que dans
les détails de la construction de ces monuments. D’ailleurs, Constantin
s’était préoccupé d’imiter Rome et les édifices qu’il éleva en grand
nombre dans sa nouvelle capitale sont romains.
Depuis la chute de l’empire latin, Byzance avait vaillamment résisté aux
Barbares; aussi le Vᵉ siècle qui vit toutes ces luttes ne fut-il pas
favorable au développement des arts dans le nouvel empire d’Orient.
«La période qui s’étend de Constantin à Justinien fut, pour l’art
byzantin, un âge de formation[21].»
Mais, dès le commencement du VIᵉ siècle, l’art byzantin se dégage des
traditions latines; il marque l’essor d’un développement original qui
s’est manifesté par une architecture hardie, laquelle témoigne de la
grande science et de l’habileté des architectes byzantins.
Le caractère dominant de l’architecture byzantine réside dans l’emploi
de la coupole comme partie architectonique, avec toutes les conséquences
résultant de ce mode de construction.
La coupole n’était pas une forme nouvelle. Les Romains la connaissaient
de longue date puisqu’ils avaient sous les yeux, à Rome, le temple rond
du Panthéon et le Caldarium des Thermes d’Antonin Caracalla, modèles
achevés d’architecture, aussi admirables par les savantes combinaisons
de leur structure que par la magnificence de leur décoration. Les
anciens Romains ou les nouveaux Byzantins connaissaient également, par
leurs relations suivies avec les peuples de l’Orient et de la Perse,
alors dans tout l’éclat de leur prospérité et de leur civilisation, la
coupole asiatique sur pendentif; mais on ne l’avait appliquée jusque-là
qu’à des édifices de petites dimensions comme des chapelles ou des
baptistères.
Cependant des essais avaient été faits sur de plus grandes dimensions et
la coupole de Saint-Georges à Ezra, dans la Syrie centrale, est un des
exemples les plus intéressants de ce genre de construction. La coupole
d’Ezra, bâtie dans les premières années du VIᵉ siècle, a environ dix
mètres de diamètre; il faut noter que le plan de Saint-Georges d’Ezra
étant octogone, il était plus facile de passer de l’octogone à la
coupole circulaire que d’élever celle-ci sur un plan carré, racheté par
des pendentifs. Toutefois, l’exemple n’en est pas moins des plus
instructifs.
Mais, lorsque la coupole devint le principe même de la construction, les
difficultés s’accrurent en raison de la dimension agrandie des édifices.
L’une de ces difficultés fut de concilier la nouvelle architecture avec
les formes rectangulaires nécessitées par les services du culte
chrétien. On commença par supprimer les colonnades de la basilique
latine ou des anciens édifices à coupoles de l’antiquité païenne et
chrétienne; on les remplaça par de puissants piliers au-dessus desquels
on banda de grands arcs dont les vastes ouvertures sont les quatre côtés
d’une croix dont la coupole est le centre. Dans ces grands arcs formant
l’ossature de l’édifice, comme dans les thermes romains, les colonnes ne
sont plus que des subdivisions; elles ne servent plus qu’à soutenir les
arcades des tribunes ou à séparer les galeries secondaires.
La coupole repose ainsi directement sur le sommet des quatre arcs élevés
sur plan carré, reliés par des pendentifs sphériques appareillés
normalement à la courbe, rachetant le carré--c’est-à-dire passant du
plan carré de la naissance des arcs au plan circulaire couronnant leurs
clefs--et reportant les charges de la coupole hémisphérique sur les
quatre piliers.
Afin de contrebuter ces grands arcs sur lesquels agissent d’énergiques
poussées verticales, on appuya contre eux des voûtes en quart de sphère
ou en berceau, et la coupole centrale se trouva ainsi soutenue et
maintenue de tous côtés. Elle devient le centre autour duquel sont
disposés les demi-coupoles et les berceaux nécessaires pour assurer la
stabilité de l’ouvrage; en même temps cette disposition donne à
l’édifice de grands espaces qui sont utilisés pour la célébration des
offices prescrits par la liturgie chrétienne.
Au point de vue technique, ce nouveau mode de bâtir fit une grande
impression sur l’esprit des architectes; il excita leur émulation, il
provoqua leurs études sur cette nouvelle forme dont ils pouvaient tirer
un si grand parti et surtout sur les règles architectoniques qu’il
fallait suivre dans ses applications.
«Dès lors, les basiliques de type latin devinrent l’exception en Orient.
La coupole fut comme le thème autour duquel on exécuta des variations
nombreuses[22].»
Sous Justinien on éleva à Constantinople, mais sur des plans différents,
un grand nombre d’églises à coupoles présentant de grandes variétés dans
leurs dispositions, notamment un édifice célèbre à cette époque:
l’église des Saints-Apôtres, décrite par Procope[23].
L’historien grec, si utile à consulter pour ceux qui cherchent la vérité
des faits plutôt que l’expression plus ou moins exacte d’une opinion
personnelle, nous donne des détails d’un haut intérêt qui prouvent
l’origine orientale de deux célèbres monuments élevés en Occident,
reproduisant au XIᵉ siècle les dispositions d’un édifice bâti à
Constantinople au temps de Justinien[24].