ÉGLISE LATINE DE SAINT-FRONT, A PÉRIGUEUX.--BASILIQUE DE
SAINTE-AGNÈS-HORS-LES-MURS ET BASILIQUE DE SAINT-CLÉMENT, A
ROME.--MOSQUÉE DE CORDOUE.
La vénérable basilique de Saint-Front, à Périgueux, a remplacé une
église latine à trois nefs, élevée vers le VIᵉ siècle; on reconnaît
cette disposition à l’intérieur de la basilique sur la muraille
occidentale. On a retrouvé vers l’ouest la façade de l’église latine, le
porche qui la précédait, ainsi que deux cryptes, ou confessions placées
à droite et à gauche du chevet et qui flanquent aujourd’hui le bras
occidental de la croix grecque (fig. 55).
«La première église de Saint-Front offrait trois nefs; sa façade, dont
la partie centrale, couronnée par un
[Illustration: FIG. 54.--ÉGLISE LATINE ET CLOCHER DE SAINT-FRONT.
(Façade nord montrant 2 travées de la nef latine.)]
pignon, s’élève au-dessus des ailes, en serait seule une preuve» (de
Verneilh).
La façade, qui existe encore, cachée par des constructions modernes, est
décorée d’un appareil réticulé, donnant, par ses dispositions, l’aspect
grossièrement imité d’une mosaïque romaine, réminiscences antiques dont
on trouve encore des traces dans les parements extérieurs de quelques
églises d’Auvergne.
[Illustration: FIG. 55.--ÉGLISE LATINE DE SAINT-FRONT, A PÉRIGUEUX.
(Plan.)]
La nef principale de l’église latine était couverte par une charpente
lambrissée; il n’existe, du reste, aucune trace de la voûte de la nef
sur le parement intérieur de la façade dont nous venons de parler.
Les bas côtés étaient voûtés; chaque travée était couverte d’un berceau
perpendiculaire à la nef, disposition curieuse à cette époque autant que
rare, mais qu’on retrouve plus tard (notamment à Saint-Savin).
Suivant certains auteurs, le clocher serait contemporain de la grande
basilique et, selon d’autres, sa construction serait antérieure au XIᵉ
siècle; mais ce qui paraît certain, c’est qu’il aurait été élevé par
l’évêque Frotaire sur deux travées de l’église latine et au-dessus de la
sépulture de Saint-Front.
Le porche antérieur, dont on voit les traces en avant de la façade
occidentale, est peut-être un des plus anciens; une large arcade plein
cintre en formait l’entrée. Il reste encore quelques fragments de sa
décoration primitive qui attestent leur origine romaine.
[Illustration: FIG. 56.--BASILIQUE DE SAINTE-AGNÈS-HORS-LES-MURS, A
ROME. (Plan.)]
Le dessin de la figure 54 est tiré du projet de restauration de l’église
latine et montre deux des cinq travées de la nef. Ce dessin fait partie
des belles et savantes études faites sur Saint-Front par feu Bruyerre,
architecte de grand talent, mort en février, 1887, avant d’avoir achevé
la restauration du clocher, qu’il a préparée par des recherches
archéologiques des plus intéressantes pour l’histoire de ce superbe
monument.
* * * * *
La basilique de Sainte-Agnès-hors-les-Murs, bâtie dans les premières
années du VIIᵉ siècle, présente un caractère particulier par les détails
de sa construction et par la disposition des bas côtés, qui sont
pourvus de galeries superposées ouvrant sur la nef principale par deux
étages d’arcades; la galerie haute formant tribune règne au-dessus du
porche de la façade
[Illustration: FIG. 57.--BASILIQUE DE SAINTE-AGNÈS-HORS-LES-MURS.
(Vue perspective intérieure.)]
et met en communication les deux côtés de la nef.
La basilique se compose d’un porche sur toute la largeur de l’édifice et
sur lequel s’ouvrent les portes du vaisseau central et des bas côtés. La
nef est formée par deux rangées de colonnes reliées par des arcades
[Illustration: FIG. 58.--BASILIQUE DE SAINT-CLÉMENT, A ROME. (Plan.)]
à deux étages et surmontées de fenêtres à plein cintre, la nef et les
bas côtés étaient couverts par une charpente lambrissée; on remarque
au-dessus des chapiteaux un rudiment d’entablement qui n’est pas d’un
heureux effet. Une partie des colonnes de cette basilique proviendrait,
selon quelques auteurs, des temples antiques, dépouillés notamment par
Constantin, qui aurait fait transporter à Byzance une grande quantité de
statues, de colonnes et de marbres précieux enlevés aux édifices de
Rome et des autres villes de l’empire.
* * * * *
Élevée dans la première moitié du IXᵉ siècle, la basilique chrétienne de
Saint-Clément, à Rome, a conservé presque tout entières les formes
traditionnelles des basiliques civiles des premiers siècles du
christianisme.
[Illustration: FIG. 59.--BASILIQUE DE SAINT-CLÉMENT, A ROME. (Coupe
longitudinale.)]
Elle fut érigée, suivant les auteurs anciens, sur l’emplacement de la
maison de saint Clément, l’un des successeurs immédiats de saint Pierre.
Elle existait déjà au commencement du Vᵉ siècle puisque, en 417, le
pontife Zozyme y condamna l’hérétique Célestius, disciple de Pélage.
Le plan de la basilique est un parallélogramme divisé en trois nefs par
deux lignes de colonnes d’ordre ionique, dont les fûts sont lisses, et
reliées entre elles par des arcades ornées d’archivoltes; au-dessus
s’ouvrent les fenêtres éclairant l’édifice dont
[Illustration: FIG. 60.--BASILIQUE DE SAINT-CLÉMENT, A ROME.
(Vue perspective intérieure.)]
la nef était couverte par une charpente apparente.
Au fond, à l’est, s’ouvre l’hémicycle ou abside couronnée d’une voûte en
quart de sphère: un banc contourne l’abside et au milieu, derrière
l’autel, s’élève le siège de l’évêque ou de l’officiant. En avant se
trouve l’autel érigé sur une crypte--_martyrium_--contenant les reliques
de saint Clément, patron de l’église, et de saint Ignace, évêque
d’Antioche.
A l’extrémité des bas côtés deux absidioles avaient été ménagées--avant
la construction des chapelles--et formaient avec l’autel majeur une
basilique à trois membres (chapitre V, première partie).
En avant de la basilique s’étend, sur toute sa largeur, un portique sur
lequel s’ouvre la porte; ce portique est précédé d’un _atrium_ entouré
de portiques au milieu duquel se trouvait un puits ou une fontaine.
* * * * *
La mosquée de Cordoue, commencée vers la fin du VIIIᵉ siècle, a plus
d’un point de comparaison avec les monuments élevés à Rome et en Syrie à
peu près vers le même temps.
Pour bien se rendre compte du plan et des dispositions de la mosquée de
Cordoue, il faut se rappeler que, lorsque l’Espagne, après la conquête
arabe, commençait à jouir d’un gouvernement régulier et protecteur, on
vit accourir dans cette ville, de Syrie et d’Égypte, les partisans
nombreux et puissants de cette ancienne famille des Ommiades qui vinrent
s’y établir. «Les rapports multipliés de l’Orient avec l’Occident
donnent l’explication assez naturelle d’un goût d’architecture qui dut
vraisemblablement s’introduire alors à Cordoue et dont les parties de
la grande mosquée d’Abdérame présentent un exemple extrêmement
remarquable[20].»
Ce monument, empruntant aux ruines romaines leurs marbres, leurs
colonnes et quelques ornements,
[Illustration: FIG. 61.--MOSQUÉE DE CORDOUE (ESPAGNE). (Plan.)]
dut suivre les dispositions généralement adoptées déjà et qui devinrent
le type de l’architecture des temples de l’Islam.
Le plan de la mosquée de Cordoue semble avoir été inspiré par les
monuments chrétiens des premiers temps du moyen âge. On peut y retrouver
le plan d’une basilique latine avec son atrium, son sanctuaire ou abside
et sa nef principale à laquelle les constructeurs arabes auraient
ajouté, à droite et à gauche, cette grande quantité de collatéraux
parallèles, ou bas côtés, ce qui constitue la principale modification
qu’ils ont apportée à ce genre d’édifice pour l’approprier à leurs
besoins.
La mosquée primitive comprenait onze grandes nefs allant du nord au sud;
ces nefs aboutissaient sur la cour qui précédait le temple et en était
une partie nécessaire. Trente-trois nefs plus petites, courant de l’est
à l’ouest, coupaient les onze plus grandes à angle droit, formant ainsi
un vaste quinconce de colonnes.
Son plan actuel a la forme d’un rectangle d’environ 162 mètres de
longueur, du nord au sud, sur 123 mètres de l’est à l’ouest: au nord,
une grande cour, entourée de portiques sur trois côtés adossés à de
hautes murailles, précède les entrées de la mosquée. Celle-ci est
divisée en 19 nefs parallèles, ayant environ 100 mètres de longueur,
venant aboutir sur la cour de la mosquée et communiquant avec elle par
de grandes portes dont quelques-unes existent encore.
La nef principale du nord au sud qui a 7 mètres de largeur, et les 18
autres nefs ou bas côtés, sont subdivisées par 35 galeries beaucoup plus
étroites de l’est à l’ouest, coupant les nefs à angle droit. Cet immense
quinconce couvre une surface bâtie de près de vingt mille mètres carrés.
La construction est fort simple et en même temps très soignée; les
galeries, larges en moyenne de 6 mètres, sauf la principale qui a 7
mètres, sont hautes de 9 mètres. Elles sont formées par des alignements
de colonnes de 3 mètres de haut, reliées au-dessus des chapiteaux
généralement d’ordre composite
[Illustration: FIG. 62.--MOSQUÉE DE CORDOUE (ESPAGNE).
(Coupes longitudinale et transversale des nefs.)]
et corinthien ou imités par les Arabes, par des arcs en fer à cheval,
composés de claveaux alternés en pierre blanche et en briques rouges.
Ces premiers arcs sont surhaussés par d’autres arcs bandés sur les
piliers surmontant le sommier placé sur chaque colonne. Les
constructeurs évitèrent ainsi les traverses en bois qui constituent
très souvent la solidité des arcades arabes.
Ces deux étages d’arcs produisent par leur répétition, jointe à
l’alternance de couleurs claires des claveaux, un très grand effet,
malgré la simplicité des moyens employés par les architectes. Les
charpentes sont apparentes et rappellent encore, par leurs formes, les
dispositions de la toiture des basiliques latines.
La décoration est également fort simple, elle tire son effet principal
des matériaux mêmes de la construction et particulièrement de la
richesse extraordinaire des colonnes; celles-ci sont d’une variété
étonnante, aussi bien par la matière même que par le travail qui les a
ornées. La plupart de ces fûts sont antiques, enlevés à l’Espagne, à la
Gaule et à l’Afrique romaine.
A gauche de la septième nef--en comptant par le bas ou la droite du
plan,--se trouve une petite chapelle désignée par les auteurs sous le
nom de _villa viciosa_; elle est couverte par un dôme étincelant de
mosaïques. Derrière cette chapelle et au fond de la nef majeure, s’élève
le _Kiblah_, à huit pans, couronné d’une coupole creusée dans un seul
bloc de marbre.
Ces deux sanctuaires sont du Xᵉ siècle; mais leurs détails et leur
ornementation sont les preuves certaines des influences romaines et
orientales qui ont donné à l’ensemble de ce vaste édifice son principal
caractère.