[Illustration: FIG. 46.--ÉGLISE DE ROUEIHA (SYRIE CENTRALE).
(Coupe longitudinale.)]
porté par des pilastres cannelés et qui, coupant
[Illustration: FIG. 47.--ÉGLISE DE ROUEIHA (SYRIE CENTRALE).
(Coupe transversale.--Vers l’entrée.)]
transversalement la nef, en modifient absolument la physionomie. Ces
doubleaux, surmontés d’un pignon, divisent la nef en trois travées
ainsi que le comble en charpente dont les formes apparentes étaient
supportées par des consoles placées au-dessus de la rangée des petites
fenêtres hautes.
[Illustration: FIG. 48.--ÉGLISE DE ROUEIHA (SYRIE CENTRALE).
(Plan.)]
L’église est entourée d’une enceinte rectangulaire formée par un mur en
pierre. Une seule porte, placée à côté d’un petit bâtiment qui devait
être le logement du gardien de la porte, donne accès dans cet enclos.
Il paraît avoir été la propriété particulière d’une famille qui y avait
sa sépulture; deux tombeaux fort bien conservés et très intéressants s’y
voient encore; l’un d’eux porte l’épitaphe d’un certain Bizzos, fils de
Pardos; le même nom se trouve gravé au-dessus de la porte principale de
l’église, ce qui permet de penser que ce personnage, qui vivait au VIᵉ
siècle de notre ère, est le fondateur du monument.
[Illustration: FIG. 49.--ÉGLISE DE TOURMANIN (SYRIE CENTRALE). (Plan.)]
L’église de Tourmanin (Syrie centrale) tient à la fois de celles de
Baqouza et de Qalb-Louzeh; la nef et le chœur appartiennent à la
première de ces deux églises, le narthex à la seconde. Sa longueur
totale est de 40 mètres et sa largeur de 15. L’intérieur de la nef
ressemble à celui de Baqouza et un ordre de colonnettes, comme à
Qalb-Louzeh, supportait les poutres de la charpente apparente.
Le monument est assis sur un soubassement qui lui donne une large base;
la façade a un grand caractère et en même temps un agencement de lignes
d’un effet pittoresque. Comme celle de Qalb-Louzeh, elle se compose
d’une large arcade surmontée d’une terrasse et flanquée de deux tours
carrées; mais ces tours sont plus dégagées et la terrasse est recouverte
d’une loggia d’une disposition ingénieuse et élégante[17].
On ne saurait rien imaginer de plus logique et de plus raisonné que
cette composition où chaque élément a sa fonction nettement accusée, où
l’équilibre résulte des conditions de stabilité des matériaux posés sans
ciment et où la décoration n’est qu’une conséquence de la construction.
L’effet produit est très saisissant.
[Illustration: FIG. 50.--ÉGLISE DE TOURMANIN (SYRIE CENTRALE).
(Coupe transversale.)]
Le chevet a aussi un grand caractère; orné de deux ordres superposés,
comme à Baqouza et à Qalb-Louzeh, il est remarquable par l’harmonie et
la vigueur de ses lignes; l’abside est à pans coupés dont l’arête est
ornée de colonnettes, elle forme un demi-dodécagone régulier. Les bases
ont un profil qui accuse le VIᵉ siècle et la sculpture des chapiteaux de
l’abside, plate et comme découpée, paraît être du même temps.
De même qu’à Qalb-Louzeh, le narthex qui précède la porte principale est
d’un grand effet et la large arcade qui lui donne accès, entre les deux
tours, est d’un vigoureux caractère.
Cette disposition est fort originale et il est facile d’y reconnaître,
en germe, la disposition des façades du moyen âge occidental.
C’est à l’abside surtout qu’apparaît, de la manière la plus évidente, ce
lien de parenté qui unit les églises de la Syrie centrale à celles de
l’Occident.
Extérieurement, cette abside est décorée, comme à Qalb-Louzeh, de deux
ordres de colonnettes directement superposées; la donnée est encore
antique, bien que l’application en soit absolument nouvelle.
L’architecte, doué d’un grand sens pratique, a supprimé, les jugeant
inutiles, la corniche, la frise et l’architrave qu’un constructeur
romain n’eût pas manqué d’intercaler dans sa composition. Néanmoins la
colonne est restée antique dans ses proportions et dans le rapport des
deux ordres[18]; mais que le temps et la réflexion fassent litière de
ces derniers scrupules, que ce chapiteau et cette base intermédiaires,
inutiles, disparaissent ou soient remplacés par une bague, que la longue
colonnette ainsi obtenue se rapproche de sa voisine, que les corbeaux de
la corniche se serrent en se découpant, l’abside romane de France ou des
bords du Rhin apparaît et sa filiation s’établit.
* * * * *
Le temple de Jérusalem, célèbre à plus d’un titre,
[Illustration: FIG. 51--ÉGLISE DE TOURMANIN (SYRIE CENTRALE). (Vue
perspective de la façade.)]
est ici particulièrement intéressant parce qu’il est un exemple, fort
rare au VIᵉ siècle, de coupoles en pierre, appareillées normalement.