VI

Les éditeurs actuels de l'_Internelle Consolacion_, Charles

d'Héricault et Moland, connus déjà par des travaux d'une érudition qui

ne se contente pas de rechercher, mais qui pense, ont fait précéder

leur travail d'une Introduction très fermement écrite, dans laquelle

ils ont agité toutes les questions littéraires qui se rattachaient,

soit à l'_Imitation_ elle-même, soit à l'_Internelle Consolacion_ qui

en est sortie. Quoique touchées en bien des points avec compétence et

sagacité, ces questions n'ont pas cependant été amenées par les

spirituels éditeurs au point de lumière qu'ils auraient souhaité et

qu'une critique plus minutieuse que la nôtre pourrait exiger. Nous

sommes, nous, très coulants sur ces sortes de questions: quel fut

l'auteur de l'_Imitation_? quel fut l'auteur de l'_Internelle

Consolacion_? ces deux anonymes.

Pourvu que nous ne tombions pas dans le système rasé de bien près par

les éditeurs, à la page 14 de leur Introduction, dans cette immense

bourde allemande, qui a décapité Homère et qui répugne à la

constitution même de l'esprit humain, que nous importe de savoir si

l'auteur de l'_Imitation_ s'appelait A. Kempis ou de toute autre

réunion de syllabes! C'est une question de bal masqué. Ce qu'il y a de

certain, c'est que ce fut un moine, comme Homère fut un poète, un

moine dont l'individualité n'eut probablement de nom que devant Dieu,

et ce qu'il y a de certain encore c'est que ce ne fut point Gerson,

malgré la croyance des éditeurs, mêlée pourtant d'un invincible doute.

Gerson, à notre estime, ne fut ni l'auteur de l'_Imitatio Christi_ ni

celui de l'_Internelle Consolacion_. Les germanismes du texte latin le

prouvent suffisamment pour l'_Imitation_, et, pour l'_Internelle

Consolacion_, le génie de Gerson lui-même, qui n'eut jamais le

moelleux et le laisser-aller du livre délicieux remis en lumière

aujourd'hui.

Il n'y a pas de mal, d'ailleurs, à ce qu'un peu de mystère et de

l'esprit du moyen âge restent sur ces points en litige. Le génie du

moyen âge est essentiellement silencieux. Ces hommes, qui vivaient les

yeux au ciel ou baissés sur la poussière de leurs sandales, se

souciaient bien de cette bavarderie qu'on appelle la gloire et des

commérages que l'avenir devait faire, un jour, sur leur tombeau!

Philosophes et Écrivains Religieux · 第 98 / 130 题