III

Encore une fois, pourquoi aujourd'hui le rompt-elle? On dit que les

amis d'Enfantin, sécularisés, comme lui, depuis près d'un quart de

siècle, n'ont pas applaudi à la démonstration inopinée de leur ancien

pontife, et que, ne pouvant plus le déposer, ils se seraient

contentés, s'ils l'avaient pu, de l'interdire. Sans donner à ce bruit

plus de consistance qu'il n'en a, toujours est-il qu'il est

inconcevable qu'à propos d'une des mille prédications de l'Église

catholique Enfantin ait eu le besoin de répondre, pour le compte du

saint-simonisme attaqué! Seulement, à part l'inspiration de sacerdoce

rétrospectif qui l'a saisi, il n'a pas été autrement inspiré.

Enfantin n'a jamais eu de talent littéraire. Autrefois, celui qu'on

lui reconnaissait était dans sa figure, qui ne lui avait pas coûté un

sou, comme dit Sterne, et qui lui avait procuré cette sublime fonction

d'hiérophante saint-simonien, qui ouvrait irrésistiblement les bras en

disant à la femme libre et à la chair qui se sentait: «Venez à nous!»

La manière dont il le dit aujourd'hui aura probablement moins de

succès. Personnalité profondément troublée, et qui l'est sans doute

pour le reste de sa vie par le souvenir de sa fonction grandiose,

Enfantin publia, il y a quelques années, une autre brochure (son

souffle ne va pas jusqu'au livre), dans laquelle il se comparait, si

nous nous en souvenons bien, à Nicolas, empereur de Russie, et nous

apprenait que lui, Enfantin, la puissance morale, était né la même

année que cette grande puissance matérielle. Il a donc à présent

quelque chose comme soixante-deux ans.

A cet âge, le talent littéraire ne vient guères quand il n'est pas

venu. Sa brochure est assez médiocre. Les formes qu'elle revêt avec

affectation n'appartiennent ni à Enfantin ni au saint-simonisme; elles

appartiennent à la littérature chrétienne, sans laquelle, même comme

exposition d'idées, le saint-simonisme n'aurait jamais dit deux

mots... Il serait tolérable peut-être que ces gens-là (s'ils le

pouvaient) fissent leur affaire sans prendre niaisement notre dogme,

nos formules, notre style, obligés à imiter notre manière d'être pour

nous répondre et nous parodier. Du moins ils seraient issus

d'eux-mêmes et non d'un plagiat hébété, d'une contrefaçon belge de

l'Évangile, et d'un vol dont ils ne trouvent plus le profit et la

propriété dès qu'il est une fois accompli.

Philosophes et Écrivains Religieux · 第 78 / 130 题