Encore une fois, pourquoi aujourd'hui le rompt-elle? On dit que les
amis d'Enfantin, sécularisés, comme lui, depuis près d'un quart de
siècle, n'ont pas applaudi à la démonstration inopinée de leur ancien
pontife, et que, ne pouvant plus le déposer, ils se seraient
contentés, s'ils l'avaient pu, de l'interdire. Sans donner à ce bruit
plus de consistance qu'il n'en a, toujours est-il qu'il est
inconcevable qu'à propos d'une des mille prédications de l'Église
catholique Enfantin ait eu le besoin de répondre, pour le compte du
saint-simonisme attaqué! Seulement, à part l'inspiration de sacerdoce
rétrospectif qui l'a saisi, il n'a pas été autrement inspiré.
Enfantin n'a jamais eu de talent littéraire. Autrefois, celui qu'on
lui reconnaissait était dans sa figure, qui ne lui avait pas coûté un
sou, comme dit Sterne, et qui lui avait procuré cette sublime fonction
d'hiérophante saint-simonien, qui ouvrait irrésistiblement les bras en
disant à la femme libre et à la chair qui se sentait: «Venez à nous!»
La manière dont il le dit aujourd'hui aura probablement moins de
succès. Personnalité profondément troublée, et qui l'est sans doute
pour le reste de sa vie par le souvenir de sa fonction grandiose,
Enfantin publia, il y a quelques années, une autre brochure (son
souffle ne va pas jusqu'au livre), dans laquelle il se comparait, si
nous nous en souvenons bien, à Nicolas, empereur de Russie, et nous
apprenait que lui, Enfantin, la puissance morale, était né la même
année que cette grande puissance matérielle. Il a donc à présent
quelque chose comme soixante-deux ans.
A cet âge, le talent littéraire ne vient guères quand il n'est pas
venu. Sa brochure est assez médiocre. Les formes qu'elle revêt avec
affectation n'appartiennent ni à Enfantin ni au saint-simonisme; elles
appartiennent à la littérature chrétienne, sans laquelle, même comme
exposition d'idées, le saint-simonisme n'aurait jamais dit deux
mots... Il serait tolérable peut-être que ces gens-là (s'ils le
pouvaient) fissent leur affaire sans prendre niaisement notre dogme,
nos formules, notre style, obligés à imiter notre manière d'être pour
nous répondre et nous parodier. Du moins ils seraient issus
d'eux-mêmes et non d'un plagiat hébété, d'une contrefaçon belge de
l'Évangile, et d'un vol dont ils ne trouvent plus le profit et la
propriété dès qu'il est une fois accompli.