Les hautes parties contractantes conviennent spécialement, par
le présent article, d'inviter le roi de Bavière, le roi de
Hanovre et le prince souverain des Provinces-Unies, à accéder
au traité, de ce jour, sous des conditions raisonnables pour ce
qui sera relatif à la quotité des secours à fournir pour chacun
d'eux; les hautes parties contractantes s'engageant, de leur
côté, à ce que les clauses respectives des traités en faveur de
la Bavière, du Hanovre et de la Hollande reçoivent leur plein
et entier effet.
Il est entendu cependant que, dans le cas où l'une des
puissances ci-dessus désignées refuserait son accession, après
avoir été invitée à la donner, comme il est dit ci-dessus,
cette puissance sera considérée comme ayant perdu tout droit
aux avantages auxquels elle aurait pu prétendre, en vertu des
stipulations de la convention de ce jour.
Le présent article séparé et secret aura la même force et
valeur que s'il était inséré mot à mot à la convention de ce
jour; il sera ratifié et les ratifications en seront échangées
en même temps.
En foi de quoi les plénipotentiaires respectifs l'ont signé et
y ont apposé le cachet de leurs armes.
Fait à Vienne, le trois janvier mil huit cent quinze.
(_Suivent les signatures._)
* * * * *
Le roi Louis XVIII, ainsi qu'on l'a vu par la dépêche de M. de
Talleyrand, reçut une copie de la convention du 3 janvier, et
l'original de cette convention restée secrète avait été déposé
au ministère des affaires étrangères à Paris. Lorsque
l'empereur Napoléon revint de l'île d'Elbe, on assure qu'un
employé supérieur de ce ministère, voulant se faire valoir près
de lui, porta à l'empereur la convention en question. Une autre
version voudrait que c'eût été dans le secrétaire même de Louis
XVIII que Napoléon trouva la convention. Quoi qu'il en soit sur
le plus ou moins de vraisemblance de ces deux versions, il
reste certain que Napoléon eut connaissance de la convention,
et ne perdit pas un instant pour essayer d'en tirer parti.
Tout le corps diplomatique étranger accrédité près de Louis
XVIII avait quitté Paris bientôt après l'entrée de l'empereur
Napoléon dans cette capitale. Un employé de la légation de
Russie, M. Butiakin, celui même dont il est fait mention dans
une des dépêches de M. de Talleyrand, y avait prolongé son
séjour. Le duc de Vicence, devenu ministre des affaires
étrangères, le fait appeler, lui dit qu'il a une communication
importante à faire parvenir à l'empereur de Russie, et lui
demande s'il voudrait s'en charger, mais à la condition de la
porter sans retard. M. Butiakin accepta, et, peu d'heures
après, le duc de Vicence lui remit un paquet qui contenait une
copie de la convention et une lettre par laquelle il cherchait
à enflammer l'empereur Alexandre contre les alliés perfides qui
le trompaient. Napoléon avait cru par ce moyen rompre la
coalition.
M. Butiakin arriva à Vienne dans les premiers jours du mois
d'avril 1815. Peu après son arrivée, l'empereur Alexandre
invita M. de Metternich à se rendre chez lui et lui montra la
copie de la convention en lui disant: «Connaissez-vous cela?»
Après avoir joui pendant quelque temps de l'embarras du
ministre autrichien, il lui dit avec douceur: «Mais oublions
tout cela; il s'agit de renverser notre ennemi commun, et cette
pièce que lui-même m'a envoyée prouve combien il est dangereux
et habile.» Et, en même temps, l'empereur Alexandre jeta la
pièce au feu. Il fit aussi promettre à M. de Metternich de ne
rien communiquer à M. de Talleyrand de ce qui venait de se
passer, et M. de Metternich, heureux d'échapper à si bon
marché de ce méchant pas, promit et se tut.
L'empereur Alexandre croyait avoir encore besoin de M. de
Metternich et il le ménagea dans cette circonstance critique.
Mais il n'en fut pas de même avec M. de Talleyrand, auquel il
ne dit pas un mot de la convention du 3 janvier, réservant,
sans doute, sa vengeance pour une autre occasion. En effet,
après la bataille de Waterloo et la rentrée du roi à Paris, les
plénipotentiaires russes, qui, l'année précédente, s'étaient
montrés si conciliants, et qui avaient toujours travaillé à
amoindrir les exigences de leurs collègues envers la France,
devinrent aussi difficultueux que ceux-ci, et ce n'est qu'après
la retraite de M. de Talleyrand et l'entrée du duc de Richelieu
au ministère, que les plénipotentiaires russes prirent, dans
une certaine mesure, le parti de la France contre les
prétentions exorbitantes des autres puissances. (_Note de M. de
Bacourt._)