LOUIS.

[449] Variante: _portion_.

[450] Le roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel Ier. On sait que Louis

XVIII avait épousé sa soeur, la princesse Marie-Joséphine-Louise de

Savoie. De même, le comte d'Artois avait épousé une autre fille du

roi Victor-Amédée, la princesse Marie-Thérèse.

* * * * *

Nº 21 _bis_.--LES AMBASSADEURS DU ROI AU CONGRÈS, AU MINISTRE DES

AFFAIRES ÉTRANGÈRES A PARIS.

Vienne, le 27 décembre 1814.

Monsieur le comte,

Nous croyons pouvoir confirmer que l'Autriche est ramenée au système

que les ministres du roi au congrès ont eu l'ordre de soutenir avec

fermeté. L'ambassade du roi, en suivant la ligne des principes tracée

par ses instructions, a contribué essentiellement à relever le cabinet

de Vienne, et à lui imprimer une énergie qu'il n'avait pas.

Les Prussiens, dans une note assez forte, ont plaidé la cause de

l'incorporation de la Saxe; le prince de Metternich y a répondu, et,

pour la première fois, il a osé quitter le caractère de coalisé et

nous communiquer sa note.

M. le prince de Talleyrand a cru devoir profiter de cette circonstance

pour exposer les véritables principes de la politique du cabinet de

France; et pour faire connaître ceux qui le guident et le guideront

toujours. Communication de cette dernière note a été donnée à lord

Castlereagh et au prince de Wrède.

M. le prince de Talleyrand joint dans sa lettre au roi des copies de

ces différentes pièces.

Vous observerez, monsieur le comte, que la lettre à lord Castlereagh

renferme une logique simple et précise, qui doit faire sentir à ce

ministre que la vérité et la justice ne sont qu'une et ne peuvent

triompher par les moyens et les raisonnements dont il s'est servi

jusqu'ici.

Il nous est revenu que l'empereur François a été attaqué de nouveau

par l'empereur Alexandre, qui lui a demandé s'il avait lu la note du

cabinet prussien, et que l'empereur François avait répondu: _qu'il

l'avait lue attentivement; qu'avant cette lecture, il avait déjà pris

son parti, mais qu'il était plus déterminé que jamais à ne pas

consentir à l'incorporation de la Saxe à la Prusse_.

Depuis, l'empereur Alexandre et le roi de Prusse ont nommé des

plénipotentiaires pour traiter la question des limites en Pologne et

l'affaire de la Saxe. Nous remarquons que l'empereur de Russie a

désigné M. le comte de Rasumowski, comme pouvant être agréable à la

cour de Vienne. M. de Metternich traitera pour l'Autriche et M. de

Hardenberg pour la Prusse. M. de Wessenberg y tiendra le protocole.

Cette affaire va donc être, enfin, discutée officiellement; elle

pourra souffrir quelque contradiction, mais probablement, elle se

terminera au très grand avantage de la Russie.

Pour concilier et rapprocher les différents états statistiques que les

Prussiens et les autres cabinets présentaient pour l'exécution des

engagements pris dans les différents traités, lord Castlereagh avait

proposé de former une commission chargée de ce travail. Les Prussiens

y consentirent, à condition que les commissaires français en seraient

écartés. Lord Stewart fut chargé d'annoncer cette insolente

disposition à M. le prince de Talleyrand. Celui-ci, ressentant

vivement l'indécence de ce procédé, déclara qu'un commissaire français

serait admis ou que l'ambassade de France quitterait Vienne le

lendemain. Il ajouta qu'il voulait une réponse dans la soirée même. La

réponse fut donnée affirmativement et dans les formes les plus

déférentes.

M. le prince de Metternich, en sa qualité de président, a proposé pour

cette commission les instructions jointes sous le numéro 1. M. de

Talleyrand y a répondu par le numéro 2 et a remis au commissaire

français des instructions analogues à sa note.

La commission se compose de:

1º Lord Clancarty;

2º M. le comte de Munster;

3º M. le baron de Wessenberg;

4º M. de Jordan, conseiller d'État prussien;

5º M. de Hoffmann[451];

6º M. le duc de Dalberg;

7º M. le baron de Martin, comme secrétaire.

[451] Jean-Godefroy Hoffmann, économiste et homme d'État allemand.

Né à Breslau en 1765 il fut d'abord professeur d'économie politique

à Koenigsberg. Il fut nommé conseiller d'État en 1808, assista au

traité de Paris et au congrès de Vienne, et suivit le prince de

Hardenberg dans plusieurs missions diplomatiques. Il mourut en

1847.

Les commissaires prussiens se légitimèrent en même temps comme

commissaires russes; mais, à la seconde séance, on fit connaître que

M. le baron d'Anstett leur serait adjoint pour la Russie.

Nous transmettons au ministère les protocoles des séances.

Cette situation générale des affaires entretient l'espoir que la

Russie va terminer ce qui concerne la question des limites en Pologne,

et qu'après avoir obtenu ce qu'elle désire, elle ralentira ses efforts

en faveur de la Prusse.

Le roi de Wurtemberg s'est fatigué de tous ces retards, et a quitté

hier cette capitale pour retourner dans la sienne.

On a répandu qu'il avait signé une convention particulière, par

laquelle il consentait à l'incorporation de la Saxe à la Prusse. M. le

comte de Winzingerode, son ministre, a assuré M. le duc de Dalberg que

le fait n'était point vrai, et que les discours du prince royal de

Wurtemberg, qui est à la veille d'épouser la grande-duchesse

d'Oldenbourg, pouvaient seuls avoir donné lieu à ce bruit.

Les Allemands, au reste, voient à regret ce mariage, parce qu'ils

commencent à trouver à la Russie des intentions qui les alarment.

Le prince royal de Wurtemberg s'est, en effet, lié avec M. le baron

de Stein, dont il est devenu le héros. Ils composent ensemble des

constitutions dans lesquelles chacun prend son rôle; et il est

probable que cette intrigue, ouvrant les yeux aux autres États de

l'Allemagne, les déterminera à préférer une espèce de ligue militaire

à une constitution dont tous pourraient être dupes.

Dans les affaires d'Italie et dans la question de la navigation, rien

n'a pu être encore avancé; mais la commission sur le rang et les

préséances s'est assemblée deux fois. Après avoir assez longuement

débattu l'objet de son travail, elle est parvenue à se mettre d'accord

sur le plus grand nombre d'articles. Celui relatif au salut de mer a

fait naître des objections de la part du commissaire anglais; mais,

comme il n'a parlé que de l'Amérique, on pourra, en offrant de laisser

à part ce qui la regarde, juger si l'Angleterre n'avait effectivement

qu'elle en vue dans cette question. Les principes posés dans les

instructions données par Sa Majesté ont servi de base à ce travail, et

on peut le regarder comme en étant l'application.

Il nous reste à appeler l'attention du ministère sur des articles de

gazettes prussiennes qui méritent d'être relevés.

Le _Correspondant de Nuremberg (nº 355)_, en publie deux tirés de la

_Gazette d'Aix-la-Chapelle_, qui sont des plus déplacés.

Il serait bon d'éclairer le public allemand sur la conduite que la

Prusse a tenue depuis soixante ans, et ne citer que des faits pour

expliquer les motifs qui doivent éloigner la France du système de

cette puissance.

Il faut faire remarquer que tout prétexte lui est bon, que nul

scrupule ne l'arrête, que la convenance est son droit; que depuis

soixante-cinq ans, elle a porté sa population de moins de quatre

millions de sujets à dix millions, et qu'elle est parvenue à se

former, si l'on peut ainsi parler, un cadre de monarchie immense, en

acquérant çà et là des territoires qu'elle tend à réunir en

incorporant ceux qui les séparent; que la chute terrible que lui a

value son ambition ne l'en a pas corrigée, que si, dans ce moment,

l'Allemagne est encore agitée, c'est à elle et à ses insinuations

qu'on le doit; qu'elle a été la première à suivre le système des

incorporations en Franconie, la première à se détacher à Bâle du

système de résistance contre la Révolution, la seule à pousser à la

perte de la rive gauche du Rhin...

Il faut relever fortement les menaces faites à l'égard des résultats

d'une guerre nouvelle pour la tranquillité de la France. (Vous

observerez, monsieur le comte, que ces articles ne doivent paraître

que dans les petits journaux.)

Agréez...

* * * * *

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 2 · 第 91 / 104 题