LOUIS.

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Nº 18 _bis_.--LES AMBASSADEURS DU ROI AU CONGRÈS, AU MINISTRE DES

AFFAIRES ÉTRANGÈRES A PARIS.

Vienne, le 14 décembre 1814.

Monsieur le comte,

La dépêche du 5 novembre au département avait exposé l'avantage qui

pouvait résulter de l'échange d'une partie du pays de Gex contre une

partie de l'évêché de Bâle; échange désiré par le corps helvétique,

sollicité par les Genevois et proposé par les puissances.

Ce sacrifice aurait pu faire espérer une plus grande influence sur le

corps helvétique, si on avait pu procurer au canton de Berne, le

retour d'un de ses cantons.

On aurait dû croire aussi que les Genevois reconnaîtraient le prix de

cette condescendance, et travailleraient de leur côté à engager les

Vaudois et les Argoviens à satisfaire aux justes prétentions

pécuniaires que présentait le canton de Berne.

Pressé par le plénipotentiaire anglais de faire connaître à quelles

conditions la France attachait l'échange d'une partie du pays de Gex,

le plénipotentiaire français lui remit la note verbale numéro 1, en le

priant de ne la communiquer qu'aux ministres, pour savoir si leurs

instructions admettaient qu'on s'écartât en faveur de Berne du

principe de l'intégrité des dix-neuf cantons. Le ministre anglais, au

lieu de s'en tenir à cette communication confidentielle, en fit part

aux députés genevois qui dressèrent un contre-projet (nº 2).

Les conditions qu'il renferme sont toutes en opposition aux ordres du

roi qui voulait que l'échange eût lieu sans qu'on prît de territoire

sur le roi de Sardaigne, et que Berne recouvrât la partie de l'Argovie

que ce canton avait possédée.

Dans cet intervalle, on fut instruit que les puissances, et surtout

l'Angleterre, attachaient à cet échange l'espoir qu'il devait

augmenter leur influence en Suisse. Elles faisaient sentir à la ligue

helvétique combien on leur devait de reconnaissance pour l'avoir fait

réussir.

Les Genevois, loin de reconnaître le sacrifice que la France faisait,

avaient la prétention de tout obtenir du congrès, et soutenaient que,

par la protection des alliés, rien ne pouvait leur être refusé. Pour

le prouver ils assuraient que, quoique l'échange fût contraire à

l'opinion en France, le roi, cependant, y acquiesçait.

Ces observations dont on eut connaissance excitèrent l'attention; et

dans les conférences, le plénipotentiaire français eut occasion de

pénétrer que l'Angleterre ne protégeait si ardemment cet échange, que

pour mieux se faire valoir; et pouvoir réaliser des promesses faites

aux Genevois à l'époque du traité de Chaumont.

Plusieurs lettres de Paris, adressées à des députés suisses,

annoncèrent en même temps que l'opinion désapprouvait cet échange, et

qu'on était étonné que le gouvernement français y consentît.

On crut donc plus utile aux intérêts du roi et de la France de

l'écarter, et on insista d'autant plus fortement à le faire que la

situation intérieure de la Suisse et les obstacles qu'opposait

l'empereur de Russie à tout changement des nouveaux cantons rendaient

impossible d'obtenir les conditions auxquelles le roi attachait

l'exécution de l'échange.

Le plénipotentiaire français remit en conséquence une réponse (nº 3)

au projet genevois, et déclara que l'échange ne pouvait plus avoir

lieu. Le plénipotentiaire anglais, en exprimant ses regrets de ce

changement, annonça que son gouvernement allait faire une nouvelle

démarche à Paris pour en obtenir l'exécution, et proposa de réserver

la partie de l'évêché de Bâle qui devait servir d'équivalent, en la

laissant sous une administration provisoire. Les autres

plénipotentiaires s'y refusèrent; mais ils consentirent à ce que cette

réserve durât jusqu'à la fin du congrès, et à ce qu'on appuyât les

démarches proposées par l'Angleterre.

Quoique le plénipotentiaire d'Autriche et celui de France observassent

que cela prolongeait les incertitudes et nuisait aux intérêts réels de

la Suisse, la proposition de l'Angleterre fut maintenue.

Nous croyons donc que lord Wellington recevra l'ordre de provoquer une

nouvelle décision du roi pour savoir si, malgré la reconnaissance de

l'intégrité des dix-neuf cantons, le roi voudrait consentir à cet

échange. Nous pensons qu'il est de l'intérêt du roi de le refuser:

1º Parce qu'il ne donne plus les avantages qu'on en attendait;

2º Que l'influence de la France ne peut s'augmenter en Suisse que par

le canton de Berne et ses alliés;

3º Qu'aussi longtemps que tout ce qui concerne le corps helvétique se

fait sous les auspices des puissances alliées, la France doit réserver

ses moyens, et n'agir que plus tard, pour fortifier son influence.

En vous instruisant ainsi, monsieur le comte, de ce qui s'est passé à

ce sujet, vous serez prévenu de tout lorsque l'ambassadeur anglais se

présentera pour relever cette discussion.

Il pourra encore être utile que l'ambassadeur du roi à Londres

connaisse cette affaire, et nous vous prions, monsieur le comte, de

lui en transmettre les détails, que vous voudrez bien porter à la

connaissance du roi.

M. le prince de Talleyrand, pour écarter plus facilement les

importunités des ministres anglais, leur a dit que le roi avait

demandé au chancelier de France sous quelle forme les cessions ou

échanges de territoire pouvaient se faire, et que M. le chancelier

avait répondu que cela n'était point assez déterminé et qu'il fallait

éviter de s'engager dans des questions semblables. D'après quoi, les

plénipotentiaires français ne pouvaient point donner de suite à cette

question.

Il sera bon, monsieur le comte, d'en prévenir M. le chancelier pour

qu'il évite une explication à ce sujet, dans le cas où l'ambassadeur

d'Angleterre lui en parlerait, ou qu'il fasse une réponse analogue à

celle que nous avons faite ici.

Agréez...

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Nº 19 _bis_.--LES AMBASSADEURS DU ROI AU CONGRÈS, AU MINISTRE DES

AFFAIRES ÉTRANGÈRES A PARIS.

Vienne, le 14 décembre 1814.

Monsieur le comte,

Nous avons l'honneur de vous adresser le protocole de la dernière

conférence. Une plus récente a eu lieu, mais le protocole n'en est

point encore expédié. On s'est réservé de décider, à l'égard de la

proposition de M. de Labrador sur les fiefs impériaux, à l'époque où

le sort du roi d'Étrurie, celui de l'archiduchesse Marie-Louise...

seront fixés; le plénipotentiaire français a proposé, suivant le

principe d'une exécution fidèle des dispositions du traité de Paris la

formation de trois nouvelles commissions:

La première pour régler, conformément à l'article V, la navigation des

fleuves;

La seconde, pour régler le rang et la préséance des couronnes, et tout

ce qui en était une conséquence;

La troisième, pour discuter l'abolition de la traite des nègres.

Cette dernière a éprouvé quelques difficultés parce que le

plénipotentiaire portugais a observé que la commission ne pouvait être

formée que par les puissances intéressées. M. de Labrador a fortement

appuyé l'opposition du Portugal. La discussion a été si positive que

cette commission a été ajournée, et que cet objet sera replacé dans la

voie de simples négociations.

Nous observons encore que le Portugal a établi pour principe qu'il ne

renoncerait à la traite des nègres qu'après l'époque de huit années,

et si l'Angleterre voulait regarder le traité de commerce qui existe

entre elle et le Portugal comme non avenu.

La proposition faite par la France était conforme à l'engagement pris

avec l'Angleterre d'interposer ses bons offices pour faire prononcer

par toutes les puissances l'abolition de la traite; nous n'aurons donc

plus maintenant à nous en occuper.

Les deux autres commissions ont été formées.

M. le prince de Talleyrand a nommé à celle de la navigation M. le duc

de Dalberg, et à celle chargée de fixer les préséances et le rang

entre les couronnes M. le comte de la Tour du Pin, en qualité de

commissaires.

La Russie a demandé de nommer un délégué à la commission d'Italie et a

désigné M. le comte de Nesselrode. Il n'y a eu aucune difficulté à ce

sujet.

L'affaire de Pologne et de Saxe a été avancée, sans donner encore un

résultat positif. Tout, cependant, est amélioré à l'égard de la Saxe.

L'Autriche est décidée à la soutenir; l'Angleterre a changé de

langage; toutes les intrigues prussiennes et russes ont été dévoilées.

Les explications qui ont eu lieu ont toutes conduit à prouver que la

Prusse peut obtenir son rétablissement sur la base de population

qu'elle avait en 1805, sans enlever à la Saxe plus de trois à quatre

cent mille âmes.

Nous sommes parvenus à cet égard à ce que nous voulions, et le roi et

sa politique ont obtenu les premiers avantages. Il est possible que la

Prusse, secondée par la Russie, veuille ne pas céder; mais, dans ce

cas, les forces seraient très inégales, et la Prusse risquerait tout.

Nous espérons avec quelque fondement qu'elle jugera sa position et

qu'elle cédera.

L'Autriche paraît toujours décidée à ne point laisser éloigner Murat.

On a donc voulu s'assurer plus positivement de l'Angleterre, la

Russie paraissant assez bien disposée à cet égard. Lord Castlereagh va

demander de nouvelles instructions à sa cour. Il a communiqué à M. le

prince de Talleyrand toute la correspondance qui avait rapport aux

affaires de Naples, et a eu l'air de désirer, plutôt pour appuyer ce

qu'il écrit, qu'on recherchât dans nos cartons tout ce qui peut

prouver aux coalisés que Murat avait eu une double intrigue avec

Bonaparte. Nous ne doutons pas que plusieurs lettres de lui, et des

dépêches qui ont été conservées, ne le prouvent. Vous voudrez bien,

monsieur le comte, nous les transmettre en original.

Le prince Eugène a dit posséder à cet égard des preuves matérielles,

mais il s'est refusé à les donner.

M. le prince de Talleyrand présente dans sa correspondance plus de

détails sur la position générale, mais nous pouvons le dire avec

confiance: le roi et la France ont obtenu au congrès l'attitude qui

leur appartient, et la considération qui leur est donnée laisse les

moyens d'exercer le degré d'influence qui est honorable pour le roi et

qui assure une entière garantie à l'Europe.

Agréez...

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Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 2 · 第 85 / 104 题