LOUIS.

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Nº 14 _bis_.--LES AMBASSADEURS DU ROI AU CONGRÈS, AU MINISTRE DES

AFFAIRES ÉTRANGÈRES A PARIS.

Vienne le 23 novembre 1814.

Monsieur le comte,

Nous avons l'honneur de vous adresser la copie du procès-verbal de la

dernière séance. On s'est réuni depuis pour l'ajuster et le signer,

mais on n'a traité d'aucune affaire. M. de Labrador, à cette

occasion, a rappelé les droits de la reine d'Étrurie, et a demandé

qu'en procédant aux arrangements à prendre en Italie, on voulût s'en

occuper. Le prince de Metternich lui a dit qu'il était préparé à

discuter cette matière, et qu'il attendait que M. de Labrador lui

communiquât son mémoire. M. l'ambassadeur d'Espagne doit le remettre

un de ces jours.

Si les paroles de M. de Metternich pouvaient inspirer la moindre

confiance, on serait fondé à croire qu'il trouverait l'archiduchesse

Marie-Louise suffisamment établie en obtenant l'État de Lucques qui

rapporte cinq à six cent mille francs, et que, pour lors, les

légations pourraient être rendues au pape, et Parme à la reine

d'Étrurie. Mais nous sommes informés que pendant qu'il énonce cette

opinion, l'archiduchesse Marie-Louise fait changer, d'après

l'invitation de l'empereur son père, les armes de ses voitures et de

ses cachets, et fait effacer les armes impériales de Bonaparte pour

leur substituer celles de Parme.

M. de Noailles, qui est chargé de suivre les négociations qui

concernent l'Italie, a reçu l'ordre de M. le prince de Talleyrand, de

n'admettre les arrangements qui seraient arrêtés, que comme des

dispositions provisoires qui ne seront sanctionnées par une garantie

formelle, que lorsque toutes présenteront un système général et

satisfaisant. Cette précaution était d'autant plus nécessaire que nous

voyons tous les jours le prince de Metternich soutenir avec plus de

chaleur et d'opiniâtreté la cause de Murat. Il le fait sous le

prétexte du danger qu'il y aurait de provoquer Murat à une guerre

révolutionnaire. M. de Metternich, tout en l'annonçant lui-même comme

chef des Jacobins en Italie, exagère d'abord son influence, et ne

veut pas convenir que pour paralyser le danger que présente cette

fermentation, il suffira d'en écarter le chef principal. Le fait est

qu'il veut ménager ses affections pour madame Murat, et qu'il croit

qu'en conservant cette famille sur le trône, il en disposera comme il

voudra pour tout ce qu'il projette de faire en Italie. Il est donc

nécessaire que M. de Noailles use de cette réserve, lorsqu'il s'agira

de signer les articles qui renferment la réunion de Gênes au Piémont.

La succession de la maison de Carignan, au reste a été stipulée et ne

souffre plus de contradiction.

C'est dans cet état de choses, que les grandes questions qui

concernent la Pologne et la Saxe, sont celles qui entravent toute la

marche des affaires, et nous ne croyons pas que leur solution soit

depuis huit jours beaucoup plus avancée. La circulaire du prince

Repnin a motivé de la part de lord Castlereagh et du cabinet de

Vienne, des notes assez fortes adressées au cabinet prussien et dans

lesquelles on déclare que la réunion de la Saxe n'était admise que

conditionnellement, comme les notes données précédemment à l'occasion

de l'occupation provisoire de la Saxe par les troupes prussiennes,

l'avaient exprimé, et que, si la Prusse ne voulait point coopérer à

faire régler en Pologne des limites établies dans l'intérêt des trois

puissances, la concession faite à l'égard de la Saxe devait être

regardée comme non avenue.

Lord Castlereagh et le prince de Metternich ont été conduits plus

loin. Ils se sont persuadé que si l'empereur de Russie et le roi de

Prusse résistaient à ces ouvertures, il serait nécessaire de se

préparer à les forcer à plus de modération.

On nous assure, en effet, que des mesures militaires ont été

concertées, et un plan de campagne même discuté entre les chefs

autrichiens et bavarois. La coopération de la France y est jugée

nécessaire. Mais ni le prince de Metternich ni lord Castlereagh n'ont

jugé à propos d'en parler ou d'en faire parler jusqu'ici aux

plénipotentiaires du roi au congrès.

On aurait lieu de s'en étonner, si on pouvait se convaincre que ces

mesures militaires portent un autre caractère que celui de simples

démonstrations, dans le genre des dernières mesures dont le prince de

Metternich aide si souvent sa politique. Il y a même des personnes,

qu'on peut croire instruites, lesquelles prétendent que lord

Castlereagh et le prince de Metternich n'ont point encore arrêté de

plan à ce sujet, et qu'ils ont peur d'être forcés de s'occuper de

pareilles mesures.

Cependant lord Castlereagh, soit qu'il sente le besoin d'opposer une

digue à l'ambition et aux intrigues russes et prussiennes, soit que

l'opinion de l'Angleterre et de toute l'Allemagne l'ait fait changer

de marche et de système, paraît décidé à provoquer la guerre à la

Russie, si elle ne modère ses prétentions, et il en a parlé à quelques

personnes, en annonçant que l'Angleterre fournirait des subsides. Ce

ministre et le prince de Metternich lui-même, par l'effet des

défiances qu'on porte gratuitement à la politique de la France, et les

craintes que l'on conserve qu'une coopération de cette puissance

puisse compromettre la situation de la Belgique et de la rive gauche

du Rhin, ne demanderont les secours de la France qu'à la dernière

extrémité. Nous pensons même que, s'il leur paraît possible de

l'éviter, ils le feront, et vous pouvez bien croire, monsieur le

comte, qu'on ne les provoquera pas à ce sujet.

L'expérience, au reste, a déjà appris à ces puissances qu'elles ne

peuvent écarter l'intervention de la France, et qu'elle leur est plus

utile que nuisible pour arranger les affaires de l'Europe.

A notre arrivée ici, le désir secret d'éloigner la France de toute

délibération, était manifeste. Elle participe maintenant à ce qui se

traite pour l'Italie, pour la Suisse; elle interviendra utilement dans

les divisions territoriales de l'Allemagne, et nous ne serions pas

étonnés que les arrangements relatifs à la Pologne ne se fassent que

lorsqu'elle y concourra. Pour l'en empêcher et nous contrarier, les

ennemis de la France répandent depuis quelques jours les bruits les

plus absurdes sur sa situation intérieure; et, ce qui a lieu de nous

étonner, c'est que ces bruits se trouvent répétés dans la

correspondance diplomatique des légations anglaise et autrichienne à

Paris. Parmi ces assertions soutenues avec adresse, nous citons celle

que le roi ne serait pas en état de se servir de son armée. Elle a pu

être combattue par la communication d'une lettre de M. le comte

Dupont[393] qui parle de l'état de l'armée de la manière la plus

satisfaisante et la plus positive, et le fait sans laisser la moindre

réplique à opposer. Les autres assertions tomberont dans l'oubli,

lorsque le temps en aura dévoilé l'intrigue.

[393] Le général Dupont, qui était alors ministre de la guerre.

Les affaires d'Allemagne souffrent comme toutes les autres du retard

que les décisions de l'empereur de Russie leur fait éprouver, et là,

comme ailleurs, il cherche à intervenir pour aider ses vues

principales.

Nous avons eu l'honneur de vous mander que le projet de fédération en

douze articles que nous vous avons adressé par notre dernière dépêche

du 16, avait été modifié dans ses dispositions principales. Les

cabinets prussien et autrichien l'avaient communiqué dès son origine à

celui de Russie. Cette communication était restée sans réponse. Mais,

pour le flatter d'abord et pour égarer l'opinion en Allemagne, qui se

prononce si fortement contre la réunion de la Saxe, le cabinet russe a

cru utile de relever la possibilité d'intervenir dans les affaires

allemandes, et M. le comte de Nesselrode a fait une réponse dont nous

joignons ici la copie. Si la grande alliance est rompue par suite des

affaires de Pologne, on sent que cette note sera regardée comme non

avenue.

Il ne peut, en général, nous échapper que le véritable embarras des

puissances alliées au congrès tient à l'illusion dans laquelle elles

s'entretenaient, en croyant pouvoir régler les affaires de l'Europe

sur des _bases_ qu'elles nous ont annoncées arrêtées, et qui ne le

sont pas.

Agréez...

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Nº 15 _bis_.--LES AMBASSADEURS DU ROI AU CONGRÈS, AU MINISTRE DES

AFFAIRES ÉTRANGÈRES A PARIS.

Vienne, le 24 novembre 1814.

Monsieur le comte,

Nous ajoutons à l'expédition de la dépêche en date d'hier la

communication d'une lettre qu'un des hommes principaux du bureau des

affaires étrangères de ce pays-ci a adressée à M. le duc de Dalberg,

en lui signalant un article de la _Gazette de France_ qui a fait

beaucoup de sensation et qu'on ne peut s'expliquer avoir pu être admis

par la censure des journaux à moins que, comme l'observe l'auteur de

la lettre, on ait voulu réconcilier l'opinion avec les persécuteurs

et les spoliateurs du roi de Saxe[394].

[394] Voici cet article:

«Après de longues indécisions, le sort de la Saxe paraît enfin

irrévocablement fixé. Le roi Frédéric-Auguste descend du trône; ses

États sont partagés entre l'Autriche, la Prusse et le duc de

Saxe-Weimar. Beaucoup de voix s'élèveront pour déplorer

l'instabilité des choses humaines. Quelques esprits réfléchis

méditeront sur les décrets impénétrables de cette providence

éternelle qui, selon l'expression empruntée à l'Écriture par un de

nos plus grands poètes: «frappe et guérit, perd et ressuscite».

(Racine, _Athalie_, acte III).--Les uns, dans la chute de la maison

régnante, ne verront qu'une révolution; les autres y contempleront

un retour à l'ordre. C'est pour les premiers, qu'un coup d'oeil sur

l'origine et les divisions de cette famille illustre ne sera point

sans utilité.

»Le second électeur, Frédéric l'Affable ou le Pacifique, mort en

1464, laissa deux fils, dont l'aîné, Ernest, fut la tige de la

branche Ernestine, et le cadet Albert, celle de la branche

Albertine. En vertu du droit reconnu de primogéniture,

Jean-Frédéric, sixième électeur, régnait sans contestation, quand

éclatèrent dans l'empire les troubles excités par la fameuse ligue

de Smalcalde. Charles-Quint, à la tête d'une puissante armée

commandée par le célèbre duc d'Albe, marcha contre les confédérés.

La bataille de Muhlberg, donnée en 1547, fut décisive.

Jean-Frédéric, l'âme de la ligue, tomba au pouvoir de l'empereur.

Ce prince usa durement de la victoire. Une commission militaire,

présidée par l'inflexible général espagnol osa condamner à mort

l'électeur de Saxe comme rebelle à l'autorité impériale. C'était

introduire une législation toute nouvelle dans l'empire germanique.

L'illustre prisonnier, après avoir entendu la lecture de son arrêt,

continua tranquillement sa partie d'échecs avec le prince Ernest de

Brunswick: «C'est moins ma tête que mon électorat, dit-il, qui leur

fait envie.» L'événement fit voir qu'il ne se trompait pas:

Charles-Quint lui accorda la vie, mais dans la diète d'Augsbourg,

en 1548, il le dépouilla de la dignité électorale, pour en revêtir

le duc Maurice de Saxe, chef de la branche cadette ou Albertine. On

ne laissa au malheureux Jean-Frédéric que la petite ville de Gotha

où il était gardé à vue. Plus à plaindre encore que lui, son fils,

accusé d'avoir tenté de rentrer dans le palais de ses pères à

Dresde, est arrêté et conduit â Vienne comme un vil criminel.

»Quoique redevable de sa nouvelle existence politique à la

protection de Charles-Quint, l'usurpateur Maurice saisit avidement

l'occasion de faire éclater en faveur du luthérianisme le zèle qui

avait servi de prétexte à la spoliation de l'électeur légitime. Il

souleva les protestants, conclut une alliance secrète avec Henri

III, roi de France, fondit sur l'empereur et fut sur le point de

s'emparer de sa personne dans les gorges du Tyrol. Il lui arracha

le traité de Passau, en 1552.

»Depuis cette époque, la branche Albertine a conservé l'électorat,

tandis que la branche aînée ou Ernestine, réduite à des possessions

très circonscrites, s'est divisée en un grand nombre de rameaux. On

en a compté jusqu'à quatorze. Il n'en subsiste plus que six. Le

premier est celui de Weimar; le duc de ce nom est donc l'héritier

direct et naturel de l'électeur Jean-Frédéric, violemment et

injustement dépossédé par Charles-Quint.

»Malgré le laps du temps, les titres de ses descendants n'étaient

point mis en oubli. Dans la courte apparition qu'il fit au congrès

de Rastadt, Buonaparte dit un jour au ministre de l'électeur de

Saxe, avec cette brusquerie qui lui était familière: «Quand donc

votre maître compte-t-il restituer l'électoral à la branche

Ernestine[B]?»

[B] Quelques personnes prétendent que c'est à l'électeur lui-même,

après la bataille d'Iéna, qu'il adressa ce singulier compliment.

»Ce fut le même homme cependant, qui, par la suite, voulut que ce

prince prît le titre de roi.

»De ce jour datèrent toutes les infortunes de Frédéric-Auguste:

entouré, enchaîné, il lui fallut oublier qu'il était Allemand pour

faire cause commune avec l'oppresseur de l'Allemagne.

L'extravagante expédition de Moscou fit entrevoir aux princes et

aux peuples l'instant de leur délivrance. Le roi de Saxe se retira

en Bohême, et là, sur un territoire neutre, jouissant enfin de sa

liberté, il promit solennellement, dit-on, de joindre ses efforts à

ceux des libérateurs de l'Europe. Des motifs, que nous ne voulons

pas discuter ici, le déterminèrent à changer de résolution.

»Napoléon, fugitif, l'abandonna sans ressources à la vengeance des

souverains alliés. Frédéric-Auguste demanda à les voir; si nous en

croyons l'unanimité des relations publiques, son voeu fut repoussé.

»L'opinion publique qui est unanime relativement aux vertus privées

de ce prince, est au contraire singulièrement partagée en ce qui

concerne sa conduite politique. Les uns lui font un crime

irrémissible de sa persévérance dans son alliance avec l'ennemi du

genre humain; les autres seraient tentés de révérer en lui

l'instrument dont s'est servi la Providence pour prolonger

l'aveuglement de Napoléon. En effet, en mettant à sa disposition

ses forteresses et ses troupes, le roi de Saxe lui a inspiré le fol

espoir de conserver la ligne de l'Elbe. Pendant qu'il se

complaisait dans l'absurde possession de Dresde, pendant qu'il

sacrifiait des armées, longtemps invincibles, à garder et à couvrir

cette inutile cité, tout se préparait pour la perte de ce

conquérant insensé. S'il n'eût pas été maître des places de l'Elbe,

il eût été contraint d'aller prendre position derrière le Rhin; et

là, appuyé sur de nombreuses forteresses, assuré désormais de ses

communications avec la France, il lui restait encore les moyens de

traiter honorablement avec ses vainqueurs.

»Ainsi la main invisible et toute-puissante abaisse ce qu'elle

avait élevé, et relève ce qu'elle avait abaissé: ainsi après trois

siècles, la branche Albertine tombe du trône qu'elle avait usurpé,

et la branche Ernestine recouvre une partie de l'héritage qui lui

avait été ravi. Les Français en plaignant le sort de

Frédéric-Auguste respecteront en lui un prince issu du même sang

que l'auguste princesse qui donna le jour à nos souverains

bien-aimés Louis XVI et Louis XVIII.»

Dans une situation aussi importante qu'est celle où se trouve placé

le sort de ce souverain, au milieu des débats les plus difficiles sur

une pareille question, comment n'a-t-on pas fait connaître à ceux qui

dirigent les journaux le sens et l'esprit dans lesquels le

gouvernement croit qu'il faut diriger l'opinion, pour la gloire autant

que pour le véritable intérêt du roi et de la France?

Il importe de connaître l'origine et l'auteur de cet article inséré

dans le numéro 315 (11 novembre) de la _Gazette de France_. Il importe

également que le _Moniteur_ publie un article raisonné qui, sans être

officiel, discute la même question sous le rapport du droit et de

l'utilité. Le mémoire joint à la dépêche du 23 fournira à M. de

Reinhard[395] les matériaux pour sa rédaction.

[395] M. Reinhard était alors placé à la tête de la chancellerie du

département des affaires étrangères.

Nous l'avons fait circuler sous main et nous avons observé qu'il avait

produit quelque impression. Il s'agit de le changer de manière à ce

que l'insertion dans le _Moniteur_ ne paraisse pas être ce mémoire;

mais on peut faire usage des principes et du raisonnement qu'il

renferme.

Nous vous transmettons en même temps un article de la _Gazette

universelle_, qui paraît être sorti des bureaux autrichiens et

répondre à la fameuse circulaire du prince Repnin.

Il est bon de l'insérer dans le _Moniteur_, en y ajoutant qu'on se

plaît à le communiquer au public, comme digne de son attention et

renfermant les meilleurs principes. On pense que le petit coup de

patte donné à la France pourra être omis.

Nos journaux ont pour l'étranger une influence bien autrement forte

que celle que produisent les journaux des autres pays, parce qu'on

sait que les nôtres restent sous la surveillance et la mesure du

gouvernement.

Nous vous prions, monsieur le comte, de nous faire connaître le

résultat des informations que nous vous demandons.

L'importance de la question de la Saxe ne peut vous échapper. Les

principes que nous devons y soutenir sont les mêmes dont nous devons

nous servir pour mettre une digue à la marche de la Révolution, et

pour consacrer de nouveau les principes du droit des gens, sans

lesquels tout l'édifice social en Europe restera ébranlé.

Agréez...

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Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 2 · 第 74 / 104 题