_P.-S.--Cette lettre était en partie écrite avant l'arrivée de votre
numéro 9, qui prouve de plus en plus la nécessité d'établir un concert
avec l'Angleterre sur les questions qui partagent les négociateurs._
[356] Toute la fin de cette lettre ainsi que le post-scriptum ne se
trouvent pas dans le texte des archives du ministère.
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Nº 12 _bis_.--LES AMBASSADEURS DU ROI AU CONGRÈS, AU MINISTRE DES
AFFAIRES ÉTRANGÈRES A PARIS.
Vienne, le 12 novembre 1814.
Monsieur le comte,
Tous les renseignements particuliers qui nous reviennent nous font
présumer que les questions de Pologne et de Saxe ne sont point
améliorées, et qu'elles restent soumises à une aveugle obstination de
la part de l'empereur de Russie et du roi de Prusse, et à un abandon
funeste de la part de l'Autriche.
Un courrier du roi de Saxe, parti de Berlin le 5, a apporté une
protestation formelle qui nous a été communiquée. Cette déclaration
porte que le roi ne consentira à aucun échange et qu'il n'abdiquera
jamais. Son intention est que cette déclaration soit rendue publique.
Nous pensons qu'elle ne peut produire qu'un très bon effet et
probablement nous vous l'adresserons par le prochain courrier pour
être insérée dans le _Moniteur_. Le roi de Saxe refuse, depuis
l'établissement provisoire d'une administration prussienne, toute
espèce de traitement qui lui avait été assigné, et l'a fait savoir au
gouvernement prussien.
En attendant, le grand-duc Constantin est parti pour Varsovie. Il
porte, à ce qu'on assure, les instructions pour organiser cette
nouvelle Pologne, qui, insignifiante par elle-même, sera une source de
troubles pour ses voisins. L'Autriche en est alarmée; son cabinet
paraît vouloir épuiser tous les moyens pour détourner l'empereur de
Russie de ses projets, et détacher de lui le roi de Prusse. Incertaine
cependant de réussir, elle a pris le parti de faire marcher à peu près
vingt à vingt-cinq mille hommes sur la Gallicie. Ces troupes doivent
renforcer le cordon qu'elle avait sur cette frontière; mais l'Autriche
ne paraît pas vouloir s'opposer par le moyen des armes à
l'envahissement de la Saxe.
Le prince de Metternich a expédié un courrier à Londres. Il est
probable qu'il porte l'ordre à M. le comte de Meerveldt de représenter
au cabinet britannique combien il importe de soutenir fortement l'avis
qu'a donné lord Castlereagh dans ses notes à l'empereur de Russie. Ce
ministre veut que le grand-duché de Varsovie reste indépendant, ou que
la Vistule soit la frontière entre la Russie, la Prusse et l'Autriche.
C'est sur ces bases que les trois puissances négocient encore.
L'empereur Alexandre, cependant, est décidé à faire un pas de plus
pour atteindre son but, et il entraîne le roi de Prusse, auquel il a
donné le conseil de commencer l'organisation de la Saxe, tandis qu'il
commence celle du duché de Varsovie.
Cette conduite laisse en Europe un germe de guerre qu'on ne saurait
écarter dans ce moment. Elle fournira les éléments à de longues
agitations, et rend fort difficile la conclusion des affaires de
l'Allemagne.
On a, par suite de la dernière conférence particulière, repris les
affaires qui concernent l'Italie.
Le cabinet autrichien est d'autant plus disposé à les terminer que la
fermentation jacobine qui se montre dans cette partie de l'Europe, et
qui est protégée par Murat, l'inquiète. Cette fermentation est
soutenue par la Russie et par les Anglais. Lord William Bentinck[357]
a semé dans ces pays des idées de révolution qui devaient servir
contre Bonaparte et qui gênent dans l'ordre de choses actuel.
[357] On se rappelle que lord Bentinck avait, durant plusieurs
années, commandé un corps de troupes anglaises en Sicile.
La réunion de Gênes au Piémont se fera, à ce que nous croyons, en
vertu d'une capitulation. Les Génois avaient présenté le projet d'une
constitution qui, par son esprit démocratique, ne pouvait être admis.
Mais la capitulation est d'autant plus nécessaire que les Génois
répugnent singulièrement à cet acte de soumission et qu'il est bon
d'écarter partout autant qu'on le pourra les germes d'aigreur et de
discorde qui se multiplient sur tous les points à l'occasion de la
réunion des Belges aux Hollandais, des Saxons aux Prussiens, des
Italiens aux Autrichiens.
Nous sommes fondés à espérer de faire rendre Parme à la famille
d'Espagne, et de faire donner _une des légations_ à l'archiduchesse
Marie-Louise. Si cet échange peut être obtenu, on en proposera le
retour au Saint-Siège dans le cas où le prince son fils mourrait sans
enfants. On n'a pas encore parlé du sort de Murat; mais l'ambassade du
roi ne regardera aucun arrangement comme complet, si la retraite de
Murat n'y est stipulée.
Les affaires de Suisse n'ont point encore été touchées. On croit que
les alliés avaient le projet de lier les rapports de ce pays avec le
système militaire de l'Allemagne, pour opposer de plus fortes
barrières à la France. La nomination de M. de Stein, de la part de la
Russie, comme commissaire délégué pour cet objet, ferait peut-être
supposer quelques arrière-pensées. Mais cet arrangement serait
tellement contraire aux intérêts des Suisses, qu'on peut s'en
rapporter à eux-mêmes pour le voir écarter lorsqu'il en sera question.
Vous jugerez, monsieur le comte, par ce court exposé des occupations
du congrès que les résultats n'y sont pas fort avancés; mais que les
intrigues particulières ont continué d'être assez actives. De la part
des puissances elles découlent de deux sources: l'effroi que leur
inspire encore la France révolutionnaire, et le désir secret qu'elles
nourrissent de voir la France resserrée dans ses limites sans qu'elle
puisse user de ses moyens pour regagner l'influence qu'elle avait à
certaines époques de son histoire.
Le système que le roi a adopté rendra à la nation la confiance que les
mesures de son dernier gouvernement lui ont fait perdre, et avec elle,
l'intervention de la France sera plutôt recherchée que redoutée.
M. le comte de Noailles, qui après son arrivée a été présenté aux
souverains, a recueilli les observations et les paroles qui lui ont
été dites et qui lui ont paru mériter de l'intérêt. Nous avons
l'honneur de vous adresser les notes qui les renferment. Elles ne
présentent que des choses satisfaisantes.
Agréez...
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