LOUIS.

[306] Variante: Je ne conçois pas _comment_.

[307] Variante: et j'en _connais_.

[308] Patkul (1660-1707) était un gentilhomme livonien. La Livonie

était alors soumise à la Suède. Patkul essaya à plusieurs reprises

de réunir sa patrie à la Russie, et suscita divers soulèvements

contre les Suédois. Pierre le Grand l'envoya comme ambassadeur

auprès du roi de Pologne Auguste III, qui pour se concilier Charles

XII, le livra à ce prince. Patkul fut aussitôt traduit devant un

conseil de guerre qui le condamna à être roué et écartelé.

_P.-S._--Je reçois votre numéro 7. Il me confirme dans la résolution

de prendre une attitude militaire capable de me faire respecter.

J'approuve la déclaration que vous vous proposez de faire à l'empereur

de Russie, et je voudrais que votre conférence avec lui eût déjà eu

lieu.

Je vous autorise à reconnaître en mon nom au roi de la Grande-Bretagne

le titre de roi de Hanovre.

* * * * *

Nº 9 _bis_.--LES AMBASSADEURS DU ROI AU CONGRÈS, AU MINISTRE DES

AFFAIRES ÉTRANGÈRES A PARIS.

Vienne, le 31 octobre 1814.

Monsieur le comte,

L'époque fixée pour l'ouverture du congrès approchait, et c'est

hier soir seulement que M. le prince de Metternich a jugé à propos

d'avoir chez lui une conférence à laquelle ont été appelés les

plénipotentiaires des huit puissances signataires du traité de Paris.

M. le prince de Talleyrand y est venu et a présenté comme

plénipotentiaires français MM. le duc de Dalberg et le comte de la

Tour du Pin.

L'ambassadeur de Portugal y a amené quatre plénipotentiaires, et le

prince de Metternich s'était associé M. le baron de Wessemberg[309].

[309] Jean-Philippe, baron de Wessemberg-Ampfingen, né en 1773,

diplomate autrichien. Il représenta l'Autriche à la diète, lors de

l'affaire des sécularisations (1802), fut ensuite ambassadeur à

Berlin, puis à Munich et à Londres. Il assista M. de Metternich au

congrès de Vienne. En 1848, il fut un instant ministre des affaires

étrangères. Il mourut en 1858.

Le prince de Talleyrand avait, pour faciliter la besogne, fait rédiger

des articles de procès-verbal, dont le contenu présentait les moyens

de régulariser la marche du congrès. (Voyez pièces n{os} 1 à 5.)

Il s'en était entretenu la veille avec lord Castlereagh, qui, tout en

les approuvant, avait insinué qu'il fallait en causer avec le prince

de Metternich, et que tout ce qui viendrait de la part de la France

inspirerait toujours une sorte de défiance.

Le prince de Talleyrand les a communiqués avant la séance à M. le

prince de Metternich et à quelques autres plénipotentiaires.

A l'ouverture de la conférence, M. de Metternich a prononcé un

discours fort diffus dont le but était de déclarer que les

communications confidentielles qui avaient eu lieu sur les affaires de

Pologne n'avaient point encore amené de résultats, mais qu'on était à

la veille de décider cette question; que les conférences allemandes

avançaient le travail d'un pacte fédéral qui présenterait à l'Europe

une nouvelle garantie de repos; que, dans cet état de choses, il

n'était pas d'avis d'ajourner le congrès, mais de chercher une forme

qui laissât le temps de terminer ces discussions auxquelles les autres

puissances étaient étrangères. Il insista sur ce que le congrès actuel

ne pouvait pas proprement se nommer ainsi, et que la _forme

délibérante_ ne pouvait y être admise.

Ici, M. le prince de Talleyrand témoigna combien il paraissait

extraordinaire que, d'une conférence à l'autre, on changeât

d'intention et que les mots mêmes changeassent de sens. Qu'à Paris on

avait voulu un congrès; qu'à présent, ce congrès qu'on avait voulu,

ne devait plus avoir lieu, et ne devait pas être un congrès; qu'on a

dû ensuite se réunir au 1er novembre, mais cet _appel_, dit-on, n'a

pas été fait avec les _formalités_ nécessaires; que _l'ouverture_ ne

devait plus être une _ouverture_...

M. de Metternich a terminé son discours en proposant un nouveau délai

de dix à douze jours pour la vérification des pouvoirs que tous les

plénipotentiaires seraient invités d'envoyer à un bureau désigné à cet

effet. Et, parlant de l'influence qui pourrait être exercée sur le

congrès, il dit avec une espèce de malignité qu'il y en avait de deux

espèces: celle des difficultés que l'on pouvait faire naître, ou celle

des facilités que l'on pouvait donner.

Le prince de Talleyrand a relevé cette phrase, en disant que lorsque

tout le monde tend au même but, il n'y a d'autre influence que celle

de l'habileté ou de l'inhabileté.

M. de Metternich a communiqué ensuite un projet de déclaration, qui

est joint sous le numéro 6. Des discussions fort insipides et très

médiocrement engagées ont occupé pendant deux heures. Elles ont

signalé la légèreté et le peu de réflexion que l'on a apporté à

d'aussi importantes matières.

On est enfin convenu:

1º De ne point ajourner le congrès;

2º De nommer une commission pour vérifier les pouvoirs:

3º De se réunir le lendemain pour entendre la lecture d'un nouveau

projet de convocation; décider la question de savoir si le travail

pouvait se faire par des commissions nommées par le congrès pour être

revu dans un comité général, et déterminer la forme de délibération

qui serait admise.

On est convenu aussi que les rédactions présentées par les

commissaires français serviraient de base à la discussion fixée au

lendemain.

La commission pour la vérification des pleins pouvoirs a été tirée au

sort. C'est la Russie, l'Angleterre et la Prusse qui sont désignées.

Un rapport sera fait par elle, lorsque les pouvoirs auront été

présentés.

Ces conclusions donnent l'idée qu'un pas de plus a été fait; mais, en

examinant l'état des choses, on doit être convaincu:

1º Que les quatre puissances n'ont pas renoncé à établir le système

d'équilibre qu'elles ont imaginé à leur avantage;

2º Qu'elles veulent tenir la France éloignée de toute influence;

3º Que leur embarras du moment tient aux prétentions exagérées de

l'empereur de Russie, auxquelles on ne s'attendait pas;

4º Que, pour sortir de cet embarras, on voudrait sacrifier la Saxe et

avoir l'air d'être d'accord sur la Pologne;

5º Que les principes que le roi de France a proclamés ont rappelé

l'Europe à sa propre dignité, et que la voix qu'il fait entendre, si

elle n'a pas encore rallié tous les esprits sages, finira par être

écoutée un jour.

On voit ici la faiblesse du ministère autrichien, l'oubli de tout

principe de la part des cabinets de Russie et de Prusse, et les

préventions du cabinet de Londres contre la France, tout à découvert.

Et on ne peut résister à d'aussi fortes intrigues qu'en marchant ferme

dans la voie de la raison, et en s'étayant de tout ce qu'elle prescrit

de sage à l'égard de l'existence et des rapports des sociétés

publiques entre elles.

Si les puissances directement intéressées à l'arrangement de la

Pologne parviennent à s'entendre sur une limite qui ne renverse pas

tout équilibre dans cette partie de l'Europe, il nous reste l'espoir

que les choses en général s'arrangeront, et nous attendons avec

patience qu'on nous en donne communication. Par une stipulation

secrète, la Russie, la Prusse et l'Autriche sont convenues de régler

le partage du grand-duché de Varsovie sans que la France puisse y

intervenir, et nous croyons n'avoir rien à regretter à cet égard.

Si elles s'entendent, l'Europe sera tranquille. Si elles n'y

réussissent pas, la coalition est dissoute et la France se trouvera

appelée à l'intervention la plus honorable qu'elle ait jamais pu

exercer dans les affaires publiques.

On n'est pas encore à portée de pressentir la dernière disposition de

l'empereur de Russie qui, seul, par sa présomption et son esprit

romanesque est à la veille de rallumer la guerre et de troubler pour

longtemps l'Europe.

Il est revenu avant-hier soir de la course qu'il a faite en Hongrie

avec l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse.

Ce voyage qu'il a provoqué était encore marqué par l'intrigue. Il a

voulu cajoler la nation hongroise et s'entourer des chefs du clergé

grec, très nombreux en Hongrie. Nous tenons de lord Castlereagh

lui-même, que déjà les Grecs fomentent la guerre contre la Turquie;

que les Serviens viennent de reprendre les armes; qu'un corps russe se

porte sur la frontière. Et pendant que l'empereur de Russie se livre à

des projets d'agitation de ce côté, il annonce ici, aux ministres

suisses qu'il ne quittera pas Vienne sans avoir fini leurs affaires.

Il a nommé, à ce qui nous a été dit, M. le baron de Stein[310] pour

conférer avec eux.

[310] Charles, baron de Stein, né en 1757 à Nassau, d'une famille

noble et ancienne. Il entra en 1779 au service de la Prusse, fut

nommé en 1784 ministre à Aschaffenbourg et entra dans le cabinet en

1804. Il se montra très hostile à la France. Aussi dut-il se

retirer après la bataille d'Iéna. Rappelé en 1807, il ne tarda pas

à exciter la défiance de Napoléon, qui exigea son renvoi (1808); il

se réfugia en Autriche. En 1812 il alla en Russie, où il fut

accueilli avec empressement par l'empereur, qui se l'attacha, et

dont il fut un des conseillers les plus écoutés. Durant les années

1813 et 1814, il excita par tous les moyens les passions allemandes

contre la France, et suivit les souverains alliés à Paris. Il vint

ensuite au congrès de Vienne, où il retrouva l'empereur Alexandre

qui se servit de lui en plusieurs occasions. Plénipotentiaire au

congrès d'Aix-la-Chapelle en 1818, conseiller d'État en 1827, il

mourut en 1831.

Avant son départ pour la Hongrie, il a ordonné qu'on préparât une

réponse à lord Castlereagh sur la question de la Pologne, et que l'on

rédigeât des mémoires sur le rétablissement et l'organisation de ce

pays.

S'il persiste, c'est à ce rapport que les événements de l'Europe vont

se rattacher infailliblement, et peut-être cela se fera-t-il au

désavantage de la Russie.

On croit que la réponse sera remise à lord Castlereagh dès que

l'empereur Alexandre l'aura corrigée et approuvée. On la croit de

nature à établir les prétentions de créer une Pologne dans le duché de

Varsovie, et de donner la Saxe à la Prusse.

La grande-duchesse d'Oldenbourg disait avant-hier que ces deux

questions lui paraissaient décidées _par son frère_.

Nous avons répété souvent que, pour l'empêcher, il n'y avait d'autre

moyen que d'opposer l'opinion de l'Europe à l'abus que la Russie

voudrait faire de ses forces, et que c'était pour cette raison qu'il

fallait convoquer le congrès et lui donner le plus de dignité

possible. Si la Russie devenait tout envahissante, la France devrait

être toute protectrice.

Sans la faiblesse de M. de Metternich et les préventions de lord

Castlereagh contre une influence quelconque de la France dans les

affaires de l'Europe, la chose s'exécuterait. Cependant cette position

se prolonge et on peut dire que, pendant que l'on craint encore la

France, on s'aveugle sur tous les autres dangers.

Au milieu de tous ces mouvements pour ramener l'empereur de Russie à

des idées modérées sur la Pologne, les conférences allemandes

présentent quelque intérêt par la conduite qu'y tient la Bavière.

Le plan de la Prusse était de former une ligue très étroite, et d'en

partager la direction avec l'Autriche. La Bavière a déjoué cette

proposition en demandant que la direction alternât. Elle sentait que

la Prusse voulait s'appuyer de cette ligue pour consolider son

usurpation sur la Saxe. Et comme elle ne veut pas y consentir, elle

fera connaître ses intentions lorsque l'occupation de la Saxe lui sera

connue officiellement; et à cette époque, elle doit déclarer qu'elle

ne coopérera point à ce résultat. Pour se mettre en mesure de soutenir

ce rôle indépendant, la Bavière vient d'ordonner une forte levée de

recrues, et porte son armée à soixante-dix mille hommes.

Vous voyez, monsieur le comte, que si, dans nos dernières dépêches,

nous avons engagé le roi à prendre l'attitude qui convient à sa

dignité et au besoin du moment, nous avons fait en sorte qu'il n'ait

pas à craindre d'être compromis avec les forces d'une coalition qui

armerait contre la France, et qu'il se trouve, au contraire, à la tête

de celles qui se réuniront pour défendre les libertés de l'Europe, si

on les menace.

L'article du _Moniteur_[311], qui proclame hautement les principes et

le système qui dirigent la politique du roi, a fait ici la plus vive

sensation et il a été généralement applaudi. Nous avons observé que

tandis qu'on répandait que les armées françaises, chagrines de la

perte des conquêtes, entraîneraient le gouvernement dans une nouvelle

guerre et qu'il fallait rester sous les armes, ce même gouvernement

avait assez de force et dirigeait assez bien l'opinion publique pour

déclarer que la France était contente de ses limites, parce qu'elle

trouvait en elle tous les éléments de force et de prospérité dont

elle avait besoin pour être heureuse.

[311] Voici cet article:

«La déclaration précédente (_celle des plénipotentiaires qui

ajournait l'ouverture du congrès au 1er novembre, voir pages 345 et

suivantes_), en exposant les motifs qui font différer l'ouverture

du congrès de Vienne, est le premier garant de l'esprit de sagesse

qui dirigera les travaux des plénipotentiaires assemblés. C'est en

effet par la maturité des conseils, c'est dans le calme des

passions, que doit renaître la tutélaire autorité des principes du

droit public, invoqués et reconnus dans le dernier traité de Paris.

»Ainsi la juste attente des contemporains sera remplie, et l'on

obtiendra, dans les prochaines négociations, un résultat conforme à

ce que le droit des gens et la loi universelle de justice

prescrivent aux nations entre elles.

»A l'époque où de grandes puissances se sont liguées pour ramener

dans les relations mutuelles des États le respect des propriétés et

la sûreté des trônes, on ne peut attendre que des transactions

politiques revêtues de cet équitable caractère.

»Déjà l'Europe accepte cet heureux augure, et la France, qui n'est

jalouse d'aucun des avantages que d'autres États peuvent

raisonnablement espérer, n'aspire qu'au rétablissement d'un juste

équilibre. Ayant en elle tous les éléments de force et de

prospérité, elle ne les cherche point au delà de ses limites; elle

ne prête l'oreille à aucune insinuation tendant à établir des

systèmes de simple convenance; et reprenant le rôle qui lui assura

jadis l'estime et la reconnaissance des peuples, elle n'ambitionne

d'autre gloire que celle dont les garanties reposent sur l'alliance

de la force avec la modération et la justice; elle veut redevenir

l'appui du faible et le défenseur de l'opprimé.

»Dans cette disposition, la France concourra aux arrangements

propres à consolider la paix générale; et les souverains qui ont si

noblement proclamé les mêmes principes, consacreront avec elle ce

pacte durable qui doit assurer le repos du monde.»

(_Moniteur_, 22 oct. 1814.)

C'est ainsi que l'on désarmera la masse de haines et de défiances qui

s'élève encore contre nous, et que l'on ramènera la confiance, but

principal auquel il faut tendre, pour donner au roi la force et la

dignité qui lui conviennent dans ses relations avec l'Europe.

Agréez...

* * * * *

Nº 10 _bis_.--LES AMBASSADEURS DU ROI AU CONGRÈS, AU MINISTRE DES

AFFAIRES ÉTRANGÈRES A PARIS.

Vienne, le 31 octobre 1814.

Monsieur le comte,

La conférence indiquée dans notre lettre de ce jour a eu lieu ce soir,

avant l'expédition du courrier. Nous avons l'honneur de vous

entretenir de son résultat.

Après la lecture du protocole de la conférence du 30, on a voté la

déclaration dont copie est ci-jointe. Elle sera imprimée dans la

journée de demain.

On a approuvé les projets remis hier par M. le prince de Talleyrand et

portés dans la correspondance sous les numéros 2 et 3. M. de

Metternich a proposé de délibérer sur ceux numéros 4 et 5; M. de

Nesselrode a demandé qu'on voulût bien ajourner à demain cette

délibération, n'ayant pas eu le temps de prendre les ordres de

l'empereur. Cela a été agréé.

Dans une conversation entre les deux empereurs en Hongrie, où l'on a

discuté les questions qui paraissaient devoir les diviser, l'empereur

de Russie a dit: «Je n'ai pas encore donné mon dernier mot.»

A la séance d'aujourd'hui, lord Castlereagh avait avec lui lords

Stewart, Cathcart[312] et Clancarty[313].

[312] Lord William Cathcart, né en 1755, entra dans l'armée, fit la

campagne d'Amérique, devint brigadier général en 1793, et servit

comme tel en Hollande. Il fut nommé pair d'Écosse en 1807, membre

du conseil privé, et vice-amiral. Il dirigea en 1809 l'expédition

contre Copenhague. En 1812 il alla à Pétersbourg comme ambassadeur,

suivit le quartier général de l'empereur Alexandre durant les

campagnes de 1813 et 1814, et signa le traité de Paris du 30 mai.

Il fut envoyé à Vienne comme plénipotentiaire au congrès. En 1815,

il fut créé pair d'Angleterre. Il mourut en 1843.

[313] Richard Power-Trench, comte de Clancarty, conseiller privé,

président du comité du conseil privé pour les colonies et le

commerce, maître général des postes. En 1814, il fut accrédité à

Vienne comme plénipotentiaire.

On a annoncé que MM. les comtes de Rasumoffski[314] et de

Stackelberg[315] assisteraient de la part de la Russie à la première

conférence.

Agréez...

[314] André, comte puis prince Rasumoffski, né en 1752, diplomate

russe, fut successivement ambassadeur à Stockholm, à Naples puis à

Vienne, où il assista au congrès. Il mourut en 1836.

[315] Gustave, comte de Stackelberg, conseiller intime et

chambellan de l'empereur Alexandre. Il était alors ambassadeur de

Russie à Vienne, et assista comme tel au congrès.

* * * * *

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 2 · 第 60 / 104 题