[188] Variante: _avec quelle impatience_, j'attends.
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Nº 3 _bis_.--LES AMBASSADEURS DU ROI AU CONGRÈS AU MINISTRE DES
AFFAIRES ÉTRANGÈRES.
Vienne, le 4 octobre 1814.
Monsieur le comte,
Depuis notre dernière lettre, nous avons fait un pas de plus. Il ne
nous conduit cependant point encore à voir commencer le travail du
congrès. Nous vous exposons succinctement les démarches qui ont eu
lieu.
M. le prince de Metternich, par un billet en date du 29 septembre,
adressé à M. le prince de Talleyrand, l'a invité à une conférence
particulière. La copie se trouve jointe sous le numéro 1[189].
[189] Il est souvent fait mention soit dans les lettres de M. de
Talleyrand soit dans celles des ambassadeurs, de pièces jointes à
la correspondance et envoyées au département. Ces pièces ne se
trouvaient point rattachées au manuscrit des _Mémoires_ du prince.
Elles n'ont pas pu trouver place ici.
Le mot _assister_ et les ministres indiqués faisaient supposer que
cette réunion devait porter le caractère d'une sorte de complaisance
de la part des alliés envers la France. Le prince de Talleyrand y
répondit par le billet ci-joint numéro 2. Vous observerez, monsieur le
comte, qu'en plaçant l'Espagne avant la Prusse, on détruisait
l'intention de M. le prince de Metternich.
Plus tard on sut que M. le prince de Metternich avait fait une
invitation à M. de Labrador, dans laquelle il dit: «Le prince de
Metternich et ses collègues les ministres de Russie, d'Angleterre, et
de Prusse invitent...»
M. de Labrador qui s'attache beaucoup à l'ambassade de France et qui
paraît applaudir à la régularité de sa marche et des principes, a
répondu comme M. le prince de Talleyrand le lui a indiqué.
La conférence a eu lieu chez le prince de Metternich même. Il avait
choisi M. de Gentz, connu pour ses relations anglaises et prussiennes,
comme rédacteur du procès-verbal.
On y fit lecture d'un protocole et d'un projet de déclaration.
Le protocole commençait par nommer les _alliés_ à chaque alinéa, et la
déclaration était faite en leur nom. Elle se trouve jointe sous le
numéro 3.
Le prince de Talleyrand, après avoir relevé deux fois le mot _alliés_,
en déclarant que c'était une insulte au milieu d'un congrès tel
qu'était celui qu'on avait réuni, observa que les conclusions de cette
pièce blessaient les égards dus aux autres puissances; et qu'il
n'appartenait point à _elles seules_ de prendre une initiative qui
n'était fondée sur aucun droit; qu'il valait mieux inviter toutes les
puissances à se réunir en congrès, à faire nommer des commissions, et
procéder ainsi avec la mesure sans laquelle rien n'est légitime; il
déclara enfin qu'il ne pouvait reconnaître aucun arrangement
particulier qui aurait été fait depuis la signature du traité de
Paris.
Le prince de Talleyrand adressa le soir le résultat de ses
observations aux cinq ministres qui s'étaient réunis le matin. Sa note
est sous le numéro 4.
Cette note semble avoir fait retarder la convocation d'une seconde
conférence; et il nous est revenu que les ministres paraissaient en
être embarrassés. Il nous a été dit d'un autre côté qu'ils avaient
l'air de croire qu'on voulait leur faire la leçon, et qu'ils ne
paraissaient pas rendre justice aux soins que l'on prenait de les
ramener aux principes, qui, seuls, peuvent rendre à l'Europe une
assiette solide.
Le prince de Talleyrand s'est décidé à adresser une note officielle,
attendu que ces ministres avaient tenu des conférences préparatoires,
qu'ils avaient signé un procès-verbal et avaient arrêté la publication
de cette pièce, comme étant conforme à l'arrangement qu'ils avaient
pris d'exercer une sorte d'initiative dans les affaires qui restaient
à régler. Voyant qu'il existait quelque chose d'officiel d'un côté, il
crut qu'il fallait qu'il y eût aussi, de l'autre, quelque chose
d'officiel.
Vous jugerez, monsieur le comte, par la lecture de ces différentes
pièces, que les affaires générales ne sont point encore traitées avec
cette franchise et ce sentiment de justice et d'équité qui peuvent les
faire terminer promptement. Vous jugerez également que la position de
l'ambassade de France est fort difficile, parce qu'elle a pour
direction d'engager les autres puissances à être modérées et
raisonnables, et que ces puissances se trouvent encore liées par des
engagements antérieurs et dirigées par une ambition intolérable.
L'opinion que nous énonçons à cet égard est confirmée par une audience
particulière que M. le prince de Talleyrand a eue de Sa Majesté
l'empereur de Russie, et dont il est nécessaire, monsieur le comte, de
vous parler.
L'empereur questionna avec affectation sur l'état de la France, de ses
armées, de ses finances, de l'esprit public; il annonça vouloir
conserver ce qu'il tenait, et posa en principe que, dans les
arrangements qui allaient avoir lieu, il devait y trouver ses
_convenances_. Le prince de Talleyrand observa qu'il fallait plutôt y
chercher _le droit_. L'empereur alors prononça ces mots: «_La guerre
donc!_... vous voulez donc la guerre...?» Le prince de Talleyrand
prit, sans répondre, l'attitude qui indiquait à l'empereur que c'était
lui-même qui la déciderait et qui en porterait la responsabilité.
L'empereur fit entendre qu'il s'était arrangé avec les grandes
puissances, ce que le prince de Talleyrand mit en doute, attendu que
la France n'y avait point concouru, et que toutes s'annonçaient comme
libres d'engagements particuliers, étrangers à ce qui avait été fait à
Paris.
Telle est la situation des affaires. Il nous revient de toute part que
déjà les moyennes et les petites puissances se tournent vers la France
pour y chercher un appui; et nous nous flattons toujours que la nation
russe et l'armée, ne mettant point d'intérêt au rétablissement de la
Pologne et ne voulant pas la guerre pour soutenir des vues d'ambition,
l'empereur de Russie rentrera en lui-même et consentira que l'Europe
recouvre le repos et la tranquillité, en se plaçant sous l'égide des
principes que dicte la raison.
Nous avons l'honneur, monsieur le comte, de vous adresser copie d'une
lettre du ministre de Portugal à lord Castlereagh, par laquelle il
réclame contre l'exclusion qu'on a faite de lui aux premières
conférences, comme ministre portugais. Le prince de Talleyrand a cru
devoir appuyer sa demande.
Agréez....
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