Pourtant le lendemain M. Sénez ne partit pas, le surlendemain non plus,
ni les jours suivants. Peu à peu sa joie lui revint; il retourna au
bastidon.
Une après-midi, plus joyeux encore qu’à l’ordinaire, mais joyeux de
cette joie discrète des inventeurs qui ont trouvé:
--Venez avec moi, me dit-il mystérieusement, je veux vous montrer
quelque chose.
Ce qu’il me montra, jamais je ne l’oublierai.
Au dessus du petit bassin, les deux saules, liés par la tête et
rappelant dans cette attitude contrainte les combats de boucs et
d’ægipans debout sur leurs pieds de derrière et se heurtant du front qui
servent de culs-de-lampe aux belles éditions du dix-septième siècle, les
deux saules, courbés, tordus, garrottés, dessinaient l’arc rêvé par M.
Sénez, tandis que des ficelles supplémentaires tiraient en bas les
maîtresses branches et les faisaient tremper dans l’eau.
O puissance de l’invention! les saules mal peignés étaient devenus, par
force, de superbes saules pleureurs, et M. Sénez, en possession de son
idéal, pleurait de joie en regardant pleurer ses saules.