M. Sénez faisait déjà ses paquets.

Pourtant le lendemain M. Sénez ne partit pas, le surlendemain non plus,

ni les jours suivants. Peu à peu sa joie lui revint; il retourna au

bastidon.

Une après-midi, plus joyeux encore qu’à l’ordinaire, mais joyeux de

cette joie discrète des inventeurs qui ont trouvé:

--Venez avec moi, me dit-il mystérieusement, je veux vous montrer

quelque chose.

Ce qu’il me montra, jamais je ne l’oublierai.

Au dessus du petit bassin, les deux saules, liés par la tête et

rappelant dans cette attitude contrainte les combats de boucs et

d’ægipans debout sur leurs pieds de derrière et se heurtant du front qui

servent de culs-de-lampe aux belles éditions du dix-septième siècle, les

deux saules, courbés, tordus, garrottés, dessinaient l’arc rêvé par M.

Sénez, tandis que des ficelles supplémentaires tiraient en bas les

maîtresses branches et les faisaient tremper dans l’eau.

O puissance de l’invention! les saules mal peignés étaient devenus, par

force, de superbes saules pleureurs, et M. Sénez, en possession de son

idéal, pleurait de joie en regardant pleurer ses saules.

Au bon soleil · 第 43 / 75 题