M. Sénez était fou de ses saules.

Pendant quinze jours il ne les quitta pas, perdant le boire et le

manger, épiant l’apparition du premier bourgeon avec une joyeuse

inquiétude.

--Mes saules poussent! mes saules poussent! disait-il tous les soirs

quand il rentrait. Il se couchait de bonne heure pour rêver d’eux.

Puis un jour, subitement, M. Sénez devint sombre; il ne parlait plus des

saules, il ne voulait plus qu’on lui en parlât.

Et cependant, en plein mois de mars, devaient-ils avoir assez de

feuilles!

Je flairais un drame dans ces saules! Je voulus les voir de mes yeux;

sans avertir M. Sénez, je me rendis à la maisonnette.

Pauvre ami! Pauvre M. Sénez! Alors je compris ses tristesses. Le paysage

idéal était là; le soleil couchant se couchait; la grenouille chantait

sous le jet d’eau; mais les saules, les fameux saules, qu’il avait rêvés

échevelés et blonds comme une jeune fille d’Allemagne, les saules

pleureurs, hélas! ne pleuraient pas: horribles, hérissés, ils portaient

fièrement la chevelure en broussaille du _salix vulgaris_, des simples

saules, ces écoliers mal peignés de la végétation.

Ce fut navrant.

On m’a volé, disait M. Sénez; la campagne n’a plus de charme pour moi!

Je partirai demain.

Au bon soleil · 第 42 / 75 题