Les murs de ma chambre sont garnis d'estampes et de tableaux qui
l'embellissent singulièrement. Je voudrais, de tout mon cœur, les
faire examiner aux lecteurs les uns après les autres, pour l'amuser et
le distraire le long du chemin que nous devons encore parcourir pour
arriver à mon bureau; mais il est aussi impossible d'expliquer
clairement un tableau, que de faire un portrait ressemblant d'après une
description.
Quelle émotion n'éprouverait-il pas, par exemple, en contemplant la
première estampe qui se présente aux regards!--Il y verrait la
malheureuse _Charlotte_, essuyant lentement, et d'une main tremblante,
les pistolets d'_Albert_.--De noirs pressentimens et toutes les
angoisses de l'amour sans espoir et sans consolation sont empreints sur
sa physionomie; tandis que le froid _Albert,_ entouré de sacs de procès
et de vieux papiers de toute espèce, se tourne froidément pour
souhaiter un bon voyage à son ami. Combien de fois n'ai-je pas été tenté
de briser la glace qui couvre cette estampe, pour arracher cet _Albert_
de sa table, pour le mettre en pièces, le fouler aux pieds! Mais il
restera toujours trop d'_Alberts_ en ce monde. Quel est l'homme sensible
qui n'a pas le sien, avec lequel il est obligé de vivre, et contre
lequel les épanchemens de l'ame, les douces émotions du cœur et les
élans de l'imagination, vont se briser, comme les flots sur les
rochers?--Heureux celui qui trouve un ami, dont le cœur et l'esprit
lui conviennent; un ami qui s'unisse à lui par une conformité de goûts,
de sentimens et de connaissances; un ami qui ne soit pas tourmenté par
l'ambition ou l'intérêt;--qui préfère l'ombre d'un arbre à la pompe
d'une cour!--Heureux celui qui possède un ami!