--Je suis, lui dit-il, le commis de M. Drayton, le bijoutier de la rue
de la Paix, et je viens vous demander un de ces services qu'on se doit
entre négociants....
L'autre avait froncé les sourcils. Peut-être trouvait-il que M. Drayton
avait des employés de bien haute mine. Peut-être s'imaginait-il voir
poindre quelqu'une de ces escroqueries dont à chaque instant les
boutiquiers sont victimes.
--Parlez, fit-il.
--Je vais de ce pas, reprit M. de Trégars, livrer une bague qu'une dame
nous a achetée hier. Elle n'est pas notre cliente et ne nous a pas donné
de références. Si elle ne paye pas, dois-je laisser le bijou? Mon patron
m'a dit: «Consultez quelque notable commerçant du quartier, et suivez
ses conseils...»
Notable commerçant!... La vanité délicatement chatouillée riait dans
l'oeil de l'épicier.
--Comment appelez-vous votre dame? interrogea-t-il.
--Mme Zélie Cadelle.
L'épicier éclata de rire.
--En ce cas, mon garçon, fit-il en frappant familièrement sur l'épaule
du soi-disant commis, qu'elle paye ou non, lâchez l'objet.
La familiarité n'était peut-être pas fort du goût du marquis de Trégars.
N'importe.
--Elle est donc riche, cette dame, fit-il?
--Personnellement, non. Mais elle est protégée par un vieux fou qui lui
passe toutes ses fantaisies....
--Vraiment?
--C'est-à-dire que c'est scandaleux, et qu'on ne peut pas se faire une
idée de ce qui se dépense d'argent dans cette maison: chevaux, voitures,
domestiques, toilettes, bals, grands dîners, jeu d'enfer toute la nuit,
carnaval perpétuel, ce doit être une ruine....