A.

«LE MAGE»

On sait avec quel soin la direction de l'Opéra a monté l'oeuvre de MM.

Richepin et Massenet, le _Mage_. Les décorateurs, au reste, avaient de

quoi donner carrière à leur imagination: cette reconstitution d'une

époque ancienne, préhistorique, ne pouvait que les séduire.

Entre les nombreux et intéressants tableaux que comporte le _Mage_, nous

choisissons, tout d'abord, le premier, qui est représenté par la plus

petite de nos gravures. Nous sommes dans le camp de Zarastra. La tente

du guerrier s'élève à droite: à gauche, un cèdre aux larges ramures se

dresse: le fond nous ouvre une perspective souriante sur la ville de

Bakdi et ses pittoresques monuments... C'est là que Zarastra, vainqueur

des Touraniens révoltés, après avoir repoussé l'amour de Varehda, la

belle prêtresse de Djaki, déesse des voluptés, déclare son amour à sa

royale prisonnière, la belle Anahita, souveraine des Touraniens. Anahita

se laisse aller aux bras de Zarastra: dans la nuit, on entend la chanson

plaintive des prisonniers, et la reine s'écrie:

Hélas! ils s'en vont et je reste ici:

Mon peuple est captif et mon coeur aussi.

Notre grande gravure nous transporte dans la salle du sanctuaire, dans

le temple de la Djaki. Un large dôme est soutenu par d'immenses

pilastres incrustés de pierreries éclatantes... Au fond, s'élève l'autel

et la statue aux proportions colossales de la déesse de la Volupté... On

célèbre les mystères de la déesse. Les prêtresses en tunique de gaze

traversées de guirlandes de fleurs, les tourneuses aux torses nus avec

jupes transparentes et des coiffures de perles bleu-paon, accomplissent,

les danses du rite... Ces mystères précèdent le mariage de la reine

Anahita avec le loi de l'Iran. Anahita a cru, en effet, le mensonge

inventé contre Zarastra par la prêtresse Varedha: son coeur est chagrin,

elle pense bien à l'absent, mais, résignée ou non, elle va céder à la

loi qui lui est imposée et devenir la femme du roi de l'Iran... Mais

voici qu'une rumeur, d'abord sourde, se fait entendre. Les cris se

rapprochent, des sonneries de trompette éclatent. Ce sont les

Touraniens. Ils envahissent le temple, la torche et le fer à la main...

Notre gravure représente le moment précis où les Touraniens, délivrant

leur reine, lui tendent une épée, qu'elle brandit en signe «le joie et

de triomphe, et où ils se précipitent, pour les tuer, sur les deux

imposteurs: Varedha, la prêtresse, et son père Amrou, le grand-prêtre de

Djaki.

Outre ces deux gravures, nous publions une page de la belle partition de

M. Massenet, que nous devons à l'obligeance de ses éditeurs, MM.

Hartmann et. Cie 20, rue Daunou.. C'est la large et puissante invocation

religieuse de Zarastra, que chante au troisième acte M. Vergnet.

Ad. Ad.

L'Illustration, No. 2508, 21 Mars 1891 · 第 17 / 28 题