Quant aux infirmités spirituelles qui sont cachées, il est s

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REGLES

POUR LES OFFICIERES

DU MONASTERE

DE L'ANNONCIADE.

_Fondé à Genes l'année de notre Salut 1604_

Réimprimées à Genes, & accommodées à la pratique de l'observance des

Constitutions pour les Monastéres du même Ordre.

_L'Année M. DC. XXIV._

_Sur l'Imprimé à Paris._

A BESANÇON,

Chez JEAN-LOUIS BOUDRET, Imprimeur & Marchand-Libraire, proche les

Jesuites.

_M. DCC. XLV._

REGLES POUR LA PRIEURE.

_De la maniere dont la Prieure doit gouverner, tirée de l'Institut & des

Avis que notre Pere St Augustin lui donne dans sa Régle._

Parce que la charité après Dieu commence par soi-même, & ensuite s'étend

envers le prochain. Il est nécessaire de voir premierement comment la

Mere se doit comporter envers soi-même, tant pour ce qui concerne

l'esprit, comme pour le regard du corps. Secondement, envers la

Communauté. Troisiémement, envers chacune des Soeurs en particulier;

tant pour ce qui est de l'Institut, comme pour les répréhensions, & le

soin corporel.

Du soin de soi-même pour le regard de l'ame.

Chapitre I.

La Mere Prieure considerera souvent les paroles que notre Pere St

Augustin dit dans sa Régle, sçavoir. _Qu'elle ne s'estime pas heureuse

pour avoir la liberté de commander aux autres, mais parce que par là

elle a occasion de les servir en charité._

Qu'elle soit préferée aux Soeurs devant les hommes; mais devant Dieu

qu'elle se regarde comme devant être dessous les pieds de toutes, &

qu'elle se montre à toutes aussi un exemple de vertus.

Et plus elle paroît dans un lieu éminent, plus elle est en grand danger,

comme devant rendre compte à Dieu pour toutes les Soeurs.

Elle ajoûtera à ces considerations, que comme elle a été élûë à cet

Office pour faire avancer les Soeurs dans la perfection, & pour leur

faire observer les Régles de leur Institut, elle doit faire son possible

pur les inviter à cette perfection, plus par les exemples que par les

paroles; observant parfaitement les Régles communes, & donnant exemple à

toutes des vertus qu'elle désire en elles, agissant en toutes occasions

avec charité & douceur. Et comme elle se doit apliquer au gouvernement

avec une grande vigilance, ainsi il convient qu'elle s'adonne encore

avec un plus grand soin à l'étude de l'Oraison, par laquelle elle doit

soutenir le Monastére.

Du soin du corps.

Chapitre II.

Quoi qu'en toutes choses, elle doive éviter la singularité autant qu'il

lui sera possible, cependant il est convenable qu'elle ait dans toutes

ses nécessités ce dont elle aura besoin. Et lorsqu'en tel cas elle

n'auroit pas soin d'elle-même, sous prétexte de donner édification, la

Sous-Prieure & les Discrettes y doivent diligemment prendre garde, &

faire qu'elle obéisse, & qu'elle vive de la façon qu'elle le jugeront

nécessaire pour sa conservation.

Comme elle doit se comporter pour ce qui concerne le bien commun.

Chapitre III.

Le bien commun du Monastére se peut considerer. Premierement, en ce qui

a raport à l'esprit. Secondement, pour ce qui concerne le gouvernement.

Troisiémement, dans ce qui regarde la santé des Soeurs. Quatriémement, à

l'égard de la conservation des revenus.

Et sur tout cela, qu'elle considere bien l'avis que lui donne notre Pere

St Augustin dans sa Régle.

_Qu'il convient principalement à la Prieure de faire ensorte que toutes

les Régles soient observées. Et que s'il y en a quelqu'une qui n'ait pas

été bien observée, qu'elle ne passe point négligemment sur les

inobservances, mais qu'elle aye soin de l'amendement & de la

correction._

C'est pourquoi se sentant chargée du fardeau de garder, & de faire

garder les Régles & les Ordres, que (comme une sentinelle qui garde une

Armée, ou une Ville, tandis que les autres dorment) elle veille toujours

sur une affaire si importante, & si fort à la gloire de Dieu.

Du bien commun spirituel que l'oeil peut apercevoir.

Chapitre IV.

Dans ce qui peut être aperçu, qu'elle voye si toutes les Soeurs se

trouvent à tous les exercices Spirituels en leurs tems, ainsi qu'elles y

sont obligées, comme à l'Office, à la Méditation, à la Messe, aux

Sacremens, & aux examens: de sorte qu'aucune n'y puisse manquer une

seule fois, qu'elle ne le sçache, ou par soi-même, ou par le moyen de la

Sous-Prieure. De plus elle doit prendre garde que quant à l'extérieur

chacune assiste à ces exercices d'une façon décente, & qu'en

Psalmodiant, ou méditant, pas une ne fasse aucun acte par lequel elle

puisse distraire les autres.

Et lorsque quelqu'une seroit endormie dans le tems de la Méditation, ou

de l'examen, celle qui sera près d'elle s'en apercevant l'éveillera, &

celle qui dormoit résistera au sommeil en quelque maniere, quand même il

seroit nécessaire qu'elle demeurât debout.

Et pour cet effet, il est à propos que les Soeurs reposent autant qu'il

est necessaire, afin qu'elles soient vigilantes dans le tems convenable,

& pour cela quand les nuits sont fort courtes, on doit prendre garde de

retarder les exercices du matin, en sorte que les Offices divins qui

sont de si grande importance pour la gloire de Dieu, & pour

l'édification du prochain, soient faits avec vigilance, n'ayant point

égard, ni au travail, ni à d'autres vûës basses, par raport au Service

de Dieu.

Du bien spirituel pour ce qui concerne l'intérieur.

Chapitre V.

Si la Mere avoit des yeux qui puissent pénétrer l'intérieur, il seroit

encore necessaire qu'elle prît garde avec quelle attention, avec quel

ordre, avec quel esprit & quelle ferveur chacune fait ses exercices,

conformément à ce que demande l'institut.

Mais puisque cela est propre à Dieu seul, il est nécessaire qu'elle

fasse à l'extérieur tout ce qui est convenable, afin que ce ne soit

point par sa faute si l'intérieur ne va pas bien.

De quatre obstacles à la dévotion intérieure.

Et parce que les exercices de la vie intérieure peuvent recevoir du

préjudice, ou par ignorance, ou par lâcheté, ou par affections, &

passions déréglées, ou par des vaines pensées, il est convenable qu'elle

ôte du coeur des Soeurs ces empêchemens le mieux qu'elle pourra.

Remédes contre l'ignorance.

Chapitre VI.

Pour le regard de l'ignorance, elle procurera que toutes aprennent à

bien faire l'examen de conscience, à se bien confesser, la maniere

d'entendre la Messe avec dévotion, de psalmodier dévotement, & les

Régles de méditer diverses matieres spirituelles, les instruisant

elle-même, ou les faisant instruire par quelque autre, conformément aux

avis qu'elles en auront, faisant quelquefois des conferences publiques,

tantôt sur une matiére, & tantôt sur une autre, au moins une fois le

mois, si le besoin ne l'exige pas plus souvent.

Remédes contre la lâcheté dans le Service de Dieu.

Chapitre VII.

Quand aux moyens de bannir la nonchalance, elle fera en sorte qu'elles

ayent des exhortations, si elle ne peut toutes les semaines, au moins

tous les 15. jours, & que toutes celles qui pourront s'y trouver y

assistent.

Que l'on fasse quelque-fois des conferences spirituelles sur diverses

vertus, & sur le moyen de les acquerir.

Que l'on lise de bons livres au Réfectoire.

Que chacune ait son tems pour lire quelque livre spirituel, non pas par

curiosité, mais pour en tirer du fruit.

Et pour ce qui est des livres spirituels, qu'elle prenne garde qu'aucun

n'entre dans la maison sans qu'elle en soit avertie, & sans sa

permission, & qu'elle n'y laisse entrer aucun livre vain.

Ni encore moins de livre qui traite des cas de conscience, ni vulgaire,

ni Latin, ni formulaire de Confession, pour plusieurs bonnes &

importantes raisons.

Remédes contre les passions intérieures.

Chapitre VIII.

Comme il n'y a rien qui soit un plus grand obstacle à l'oraison que les

passions, & les affections déréglées; aussi il est nécessaire que la

mere soit fort soigneuse d'aider les Soeurs à les combattre.

Et parce que le reméde contre ces passions est l'exercice des vertus

morales, elle doit avec trois moyens communs aider les Soeurs à

s'exercer dans la pratique de ces vertus.

Le premier est, qu'elle-même leur donne l'exemple de la mortification, &

des actes vertueux qu'elle désire en elles.

Le second, qu'elle procure que l'on lise au Réfectoire les instructions

qui leur ont été données pour fuir, & se garantir des vices, & pour

acquerir les vertus, lesquelles sont distinguées par articles, afin que

chacune s'en puisse servir pour méditer: les constitutions permettent de

tenir ce livre dans la chambre à cause qu'il a été fait exprès pour

l'instruction & le profit de cet Ordre. Comme aussi elles permettent

encore le traité de l'Oraison fait par le même Auteur qui les a

dressées; mais parce qu'il décéda avant que de l'avoir achevé, & qu'il

étoit le même en substance que les traités de la méditation du Reverend

Pere Loüis du Pont de la Compagnie de Jesus, on a déterminé que l'on

puisse tenir dans la chambre led. traité, au lieu de celui qui ne fut

pas fini.

Le troisiéme moyen est, d'ordonner que l'on fasse Oraison sur les vertus

desquelles les personnes auront plus besoin, faisant quelquefois des

conferences publiques sur ces vertus.

Et parce qu'entre toutes les passions, celles de l'amour & de la haine

dètruisent totalement l'Oraison, & toute la dévotion, il est nécessaire

qu'elle y prévoye de loin avec une étude plus particuliere, & qu'elle en

tienne les Soeurs exemptes.

Remédes contre les affections déréglées.

Chapitre IX.

Pour ce qui est de ces affections déréglées, on en peut avoir envers les

parens, ou envers les personnes avec lesquelles on converse, ou bien

pour quelques autres objets extérieurs.

Quant aux parens, quoique pour leur satisfaction, on ne leur peut pas

refuser quelque affection, pourvû qu'elle accompagne l'amitié que la

charité bien ordonnée demande, & que l'on prie pour eux ainsi que l'on y

est obligé, cependant les Soeurs ne se doivent pas soucier d'être avec

eux, se souvenant des paroles de Notre-Seigneur. _Sinite mortuos

sepelire mortuos suos_, c'est-à-dire. Laissés les morts ensevelir leurs

morts.

Et quand quelqu'une désirera avec un grand empressement de recevoir leur

visite, la Mere les doit d'autant plus mortifier en cela.

Touchant les affections qui peuvent être entre elles, qu'elles se

souviennent d'accomplir tout ce qui est déterminé par les constitutions,

leur ôtant les occasions tant qu'elle pourra, faisant qu'elles

conversent communément avec toutes, & avec la gravité nécessaire &

modestie Religieuse, sans se toucher l'une l'autre, même par jeu:

qu'elles ne disent point de paroles de flatterie, & qu'elles n'entrent

jamais dans la chambre l'une de l'autre sans nécessité, & sans la

permission convenable, conformément aux constitutions.

Quant à ce qui est des Confesseurs, qu'elle prenne garde que toutes se

confessent à l'extraordinaire.

Et que pas une ne reçoive des Confesseurs, ni reliques, ni couronnes, ni

images, ni ceintures de cilice, ni disciplines, ni autres choses de

dévotion.

Qu'elle fasse en sorte que pas une ne donne sujet d'étonnement aux

autres en demeurant auprès du Confesseur ordinaire davantage que ce qui

est convenable à des Religieuses, lesquelles se confessent deux fois la

semaine, & qui ont des aides spirituelles en si grande abondance.

Puis après quant aux choses extérieures, qu'elle procure de les tenir

détachées de tout ce en quoi elles montreroient avoir quelque affection

déréglée, soit aux objets de dévotion, soit aux habits, donnant des

vieux à celle qui en désire des neufs, & des neufs à celle qui en désire

des vieux, à condition pourtant que la nécessité soit satisfaite.

Reméde contre la haine.

Chapitre X.

Quant à la passion de la haine qu'elle veille qu'il y ait entre toutes

une grande paix, étant écrit de Notre-Seigneur. _Factus est in pace

locus ejus_, c'est-à-dire. Qu'il fait sa demeure dans la paix. Et par

conséquent qu'elle ne souffre pas qu'aucune donne jamais occasion de

déplaisir à une autre, ni par paroles, ni par effets, imposant de griéve

pénitence à celle qui alterera cette paix.

Lorsqu'il arrivera entr'elles quelque discorde, ou quelques troubles,

qu'elle tâche de les apaiser, les faisant humilier envers l'une l'autre,

ne laissant pas cependant de leur donner la Pénitence convenable, &

faisant que celle qui aura offensé l'autre, se mette à genoux devant

elle, lui demande pardon, & lui baise les pieds, ne leur permettant

point de communier, si premierement elles ne se sont reconciliées

ensemble, quand même elles se seroient confessées.

Sur-tout, qu'elle châtie griévement celles qui raporteront les défauts

d'une Soeur à une autre, comme étant commises par le démon pour troubler

les coeurs, la dévotion & l'oraison des Epouses de Jesus-Christ.

Que souvent elle les fasse souvenir de n'avoir point de langue pour

raporter les défauts d'aucune Soeur, ni pour en dire ce qu'elles ne

voudroient que l'on dit d'elles, & si quelqu'une murmuroit, que les

autres n'ayent point d'oreilles pour l'entendre.

Si quelqu'une entend, qu'elle n'aye point de bouche pour en faire le

raport, ni à celle dont on aura mal parlé, ni à d'autre, excepté à la

Mere Prieure, afin que la murmuratrice, la médisante, & celle qui

prononce des paroles rudes & fâcheuses soit punie.

Qu'aucune ne commande, ni ne reprenne, & ne s'intrigue des Offices des

autres sans permission.

Que pas une ne parle de ce qu'elle a laissé au monde.

Qu'elles regardent les Converses comme leurs cheres Soeurs qui les

aident par leur charitable travail.

Reméde contre les distractions.

Chapitre XI.

Pour ce qui est des vaines pensées qui peuvent nuire à l'Oraison &

Méditation, la Mere y pourvoyera de son côté autant qu'il lui sera

possible, afin qu'il n'y ait point de sa faute.

Elle ordonnera, & fera observer que pas une des Soeurs sans permission

ne fasse de commission de la part d'aucune personne de déhors, quelque

près parente qu'elle soit aux Soeurs de la Maison.

Qu'aucune ne raporte dans le Monastére sans permission, les choses qui

auront été entenduës à la grille, ou au tour.

Que l'on ne parle point des affaires du monde.

Que l'on observe le silence aux tems ordonnés.

Que hors les tems destinés pour la récréation, elles ne s'entretiennent

ensemble de longs discours inutiles.

Qu'elles ne soient point curieuses de la conduite d'autrui, & des

affaires qui ne les concernent pas.

Qu'elles s'abstiennent durant le jour de dire des paroles inutiles,

lesquelles ensuite le démon a coûtume de rapeller dans le tems de

l'Oraison.

Du bien commun pour ce qui concerne le gouvernement.

Chapitre XII.

Comme elle a été faite gardienne de toutes les règles, elle doit

procurer que toutes observent celles qui sont communes.

Qu'elle fasse attention de donner avec prudence les Offices de la Maison

à des personnes qui en soient capables; & que chacune des Officieres

fasse bien son Office avec l'observance de ses regles, ainsi qu'elles le

doivent, les visitant quelquefois elle-même, ou les faisant visiter par

la Mere Sous-Prieure.

Et comme elle doit faire en sorte, que pas une ne demeure dans

l'oisiveté, qui est la source de tous les vices, mais qu'elles employent

toutes le tems utilement au Service divin, ainsi elle doit prévoir

qu'aucune ne soit plus chargée qu'il ne lui est convenable, pourvoyant

les Officieres d'aides nécessaires.

Et comm'elle doit obéir aux Supérieurs, de même aussi elle doit procurer

que toutes les Soeurs obéissent non-seulement à elle, mais encore à la

Sous-Prieure, & aux autres Officieres subordonnées, lorsqu'elles seront

destinées pour les aider en quelque chose.

Qu'elle prenne garde que l'on observe les bonnes coûtumes du Monastére.

Et de n'en introduire aucune sans le consentement de la plus grande

partie des Soeurs, excepté celles, qu'elle & ses Conseilleres jugeroient

nécessaires pour l'exacte observance de la Religion, & pour y entretenir

le bon ordre.

Et que les Ordonnances faites par les Supérieurs soient observées,

puisque toutes les pratiques d'obéissance aident à s'édifier, & qu'elles

sont des volontés de Dieu, signifiées par les Supérieurs.

Qu'elle consulte souvent avec les Discrettes selon les conjonctures

differentes, quand elle aura besoin de leur conseil; & il sera à propos

qu'une fois la semaine, ou bien tous les 15. jours, elle fasse cette

consulte pour voir s'il y a quelque chose qui ait besoin de réformer.

Qu'elle change, ou qu'elle dispense judicieusement, & prudemment des

règles, que quelqu'une pour de légitime empêchement ne pourroit

observer.

Et parce que les Pénitences aident beaucoup à maintenir la discipline

réguliere, qu'elle fasse conformément à l'Ordre de notre Pere St

Augustin, que celles qui la transgresseront soient corrigées.

Et pour les fautes publiques, qu'elle en impose une pénitence publique.

Du bien commun pour ce qui regarde la santé des Soeurs.

Chapitre XIII.

Qu'elle prenne garde que l'on observe tout ce qui est ordonné dans les

Constitutions pour ce sujet.

Principalement, que les exercices spirituels soient entremêlés avec les

corporels.

Et que toutes ayent quelque exercice corporel auquel elles puissent

s'occuper.

Que toutes dorment couvertes, & les fenêtres étant fermées.

Que pas une ne mange, ni ne boive hors des tems ordonnés, sans

permission.

Qu'elles se garantissent de tous désordres.

Qu'elles ne portent pas long-tems leur mal sans en avertir; mais

qu'elles le déclarent au tems convenable, comme disent les

Constitutions.

Que l'on ait un grand soin des malades, & que ce que le Médecin

ordonnera soit observé.

Que l'on n'usage point les bains, & qu'il n'y ait aucun endroit destiné

pour cela, si ce n'est lorsque le Médecin ayant égard à l'infirmité de

quelqu'une en ordonneroit pour la nécessité presente, & cela étant elle

y entrera vêtuë de l'habit le plus près de sa personne.

Du bien commun, en ce qui concerne le temporel.

Chapitre XIV.

Elle procurera que l'on ait soin des choses temporelles du Monastére,

comme des biens propres de Notre-Seigneur Jesus-Christ.

Que les dots des Religieuses soient bien employées, & que leurs revenus

en soient le plus assûrés qu'il sera possible.

Que l'on conserve dans une archive destinée pour cet effet, toutes les

écritures autentiques des biens du Monastére.

Que la Procureuse fasse bien son Office.

Qu'elle tienne bon compte de la recette & de la dépense, & qu'elle en

rende compte aux tems ordonnés par la régle de la Procureuse.

Que le coffre des deniers, & du livre de compte soit toujours fermé avec

trois diverses clefs, donc elle en aura une, l'autre la Procureuse, & la

troisiéme la Sous-Prieure.

Que les provisions qui sont de durée, soient achetées en gros & dans

leur saison.

Elle fera en sorte que les choses achetées soient conservées, & qu'elles

soient employées ainsi qu'il sera convenable, se servant en cela de la

Procureuse, ou de la Sous-Prieure.

Que les Officieres, & toutes les Soeurs fassent estime de la moindre

chose que ce soit, comme apartenante aux pauvres de Jesus-Christ.

Et que tant pour le vivre, comme pour le vêtir, & pour les autres

besoins du corps, chaque Soeur ait ce qui lui est nécessaire.

Quoique dans les occasions elle ne doive pas manquer d'éprouver leur

vertu & leur mortification.

Comme la Mere se doit comporter envers chaque Soeur en particulier.

Chapitre XV.

Quoique le bien particulier de chacune soit contenu dans le bien commun,

& que d'autant plus celui-ci va mieux, d'autant plus les particulieres

en sont aidées davantage, néanmoins il y a plusieurs raisons pour

lesquelles il est nécessaire que la Mere traite particulierement avec

celle-ci, ou avec celle-là, & qu'elle sçache agir avec chacune ainsi

qu'il est convenable.

C'est pourquoi notre Pere St Augustin donnant des préceptes, & des

instructions sur ce sujet, ordonne à la Prieure, qu'elle reprenne les

inquiétes, qu'elle console les foibles de courage, qu'elle reçoive les

infirmes, & qu'elle soit patiente avec toutes, qu'elle prenne volontiers

la discipline sur elle, & qu'elle l'impose aux autres avec crainte.

Et quoique l'amour & la crainte soient nécessaires, cependant elle doit

plûtôt désirer d'être aimée, que redoutée ou apréhendée par les Soeurs.

Pour l'exécution de tout ce qui est dit ci-dessus, comm'il n'est pas

convenable qu'elle soit si fort familiere, & indulgente envers

quelqu'une, que les autres en soient offensées, aussi est-il nécessaire

qu'elle parle quelquefois familierement, & avec un amour maternel à

toutes les Soeurs en particulier, afin de découvrir les inclinations de

toutes, & qu'elle voye leurs nécessités, & leurs infirmités spirituelles

& corporelles.

Se rendant toujours prompte à soulager avec la charité convenable, tous

leurs besoins corporels, & encore plus les nécessités & infirmités

spirituelles, comme étant bien plus importantes que les corporelles.

De deux sortes d'infirmités spirituelles, & les remedes contre celles

qui peuvent être évidentes.

Chapitre XVI.

Et parce que les infirmités spirituelles sont de deux sortes; les unes

qui paroissent à l'extérieur, & se font connoître, non-seulement à la

Mere, mais aussi aux autres Soeurs, comme d'être colére, impatiente,

vindicative, lente à obéïr, rude en paroles, sujette à murmurer, &

autres semblables défauts.

Les autres infirmités cachées dans les coeurs des Soeurs, sont d'être

variables, d'avoir de mauvaises inclinations, des tentations, & autres

dangers de l'ame.

Quant aux infirmités découvertes, elle doit mettre toute son étude pour

les guerir, afin qu'elle n'ait pas à en rendre compte à Dieu, si par la

négligence elles ne sont pas changées.

Premierement, elle y doit travailler avec douceur, les exhortant

quelquefois à faire l'examen particulier sur tel défaut, jusqu'à ce

qu'elles l'ayent surmonté parfaitement. De plus, si cela n'est pas

suffisant, elle les doit corriger de telle maniere qu'elle les fasse

rougir & confondre. Et enfin elle doit agir plus sévérement, imposant

des pénitences convenables, afin qu'elles se corrigent, mêlant

prudemment le vin avec l'huile, la rigueur avec la douceur, & se

comportant avec tant de charité, que les mêmes Soeurs châtiées,

quoiqu'elles ressentent de la peine à souffrir, connoissent pourtant

qu'elle exerce son Office avec charité; & que ceci soit dit pour la

maniere avec laquelle on doit faire la correction.

Et quant aux personnes qui doivent être corrigées, il sous-entend ici

toutes celles qui en auront besoin quelques anciennes qu'elles puissent

être, & encore plus celles-ci que les moins âgées, parce que la

correction des plus anciennes profite plus à l'avantage commun & à

l'aide de toutes, que non pas les pénitences données aux plus jeunes.

Elle se servira encore de l'aide du Confesseur en ce qui surpassera ses

forces, conformément à l'avis que lui en donne notre Pere St Augustin, &

non-seulement du Confesseur; mais encore de l'Ordinaire, selon que la

chose le méritera.

Et qu'elle donne les pénitences avec humilité, croyent les mériter plus

que celle à qui elle les imposera, désirant de les accomplir plûtôt

elle-même, que de les donner aux autres, si c'étoit pour la plus grande

gloire de Dieu.

De plus, il est nécessaire qu'elle exerce la patience envers toutes,

lorsqu'après avoir employé tous les remédes, ils ne réussissent pas

selon son intention; ce qu'elle fera plus exactement, quand elle

reconnoîtra dans quelqu'une peu d'esperance de se perfectionner, ne

manquant pas cependant de prier pour elle, & de l'exciter de tems en

tems, afin que par la solicitude elle la rende honteuse, ensorte qu'elle

en soit aidée.

De la maniere de découvrir les infirmitées cachées, & des remedes que

l'on y doit aporter.

Chapitre XVII.

Quant aux infirmités spirituelles qui sont cachées, il est sans doute

que l'on ne peut y rémédier, si elles ne sont pas connuës, les voyes

pour les connoitre sont de deux sortes; l'une par le moyen du don de la

discretion, lequel non-seulement fait connoitre l'intèrieur des

personnes, par les indices extérieurs, mais encore fait dicerner les

principes des pensées humaines, si elles sont de Dieu, ou du démon, ou

excitées par la nature, & instruit pour apliquer les remedes conformes

aux maux, avec les moyens convenables & en tems propre.

Et puisque c'est un don que Dieu communique aux personnes d'une grande

sainteté, la Supérieure doit avec une profonde humilité prier

Notre-Seigneur, que comme il lui a confié le soin de ses ames, qu'ainsi

qu'il lui donne la discretion qui lui est nécessaire, & qu'il lui

inspire quel conseil elle doit suivre, tant dans ses actions que dans

celles de ses Soeurs, afin qu'elle ne fasse point de fautes, & qu'elle

ne soit pas cause de celles des autres.

L'autre moyen pour connoître l'intérieur des Soeurs, est de s'efforcer

de les attirer par l'exemple des bonnes oeuvres, principalement de la

charité, de la patience & de la douceur, en telle sorte qu'elles

désirent de lui découvrir tous les secrets de leurs coeurs, animant le

courage des timides, & entrant avec tant de dexterité dans leurs coeurs,

qu'elle leur tire de la bouche ce que pour leur bien il est à propos

qu'elle sçache, n'en intimidant aucune, mais consolant les craintives ou

pusillanimes (comme dit notre Pere St Augustin) les encourageant toutes,

les instruisant, & leur donnant les remédes convenables à chacune, &

enfin les traitant de telle maniere, qu'elles se sentent consolées de

s'être découvertes à elle.

Régles de la Sous-Prieure.

Chapitre XVIII.

1. Elle aura soin d'aider la Mere Prieure en tout ce qu'elle lui

ordonnera, conformément à l'ordre des constitutions.

Elle sera exacte à observer, & à faire observer; toutes les régles

communes, & à chacune celles de son Office. Elle visitera les

Officieres, ayant soin que toutes les exercent bien, que l'on y agisse

avec ordre, & que les choses soient faites dans leurs tems, avertissant

la Mere des manquemens, & imposant les pénitences selon qu'elle lui

ordonnera.

2. Aux changemens des saisons, elle avertira la Mere Prieure des

provisions qu'il convient de faire, du changement des habits, des repas,

du dormir, & de tout ce dont le Monastére aura besoin, faisant ensorte

que la maison soit toujours bien nette, & que toutes choses soient

arrangées dans sa place.

Et que chaque Soeur soit pourvûë, selon son besoin avec charité, zéle de

la sainte pauvreté, & l'édification de toutes.

3. Tous les soirs elle visitera les portes du Monastére, en serrera

toutes les clefs, & les portera à la Mere Prieure.

Elle visitera les chambres des Soeurs toutes les fois que la Mere lui

ordonnera, & les avertira de se trouver toutes à l'Oraison, & à l'examen

aux tems ordonnés.

Et elle prendra garde, qu'en toutes choses on agisse avec la dûë

modestie & décence, même au tems de la récréation, & que le silence soit

observé par tout aux heures prescrites.

Elle donnera le soin des lampes communes de la maison à quelqu'une, ou à

plusieurs Soeurs, faisant qu'elles demeurent allumées la nuit; de même

aussi elle donnera le soin de balayer la maison, & de tenir les lieux

nécessaires bien nets.

4. Elle se trouvera presente lorsque les séculiers porteront dans la

maison le bled, le vin, l'huile, le bois, le charbon, & autres choses

semblables, assistant par tout avec la modestie religieuse & convenable.

5. Elle aura l'intendance sur les tables du Réfectoire, selon qu'elle

jugera qu'il est nécessaire, elle instruira celle qui sert, & fera

ensorte que pas une ne manque des choses communes & ordinaires.

Et si quelqu'une avoit besoin de quelque particularité, elle l'en fera

pourvoir au Réfectoire, ou bien dans l'Infirmerie selon son besoin, &

conformément au jugement de la Mere Prieure.

Elle désignera toutes les semaines celles qui doivent servir à table,

lire durant les repas, & celles qui doivent aider à faire le pain & à

laver la vaisselle.

6. Elle conferera tous les jours quelque espace de tems avec la Mere

Prieure, de ce qui sera nécessaire, & prendra d'elle les ordres sur ce

qu'elle devra faire, afin qu'avec l'union & la subordination convenable,

le gouvernement réussisse mieux à la gloire de Dieu.

Et comme elle est l'oeil de la Mere Prieure, qu'elle soit attentive

autant qu'il lui sera possible à ce qui survient dans la maison, prenant

garde si tout y est fait dans le bon ordre, & s'il y a, ou bien s'il est

prêt d'y arriver quelque désordre pour l'avertir de tout.

Régles de la Prefecte du Choeur.

Chapitre XIX.

1. L'Office de la Préfecte du Choeur pour l'ordinaire convient à la Mere

Sous-Prieure, laquelle s'étudiera à bien entendre les rubriques du

Breviaire Romain, & à ordonner l'Office selon le Calendrier du Diocèse.

2. Elle ordonnera le soir les Matines, & les Laudes pour le lendemain; &

le matin elle indiquera l'Office pour les heures du jour.

3. Elle écrira la liste de celles qui devront faire l'Office

d'Hebdomadiere, conformément à l'ordre de la Mere Prieure, & ainsi des

autres Officieres de semaine pour le Choeur.

4. Elle corrigera les fautes qui se feront au Choeur tant en lisant

comme en autre chose, procurant que l'on chante d'une voix claire,

distincte, dévote & expéditive, & qu'un verset soit achevé auparavant

que l'on commence l'autre. Et que tout ce qui est du Choeur, de l'Office

& des Oraisons aillent bien, & par ordre.

Régles des Discrettes ou Conseilleres de la Mere.

Chapitre XX.

1. Comme les Discrettes & Conseilleres doivent être de meur & sain

jugement, ainsi dans toutes leurs consultes, elles doivent toujours

envisager la plus grande gloire de Dieu, comme elles le protestent par

ces paroles qu'elles disent lorsqu'elles se levent avant que de donner

leur avis. _Sit nomen Domini benedictum_, c'est-à-dire, le nom de Dieu

soit benit.

2. Et afin que l'on agisse dans l'esprit que les Constitutions

demandent, qu'elles soient amatrices du bien commun, y ayant toujours

égard dans toutes leurs déliberations.

3. Et pour ne point perdre de vûë la plus grande gloire de Dieu, le bien

commun, & pour recevoir de plus grande lumiere, & plus de liberté

d'esprit à donner leur avis, & à dire sincérement leur sentiment, comme

les Constitutions ordonnent, qu'elles fassent ensorte d'être exemtes de

toutes passions déréglées, tant pour le regard de leur propre interêt,

que pour celui des autres.

4. Qu'elles entendent & comprennent bien ce qui fait l'objet de la

consulte, & l'ayant bien compris, qu'elles en consultent avec Dieu, le

priant de les éclairer en ce qui est de sa plus grande gloire.

5. Qu'elles disent leurs sentimens, avec humilité, modestie & charité,

paisiblement, briévement & clairement, avec les raisons qui se

presenteront à elles pour-lors, prenant bien garde de ne point offenser

les autres en les disant.

Après qu'elles auront donné avis, elles demeureront tranquilles, sans

s'alterer, ni murmurer: si la Mere Prieure & les autres étoient d'avis

contraires, ainsi que disent les Constitutions, cédant toujours

volontiers, & croyant meilleur le sentiment des autres.

7. Qu'elles tiennent secret ce dont il aura été traité entr'elles, ne

reproduisant jamais leur avis, ou celui des autres. Et qu'elles gardent

entr'elles la charité & le respect convenable.

8. S'il se presentoit à l'une d'elles quelque chose qu'elle jugeât avoir

besoin de consultation ou de reméde, elle pourra la proposer à la Mere

avec la charité & le respect qui convient.

9. Qu'elles ayent soin de diriger toutes leurs actions, selon

l'obéissance & le respect dû à la Mere Prieure, conformément aux

occasions qui se presenteront, & qu'elles soient exactes à en donner

l'exemple aux autres par elles-mêmes.

10. Et parce que quelquefois il pourroit arriver que la Mere auroit

besoin de quelque avertissement, ou pour ce qui concerne sa personne, ou

pour le gouvernement, elles devront prendre garde à tout, & faire

qu'elle soit avertie de ce qu'il semblera nécessaire à toutes, ou bien à

la plus grande partie d'entr'elles, observant sur ce sujet ce que les

Constitutions ordonnent, ainsi qu'il est porté dans l'Office de la Mere

Prieure.

INSTRUCTIONS & Avis pour la Maîtresse des Novices, sur la façon de les

instruire dans la dévotion.

Des qualités que la Maîtresse des Novices doit avoir, & des motifs qui

la doivent inciter à bien faire son Office.

Chapitre XXI.

Que la Maîtresse des Novices sçache que l'Office qui lui est commis est

de grande importance, puisque de la premiere instruction des Novices,

dépend en grande partie leur profit, & l'esperance que le Monastére

pourra fleurir dans l'exacte observance.

C'est pourquoi il est nécessaire qu'elle fasse son possible pour

posseder toutes les qualités que demandent les Constitutions en ce qui

concerne son Office, & qu'elle se montre comme un miroir de toutes les

vertus aux Novices, qu'elle doit instruire à l'imitation de

Notre-Seigneur Jesus-Christ, lequel commença premierement à faire, &

ensuite à enseigner; & de plus, parce que les exemples excitent

davantage que les paroles.

Faisant que tous les jours par l'étude de sa propre perfection; elle se

rende un instrument plus propre pour les aider.

Et singulierement, il est convenable qu'elle soit fort paisible, amie du

silence, bien intelligente de ce qui concerne l'Institut, les régles,

les instructions & les avis touchant la haine des vices, & l'acquisition

des vertus, afin de pouvoir instruire les Novices en cela.

Et non-seulement elle doit être leur Maîtresse & leur exemple dans

toutes les vertus, mais encore elle doit être leur Mere, les traitant

avec l'amour & la douceur qui est convenable, procurant qu'elles soient

pourvûës de tout ce qui leur sera nécessaire, tant en maladies qu'en

santé.

Et afin que la Maîtresse soit excitée à se donner entierement à cet

exercice de l'instruction des Novices, outre la grande gloire qu'elle

procure à Dieu en cela, qu'elle considere encore le profit singulier

qu'elle fait, puisqu'elle doit être participante de tout le bien que

feront les Novices qu'elle aura bien instruites.

Parce que s'il est vrai ce que dit le Prophéte. _Particeps ego sum

omnium timentium te_, c'est-à-dire, j'entre en participation (ô mon

Dieu) avec tous ceux qui vous craignent, à combien plus forte raison

participera-t'elle aux biens de celles qu'elle aura guidées dans le

Service de Dieu?

Et au contraire combien sera-elle sévérement jugée & châtiée au jugement

de Dieu, si par sa négligence, ou par son mauvais exemple les Novices

avoient pris quelque mauvaise habitude, & si elle s'étoit renduë

irréguliere, troublant la paix & le bon ordre.

De la maniere d'admettre les Novices au Noviciat.

Chapitre XXII.

Lorsqu'une Novice entrera au Noviciat, la Mere considerera si elle a

besoin de faire un peu de retraite avant que de converser avec les

autres Novices.

Et pour-lors la Maîtresse lui donnera quelque moyen facile pour méditer

si elle en a besoin, lui faisant faire quelques méditations qui ayent

raport à la vie purgative, comme celle de la fin de l'homme, pourquoi

Dieu l'a mise au monde, & les autres créatures, &c.

Avec quels moyens elle doit tendre à cette fin, & quelles sont les

choses qui l'en peuvent détourner.

Comment elle doit éviter & ôter tels empêchemens.

Pour quelle fin elle est venuë dans la Religion, comment elle s'y doit

comporter. Et pour mieux se disposer à tout, méditer sur les quatre fins

dernieres, principalement sur la mort, sur le jugement particulier &

universel, afin de se préparer à la Confession generale, si pourtant

elle ne l'avoit déja faite; & il n'y en doit avoir aucune, qui durant le

Noviciat ou après (quand elle sera jugée plus capable) ne fasse tous les

exercices du Pere St Ignace, si elle ne les avoit fait au monde,

laissant cependant les exercices qui concernent le choix d'un état de

vie, & tirant de ces exercices le secours dont elles auront besoin.

Et quand la fille ne feroit pas de retraite, la Maîtresse ne manquera

pourtant pas dans ces premiers jours de la conduire comme il a été dit.

Comme la Maîtresse des Novices se doit comporter en conversant avec

elles.

Chapitre XXIII.

Il est à propos qu'elle se fasse aimer d'une certaine amitié,

accompagnée d'une honnête gravité, & qu'avec l'intégrité de moeurs & la

discretion, elle se comporte de telle maniere que toutes les Novices

recourent confidemment à elle dans leurs tentations, & lui découvrent

leur coeur, esperant de trouver par son moyen en toutes choses de la

consolation & de l'assistance en Notre-Seigneur. Et qu'elle fasse

attention de ne pas dire à une quelque chose d'une autre, qui puisse

être cause qu'elles n'ayent pas la confiance nécessaire pour se

découvrir à elle.

Qu'elle s'étudie à bien connoître la complexion & les habitudes de

chaque Novice, afin qu'elle les puisse mieux aider, pourquoi il lui sera

très-utile de conferer souvent, & famillierement avec chacune, & de leur

demander doucement compte de leurs actions, parce que de semblables

conversations particulieres sont ordinairement de très grandes utilités.

Qu'elle évite toutes partialités, ne traitant point plus souvent avec

l'une qu'avec l'autre, si ce n'est lorsque la nécessité le demandera,

tâchant de donner satisfaction à toutes, afin qu'elles connoissent par

effet l'affection qu'elle a de les aider.

Des instructions que la Maîtresse doit donner aux Novices pour le regard

de l'Oraison, & des exercices spirituels.

Chapitre XXIV.

Dans l'endroit destiné pour le Noviciat, elle leur enseignera tous les

jours la maniere de réciter l'Office.

Si quelqu'une ne sçavoit pas bien lire, elle l'enseignera, ou bien elle

la fera instruire par une autre.

Elle leur aprendra la maniere de psalmodier avec dévotion, selon notre

façon, & conformément à leur besoin.

Elle leur déclarera tous les jours quelque point des Constitutions ou

des Régles, & tout ensemble elle tâchera de les leur faire pratiquer.

Et si quelqu'une avoit besoin d'aprendre la doctrine Chrétienne, elle

aura soin de la lui faire aprendre autant qu'il sera convenable.

Elle leur enseignera la maniere de faire l'examen general de conscience,

& le particulier sur quelque défaut, & le moyen de l'extirper.

La maniere d'entendre fructueusement la sainte Messe, & de faire dans ce

tems là la communion spirituelle, & la dûë aplication du Sacrifice.

La maniere de se bien préparer à la confession, & celle de se confesser,

prenant garde qu'elles ne tombent point, ni dans une conscience trop

large & trop libre, ni encore moins dans le cas d'une conscience

scrupuleuse, mais qu'elles ayent une conscience tendre qui fasse

scrupule de peché lorsqu'il est convenable, & non de ce qui n'est pas

peché.

La maniere de se préparer à la sainte Communion, avec la préparation

éloignée, prochaine & presente, & de faire l'action de graces après la

Communion.

Elle les instruira encore de la maniere de réciter la couronne & le

Rosaire, & de méditer leurs Mystéres.

La façon de méditer sur les Commandemens de Dieu & sur les voeux, sur

les Constitutions, sur les pechés capitaux, sur les cinq sens, sur les

vertus de Notre-Seigneur, de Notre-Dame & des Saints, & aussi sur leurs

vies; sur le _Pater noster_, & sur l'_Ave Maria_, & d'autres semblables

matieres.

Sur les Mystéres du Rosaire, de la Vie & de la Passion de

Notre-Seigneur, & de la sainte Vierge.

La maniere de s'exciter à l'amour de Dieu, de méditer ses bienfaits &

les perfections divines, d'où procédent ses bienfaits. Et de s'exercer

en diverses demandes intérieures des choses dites ci-dessus, commençant

toujours par le plus facile, & de là passant au plus difficile.

Et puisqu'il ne suffit pas de leur enseigner ces choses peu à peu au

Noviciat, si conjointément on ne leur enseigne à les pratiquer, il sera

bon que selon la nécessité & le besoin particulier des Novices, la

Maîtresse voye avec la Mere Prieure si elle jugeroit à propos que pour

quelque tems les Novices qui auroient besoin de son secours, fassent

avec elle l'Oraison mentale séparées des autres, comme au Chapitre, ou

autre endroit, selon qu'il plaira à la Mere pendant que les autres

seront au Choeur.

Et pour les mieux instruire, elle pourra tenir l'ordre qui suit.

1. Elle dira l'Antienne _Veni Sancte Spiritus_, & le reste comme celles

qui sont au Choeur.

2. Puis elle dira. Humilions-nous devant la divine Majesté, avec ces

paroles d'Abraham. _Loquar ad Dominum, ego pulvis & cinis_,

c'est-à-dire, parlerai-je au Seigueur, moi qui ne suis que poussiere &

que cendre. Et avec celles du Publicain, _Deus propitius esto mihi

peccatori_. Mon Dieu, soyez propice à cette pauvre pecheresse.

3. Offrons notre mémoire au Pere éternel, le priant de la délivrer des

distractions, & qu'il lui suggere ce que nous devons méditer.

4. Offrons notre entendement à Notre-Seigneur, le priant de l'éclairer

dans la méditation, lui faisant entendre, & bien pénétrer ce qui est

convenable pour la gloire de Dieu.

5. Offrons notre volonté au Saint Esprit, le priant de l'emflamer en

l'amour Divin, & qu'il excite en elle toutes les affections qui seront à

sa plus grande gloire.

6. Prions Notre-Seigneur Jesus-Christ qu'il nous donne sa grace, afin

que toutes nos forces & operations tendent sincerement à sa pure gloire,

& à son pur honneur.

7. Faisons une inclination de coeur à la Bienheureuse Vierge,

Notre-Dame, la priant de nous donner sa benediction, de daigner être

avec nous dans ce saint exercice, & de nous favoriser envers son

trés-cher Fils.

8. Prions encore l'Ange Gardien, notre Pere saint Augustin, les Saints à

qui nous avons dévotion, & tous les Bienheureux du Ciel, qu'il nous

assistent, & qu'ils presentent nos Oraisons à Notre-Seigneur.

Sur chacun de ces points de préparation, elle s'arrêtera après les avoir

prononcés; autant de tems qu'il sera necessaire pour les accomplir

intérieurement, donnant le tems aux Soeurs de faire de même, & puis elle

passera à une autre.

Ces articles de préparation étant finis, si la matiere qui doit être

meditée avoit quelque prélude, ou introduction, elle les circonstanciera

l'un après l'autre, ainsi qu'elle le jugera à propos.

Puis elle proposera le premier point de la meditation produisant quelque

affection conforme & quelque instruction profitable.

Et lorsqu'elle se sera arrêtée sur un point autant qu'elle le jugera

necessaire, elle en proposera un autre.

Sur la fin de la meditation il est convenable de faire un colloque

conformément aux obligations que nous avons à Dieu, & à nos necessités,

nous excitant avec une nouvelle ferveur à produire des actes excellens

de Latrie & de religion envers la Majesté Divine, sçavoir, des actes de

loüange, de benediction, d'adoration, d'amour, de remerciement,

d'offrande, & de demande, pour nous & pour notre prochain.

La méditation étant finie, elles diront les Oraisons que disent celles

qui sont au Choeur.

Puis à quelque heure du jour elle leur fera repeter leur meditation,

tant celle du matin que celle du soir precedent, voyant comme elles

auront sçû se dilater sur chaque point envers Dieu ou envers

Notre-Seigneur en tant qu'homme, ou envers Notre-Dame, (si elle étoit

comprise dans tel point,) quelles instructions elles en auront tirés

pour elles, quels sentimens elles auront eu, & à quelles affections

elles se seront excitées.

Et où elle verra qu'elles auront été stériles, elle leur découvrira

quelque bon sentiment qu'elles n'auroient pas pû produire. Leur

enseignant le moyen de s'étendre sur les points, & d'en tirer diverses

affections, ainsi qu'il est écrit au traité de l'Oraison du Pere Loüis

Dupont de la Compagnie de Jesus, lequel traité ou d'autre semblable,

elle devra sçavoir fort parfaitement, & aura soin de le faire bien

aprendre aux Novices, cela étant sa principale obligation, à cause de

l'importance dont est l'Oraison, & pour le long espace de tems qu'elles

y doivent employer selon l'ordre de notre Institut. D'où vient que quand

une Novice ne sera pas reconnuë assez habile dans l'art de mediter

durant l'année de son Noviciat, il sera à propos qu'elle reste sous la

conduite de la Maîtresse, ou bien sous celle de quelque autre, pour

recevoir d'elle les points, jusques à ce qu'au jugement de la Mere

Prieure & de la Maîtresse elle soit capable de faire la méditation au

Choeur avec les autres.

Elles pourront faire les repetitions séparement, afin que la Maîtresse

puisse instruire chacune selon son besoin, quoique quelquefois, elle en

fera faire des conferences publiques, ainsi qu'elle le jugera à propos.

Et toutes les fois que l'on lira les régles pour la Méditation, elle les

fera répeter publiquement à chacune d'elles jusques à ce qu'elle les

sçachent bien.

Elle leur enseignera de même comment elles se doivent comporter dans les

tems de consolations & de goût spirituels dans celui de la sterilité &

de la secheresse d'esprit.

Elle instruira encore les Converses qui seront Novices, non-seulement

aux coûtumes, mais aussi pour l'oraison, conformément à leur capacité,

leur donnant principalement des Mysteres ou les actions exterieures de

Nôtre-Seigneur & ses souffrances corporelles seroient plus à leur

portée.

Et lors que les Converses pourront sans préjudicier à leurs Offices, &

aux occupations qui leur seront imposées par la Mere Prieure, & sans

manquer à dire les chapelets qu'elles sont obligées de réciter, ce sera

bienfait qu'elles assistent à la méditation.

De l'ordre que les Novices doivent observer toute la journée.

Chapitre XXV.

Les Novices observeront l'ordre de la maison tant pour leur lever, comme

pour aller au Choeur, à la Messe & à la table, &c.

L'oraison du matin étant achevée, elles se retireront dans leurs

chambres autant de tems qu'il plaira à la Maîtresse pour faire leur lit

& leur chambre, & penser un peu au fruit qu'elles auront tiré de

l'Oraison.

Dans les tems que les autres iront au travail; elles se rendront au

Noviciat avec leur Maîtresse, & chacune repetera la méditation qu'elle

aura faite le matin, & celle du soir precedent.

Après les répetitions la Maîtresse les instruira par ordre sur diverses

choses conformes à celles qui ont été dites au Chapitre precedent, leur

faisant repeter, & bien comprendre les instructions qu'elle leur donnera

jusques à l'heure du travail manuel, qui doit être le matin avant dîner,

conformément à l'ordre que la Maîtresse leur prescrira.

Puis après que le signal du dîner sera donné, elles iront en silence au

Lavoir, au Chapitre, au Refectoire, & à la Table qui leur sera destinée,

y demeurant avec la bienséance & la modestie qui est convenable à des

Religieuses.

Le dîner étant achevé, & l'action de grace renduë, elles iront en

silence à l'endroit qui leur sera destiné pour la récréation; & là elles

feront grande attention à se recréer avec modestie, à tenir des discours

édifians, & à y converser indifferemment.

La recréation étant finie, elles se retireront dans leurs chambres ainsi

que les autres, s'occupant à ce que la Maîtresse leur ordonnera.

Dans les tems que les autres iront travailler elles retourneront au

Noviciat. Où entre autres choses, la Maîtresse leur expliquera quelques

articles des Constitutions ou des Régles, ou des avis concernant les

moyens, tant pour se défaire des vices, que pour acquerir les vertus;

commençant par les Constitutions, & peu à peu poursuivant tout le reste

par ordre, de sorte que dans un an elles soient trés-capables de toutes

choses.

Et ensuite pour ce qui est de l'Oraison elle leur proposera les points

qu'elles devront méditer le soir & le matin suivant, leur donnant sur

les sujets quelqu'éclaircissement selon qu'il lui semblera convenable,

afin de les rendre plus capables pour la méditation; elle leur fera

repeter le matin l'Oraison qu'elles auront faite le soir, afin de la

mieux penetrer, & en tirer plus grand fruit; insistant davantage sur les

points qui leur donneront plus d'édification.

Et il ne sera pas nécessaire, que pour cette premiere année, elles

suivent l'ordre des sujets de méditation que les autres observeront:

mais celui que la Maîtresse leur donnera, laquelle suivant l'ordre des

matieres mises au Chapitre précédent, les instruira sur chacune par

ordre, les faisant bien exercer sur une avant que de passer à une autre,

afin qu'au bout de l'année elles soient experimentées en toutes.

Regles pour les officieres du monastere de l'Annonciade, fondé à Genes l'année de notre Salut 1604 · 第 1 / 4 段