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LE TOUR DU MONDE
IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE
Rue de Fleurus, 9, à Paris
LE TOUR DU MONDE
NOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES
PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE M. ÉDOUARD CHARTON
ET ILLUSTRÉ PAR NOS PLUS CÉLÈBRES ARTISTES
1860
DEUXIÈME SEMESTRE
LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie
PARIS, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77
LONDRES, KING WILLIAM STREET, STRAND
LEIPZIG, 15, POST-STRASSE
1860
TABLE DES MATIÈRES.
UN MOIS EN SICILE (1843.--Inédit.), par M. Félix BOURQUELOT.
Arrivée en Sicile. -- Palerme et ses habitants. -- Les monuments
de Palerme. -- La cathédrale de Monreale. -- De Palerme à
Trapani. -- Partenico. -- Alcamo. -- Calatafimi. -- Ruines de
Ségeste. -- Trapani. -- La sépulture du couvent des capucins. --
Le mont Éryx. -- De Trapani à Girgenti. -- La Lettica. --
Castelvetrano. -- Ruines de Sélinonte. -- Sciacca. -- Girgenti
(Agrigente). -- De Girgenti à Castrogiovanni. -- Caltanizzetta.
-- Castrogiovanni. -- Le lac Pergusa et l'enlèvement de
Proserpine. -- De Castrogiovanni à Syracuse. -- Calatagirone. --
Vezzini. -- Syracuse. -- De Syracuse à Catane. -- Lentini. --
Catane. -- Ascension de l'Etna. -- Taormine. -- Messine. --
Retour à Naples. 1
VOYAGE EN PERSE, fragments par M. le comte A. de GOBINEAU (1855-1858),
dessins inédits de M. Jules LAURENS.
Arrivée à Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le
Tchéhar-Bâgh. -- Le collége de la Mère du roi. -- La mosquée du
roi. -- Les quarante colonnes. -- Présentations. -- Le pont du
Zend-è-Roub. -- Un dîner à Ispahan. -- La danse et la comédie. --
Les habitants d'Ispahan. -- D'Ispahan à Kaschan. -- Kaschan. --
Ses fabriques. -- Son imprimerie lithographique. -- Ses
scorpions. -- Une légende. -- Les bazars. -- Le collége. -- De
Kaschan à la plaine de Téhéran. -- Koum. -- Feux d'artifice. --
Le pont du Barbier. -- Le désert de Khavèr. -- Houzé-Sultan. --
La plaine de Téhéran. -- Téhéran. -- Notre entrée dans la ville.
-- Notre habitation. 16
Une audience du roi de Perse. -- Nouvelles constructions à
Téhéran. -- Température. -- Longévité. -- Les nomades. -- Deux
pèlerins. -- Le culte du feu. -- La police. -- Les ponts. -- Le
laisser aller administratif. -- Les amusements d'un bazar persan.
-- Les fiançailles. -- Le divorce. -- La journée d'une Persane.
-- La journée d'un Persan. -- Les visites. -- Formules de
politesses. -- La peinture et la calligraphie persanes. -- Les
chansons royales. -- Les conteurs d'histoires. -- Les spectacles:
drames historiques. -- Épilogue. -- Le Démavend. -- L'enfant qui
cherche un trésor. 34
VOYAGES AUX INDES OCCIDENTALES, par M. Anthony TROLLOPE
(1858-1859); dessins inédits de M. A. de BÉRARD.
L'île Saint-Thomas. -- La Jamaïque: Kingston; Spanish-Town; les
_réserves_; la végétation. -- Les planteurs et les nègres. --
Plaintes d'une Ariane noire. -- La toilette des négresses. --
Avenir des mulâtres. -- Les petites Antilles. -- La Martinique.
-- La Guadeloupe. -- Grenada. -- La Guyane anglaise. -- Une
sucrerie. -- Barbados. -- La Trinidad. -- La Nouvelle-Grenade. --
Sainte-Marthe. -- Carthagène. -- Le chemin de fer de Panama. --
Costa Rica: San José; le Mont-Blanco. -- Le Serapiqui. --
Greytown. 49
VOYAGE DANS LES ÉTATS SCANDINAVES, par M. Paul RIANT. (Le
Télémark et l'évêché de Bergen.) (1858.--Inédit.)
LE TÉLÉMARK. -- Christiania. -- Départ pour le Télémark. -- Mode
de voyager. -- Paysage. -- La vallée et la ville de Drammen. --
De Drammen à Kongsberg. -- Le cheval norvégien. -- Kongsberg et
ses gisements métallifères. -- Les montagnes du Télémark. --
Leurs habitants. -- Hospitalité des _gaards_ et des _sæters_. --
Une sorcière. -- Les lacs Tinn et Mjös. -- Le Westfjord. -- La
chute du Rjukan. -- Légende de la belle Marie. -- Dal. -- Le
livre des étrangers. -- L'église d'Hitterdal. -- L'ivresse en
Norvége. -- Le châtelain aubergiste. -- Les lacs Sillegjord et
Bandak. -- Le ravin des Corbeaux. 65
--_Le Saint-Olaf_ et ses pareils. -- Navigation intérieure. --
Retour à Christiania par Skien. 82
L'ÉVÊCHÉ DE BERGEN. -- La presqu'île de Bergen. -- Lærdal. -- Le
Sognefjord. -- Vosse-Vangen. -- Le Vöringfoss. -- Le
Hardangerfjord. -- De Vikoër à Sammanger et à Bergen. 85
VOYAGE DE M. GUILLAUME LEJEAN DANS L'AFRIQUE ORIENTALE
(1860.--Texte et dessins inédits.)--Lettre au Directeur du _Tour
du monde_ (Khartoum, 10 mai 1860).
D'ALEXANDRIE À SOUAKIN. -- L'Égypte. -- Le désert. -- Le simoun.
-- Suez. -- Un danger. -- Le mirage. -- Tor. -- Qosséir. --
Djambo. -- Djeddah. 97
VOYAGE AU MONT ATHOS, par M. A. PROUST (1858.--Inédit.)
Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosquées. --
L'Albanais Rabottas. -- Préparatifs de départ. -- Vasilika. --
Galatz. -- Nedgesalar. -- L'Athos. -- Saint-Nicolas. -- Le P.
Gédéon. -- Le couvent russe. -- La messe chez les Grecs. --
Kariès et la république de l'Athos. -- Le voïvode turc. -- Le
peintre Anthimès et le pappas Manuel. -- M. de Sévastiannoff. 103
Ermites indépendants. -- Le monastère de Koutloumousis. -- Les
bibliothèques. -- La peinture. -- Manuel Panselinos et les
peintres modernes. -- Le monastère d'Iveron. -- Les carêmes. --
Peintres et peintures. -- Stavronikitas. -- Miracles. -- Un
Vroukolakas. -- Les bibliothèques. -- Les mulets. -- Philotheos.
-- Les moines et la guerre de l'Indépendance. -- Karacallos. --
L'union des deux Églises. -- Les pénitences et les fautes. 114
La légende d'Arcadius. -- Le pappas de Smyrne. -- Esphigmenou. --
Théodose le Jeune. -- L'ex-patriarche Anthymos et l'Église
grecque. -- L'isthme de l'Athos et Xerxès. -- Les monastères
bulgares: Kiliandari et Zographos. -- La légende du peintre. --
Beauté du paysage. -- Castamoniti. -- Une femme au mont Athos. --
Dokiarios. -- La secte des Palamites. -- Saint-Xénophon. -- La
pêche aux éponges. -- Retour à Kariès. -- Xiropotamos, le couvent
du Fleuve Sec. -- Départ de Daphné. -- Marino le chanteur. 130
VOYAGE D'UN NATURALISTE (Charles DARWIN).--L'archipel Galapagos
et les attoles ou îles de coraux.--(1838).
L'ARCHIPEL GALAPAGOS. -- Groupe volcanique. -- Innombrables
cratères. -- Aspect bizarre de la végétation. -- L'île Chatam. --
Colonie de l'île Charles. -- L'île James. -- Lac salé dans un
cratère. -- Histoire naturelle de ce groupe d'îles. --
Mammifères; souris indigène. -- Ornithologie; familiarité des
oiseaux; terreur de l'homme; instinct acquis. -- Reptiles;
tortues de terre; leurs habitudes. 139
Encore les tortues de terre; lézard aquatique se nourrissant de
plantes marines; lézard terrestre herbivore, se creusant un
terrier. -- Importance des reptiles dans cet archipel où ils
remplacent les mammifères. -- Différences entre les espèces qui
habitent les diverses îles. -- Aspect général américain. 146
LES ATTOLES OU ÎLES DE CORAUX. -- Île Keeling. -- Aspect
merveilleux. -- Flore exiguë. -- Voyage des graines. -- Oiseaux.
-- Insectes. -- Sources à flux et reflux. -- Chasse aux tortues.
-- Champs de coraux morts. -- Pierres transportées par les
racines des arbres. -- Grand crabe. -- Corail piquant. --
Poissons se nourrissant de coraux. -- Formation des attoles. --
Profondeur à laquelle le corail peut vivre. -- Vastes espaces
parsemés d'îles de corail. -- Abaissement de leurs fondations. --
Barrières. -- Franges de récifs. -- Changement des franges en
barrières et des barrières en attoles. 151
BIOGRAPHIE.--Brun-Rollet. 159
VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (Russie asiatique), par OUVAROVSKI
(1830-1839).
Djigansk. -- Mes premiers souvenirs. -- Brigandages. -- Le
paysage de Djigansk. -- Les habitants. -- La pêche. -- Si les
poissons morts sont bons à manger. -- La sorcière Agrippine. --
Mon premier voyage. -- Killæm et ses environs. -- Malheurs. --
Les Yakoutes. -- La chasse et la pêche. -- Yakoutsk. -- Mon
premier emploi. -- J'avance. -- Dernières recommandations de ma
mère. -- Irkoutsk. -- Voyage. -- Oudskoï. -- Mes bagages. --
Campement. -- Le froid. -- La rivière Outchour. -- L'Aldan. --
Voyage dans la neige et dans la glace. -- L'Ægnæ. -- Un Tongouse
qui pleure son chien. -- Obstacles et fatigues. -- Les guides. --
Ascension du Diougdjour. -- Stratagème pour prendre un oiseau. --
La ville d'Oudskoï. -- La pêche à l'embouchure du fleuve Ut. --
Navigation pénible. -- Boroukan. -- Une halte dans la neige. --
Les rennes. -- Le mont Byraya. -- Retour à Oudskoï et à
Yakoutsk. 161
Viliouisk. -- Sel tricolore. -- Bois pétrifié. -- Le Sountar. --
Nouveau voyage. -- Description du pays des Yakoutes. -- Climat.
-- Population. -- Caractères. -- Aptitudes. -- Les femmes
yakoutes. 177
DE SYDNEY À ADÉLAÏDE (Australie du Sud), notes extraites d'une
correspondance particulière (1860).
Les Alpes australiennes. -- Le bassin du Murray. -- Ce qui reste
des anciens maîtres du sol. -- Navigation sur le Murray. --
Frontières de l'Australie du Sud. -- Le lac Alexandrina. -- Le
Kanguroo rouge. -- La colonie de l'Australie du Sud. -- Adélaïde.
-- Culture et mines. 182
VOYAGES ET DÉCOUVERTES AU CENTRE DE L'AFRIQUE, journal du docteur
BARTH (1849-1855).
Henry Barth. -- But de l'expédition de Richardson. -- Départ. --
Le Fezzan. -- Mourzouk. -- Le désert. -- Le palais des démons. --
Barth s'égare; torture et agonie. -- Oasis. -- Les Touaregs. --
Dunes. -- Afalesselez. -- Bubales et moufflons. -- Ouragan. --
Frontières de l'Asben. -- Extorsions. -- Déluge à une latitude où
il ne doit pas pleuvoir. -- La Suisse du désert. -- Sombre vallée
de Taghist. -- Riante vallée d'Auderas. -- Agadez. -- Sa
décadence. -- Entrevue de Barth et du sultan. -- Pouvoir
despotique. -- Coup d'oeil sur les moeurs. -- Habitat de la
girafe. -- Le Soudan; le Damergou. -- Architecture. -- Katchéna;
Barth est prisonnier. -- Pénurie d'argent. -- Kano. -- Son
aspect, son industrie, sa population. -- De Kano à Kouka. -- Mort
de Richardson. -- Arrivée à Kouka. -- Difficultés croissantes. --
L'énergie du voyageur en triomphe. -- Ses visiteurs. -- Un vieux
courtisan. -- Le vizir et ses quatre cents femmes. -- Description
de la ville, son marché, ses habitants. -- Le Dendal. --
Excursion. -- Angornou. -- Le lac Tchad. 193
Départ. -- Aspect désolé du pays. -- Les Ghouas. -- Mabani. -- Le
mont Délabéda. -- Forgeron en plein vent. -- Dévastation. --
Orage. -- Baobab. -- Le Mendif. -- Les Marghis. -- L'Adamaoua. --
Mboutoudi. -- Proposition de mariage. -- Installation de vive
force chez le fils du gouverneur de Soulleri. -- Le Bénoué. --
Yola. -- Mauvais accueil. -- Renvoi subit. -- Les Ouélad-Sliman.
-- Situation politique du Bornou. -- La ville de Yo. -- Ngégimi
ou Ingégimi. -- Chute dans un bourbier. -- Territoire ennemi. --
Razzia. -- Nouvelle expédition. -- Troisième départ de Kouka. --
Le chef de la police. -- Aspect de l'armée. -- Dikoua. -- Marche
de l'armée. -- Le Mosgou. -- Adishen et son escorte. -- Beauté du
pays. -- Chasse à l'homme. -- Erreur des Européens sur le centre
de l'Afrique. -- Incendies. -- Baga. -- Partage du butin. --
Entrée dans le Baghirmi. -- Refus de passage. -- Traversée du
Chari. -- À travers champs. -- Défense d'aller plus loin. --
Hospitalité de Bou-Bakr-Sadik. -- Barth est arrêté. -- On lui met
les fers aux pieds. -- Délivré par Sadik. -- Maséna. -- Un
savant. -- Les femmes de Baghirmi. -- Combat avec des fourmis. --
Cortége du sultan. -- Dépêches de Londres. 209
De Katchéna au Niger. -- Le district de Mouniyo. -- Lacs
remarquables. -- Aspect curieux de Zinder. -- Route périlleuse.
-- Activité des fourmis. -- Le Ghaladina de Sokoto. -- Marche
forcée de trente heures. -- L'émir Aliyou. -- Vourno. --
Situation du pays. -- Cortége nuptial. -- Sokoto. -- Caprice
d'une boîte à musique. -- Gando. -- Khalilou. -- Un chevalier
d'industrie. -- Exactions. -- Pluie. -- Désolation et fécondité.
-- Zogirma. -- La vallée de Foga. -- Le Niger. -- La ville de
Say. -- Région mystérieuse. -- Orage. -- Passage de la Sirba. --
Fin du rhamadan à Sebba. -- Bijoux en cuivre. -- De l'eau
partout. -- Barth déguisé en schérif. -- Horreur des chiens. --
Montagnes du Hombori. -- Protection des Touaregs. -- Bambara. --
Prières pour la pluie. -- Sur l'eau. -- Kabara. -- Visites
importunes. -- Dangereux passage. -- Tinboctoue, Tomboctou ou
Tembouctou. -- El Bakay. -- Menaces. -- Le camp du cheik. --
Irritation croissante. -- Sus au chrétien! -- Les Foullanes
veulent assiéger la ville. -- Départ. -- Un preux chez les
Touaregs. -- Zone rocheuse. -- Lenteurs désespérantes. -- Gogo.
-- Gando. -- Kano. -- Retour. 226
VOYAGES ET AVENTURES DU BARON DE WOGAN EN CALIFORNIE
(1850-1852.--Inédit).
Arrivée à San-Francisco. -- Description de cette ville. -- Départ
pour les placers. -- Le claim. -- Première déception. -- La
solitude. -- Mineur et chasseur. -- Départ pour l'intérieur. --
L'ours gris. -- Reconnaissance des sauvages. -- Captivité. --
Jugement. -- Le poteau de la guerre. -- L'Anglais chef de tribu.
-- Délivrance. 242
VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA (empire des Birmans), par le
capitaine Henri YULE, du corps du génie bengalais (1855).
Départ de Rangoun. -- Frontières anglaises et birmanes. -- Aspect
du fleuve et de ses bords. -- La ville de Magwé. -- Musique,
concert et drames birmans. -- Sources de naphte; leur
exploitation. -- Un monastère et ses habitants. -- La ville de
Pagán. -- Myeen-Kyan. -- Amarapoura. -- Paysage. -- Arrivée à
Amarapoura. 258
Amarapoura; ses palais, ses temples. -- L'éléphant blanc. --
Population de la ville. -- Recensement suspect. -- Audience du
roi. -- Présents offerts et reçus. -- Le prince héritier
présomptif et la princesse royale. -- Incident diplomatique. --
Religion bouddhique. -- Visites aux grands fonctionnaires. -- Les
dames birmanes. 273
Comment on dompte les éléphants en Birmanie. -- Excursions autour
d'Amarapoura. -- Géologie de la vallée de l'Irawady. -- Les
poissons familiers. -- Le serpent hamadryade. -- Les Shans et
autres peuples indigènes du royaume d'Ava. -- Les femmes chez les
Birmans et chez les Karens. -- Fêtes birmanes. -- Audience de
congé. -- Refus de signer un traité. -- Lettre royale. -- Départ
d'Amarapoura et retour à Rangoun. -- Coup d'oeil rétrospectif sur
la Birmanie. 280
VOYAGE AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, par le capitaine
BURTON (1857-1859).
But de l'expédition. -- Le capitaine Burton. -- Zanzibar. --
Aspect de la côte. -- Un village. -- Les Béloutchis. -- Ouamrima.
-- Fertilité du sol. -- Dégoût inspiré par le pantalon. -- Vallée
de la mort. -- Supplice de M. Maizan. -- Hallucination de
l'assassin. -- Horreur du paysage. -- Humidité. -- Zoungoméro. --
Effets de la traite. -- Personnel de la caravane. -- Métis
arabes, Hindous, jeunes gens mis en gage par leurs familles. --
Ânes de selle et de bât. -- Chaîne de l'Ousagara. --
Transformation du climat. -- Nouvelles plaines insalubres. --
Contraste. -- Ruine d'un village. -- Fourmis noires. -- Troisième
rampe de l'Ousagara. -- La Passe terrible. -- L'Ougogo. --
L'Ougogi. -- Épines. -- Le Zihoua. -- Caravanes. -- Curiosité des
indigènes. -- Faune. -- Un despote. -- La plaine embrasée. --
Coup d'oeil sur la vallée d'Ougogo. -- Aridité. -- Kraals. --
Absence de combustible. -- Géologie. -- Climat. -- Printemps. --
Indigènes. -- District de Toula. -- Le chef Maoula. -- Forêt
dangereuse. 305
Arrivée à Kazeh. -- Accueil hospitalier. -- Snay ben Amir. --
Établissements des Arabes. -- Leur manière de vivre. -- Le Tembé.
-- Chemins de l'Afrique orientale. -- Caravanes. -- Porteurs. --
Une journée de marche. -- Costume du guide. -- Le Mganga. --
Coiffures. -- Halte. -- Danse. -- Séjour à Kazeh. -- Avidité des
Béloutchis. -- Saison pluvieuse. -- Yombo. -- Coucher du soleil.
-- Jolies fumeuses. -- Le Mséné. -- Orgies. -- Kajjanjéri. --
Maladie. -- Passage du Malagarazi. -- Tradition. -- Beauté de la
Terre de la Lune. -- Soirée de printemps. -- Orage. -- Faune. --
Cynocéphales, chiens sauvages, oiseaux d'eau. -- Ouakimbou. --
Ouanyamouézi. -- Toilette. -- Naissances. -- Éducation. --
Funérailles. -- Mobilier. -- Lieu public. -- Gouvernement. --
Ordalie. -- Région insalubre et féconde. -- Aspect du Tanganyika.
-- Ravissements. -- Kaouélé. 321
Tatouage. -- Cosmétiques. -- Manière originale de priser. --
Caractère des Ouajiji; leur cérémonial. -- Autres riverains du
lac. -- Ouatata, vie nomade, conquêtes, manière de se battre,
hospitalité. -- Installation à Kaouélé. -- Visite de Kannéna. --
Tribulations. -- Maladies. -- Sur le lac. -- Bourgades de
pêcheurs. -- Ouafanya. -- Le chef Kanoni. -- Côte inhospitalière.
-- L'île d'Oubouari. -- Anthropophages. -- Accueil flatteur des
Ouavira. -- Pas d'issue au Tanganyika. -- Tempête. -- Retour. 337
FRAGMENT D'UN VOYAGE AU SAUBAT (affluent du Nil Blanc), par M.
Andrea DEBONO (1855) 348
VOYAGE À L'ÎLE DE CUBA, par M. Richard DANA (1859).
Départ de New-York. -- Une nuit en mer. -- Première vue de Cuba.
-- Le Morro. -- Aspect de la Havane. -- Les rues. -- La volante.
-- La place d'Armes. -- La promenade d'Isabelle II. -- L'hôtel Le
Grand. -- Bains dans les rochers. -- Coolies chinois. -- Quartier
pauvre à la Havane. -- La promenade de Tacon. -- Les surnoms à la
Havane. -- Matanzas. -- La Plaza. -- Limossar. -- L'intérieur de
l'île. -- La végétation. -- Les champs de canne à sucre. -- Une
plantation. -- Le café. -- La vie dans une plantation de sucre.
-- Le Cumbre. -- Le passage. -- Retour à la Havane. -- La
population de Cuba. -- Les noirs libres. -- Les mystères de
l'esclavage. -- Les productions naturelles. -- Le climat. 353
EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Adolphe JOANNE (1850-1860).
Le pic de Belledon. -- Le Dauphiné. -- Les Goulets. 369
Les gorges d'Omblèze. -- Die. -- La vallée de Roumeyer. -- La
forêt de Saou. -- Le col de la Cochette. 385
EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Élisée RECLUS (1850-1860).
La Grave. -- L'Aiguille du midi. -- Le clapier de
Saint-Christophe. -- Le pont du Diable. -- La Bérarde. -- Le col
de la Tempe. -- La Vallouise. -- Le Pertuis-Rostan. -- Le village
des Claux. -- Le mont Pelvoux. -- La Balme-Chapelu. -- Moeurs des
habitants. 402
LISTE DES GRAVURES. 417
LISTE DES CARTES. 422
ERRATA. 427
[Illustration: Pigeonnier près d'Ispahan.--Dessin de M. Jules
Laurens.]
VOYAGE EN PERSE,
FRAGMENTS
PAR M. LE C{te} DE GOBINEAU[1].
1855-1858
DESSINS INÉDITS DE M. JULES LAURENS[2].
[Note 1: M. le C{te} A. de Gobineau, premier secrétaire
de la dernière ambassade française en Perse, est auteur d'un
volume intitulé: _Trois ans en Asie_ (de 1855 à 1858) (Paris,
Hachette). C'est à cet ouvrage estimé que nous empruntons,
avec l'autorisation de M. de Gobineau, les pages qui
suivent.--Nous croyons devoir rappeler que MM. Eugène Flandin
et Pascal Coste ont publié depuis 1851: un _Voyage en Perse_
(fait en 1840 et 1841); les _Monuments de la Perse ancienne_
et les _Vues pittoresques de la Perse moderne_ (Paris, Gide
et Baudry).]
[Note 2: M. Jules Laurens, attaché par les ministères de
l'intérieur et de l'instruction publique, comme peintre, à la
mission en Orient de feu X. Hommaire de Hell, est parti de
France pour l'Italie, la Grèce, la Turquie, les principautés
danubiennes, et la Russie méridionale, en mai 1846; il a
voyagé en Perse depuis le 6 novembre 1847 jusqu'au 15 mars
1849, et est rentré en France en juillet 1849.]
Arrivée à Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le
Tchéar-Bâgh. -- Le collége de la Mère du roi. -- La mosquée du
roi Les quarante colonnes. -- Présentations. -- Le pont du
Zend-è-Roud.
..... À une heure de la ville, nous vîmes de loin apparaître le
gouverneur, Tchéragh-Aly-Khan, sur un cheval turcoman blanc,
superbement harnaché. Lui-même était vêtu d'un djubbèh ou robe
couverte de cachemire, et à sa ceinture brillait un poignard enrichi
de pierreries. Il s'arrêta d'abord pour faire ses compliments aux
dames[3], ce qui nous parut extrêmement civilisé, et s'informa de leur
santé avec beaucoup de grâce, puis, continuant sa route, arriva
jusqu'à nous. Il y avait devant nous un état-major nombreux d'employés
militaires et civils, beaucoup d'artilleurs, beaucoup de ghoulams
(cavaliers d'escorte), bref, toute une cavalerie qui s'étendait à
perte de vue sur deux ou trois lignes, et formait véritablement un
spectacle d'une variété et d'une richesse merveilleuses.
[Note 3: M. de Gobineau dit ailleurs que le groupe
européen se composait, sans parler de sa famille et de lui,
«du ministre, de deux secrétaires de la mission, d'un
attaché, de deux drogmans, d'un peintre, d'une femme de
chambre tourangelle, de cinq domestiques.»]
Tchéragh-Aly-Khan est un fort bel homme, d'une figure intelligente et
distinguée, et de la plus noble politesse. Après avoir rendu ses
devoirs au ministre, il commença la conversation avec aisance et
facilité, ce qui ne l'empêchait pas, tout le long du chemin, de voir
ce qui se passait, et de donner de temps en temps des ordres qui
s'exécutaient immédiatement sans cris et sans trouble. Par son
origine, il appartient à une tribu nomade des environs de Kermanschah,
et comme cette tribu est ancienne, il est bien né. Mais la fortune ne
l'avait pas traité d'abord aussi bien que la naissance, de sorte qu'il
se trouva lancé dans la vie avec beaucoup d'intelligence, d'esprit,
d'ambition, et pas un sou. Il prit le parti que prennent tous ses
compatriotes dans d'aussi graves conjonctures, il quitta son pays pour
voyager, et devint domestique. Sa bonne étoile le fit entrer en cette
qualité au service de Mirza-Taghy-Khan, alors membre persan de la
commission de délimitation des frontières turco-persanes. Il remplit
auprès de ce personnage les fonctions de sa charge, qui consistaient
principalement à tenir le kalian (pipe d'eau); mais il trouva moyen de
se faire connaître comme valant mieux que son emploi, et rendit des
services qui appelèrent sur lui l'attention de son maître. Quand
celui-ci devint premier ministre à l'avènement du roi actuel,
Tchéragh-Aly-Khan fut élevé à une charge publique, et s'en acquitta
avec beaucoup de distinction. Après la chute de son protecteur, il
resta au service du roi, et nous le trouvions gouverneur d'Ispahan,
c'est-à-dire à la tête d'une des plus grandes provinces de l'empire.
Tout en marchant de la sorte en grande ordonnance, nous sortîmes de la
montagne et nous aperçûmes la ville au fond d'un amphithéâtre ouvert
du côté du nord et de l'est, mais entouré de hautes montagnes vers
l'ouest et le sud: ce premier coup d'oeil est très-beau. Ispahan se
présente environné de jardins et tout rempli de bouquets d'arbres que
dominent les dômes d'un assez grand nombre de monuments. Mais au lieu
de regarder en l'air, nous eûmes bientôt assez à faire de regarder à
nos pieds. La foule devenait énorme; toute la population était sortie
à notre rencontre; elle avait infiniment meilleure mine, et paraissait
beaucoup moins frondeuse et moins triste qu'à Schyraz. Nous marchions
dans des chemins abominables, ou plutôt dans un réseau de sentiers,
les uns bas, les autres élevés, tous défoncés. Un lièvre partit dans
nos jambes, à la grande satisfaction des gens du peuple et des
ghoulams, dont plusieurs, malgré la gravité de la circonstance, ne
résistèrent pas à la tentation, et coururent après.
Puis, nous franchîmes la porte, et là nous nous trouvâmes dans les
champs cultivés, car cette porte s'ouvre sur un quartier qui n'existe
plus que par ses ruines, au milieu desquelles poussent maintenant des
légumes et des fruits. Nous arrivâmes au Zend-è-Roud, fleuve fameux où
il y a, je crois, un peu plus d'eau l'été que dans le Manzanarès, mais
guère davantage. Seulement il a la gloire de déborder en hiver et de
se permettre quelquefois d'assez grands dégâts. Nous le passâmes sur
un pont d'une architecture curieuse, et pas en trop mauvais état (voy.
p. 21), puis nous entrâmes dans une longue avenue de platanes, avenue
célèbre qui conduit au Tchéhar-Bâgh, et c'est dans cette réunion de
palais que nous mîmes pied à terre. Nous étions logés dans un des plus
beaux et des plus commodes, l'Imarêt-è-Sadr.
Ispahan est sans doute assez délabré. De six à sept cent mille
habitants qu'il avait au dix-septième siècle, il n'en compte
maintenant, dit-on, que cinquante à soixante mille; partant, les
ruines y abondent, et des quartiers tout entiers ne montrent que des
maisons et des bazars écroulés, où à peine quelques chiens errants se
promènent. Tout a frappé cette ville depuis l'époque qui a mis fin à
sa splendeur. Être prise d'assaut par une armée afghane est assurément
une calamité au premier chef, et traverser toutes les phases de
l'anarchie et de la guerre civile est peu propre à rien réparer.
Malgré de telles destinées, Ispahan est encore une merveille. Cette
réunion de palais, qu'on nomme le Tchéhar-Bâgh, et où nous étions
logés, est probablement un lieu unique dans le monde; il n'est que la
Chine dont les résidences impériales, avec leurs vastes jardins et
leurs constructions multipliées, doivent peut-être beaucoup y
ressembler. Je ne fais pas cette comparaison au hasard. Le style des
plus anciens monuments d'Ispahan, l'ornementation, les peintures,
portent le cachet évident du goût chinois, et rappellent les relations
étroites que la conquête mongole et ensuite le commerce avaient créées
entre les deux empires. Les longues avenues de platanes que décrit
Chardin ont beaucoup souffert certainement, mais ce qui en reste porte
témoignage de la beauté parfaite de ce qui a disparu. Le Tchéhar-Bâgh
en contient encore de belles rangées qui sont comme un boulevard
magnifique bordé de monuments dignes des arbres, et interrompues de
distance en distance par de grands bassins d'eau formant autant de
ronds-points. Le milieu des avenues est dallé, et, suivant l'usage des
jardins persans, s'élève d'un pied environ au-dessus du sol, couvert
de grandes herbes et de rares fleurs. Où l'on aperçoit bien que cette
magnificence n'est plus que l'ombre du passé, c'est d'abord dans la
solitude profonde de ces avenues que la population actuelle a
désertées, et que d'ailleurs elle ne suffirait pas à remplir. Puis les
eaux sont stagnantes dans les bassins où jadis elles couraient vives
et fraîches; enfin, au lieu des jardins qui longeaient des deux côtés
la chaussée principale et la séparaient des deux petites chaussées
établies le long des bâtiments, on ne voit presque plus que des
herbes, comme je l'ai dit, poussant désordonnées, et laissant encore
apparaître ça et là quelques têtes de vieux arbustes à demi morts.
Enfin les dalles de la chaussée sont en grande partie brisées ou ont
disparu. Malgré cette désolation, il y a bien de la grandeur et de
l'élégance dans ces restes du Tchéhar-Bâgh.
[Illustration: CARTE de la PERSE pour servir à l'intelligence du
voyage fait de 1855 à 1858 par le Cte. DE GOBINEAU.--Dressée par A.
Vuillemin.]
Plusieurs des édifices qui longent ce boulevard sont cependant en bon
état. Ils ont échappé à la destruction et on les voit aussi jeunes que
jamais. Il en est ainsi du collége appelé _collége de la Mère du roi_
et fondé par une princesse Séfévy. Ce monument merveilleux a même
conservé, et c'est presque un miracle, sa porte couverte de lames
d'argent ciselées. Autant que je me le rappelle, celui qui a accompli
ce beau travail a écrit son nom dans un coin, et il était de Tébryz.
On ne peut rien admirer de plus élégant que cette orfévrerie
grandiose. Les dessins se composent d'enroulements de feuillages et
d'inscriptions arrangées à la façon arabe, c'est-à-dire de manière à
fournir le principal motif d'ornementation. Je regrette de ne pas me
souvenir du nom de l'auteur de cette oeuvre pleine de goût et de
talent. Il faut dire aussi que l'artiste travaillait pour une personne
qui voulait témoigner grandement de son respect pour la science.
La princesse qui fit faire cette porte et le collége où nous allons
entrer, se proposa de créer pour l'étude et la méditation un lieu
d'asile où rien ne pût les troubler. Elle voulut que les yeux
satisfaits laissassent à l'âme une pleine liberté et tinssent
l'intelligence en joie. Par la splendeur de la porte qui devait
conduire dans le sanctuaire, elle indiquait dès l'abord quel lieu
charmant son collége devait être.
En effet l'entrée n'annonce rien de trop; quand on l'a franchie, on se
trouve dans un petit préau dallé, où se tiennent des marchands de
fruits et des kalians, toujours à la disposition des maîtres et des
étudiants. De grands arbres projettent leur ombre sur l'arcade de la
porte et sur les amoncellements de pêches, d'abricots, de melons, de
pastèques et les monceaux de glace qui remplissent ce vestibule
ouvert. De là on pénètre dans un grand jardin carré, formé de quatre
massifs où dominent d'immenses platanes entourés de rosiers et de
jasmins non moins énormes dans leur espèce. À l'extrémité des allées
se présentent trois portes colossales qui donnent accès dans de vastes
salles couvertes d'un dôme. Elles sont flanquées chacune de deux
petits minarets terminés aussi en dôme, et le tout est revêtu d'émail
bleu, brodé d'inscriptions koufiques et d'arabesques noires, blanches
et jaunes. Pour se faire quelque idée de ses portes, il faut savoir
que leur hauteur égale celle de nos plus hauts portails. Les quatre
angles qui les réunissent sont formés de quatre corps de logis
également revêtus d'émaux, mais beaucoup plus bas que les portes, et
percés, comme des ruches d'une infinité de cellules. C'était là que,
sans rétribution aucune, on logeait les étudiants accourus de toutes
les parties du monde musulman pour entendre les savants professeurs;
et une fois par semaine, la fondatrice venait, accompagnée de ses
femmes, prendre le linge des habitants du collége et en apporter
d'autre. Elle avait soin aussi de se faire rendre compte de tous les
besoins de ses hôtes, voulant expressément qu'aucun souci, aucun ennui
ne pût les distraire du but qu'ils avaient assigné à leur vie; et elle
s'était donné pour tâche de leur en faciliter la poursuite autant
qu'il était en elle. On ne peut s'imaginer, sans l'avoir vu, quel
bijou est ce collége de la _Mère du roi_ (voy. p. 24). C'est un vase
d'émail, c'est un joyau au milieu des fleurs. Je comprends à merveille
qu'on puisse s'y livrer avec passion à la vie contemplative; mais
c'est bien le plus mauvais endroit du monde pour se convaincre que les
biens terrestres ne sont rien; on dirait qu'il a été bâti pour prouver
le contraire. Dans tous les cas, c'étaient et ce sont encore d'heureux
savants que ceux dont l'existence s'écoule dans cet aimable séjour.
Comme je l'ai dit en commençant, ce collége est en son entier, il n'y
manque pas une brique; et quand on songe que tous les monuments
d'Ispahan ont été un jour dans cet état parfait, on est comme ébloui
d'une telle idée.
Il ne faut cependant pas s'imaginer qu'il y ait jamais eu un moment où
cette grande capitale ne renfermât pas de ruines. Ce n'est pas une
chose possible en Asie. Dans les contes qui nous parlent de Bagdad au
temps des khalifes abbassides, à l'époque d'Haroun Arraschyd lui-même,
il est question de quartiers ruinés, compris dans les limites d'une
cité qui n'avait pas alors d'égale dans le monde musulman ni chrétien,
à l'exception de Constantinople et d'Alexandrie. Shah-Abbas le Grand
lui-même, si jaloux de la beauté de sa grande ville et qui l'embellit
de tant de merveilles, s'il fut un infatigable constructeur de palais,
de caravansérails, de mosquées et de colléges, se soucia peu de
relever les édifices de ses prédécesseurs. Seulement il est clair que,
de son temps, les monuments debout dépassaient en nombre ceux qui se
dégradaient, et que les maisons en construction ou nouvellement
construites l'emportaient sur celles qu'on laissait s'écrouler.
Il ne faut pas non plus se plaindre trop amèrement des ruines, quand
toutefois elles sont contenues dans de certaines limites. Leur
présence fait partie nécessaire de la physionomie d'une cité persane,
et je n'ai pas, au point de vue du goût, un culte si passionné pour la
régularité, la symétrie et la belle ordonnance, pour les alignements
corrects, les trottoirs bien raccordés et les coins de rue
irréprochables, que je sois en droit de pousser des soupirs bien
profonds à la vue de quelques bâtiments écroulés.
La mosquée du roi est grande et noble. Son dôme d'émail bleu travaillé
d'arabesques jaunes à grands ramages est d'une rare magnificence.
Cependant le voisinage de la place ou meydan lui fait du tort. Ce
grand quadrilatère est si étendu, que tous les monuments qui le
bordent, et la mosquée du roi comme les autres, semblent petits. C'est
là que se donnaient, sous les Séfévys, et que se donnent encore
aujourd'hui, mais avec beaucoup moins de splendeur, les fêtes
publiques. Les rois, comme Shah-Abbas, assistaient aux solennités du
haut d'une porte immense, appelée Aly-Kapy. C'est un belvédère de
dimensions colossales, où pouvaient tenir toute la cour, les grands
officiers, les grands moullahs, les envoyés étrangers, les chefs des
tribus nomades.
De cette vaste tribune on découvre non-seulement la cité, mais toute
la campagne aux environs. C'est d'un aspect grandiose. Rien ne
m'étonna autant, parmi les tableaux et les objets variés qui
s'étendaient de toutes parts, que de voir, autour du dôme de la
mosquée royale, certains grands échafaudages qui y avaient été
attachés. L'explication qu'on m'en fit acheva de me confondre. Le roi
a ordonné, il y a plusieurs années, de réparer cette mosquée et de lui
rendre sa magnificence première. C'était la seule fois où l'on eût
parlé de restaurer des monuments, et c'est une pensée qui fait
d'autant plus d'honneur au roi, qu'elle est tout à fait nouvelle dans
son pays. Mais malheureusement l'exécution rentrait un peu trop dans
les habitudes nationales. Les mandataires royaux avaient bien fait
élever des échafaudages, mais on ne travaillait pas; seulement on
touchait régulièrement les sommes allouées. Probablement on les touche
encore et on les touchera longtemps après que la mosquée n'existera
plus.
[Illustration: Pont d'Allah-Yerdi-Khan sur le Zend-è-Roud, à
Ispahan.--Dessin de M. Jules Laurens.]
Les palais d'Ispahan ont été décrits trop de fois pour que j'y
revienne. Je remarquerais seulement que le Tchéhèl-Soutoun, ou les
Quarante-Colonnes, un des plus anciens et des plus splendides, est
doublement intéressant comme offrant les exemples les plus frappants
de l'appropriation du goût chinois à l'ornementation persane, et
contenant les peintures les plus remarquables qu'on puisse voir en
Perse (voy. p. 25). Sur le premier point, il y a beaucoup d'intérêt
pour l'histoire de l'art à observer comment les artistes des Séfévys
s'y sont pris pour associer des motifs d'architecture et un certain
style d'arabesques empruntés au palais de Nanking, avec ce que la
haute antiquité leur avait traditionnellement livré de sujets
assyriens et perses. L'effet est extrêmement riche et heureux, et
c'est là qu'on peut s'assurer plus pleinement qu'ailleurs de cette
grande vérité, qu'en fait d'art, les Persans d'aucun temps n'ont
jamais rien inventé, mais qu'ils ont su tout prendre, tout garder, ne
rien oublier, et fondre leurs acquisitions dans un ensemble si
heureusement lié, qu'il a l'air de leur appartenir, et qu'on en
jurerait, si l'analyse ne venait démontrer le contraire. Ce que les
Persans ont possédé au plus haut degré, c'est l'esprit de
compréhension, la puissance de comparaison, et une sorte de critique
qui leur a permis de combiner avec bonheur des éléments parfaitement
étrangers les uns aux autres. Je suis persuadé que c'est en étudiant
les procédés de l'art persan que l'on arrivera à comprendre beaucoup
de choses encore aujourd'hui parfaitement inconnues en ces matières.
En se plaçant sur ce terrain, on pourrait pénétrer bien des mystères
de l'origine de l'art byzantin et de l'art sarrasin. La Perse est
comme un foyer où les idées et les inventions des pays et des pensées
les plus lointains sont venues se confondre. À lui seul, le
Tchéhèl-Soutoun me paraît fournir bien des révélations.
Pour ce qui est de la peinture, les grandes fresques murales qu'on y
remarque, et qui représentent surtout des batailles, sont d'une beauté
incontestable comme couleur. Pour le dessin de l'agencement des
figures, c'est à peu près complètement le style de nos plus anciennes
tapisseries, ou, pour mieux dire, nos plus anciennes tapisseries se
sont faites d'après ce style-là. J'en verrais volontiers la source
dans les oeuvres de la basse époque sassanide. Ce temps a encore un
droit de paternité sur ce travail maigre et sec, mais de paternité
malheureusement éloignée, et jamais, depuis le troisième siècle de
notre ère, on n'a revu dans l'Asie centrale les oeuvres grandioses et
magnifiques qui ont illustré le règne des premiers descendants
d'Ardeschyr. Telles qu'elles sont, cependant, les peintures du
Tchéhèl-Soutoun ne sont pas méprisables, et on en tiendra grand compte
lorsqu'on aura compris à quel point l'histoire de l'art asiatique, et
je dis l'histoire moderne tout autant que l'histoire antique, est
indispensable et de première nécessité pour l'histoire de l'art
européen.
Toujours au point de vue critique, je signalerai encore à Ispahan un
petit palais qui emprunte à la date de sa construction un intérêt
particulier. Ce palais est moderne. Il existe dans le Tchéhar-Bâgh
depuis une quinzaine d'années environ, et c'est un vrai bijou. Il
contient une salle carrée, éclairée par en haut, formée d'une galerie
circulaire soutenue par des colonnes plaquées de miroirs ajustés en
losanges, ayant au centre un bassin d'albâtre oriental garni d'une
quantité de jets d'eau à filets très-minces, et le tout orné des
peintures, des sculptures en bois, des émaux ordinaires. Dans le plan,
cet édifice est irréprochable. Il reproduit les meilleurs modèles du
seizième et du dix-septième siècle, qui sont restés les prototypes de
l'art national. Seulement, dans l'exécution des détails, on sent
partout que les constructeurs du palais n'ont eu à leur disposition
que des ouvriers adroits, et point d'artistes véritables. La faute en
est à la pauvreté actuelle du pays, qui ne permet pas souvent
d'entreprendre rien de semblable. Il en résulte que peu de gens
habiles peuvent se former, faute d'occasions. Mais le seul fait que de
nos jours on a pu imaginer et créer cette jolie résidence, prouve
suffisamment que le goût n'est pas mort, et que si la situation
présente se soutient et que les fortunes puissent suivre le mouvement
ascendant qu'on remarque en toutes choses, dans une cinquantaine
d'années les bons artistes auront reparu, si toutefois la rage de
l'imitation européenne et d'avoir des appartements soi-disant à notre
mode ne vient pas tout gâter, ce dont il ne faudrait pas jurer.
Nous ne fûmes pas tellement absorbés par l'admiration du Tchéhar-Bâgh
que nous ne prissions aussi le temps d'aller à Djoulfâ. Nous avions
des raisons de premier ordre pour visiter ce faubourg où Schah-Abbas
le Grand avait établi les Arméniens attirés par lui en Perse et
auxquels il accorda de grands priviléges. Nous devions rendre nos
devoirs à Mgr Tylkyan et également au délégué du patriarche
schismatique.
Nous passâmes donc le pont du Zend-è-Roud, avec lequel nous avions
déjà fait connaissance à notre arrivée, et nous nous rendîmes dans
l'ancien couvent des jésuites français. Le gouvernement des Séfévys
avait été très-généreux à l'égard de ces missionnaires. Il leur avait
accordé des maisons et des jardins où les bons pères pratiquaient,
avec leur intelligence ordinaire, d'excellentes méthodes de culture.
Quand les malheurs qui ont accablé la Perse pendant le siècle dernier
se furent déchaînés sur Ispahan, la mission en souffrit naturellement.
Son influence fut perdue. Le désordre du temps rendait sa situation
difficile; elle cessa de se recruter. D'autre part, la population
chrétienne qui l'entourait et qui était uniquement composée
d'Arméniens, fut dispersée. Tout périt. L'établissement fondé avec
tant de peine disparut. Mais l'équité veut aussi qu'on remarque bien
que les musulmans ne souffraient pas moins que les chrétiens au milieu
de cette épouvantable anarchie, et, si Djoulfâ était frappé, Ispahan
n'était pas en meilleur état. Enfin, la dynastie actuelle rétablit la
paix, et, avec la paix, les envoyés de la propagande revinrent. Ils
retrouvèrent les biens des jésuites. On les leur laissa prendre sans
difficulté. Un petit troupeau assez faible se reforma autour d'eux, et
aujourd'hui ils végètent, fort pauvres, mais tout à fait libres. Ce
sont, comme je l'ai dit, des Arméniens catholiques ne sachant aucune
langue européenne. Ils ignorent même le persan, et communiquent avec
les autorités locales au moyen du turc. J'ai vu, entre leurs mains,
l'ancienne bibliothèque des pères jésuites, qui m'a semblé
intéressante, et j'ai regretté que le temps m'ait manqué pour la
visiter en détail. Je dois avouer, à ma honte, que mes vénérables
conducteurs ne paraissaient pas fort tranquilles sur mes intentions,
et désiraient visiblement que j'abrégeasse mon séjour dans ce
sanctuaire mystérieux. Ils ne savaient pas ce que contenaient ces
volumes rangés sur deux tablettes depuis tant d'années sans que
personne les eût jamais ouverts, mais ils se considéraient comme
responsables du dépôt et n'aimaient pas à le laisser voir.
Un dîner à Ispahan. -- La danse et la comédie.
Tchéragh-Aly-Khan et notre Mehmandar[4] nous annoncèrent qu'ils
voulaient nous donner un dîner; mais, pour nous éviter la gêne des
habitudes persanes, trop nouvelles pour nous, ils avaient l'intention
de se régler sur notre mode. La chose convenue ainsi, on dressa le
couvert au milieu du talar de notre palais. Bien qu'il dût y avoir une
vingtaine de convives, la longue table se perdait dans l'immense
espace. Comme d'ordinaire, le devant du théâtre était ouvert, soutenu
par deux hautes colonnes peintes de couleurs vives; le grand voile
d'usage, blanc, à dessins noirs, s'étendait en abat-jour sur la partie
du jardin la plus rapprochée; nous avions vue sur un grand bassin
d'eau courante et sur des massifs de platanes; de nombreux serviteurs
bigarrés, vêtus, armés chacun suivant son caprice, et quelques-uns
portant un arsenal complet, se tenaient par groupes au bas de la
terrasse, ou circulaient dans le talar avec les plats, les kalians, ou
bien servant.
[Note 4: Personnage chargé par le gouvernement persan
d'escorter ambassade pour lui faire honneur.]
La table avait été arrangée, avec l'aide de nos domestiques européens,
un peu à la mode d'Europe, beaucoup à la façon persane: la ligne du
milieu était occupée par une forêt de vases, de coupes, de bols de
cristal bleu, blanc, jaune, rouge, remplis de fleurs; il y avait des
fleurs partout; il y en avait à profusion. Pour nous, cet
amoncellement de couleurs variées et désordonnées était un peu
nouveau, mais non sans élégance; pour nos hôtes, la nouveauté
consistait dans les cuillers et les fourchettes qui les attendaient et
dont ils allaient faire l'épreuve. Ce dîner fut très-amusant: j'avais
à côté de moi deux Persans, un frère d'Aly-Khan et un Ispahany; ils
s'escrimaient de leur mieux à saisir quelque chose dans leur assiette
avec les instruments inconnus dont on les avait gratifiés, et se
complimentaient mutuellement lorsqu'ils avaient réussi à porter un
morceau à leur bouche sans se piquer, ou même en se piquant. Ainsi que
le prescrivaient les lois de la politesse, ils s'exclamaient à qui
mieux mieux sur les avantages de notre méthode, sur ses mérites
infinis, et sur la facilité avec laquelle ils la pratiquaient.
Certains mets leur paraissaient surtout excellents, et parmi ceux-ci
ils remarquèrent la moutarde: l'un d'eux en remplit son assiette et
déclara qu'il n'avait jamais rien mangé de si bon. Comme, en somme,
leur dîner se passait en une sorte de gymnastique qui ne devait pas
les nourrir beaucoup, je les engageai tout bas à ne pas pousser la
politesse plus loin et à se servir à leur guise, pour ne pas sortir de
table affamés; ils firent beaucoup de façons, mais enfin ils
adoptèrent un moyen terme: tenant de la main gauche leur fourchette en
l'air, ils saisirent les morceaux avec la main droite, et remarquèrent
que de même que la France et la Perse ne pouvaient que gagner à leur
mutuelle amitié et à leur union, de même, en combinant les deux
manières de procéder, on arrivait à la perfection. Ce qui est certain,
c'est qu'ils dînèrent.
Au milieu du repas, on entendit un bruit argentin comme celui de
petites sonnettes, et l'on vit entrer quatre jeunes garçons, habillés
en femmes, avec des robes roses et bleues semées d'oripeaux; c'étaient
des danseurs: ils portaient les cheveux longs, tombant sur les épaules
et couverts de ces petites calottes dorées, appelées _araktjyns_,
qu'on peut voir sur toutes les peintures persanes à sujets féminins.
Ces danseurs n'étaient pas très-habiles, sans doute; mais je n'avais
pas de point de comparaison, et ce spectacle me parut très-intéressant.
On peut dire des Asiatiques, en général, qu'ils sont gracieux dans
leurs mouvements. Pour les Persans surtout, c'est vrai, et
particulièrement chez les enfants. Une des danses qu'on exécuta
s'appelle la _hératy_, et s'accompagne d'un air portant le même nom et
qui a beaucoup d'agrément; les musiciens, suivant l'usage, s'étaient
assis par terre, dans un coin; l'un jouait d'une espèce de mandoline
appelée _târ_, l'autre du dombeck, ou petit tambour à main, enfin un
troisième du centour, instrument qui consiste en une série de cordes
ajustées sur une table, et d'où l'on tire avec de petites baguettes
des sons assez semblables à ceux de la harpe. Après la _hératy_, ce
que nous vîmes de mieux, c'est une sorte de pantomime rhythmée, qu'on
pourrait intituler _la Journée d'une élégante_. La jeune femme débute
par se quereller avec son mari, puis elle a de l'humeur, puis elle
boude, puis elle s'habille pour sortir, puis elle entre chez une de
ses amies, à qui elle rend visite. On peut deviner que c'était un
thème à déployer beaucoup de coquetterie d'allures et de gentillesse.
Le jeune danseur chargé de ce rôle, ne s'en tira pas trop mal.
Après les danseurs vinrent les farces. Une troupe de comédiens joua
des scènes populaires en patois d'Ispahan. On fut obligé de corriger
et d'abréger beaucoup, car ces espèces de saynètes, qui représentent
d'ordinaire les ruses des moullahs, les concussions des juges, les
perfidies des femmes, les coquineries des marchands et les querelles
de la canaille, sont composées avec une verve qui ne ménage rien et
que rien n'arrête. Je doute que les tréteaux de Tabarin aient approché
de cette liberté, et les plus virulents chapitres de Rabelais sont de
l'eau de rose en comparaison. Cette fois, Tchéragh-Aly-Khan ne permit
pas à la vivacité des acteurs de se donner carrière, et lorsqu'il les
voyait s'échauffer et s'animer un peu, il intervenait; de sorte que
tout resta dans les limites de la convenance. En somme, la soirée fut
charmante, et nous fûmes très-satisfaits du dîner et du divertissement
persans.
[Illustration: Collége de la Mère du roi, à Ispahan (voy. p.
20).--Dessin de M. Jules Laurens.]
Les habitants d'Ispahan.