L'ATTITUDE DU DISCOBOLE

La méthode française d'éducation physique préconisée par M. le

lieutenant de vaisseau Hébert, que nous avons été des premiers à

signaler dans ce journal (numéro du 13 avril 1912). et qui bénéficie

aujourd'hui d'une vogue méritée, a donné un intérêt, si l'on peut dire,

actuel, à la célèbre statue du Discobole antique: on sait que le

«lancer» du disque est un des huit exercices naturels «indispensables»

indiqués par cette méthode. Sur l'attitude du Discobole, qu'a reproduite

si heureusement le lieutenant de vaisseau Hébert, M. le commandant R.

Debax, ancien instructeur à l'école de gymnastique de Joinville-le-Pont,

nous adresse ces lignes illustrées de croquis probants:

Dans le grand dictionnaire Larousse, à l'article Discobole, on lit:

«Discobole lançant le disque, ou Discobole en action, statue antique au

palais Massimi, à Berne. Le corps incliné et appuyé sur la jambe droite

placée en avant, le Discobole porte la main gauche sur le genou droit et

élève en arrière, plus haut que la tête, la main droite qui tient le

disque. Cette attitude a été imaginée pour donner au disque la plus

forte impulsion possible. Ce n'était qu'après avoir balancé le bras

plusieurs fois et lui avoir fait décrire plusieurs tours, presque

circulairement, que le Discobole lâchait le disque qui partait en

sifflant. En même temps qu'il ramenait ainsi une dernière fois le bras

droit en avant il retirait la main gauche et son corps se redressait

vivement comme la corde d'un arc détendu.»

A l'appui de son explication, l'auteur de la notice cite des textes

latins qui, probablement, sont sujets à controverses. Nous nous

garderons bien de le suivre sur ce terrain. Et nous nous fonderons sur

l'expérience et sur le mouvement de la statue pour contester cette

interprétation.

Si le disque était lancé comme l'indique Larousse, la force de

projection serait produite par le mouvement de rotation du bras droit,

suivi de l'extension du corps tout entier prenant appui sur la seule

jambe droite, extension favorisée d'ailleurs, par une légère rotation du

buste de droite à gauche. L'ensemble du mouvement ne paraît pas

suffisant pour donner l'impulsion nécessaire au disque, et nous pouvons

affirmer que pas un de nos athlètes modernes n'opère de cette façon.

Il est d'ailleurs fort probable que, dans ce cas, le disque devant être

lancé en avant de la statue, le Discobole aurait eu malgré lui le regard

fixé dans cette direction, c'est-à-dire droit devant lui.

Or, c'est précisément le contraire. Le Discobole a, d'une façon

indiscutable, le regard dirigé en arrière de lui.

On a prétendu qu'il regardait son bras droit pour voir si le disque

était bien placé dans sa main. Il est bien plus naturel de penser que le

Discobole regarde le but et, si l'on admet cette manière de voir, le

mouvement de la statue s'explique très facilement et se décompose comme

l'indiquent les croquis ci-dessous.

Faisant d'abord face au but ou à la direction (position initiale), le

pied gauche en avant, le pied droit en arrière et près du précédent, le

bras droit tendu horizontalement, le Discobole pivote ensuite sur le

pied droit, fait face en arrière en portant le poids du corps sur la

jambe droite, le genou gauche se plaçant contre le droit, le pied gauche

ne faisant que se soulever en pivotant sur le gros orteil. En même

temps, il se baisse légèrement et exécute un _mouvement de torsion très

prononcé du, buste autour du bassin de gauche à droite._ Le bras droit

reste tendu et le disque vient se placer à hauteur de l'endroit où il va

être abandonné à la fin du mouvement suivant (position de la statue).

Immédiatement après, par un mouvement de réaction, le Discobole,

pivotant sur les deux pieds, fait face à la direction primitive en

imprimant _au buste un mouvement violent de torsion de droite à gauche_

qui, par l'intermédiaire du bras, donne l'impulsion au disque à la façon

d'une fronde. Le disque est abandonné au moment où il se trouve dans la

direction. Par suite de l'impulsion communiquée au corps, le pied droit

se porte généralement en avant du gauche. Compris de cette manière, le

lancement du disque exige une grande coordination dans les mouvements.

C'est le triomphe de l'adresse unie à la force et c'est ce symbole qu'a

voulu exprimer le statuaire antique.

L'Illustration, No. 3646, 11 Janvier 1913 · 第 25 / 32 题