En 1908, quelques expérimentateurs eurent l'idée d'appliquer contre leur
front ou leur épigastre une feuille de papier manuscrit ou imprimé posée
elle-même sur la face émulsionnée d'une plaque photographique; ils
obtinrent une reproduction plus ou moins complète, en positif ou en
négatif, des caractères que portait la feuille de papier. Ils
attribuèrent cette transcription au rayonnement d'un certain fluide
vital émanant de l'organisme.
L'hypothèse rencontra d'autant plus de créance dans certains milieux que
des expériences «amusantes» tendaient à la confirmer. Si l'on confiait
des sachets renfermant une plaque et une feuille de papier
convenablement disposées à diverses personnes qui les actionnaient dans
des conditions différentes, on constatait au développement des résultats
eux-mêmes très variés.
Dès cette époque, M. Guillaume de Fontenay montra qu'on obtenait des
transcriptions semblables de caractères manuscrits en utilisant, comme
source de chaleur, un bain-marie à 35° ou 40°, ce qui ruinait
l'hypothèse d'un rayonnement vital nécessaire pour produire le
phénomène.
Toutefois, M. de Fontenay n'avait pu obtenir la transcription de
caractères imprimés. Ses nouvelles expériences, signalées à l'Académie
des sciences par M. d'Arsonval, éclairent singulièrement la question.
Le phénomène paraît subordonné à un assez grand nombre de facteurs
physiques et chimiques, parmi lesquels il faut citer d'abord la durée du
contact et la température.
D'autre part, les encres à écrire et les encres typographiques agissent
sur les plaques sensibles de façons différentes, suivant la composition
chimique de ces encres, et aussi suivant l'état de division moléculaire
qui leur est communiquée par le papier où on les a déposées. Certaines
encres se transcrivent toujours en positif, d'autres se transcrivent
toujours en négatif. Nombre d'encres typographiques sont à peu près
inactives dans les circonstances ordinaires de l'expérimentation; un
trait de plume peut se transcrire partiellement en négatif et
partiellement en positif, selon que la plume, ici ou là, a déposé plus
ou moins de liquide, ou selon qu'elle a plus ou moins égratigné
l'encollage superficiel du papier et incorporé l'encre à la fibre même
de la pâte. Si le métal de la plume est attaqué par l'encre, la
transcription est modifiée; si l'on emploie des émulsions couchées sur
celluloïd, on se heurte souvent à des phénomènes électriques.
Dans un autre ordre d'idées, il faut remarquer que la transpiration
varie beaucoup d'un individu à l'autre. En outre, chez la même personne,
au même instant, elle est en général acide au visage et au creux de
l'aisselle, alcaline au pli de l'aine. Elle diffère énormément suivant
la nourriture, l'état de maladie ou de santé. On doit donc se défier à
l'extrême de toute observation faite au moyen de sachets actionnés par
un organisme vivant: la transpiration joue alors un rôle dont il est
difficile de déterminer le sens et l'ampleur.
M. de Fontenay conclut qu'il n'a pu déceler l'intervention d'aucun
rayonnement nouveau et qu'il n'a jamais rencontré d'effet qui ne pût
être attribué légitimement à une réaction chimique des corps mis en
présence.