Il n'aime pas l'administration; à tout et toujours il trouve à redire.
Lui demande-t-on comment il s'y prendrait pour faire mieux, il répond
que quand il sera ministre, il dira son secret.
En attendant, il n'est pas une décision qu'il ne critique. Dans chaque
mesure, dans chaque acte émanant de l'autorité supérieure, il voit
autant de fautes, autant de pas de clerc.
L'administration a-t-elle eu raison, ce succès le désole; il hausse
les épaules et se remet de plus belle à la chasse des balourdises et
des inadvertances.
Mais si vraiment l'administration s'est trompée, il se frotte les
mains, il est radieux.
Il a en médiocre estime le caractère de ses chefs, en plus médiocre
estime encore celui de ses égaux et de ses subordonnés. Il trouve les
premiers insolents et vains, les seconds plats et envieux.
Lui-même n'est pas envieux. La réussite d'un collègue ne le chagrine
aucunement. Il y a beaucoup de mépris dans cette indulgence. Il rit
des petites ambitions qui s'agitent autour de lui. Son orgueil en fait
comme un géant au milieu des nains.
Il s'est fabriqué une philosophie qui est le contraire de celle de
Pangloss: il ne voit les choses que par leur mauvais côté, et
s'attend, pour lui-même comme pour les autres, à toutes les
déconvenues imaginables.
Il prétend qu'en entrant au ministère, il a lu au-dessus de la loge du
portier les mots que Dante écrit à la porte de l'enfer: «Laissez ici
toute espérance.»
Il faut l'entendre argumenter à perte de vue sur ce sujet, avec son
collègue et son voisin.