L'EMPLOYÉ COQUET.

Celui-là met sur son dos tout ce qu'il gagne, comme dit le peuple; il

a l'air d'un gandin, et dîne à vingt-deux sous; il porte la raie au

milieu du front; sa barbe est soigneusement ratissée; il fait canne,

gants et lorgnon.

L'employé coquet transforme son bureau en cabinet de toilette. Son

premier soin, en arrivant, est de changer de tout,--de tout ce dont il

peut changer. Il quitte ses bottines vernies pour chausser des

savates, et par-dessus sa chemise de batiste il glisse une blouse de

flanelle.

Plus heureux est le sous-chef du bureau n° 10, le d'Orsay de

l'Équilibre, qui arrive en toute saison avec une fleur à la

boutonnière, rose en été, camélia en hiver. Il occupe une pièce à lui

seul, et il peut à son aise, en poussant les verroux,--faire peau sale

de la tête aux pieds. Il arrive pimpant, s'enferme cinq minutes dans

son cabinet; lorsqu'il en sort, on lui donnerait un sou.

Le chef du bureau n° 4 est bien heureux aussi d'avoir une pièce pour

son usage particulier. C'est le ci-devant beau. Il se teint les

cheveux, se peint les veines, et réussit presque à réparer des ans

l'irréparable outrage. Ses dents surtout sont un chef-d'oeuvre, et

s'il se renferme toujours dans son bureau, c'est qu'il a l'habitude,

dit-on, de les ôter pour travailler. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il

y rend la liberté à son ventre, emprisonné, hors du bureau, dans un

corset énergiquement sanglé.

Cet homme «bien conservé» a eu jadis des succès auprès des femmes; il

en a encore moyennant une douzaine de mille francs par an. Il

roucoulait la romance dans les salons sous la Restauration; d'aucunes

assurent qu'on peut encore le faire chanter aujourd'hui.

Il affectionne les étoffes de couleurs tendres, porte l'habit bleu

barbeau à boutons d'or, et l'été se montre avec des pantalons de

nankin.

Les gens de bureau · 第 56 / 132 题