- Oui, Sarah, vous êtes appelée à être heureuse. Pourquoi en
doutez-vous?
- Heureuse! Moi? répond la jeune fille vivement.
Puis elle ajoute avec douceur:
- J'espère l'être toujours comme je le suis aujourd'hui.
- Mieux que cela! reprend Anne en souriant. Votre plus cher
rêve se réalisera.
Sarah secoue la tête avec incrédulité.
- Vous êtes donc aveugle? demande Mme Tissier.
- Aveugle? Non certes! Et c'est parce que je ne le suis pas
que je vois clairement combien vous l'emportez sur moi, Anne.
Vous êtes bonne, belle, très riche. De plus, le docteur vous a
toujours aimée.
En disant ces paroles, le regard pensif de la jeune fille suit
distraitement le vol d'un papillon, dont les ailes à peine
teintées de jaune se détachent comme une fleur subitement
éclose à travers une touffe de Reine-des-Prés penchées au bord
de la rivière.
Assises près du Clain, par une chaude après-midi de la fin de
l'été, Anne et Sarah causent confidentiellement. Les feuilles
d'un bouquet de peupliers qui se mirent dans l'eau tombent
autour d'elle; le vent les détache et en emporte quelques-unes
dans le courant. Il les roule lentement jusqu'à ce qu'elles se
trouvent arrêtées par une touffe de roseaux qui termine leur
voyage. La jeune femme a voulu profiter de cette belle journée
et est allée chercher sa petite amie pour lui proposer une
promenade. Lassées par une longue course, elles se reposent en
considérant la campagne, si belle à ce moment de l'année.
Devant elle, la ville est cachée à leurs regards par un rideau
d'arbres plantés de l'autre côté de la rivière. Dans cette
prairie fraîche, petite et entourée de haies élevées comme
d'une couronne de verdure, on se croirait isolé du monde
entier; le terrain, derrière le pré, se relève subitement pour
former une colline couverte de bois. A droite seulement, une
étroite échappée permet d'apercevoir une longue étendue de la
vallée, à travers laquelle le Clain promène ses eaux entre
deux rives vertes qui se perdent peu à peu dans un vague
horizon doré de soleil. Au-dessus, les arbres, en rejoignant
le feuillage léger de leurs cimes, découpent le bleu du ciel
comme une dentelle.
- Folle! Robert ne songe plus à moi depuis bien longtemps. En
revanche, ses graves regards s'arrêtent sans cesse sur une
charmante petite personne de ma connaissance.
- Vous croyez?
Sarah questionne anxieusement Mme Tissier, avec l'espérance
évidente d'avoir une réponse identique à celle de son coeur.
Elle serait bien déçue s'il en était autrement.
- Certainement, je le crois. Mon cher cousin vous aimait
autrefois comme une enfant; mais son amour a pris une autre
forme à présent et il ne tient qu'à vous d'être heureuse.
Les yeux de Sarah rayonnent et leur éclat profond exprime la
joie qu'elle éprouve en entendant ces paroles.
- Il est si sérieux!
Dites donc: Et si bon! si grand! si dévoué! reprend Anne en
plaisantant. Vous le pensez, n'est-ce pas?
La jeune fille baisse la tête en rougissant. Mme Tissier
l'embrasse avec affection et reprend:
- Allons, je vous taquine méchamment. Tout le monde pense
comme vous à son sujet.
- Je ne suis pas assez bonne pour être sa femme.
-Il vous aidera à le devenir. D'ailleurs, vous l'êtes, il me
semble, pas mal comme cela!
Sarah sourit.
- Tenez, pour vous faire oublier ma méchanceté, voulez-vous un
trait de mon cousin?
- Lequel? demande la jeune fille avec empressement.
- Oh! il y en a beaucoup, car sa vie se passe à faire le bien.
Mais celui-ci est inédit, je vous le jure! Ce n'est pas lui
qui l'a publié, du moins et comme le père de ceux qui en ont
été l'objet est resté longtemps sans savoir à qui adresser sa
reconnaissance, personne ne pouvait le raconter. Je vous
engage toutefois à n'y pas faire allusion devant Robert, si
vous ne voulez voir se froncer son front sévère. Je l'ai
appris ce matin même dans ma tournée de pauvres. Pendant son
séjour ici l'hiver dernier, il a tiré de l'eau les deux
enfants du père Maurel, le jardinier qui habite au bas de
Blossac, vous savez? Mon cousin passait, paraît-il, un soir
après le coucher du soleil, le long de la rivière quand il
entendit des cris. C'étaient ces petits garçons qui en jouant
venaient de tomber dans l'eau glacée. Il commençait à faire
nuit, m'a dit le père Maurel et le Clain est là comme en bien
des endroits très dangereux. Robert n'a fait ni une ni deux,
il s'est jeté à l'eau, au risque d'attraper la mort, a saisi
avec grand'peine les deux enfants, lesquels heureusement se
tenaient serrés l'un contre l'autre et les a rapportés,
péniblement vous pouvez le croire, chez leurs parents qui ne
se doutaient de rien. Imaginez-vous qu'il leur ait dit son
nom? Ah! bien oui! Il l'a caché soigneusement au contraire
comme si ce fût lui qui les eût jetés à l'eau!
- Il ne nous a jamais parlé de cela!
- Sans doute! Mon cher cousin fait le bien en se cachant,
comme les autres font le mal.
- Comment le père Maurel a-t-il su que c'était lui?
- Le docteur fut obligé de se sécher à la flamme allumée
immédiatement chez le jardinier et celui-ci voulant, vous le
pensez, connaître le sauveur de ses enfants, l'a bien examiné
afin de pouvoir se le faire nommer. Il y est parvenu
difficilement, Robert n'habitant pas Poitiers d'ordinaire;
mais enfin, il le sait depuis hier et il est venu hier soir
voir mon cousin pour le remercier, ce que celui-ci a paru
trouver inutile pour si peu de chose! Vous ne saviez pas cette
bonne action, n'est-ce pas?
- Non, mais ce n'en est qu'une de plus à son actif et je le
sais capable de faire beaucoup de bien.
- Vous avez raison et rien en peut étonner de lui sous ce
rapport.
- Qu'allez-vous devenir, Anne, si vous n'épousez pas votre
cousin? J'avais toujours pensé que vous étiez destinée à
devenir sa femme et je croyais qu'il l'espérait, puisqu'il
refuse tous les autres partis.
En posant cette question, Sarah se penche curieusement vers
son amie, dont les beaux yeux suivent avec attention, semble-t-il,
les capricieux dessins qu'elle trace du bout de son
ombrelle à travers l'herbe touffue.
- Oh! je le sais, reprend la jeune fille, vous pouvez rester
comme vous êtes en ce moment et votre vie est très employée,
très occupée; l'avenir n'a pas sujet de vous embarrasser. Je
vous adresse là une question oiseuse!
Anne secoue la tête en souriant; puis la relevant tout à coup:
- Et pourtant j'ai l'intention de me remarier.
- Avec qui, alors?
La figure de Sarah exprime un profond étonnement.
- Je ne me figure pas vous voir mariée avec un autre qu'avec
le docteur!
- _L'homme propose_... Vous savez combien il arrive souvent que
Dieu dispose, comme le dit le proverbe! Autrefois... il y a bien
des années! Peut-être avais-je à peine l'âge de raison, mon
père rêvait déjà en effet de m'unir à mon cousin. Plus tard,
lui-même adopta ce projet. Et pourtant, il en a été autrement.
Robert m'a oubliée et de mon côté, je puis avouer devant vous
que jamais, malgré ma profonde estime pour lui, je ne me
serais prêtée volontiers au désir de nos familles.
Heureusement la providence a pris soin d'amener dans la maison
des Martelac une compagne digne de notre cher docteur.
- Mais enfin, qui épousez-vous?
- Vous êtes bien intriguée!
- Vous me faites languir! Dites-moi vite son nom?
Dans son impatience, Sarah s'est levée d'un bond et se tient
debout devant Anne, sans quitter du regard le beau visage dont
l'expression mystérieuse la taquine.
- Le capitaine Hilleret!
- C'est donc pour arranger ce mariage qu'il est venu en congé
ici il y a peu de temps?
Mme Tissier incline la tête:
- Je ne me suis doutée de rien! Suis-je naïve!
- Et ce qui est mieux, vous vous mettiez martel en tête au
sujet de Robert, me faisant l'honneur de croire qu'il pensait
encore à moi!
- Mais alors, vous allez nous quitter? reprend Sarah,
subitement redevenue grave.
- Pourquoi cela?
- Pour suivre votre mari là-bas.
- Rassurez-vous. Je ne puis abandonner mon père, trop âgé
maintenant pour rester seul ici, et M. Hilleret, en se
mariant, abandonne sa carrière. Il viendra se fixer à
Poitiers.
Sarah se jette à genoux près de son amie et l'embrasse avec
effusion:
- Quel bonheur, alors! Je vous garde et je vous félicite de ce
mariage, car le docteur aime tant son ami! M. Hilleret doit
lui ressembler! Mme Martelac connaît votre décision?
- Ma tante est depuis longtemps au courant. Allons, vous
n'avez plus peur de me voir vous enlever le coeur de Robert?
- O Anne, répond la jeune fille, vous me jugez mal! Je ne suis
pas jalouse.
- Non, mais vous eussiez souffert, avouez-le?
- Peut-être. Mais j'aurais été vaillante! Le bon Dieu n'est-il
pas là pour nous aider à supporter toutes les peines, quelles
qu'elles soient?
- Celle-là, du moins, vous sera épargnée.
- Il finira toujours par se marier. Sa mère le désire vivement
et moi-même je le souhaite pour son bonheur.
Il y a dans ces paroles une teinte de tristesse qui n'échappe
pas à Mme Tissier
- Vous êtes incorrigible! Vous ne croirez à l'affection de
Robert, que lorsqu'il ne vous restera aucun refuge pour
abriter votre doute obstiné!
- Je suis une enfant vis-à-vis de lui et un homme si grave n'a
pu songer à moi!
Anne lève légèrement les épaules en souriant:
- Incrédule! Il vous aime et vous épousera. A moins que chacun
de vous, par excès de délicatesse, vous ne passiez près du
bonheur sans le saisir.
Sarah garde le silence. Appuyée contre un saule dont les
branches vertes sortent d'un tronc presque complètement réduit
à son écorce sillonnée de rides, la jeune fille regarde l'eau
sombre, au-dessus de laquelle de temps en temps un poisson
s'élance d'un saut rapide qui fait briller comme un éclair son
corps argenté. Le vent s'élève et jette plus abondamment
autour des deux femmes leurs premières feuilles mortes; elles
tourbillonnent un instant et viennent se poser sur le tapis
vert de la prairie. Une petite barque passe, elle glisse en
laissant sur le Clain son sillon vite effacé et déjà elle a
disparu derrière les arbres, qu'Anne et Sarah entendent encore
le bruit des rames et le clapotis de l'eau autour d'elles. Les
hommes qu'elle portait se mettent à chanter et leurs voix
s'élèvent dans l'air calme. La jeune femme et sa compagne
prolongent leur silence pour les écouter et quand les voix se
perdent dans le lointain, ne laissant plus parvenir à leurs
oreilles que quelques notes élevées, elles demeurent sous le
charme.
- Anne, s'écrie tout à coup Sarah, émue par cet ensemble de la
nature, que Dieu est bon d'avoir fait tout si beau autour de
nous!
- Je le pensais aussi, répond Mme Tissier. Sa main nous
entoure de merveilles et nous le remercions peu, lors même que
nous en jouissons profondément. Ce n'est pas seulement le
monde extérieur qui nous raconte son amour, mais tout en nous
comme autour de nous. Il dirige notre vie. N'en sommes-nous
pas, vous et moi, des exemples frappants? Malgré l'orgueil et
la légèreté de ma jeunesse, il a eu pitié de moi et m'a amenée
avec douceur à un salutaire changement. Quant à vous, Sarah,
la Providence s'est montrée une mère à votre égard, n'est-ce
pas?
- Oh! moi, rien ne peut rendre sa bonté pour une pauvre petite
créature isolée comme je l'étais. Le soir où, seule, effrayée,
abandonnée de tous, j'ai rencontré la main du docteur pour me
protéger et me recueillir, il me semble que Dieu lui-même
s'est penché vers moi.
- C'était Lui en effet, dans la personne de ma tante et de mon
cousin.
- Sans famille, sans amis, ne connaissant personne sur la
terre, ne sachant rien des choses de la vie, j'étais là comme
une épave rejetée par le flot inconscient et dont nul ne prend
souci.
- Qui eut dit alors à Robert et à sa mère que dans la personne
de cette petite fille sauvage, ignorante et chétive, ils
introduisaient le bonheur sous leur toit?
En disant ces paroles, Anne s'est levée pour partir. Elle
prend le bras de Sarah et ajoute:
- Et que la petite rose de Bengale, comme vous appelait alors
M. Hilleret, était destinée à fleurir pour eux et à réjouir
l'avenir de leur foyer? Quand Robert, comme il me l'a conté
bien des fois, aperçut, éclairée par la lune et glacée par le
vent d'hiver, cette petite fille peureuse et triste, eût-il
deviné qu'en lui offrant un asile, il ouvrait les portes de sa
demeure à la compagne de sa vie?
Sarah secoua la tête en souriant:
- Tout au moins l'a-t-il ouverte ce jour-là à une amie dévouée
et reconnaissante!
Elles se sont remises en marche et suivent rapidement les
sinuosités du Clain.
- Je crains d'être en retard, dit Anne, nous nous sommes
attardées dans notre conversation et j'avais promis à mon père
d'être rentrée à cinq heures. Il en est déjà quatre; voyez, le
soleil commence à baisser à l'horizon.
Elle montre du regard les toits de la ville, recevant
obliquement les rayons adoucis qui semblent les couvrir d'une
poudre d'or. La masse noire de la cathédrale élève devant
elles ses vieux murs massifs et sombres et domine les pointes
aiguës des flèches des chapelles et celle de l'église de
Sainte-Radegonde qui porte dans les airs la couronne de la
grande reine. Autour de ces édifices, les toits amoncelés
paraissent monter à l'assaut à l'envi les uns des autres dans
une irrégularité pittoresque. Sur l'autre rive du Clain, les
dunes élèvent leurs rochers escarpés du haut desquels la
statue dorée de la Vierge, levant son bras sur la ville pour
la protéger et la bénir, éblouit le regard.
Une heure plus tard, Sarah en arrivant dans la vieille maison
à la porte de laquelle Anne l'avait conduite, ouvre comme un
ouragan la porte de l'appartement dans lequel se tient Mme
Martelac, un livre à la main et plongée dans une pieuse
lecture. La mère du docteur lève la tête:
- Qu'avez-vous? dit-elle avec le calme dont elle ne se
départait jamais.
La jeune fille jette sur la table son chapeau qu'elle vient
d'enlever, relève de ses deux petites mains encore gantées les
fins cheveux ébouriffés autour de sa figure et vient se placer
devant sa protectrice.
- Anne épouse M. Hilleret!
- Eh bien?
La maîtresse de la maison semble attendre l'explication de
l'étonnement causé à Sarah par cette nouvelle; mais un sourire
erre sur ses lèvres.
- Je n'aurais jamais cru cela!
- Elle vous en a fait part?
- Tout à l'heure, pendant notre promenade, oui.
- Cette promenade a dû vous faire du bien, car vous avez un
air radieux, et en ce moment, vous êtes plus fraîche que les
plus fraîches de nos roses du Bengale!
- Il faisait un temps délicieux! Nous nous sommes assises au
bord du Clain dans un oasis de verdure où on ne voyait que
l'eau entre ses rives vertes et quelques petits coins du ciel
bleu.
- Votre conversation avec Anne vous a, je crois, charmée
aussi, n'est-ce pas?
- Anne est toujours bonne et aimable, vous savez bien. Puis,
j'ai été contente d'apprendre son mariage avec M. Hilleret.
- Vous ne vous en doutiez pas?
- Oh! pas le moins du monde! Je pensais qu'elle épouserait le
docteur.
Mme Martelac secoue la tête:
- Ce n'était pas sa destinée! Vous savez ce que les bonnes
femmes de nos compagnes appellent _la dédiure?_
Sarah se met à rire et, prenant un tabouret placé devant Mme
Martelac, elle s'y asseoit, croise ses deux mains autour de
son genou et regarde son interlocutrice en disant:
- Et moi, quelle est ma _dédiure?_
Puis elle ajoute en riant:
- Je resterai vieille fille et votre compagne, dites?
- Je souhaite de tout mon coeur que la seconde partie de cette
destinée s'accomplisse, répond Mme Martelac.
- Nous serons bien heureuses, vous verrez! Je vous aiderai à
raccommoder le linge, à soigner vos fleurs, à faire les
confitures en été; j'irai l'hiver visiter vos pauvres, afin
que vous ne preniez pas froid dans ces visites comme vous le
faites chaque année, et je les soignerai de mon mieux pour
vous remplacer près d'eux. Je vous ferai la lecture le soir,
j'écrirai au docteur sous votre dictée, lorsque vous
deviendrez trop vieille pour le faire vous-même. Enfin, je
vous aimerai, je vous soignerai et nous mènerons toutes les
deux une petite vie très tranquille qui nous conduira au
paradis par un chemin bien uni et bien doux!
- Bah! bah! enfant, les chemins raboteux y mènent plus
sûrement que ces chemins doux et paisibles. Vieille fille ou
non, il faut vous attendre à être souvent déchirée par les
épines. Les vies les plus simples en sont hérissées, et que ce
soit le coeur, l'esprit ou le corps, il y a quelque chose en
nous qui ne doit arriver au paradis qu'à travers les
meurtrissures!
- N'y a-t-il aucun moyen d'y échapper? demande Sarah, devenue
sérieuse.
- Aucun, cette destinée-là est universelle. Les âmes arrivent
là-haut portant toutes au front la marque sacrée devant
laquelle seule, s'ouvrent les portes célestes.
- Eh bien! nous souffrirons ensemble et le bon Dieu sera là en
troisième pour nous aider à accomplir la destinée, quelle
qu'elle soit! reprend Sarah en relevant d'un courageux
mouvement de tête son charmant visage rosé.
- Sans doute, il nous aidera! Puisque cette destinée n'a pas
d'autre origine que la volonté divine elle-même, par laquelle
elle est réglée et dirigée, en dehors, bien souvent, de toutes
nos prévisions.
Pendant toute la soirée, la mère de Robert sourit bien des
fois en constatant l'exubérante gaîté de sa fille d'adoption.
Sarah rit, plaisante et paraît heureuse. Sa voix s'élève et
descend en roulades harmonieuses d'un bout à l'autre de la
vieille maison, le long de l'étroit corridor éclairé par un
oeil-de-boeuf, ou dans l'escalier de pierre, qu'elle monte en
courant, plus légère et plus vive qu'à l'ordinaire, semble-t-il!
La nouvelle du mariage d'Anne avec un autre que le docteur a
apporté dans sons esprit une impression joyeuse, dont elle
jouit inconsciemment, mais dont la vieille dame expérimentée
se rend compte.