CHAPITRE XX

- Je me nomme Alain de La Croix-Morgan. J'appartiens à une

ancienne famille du midi, dont quelques membres vivent encore

et m'ont à jamais rayé de l'arbre généalogique, auquel mon nom

ne saurait apporter que le déshonneur. Ils me croient mort, du

reste, et se félicitent du silence fait autour de moi depuis

de longues années.

La noblesse de ma famille remonte aux temps les plus reculés

et se justifia, de génération en génération, par des actes

glorieux qui prirent place dans l'histoire de notre pays. Si

la vanité des distinctions humaines se retrouve au-delà du

tombeau, et si les actions d'éclat gardent aux morts l'honneur

tel que nous l'entendons ici-bas, mes ancêtres eussent dû

tressaillir dans leur poussière et se lever comme une légion

de héros pour foudroyer les misérables qui traînèrent

injustement leur descendant dans les humiliations d'une cour

d'assises.

Mais les siècles s'écoulent, indifférents pour ceux qui les

suivent, et le bruit fait autour de mon nom ne réveilla aucune

courageuse protestation de la part de mes parents, morts ou

vivants. Le seul effort fait par ces derniers tendit à obtenir

que le silence se fît le plus promptement possible sur moi,

aussitôt après ma condamnation.

Riche et libre de bonne heure, par suite de la mort de mon

père et de ma mère, dont j'étais l'unique enfant, l'histoire

de ma jeunesse fut celle de beaucoup de jeunes gens trop tôt

livrés à eux-mêmes. J'abusai promptement de ma situation, et,

en peu de temps, j'eus dissipé la fortune laissée par mes

parents. Obligé alors de chercher des moyens d'existence,

j'obtins une position dans une banque importante dont le chef

avait autrefois reçu quelques services de mon père. Grâce à ce

souvenir et par égard pour le nom honorable que je portais, il

voulut bien fermer les yeux sur les folies par lesquelles j'en

étais arrivé à me réduire moi-même à la pauvreté et sur les

habitudes légères auxquelles j'étais abandonné.

Je dois le dire, une fois accueilli par lui, il n'eut guère de

reproches à me faire, et, sans être un modèle de travail et

d'exactitude, je sus me montrer fidèle aux résolutions que

j'avais prises. Si rien n'était venu me détourner de cette

voie, peut-être eussé-je remonté peu à peu le courant. Je puis

au moins l'affirmer, je fusse reste gentilhomme dans mon

humble condition, et mon nom fût demeuré intact. Mais qui peut

connaître et éviter l'écueil auquel doit se heurter sa vie?

Nous marchons en aveugles, et seuls ceux qui, comme vous,

docteur, croient à une direction venue d'en haut et

s'abandonnent à elle, sont en sécurité, puisqu'ils sont

convaincus que tout en ce monde arrive pour leur plus grand

bien!

Malheureusement, un de mes anciens amis, me voyant dans une

position si différente de celle dans laquelle j'avais été

élevé, eut la malencontreuse idée de me marier avec une riche

héritière d'infime naissance, et dont la fortune devait, ainsi

qu'il est d'usage de le dire, redorer mon blason. Cet ami,

compagnon de ma jeunesse, avait partagé mes folies et souvent

les avait encouragées; je l'avais connu au collège, où j'ai

passé quelques années, et il avait pris sur moi un ascendant

auquel je dois certainement la mauvaise direction de ma vie.

D'une classe inférieure à la mienne et d'ailleurs en contact

fréquent avec tous ceux qui exploitent les jeunes gens vicieux

ou désoeuvrés, il avait des relations dans un monde auquel

j'étais étranger; sans souci de ma dignité et de mon bonheur,

ce fut là qu'il me chercha une compagne.

Je le laissai agir avec une insouciance coupable; car, il faut

l'avouer, mes principes étaient peu profonds; mes idées sur le

mariage et sur les devoirs qu'il impose se ressentaient de mon

éducation superficielle et n'avaient rien de sérieux. Je vis

seulement dans l'union qu'on me proposait un moyen de

reconquérir ma position indépendante.

Comment Nicolas Larousse a-t-il consenti à me donner sa fille?

Comment elle-même se décida-t-elle à épouser un jeune homme

qui ne possédait absolument plus rien? Voilà deux questions

auxquelles je n'ai jamais pu donner une réponse satisfaisante.

Le père fit, je crois, longtemps opposition à notre mariage,

mais Marguerite, dont l'avarice était sans doute, par suite de

sa jeunesse, moins profonde, céda peut-être à un mouvement de

vanité dont elle se repentit promptement et finit par obtenir

le consentement dont elle avait besoin.

Je soupçonne l'ami qui avait eu la pensée de cette union

d'avoir eu beaucoup de peine à la mener à bonne fin, espérant

lui-même en tirer profit si je parvenais à me rendre maître de

la fortune de Nicolas. Pour ma part, je demeurai étranger à

ses manoeuvres, me contentant de donner mon nom à une jeune

fille inconnue, mais fort belle, je dois le dire, et au fond,

méprisant le bonhomme auquel je faisais, à mon avis, un très

grand honneur en consentant à devenir son gendre.

J'épousai donc Marguerite Larousse, fille d'un marchand

d'antiquités qui vivait misérablement, mais possédait une

fortune considérable, cachée soigneusement aux yeux du public

par son avarice. Un hasard avait mis mon ami au courant de

cette situation et lui avait suggéré l'idée de me proposer ce

mariage.

Au nom de Nicolas Larousse, le docteur avait tressailli; mais

ce mouvement échappa au malade, absorbé par son récit.

- Votre beau-père n'avait-il pas d'autres enfants que Mme de

la Croix-Morgan? Demanda Robert.

- Ne l'appelez pas ainsi! dit vivement son interlocuteur. La

plus grande faute de ma vie a été d'introduire cette femme

dans une famille dont elle était indigne de faire partie.

J'aurais pu en me mariant ainsi au hasard tomber sur une de

ces douces créatures, aimantes et dévouées, comme on en

rencontre parfois dans les plus pauvres milieux. Ce fut tout

le contraire et je puis difficilement pardonner à la fille de

Nicolas l'attitude prise par elle à l'égard de celui qu'elle

avait accepté pour époux. Elle-même, du reste, a renoncé à

porter mon nom.

Il y avait un profond ressentiment dans la façon dont furent

prononcées ces paroles.

- Mais je me laisse emporter par mes souvenirs, reprit-il.

Vous me demandez si cette femme était la fille unique de

Nicolas? Non, il avait un fils, paraît-il. Ce fils avait

quitté le pays depuis longtemps, après une jeunesse orageuse

et de nombreuses disputes avec son père. N'entendant plus

parler de lui, on le croyait mort et Marguerite était

considérée comme devant être l'unique héritière du marchand

d'antiquités.

- Comment s'appelait ce jeune homme?

- Marc, je crois. Je ne l'ai jamais vu et on n'en parlait

jamais devant moi. Fort probablement, il repose depuis

longtemps dans sa tombe.

Le docteur secoua la tête sans faire aucune réflexion; il

remettait à plus tard les explications.

- Les préliminaires du mariage furent pénibles pour moi,

continua le malade, sans se préoccuper des questions de

Robert; mais décidé à ajouter cette folie à toutes celles que

j'avais déjà faites, je pris mon parti de tout subir, espérant

jouir plus tard du fruit de mon odieux calcul en devenant

maître de la fortune de mon beau-père.

Tenez, docteur, vous devez me mépriser quand je vous montre

ainsi à nu la misérable faiblesse de mon âme, capable, pour un

peu d'or et de jouissances matérielles, de sacrifier sa

dignité et ses plus nobles sentiments. Des années de malsains

plaisirs et de honteuse liberté avaient amoncelé les ténèbres

autour de moi et il a fallu un coup terrible pour dissiper ces

nuages et me faire sortir d'un abaissement pour lequel je

n'étais pas né.

J'avais compté sans Nicolas et sans sa fille, digne élève de

son père; ils surent m'enlever le bénéfice que j'attendais de

cette union. Ma femme n'avait et ne pouvait avoir avec moi

aucune affinité de goûts et d'idées; nos éducations avaient

été trop dissemblables. De plus, elle était dure, impérieuse,

et tenait de son père des habitudes dont l'âpre économie

creusait un abîme entre nous et révoltait tous mes instincts.

Nicolas refusa absolument de se défaire en notre faveur d'une

partie, si minime qu'elle fût, de sa fortune et grâce à cette

avarice, je ne retirai aucun avantage de la triste alliance à

laquelle je m'étais abaissé.

Mon ami, chargé de régler toutes les questions concernant mon

mariage, avait stipulé que M. Larousse donnerait une dot à sa

fille; mais à l'instigation de celle-ci et dans la crainte de

me voir dissiper la somme convenue pour cela, mon beau-père ne

lui donna jamais cet argent et il me restait assez de fierté

pour renoncer à la réclamer, puisque ma femme elle-même

désirait la laisser aux mains de son père. La seule chose

faite pour nous par ce dernier fut de nous recevoir chez lui

pendant les quelques années que je passai avec sa fille.

Ai-je besoin de vous dire combien l'existence entre ces deux

êtres grossiers et avares me devint promptement intolérable?

Je maudis souvent l'inepte insouciance avec laquelle j'avais

consenti à nouer de pareils liens et à peine avais-je eu le

temps d'apprécier le naturel de Marguerite, que j'éprouvai

pour elle un éloignement surpassé seulement par l'aversion

qu'elle ne tarda pas à me témoigner. Il me vint souvent l'idée

de la fuir afin de m'épargner le supplice de vivre entre elle

et son père. Que n'ai-je alors suivi cette tentation!

J'avais conservé ma place dans la banque et me rendais chaque

matin à mon bureau, où je passais la plus grande partie de mes

journées. Le temps employé à ce travail abrutissant, entre les

chiffres et les paperasses, était alors le meilleur de mon

existence. Sans prendre un goût réel pour de semblables

occupations, je ne manquais jamais d'y consacrer les heures

convenues avec le chef de la maison et il n'avait aucun sujet

de m'adresser des reproches. Enfin, rendu un peu taciturne par

mes ennuis domestiques, j'avais abandonné les compagnons de

mes plaisirs passés et je _m'étais rangé_, comme on dit, bien

que M. Larousse et sa fille, sans doute pour se fournir à

eux-mêmes un prétexte de haine, affectassent de me croire livré

comme auparavant aux égarements de ma jeunesse.

Un matin, le chef de la banque dans laquelle j'étais employé

m'ayant demandé un travail pressé, je me levai de bonne heure

et sortis pour me rendre à mon bureau avant que personne dans

la maison de mon beau-père n'eût quitté sa chambre.

Lorsque je revins deux heures plus tard, ma femme, ouvrant

brusquement la porte d'une pièce dans laquelle elle était à

mon entrée, se précipita au-devant de moi; comme une furie,

elle m'accueillit par des injures et des reproches sanglants

auxquels je ne compris rien tant ils me semblaient étranges.

- Misérable assassin! s'écria-t-elle. Comment osez-vous

reparaître dans cette maison? Votre crime ne restera pas

impuni, croyez-le, et si Dieu n'a pas permis qu'il fût

consommé, vous irez du moins l'expier pendant des années qui

nous délivreront de vous!

Je la crus atteinte de folie en l'entendant parler ainsi et la

regardai avec effroi; au lieu de m'emporter à mon tour comme

j'avais le tort de le faire parfois à son égard, je la pris

doucement par le bras et l'écartai de mon chemin afin d'entrer

dans la chambre dans laquelle je savais trouver Nicolas.

J'avais l'intention de lui demander l'explication de la

conduite de sa fille. Mais quelle ne fut pas ma stupéfaction?

Mon beau-père était étendu sur un lit, la tête bandée, entouré

du docteur et de plusieurs hommes que je reconnus pour faire

partie de ce qu'on appelle "la justice" et qui pour moi devait

se montrer si injuste. Il était pâle et encore en proie à

l'épouvante éprouvée pendant la nuit.

A mon aspect, il ferma les yeux avec terreur et j'eus un

frisson inconscient en voyant les regards de ceux qui

l'entouraient se fixer sur moi.

- C'est lui! murmura-t-il sans oser me regarder de nouveau.

Au moment où je vous parle, je revois cette scène, il me

semble, cette chambre un peu sombre dans laquelle on avait

transporté le blessé à la hâte, ces hommes sévères et méfiants

par état, attendant dans un pesant silence la terrible

révélation. Les siècles passeraient sur ma mémoire sans

emporter dans leurs brouillards l'impression du premier moment

où, sans même qu'elle se fût formulée dans mon esprit, la

certitude d'une perte irréparable fit irruption en moi. Je ne

savais rien, on ne m'avait rien expliqué; mais une étreinte

horrible me serra le coeur, et sans rien demander, sans

m'enquérir auparavant de ce qui était arrivé, je courus vers

le lit en m'écriant:

- Que dites-vous? De quoi m'accusez-vous?

Le blessé s'était mis à trembler à mon approche; le docteur,

debout à son chevet, me repoussa du geste tandis qu'un des

assistants demandait à haute et intelligible voix:

- Monsieur Larousse, est-ce bien là celui que vous accusez?

Une seconde à peine se passa entre la question et la réponse;

mais je le pense, l'horrible anxiété qui pesait sur mon coeur

doit faire partie des tourments de l'enfer. Je regardai ce

visage sec, ridé et jaune, entouré d'une bandage déjà imbibé

de sang, et l'expression de mes yeux devait avoir quelque

chose de semblable à l'épouvante de l'âme, attendant de la

bouche du souverain juge la sentence d'éternelle réprobation.

- Oui, répondit Nicolas.

Je bondis de nouveau près du lit.

- C'est une infâme calomnie! Rétractez-vous! Vous êtes fou!

Cette fois, le blessé soutint mon regard et je vis tant de

haine briller à travers ses prunelles que j'eus peur.

- Dites! dites! m'écriai-je, frémissant, ce n'est pas vrai!

Il y eut une minute de silence; on entendait à peine le

souffle de ces respirations humaines presque interrompues par

une solennelle attente.

- C'est lui! reprit Nicolas, distinctement et sans hésiter.

Etait-il trompé par une terrible ressemblance? Ou était-ce de

propos délibéré qu'il me jetait dans le gouffre?

Je crus lire dans ses yeux la certitude de cette dernière

hypothèse. A cet instant, sa fille fit irruption dans la

chambre. Elle s'approcha de moi avec un regard où se

concentrait toute la rancune amassée dans son âme depuis

plusieurs années contre celui chez lequel un reste de

sentiments élevés avait froissé ses instincts vulgaires. Avec

une assurance plus convaincante que ses premiers emportements

n'avaient pu l'être pour les témoins de cette scène, elle dit:

- Oui, c'est lui! Comment pourrait-on en douter? Mon pauvre

père l'a parfaitement reconnu et a lutté vainement avec cet

ennemi qu'il nourrit et abrite depuis tant d'années. Voyez, il

était bâillonné avec ce foulard, que Monsieur de la Croix-Morgan

portait encore hier soir au cou.

Avec quelle insultante ironie cette femme jetait à l'opprobre

le nom de ma famille! Avec quelle haine elle le prononçait!

Elle semblait lui en vouloir de la vanité à laquelle elle

s'était laissée aller en l'acceptant.

- Il n'est pas rentré à l'heure accoutumée (c'était vrai,

j'étais sorti dans la soirée et étais rentré vers minuit). Il

a une clé de la maison. Lui seul connaît les habitudes de mon

père et l'endroit où il serre son argent. Ne pouvant lui

arracher des ressources pour reprendre la vie désordonnée

qu'il menait avant notre malheureux mariage, il les a

demandées au vol et n'a pas reculé devant le crime.

J'écoutais atterré, immobile, ce torrent de folies, car cela

me paraissait tel, tombant sur ma tête et me surprenant, moi,

léger, insouciant et méritant sans doute bien des reproches,

mais honnête et droit, j'ose le dire, autant que peut l'être

le plus honnête et le plus droit de mes semblables! Il me

semblait que subitement la nuit s'était faite autour de moi et

que je m'enfonçais dans les ténèbres.

Puis, peu à peu la lumière vint, atroce, épouvantable! Je

commençai à comprendre, et sans que j'eusse posé une question,

celles auxquelles on m'astreignit à répondre suffirent à me

montrer l'odieuse chute que je faisais.

Nicolas Larousse avait été dévalisé pendant la nuit. L'auteur

du vol l'avait surpris au moment où, avant d'aller se reposer,

il était venu ouvrir sa caisse et se complaisait sans doute

dans la contemplation de son trésor. En voulant défendre son

or, il était tombé, poussé brutalement, dit-il, par le

criminel et s'était fait à la tête une grave blessure. Le

matin, on l'avait trouvé sans connaissance, baignant dans son

sang, attaché solidement et bâillonné avec le foulard que je

portais habituellement. Ce foulard s'était sans doute

rencontré par hasard sous la main du coupable et il s'en était

servi pour égarer plus facilement les soupçons. A femme, peut-être

par erreur, car je n'ose la soupçonner de m'avoir accusé

sciemment d'un crime dont elle me savait innocent, affirma me

l'avoir vu au cou au moment où je sortais le soir de la maison

et on en conclut que moi seul avais pu l'employer à l'usage

auquel il avait servi.

Le blessé m'accusait et malgré tout ce qu'on put essayer, il

persista dans ses affirmations d'une façon si assurée qu'il

convainquit mes juges.

J'avais erré toute la soirée au hasard, écoeuré par les

perpétuels reproches de Marguerite et fuyant cet intérieur

déplorable; il me fut impossible de prouver ma présence nulle

part à l'heure où le crime avait dû être commis. Je sortais

parfois ainsi le soir et je marchais longtemps à travers les

rues pour calmer la fièvre désespérée que me causaient les

scènes pénibles auxquelles je me trouvais soumis.

Bien plus, par une aberration et une fatalité inconcevable, la

domestique de la maison prétendit avoir entendu ma voix se

mêlant à celle de mon beau-père vers onze heures.

Naturellement, ma présence près de lui ne lui avait causé

aucune alarme et elle était montée dans sa chambre sans s'en

préoccuper.

Enfin, ma femme elle-même me déclarait coupable et me livrait

à la justice avec une fureur sauvage, expliquée par son amour

pour son père et par son aversion pour moi.

Que vous dirai-je, docteur? J'étais perdu. Je me débattais

vainement contre les preuves accumulées devant moi. Comprenez-vous

ce que ce peut être que de se savoir innocent et de se

sentir écrasé par ces témoignages dont la brutalité renverse à

tout instant les affirmations de votre propre conscience et

vous éclaire d'une lumière menteuse? Alors, l'âme se sent

envahie par une haine profonde contre la vie, contre les

hommes aveugles et contre elle-même, incapable de faire

éclater au grand jour cette vérité qu'elle seule connaît et

qui la sauverait!

La justice s'empara de moi et je passai deux années dans une

maison de détention, où mon plus affreux supplice fut

l'écoeurant contact avec les gredins qui me prenaient pour leur

pareil. Parfois, tout à coup, le rouge me monte au visage et

une sueur froide couvre mon front au seul souvenir de cette

honte. Il me semble avoir rapporté une souillure ineffaçable

de ces rapports journaliers avec de pareils misérables au

milieu desquels j'étais confondu!

La destinée · 第 32 / 42 题