«Un ange descendit du ciel, et pour manifester ce qu’était cet enfant,

le nomma Dominique, du nom du Seigneur auquel il appartenait tout

entier; c’était le jardinier diligent que le Christ avait choisi pour

l’aider dans sa vigne. On vit en lui l’envoyé chéri du Christ quand on

connut le don du premier amour qui brillait en cet enfant, quand on sut

comment il suivrait le premier conseil que donna le Christ... O toi,

Félix, son père, que tu fus dignement nommé! O toi, Jeanne, sa mère, que

tu méritais de porter ce nom, s’il s’interprète comme on le dit[200]! Il

ne se passionna pas pour le monde, comme quiconque étudie le cardinal

d’Ostie et Thadée[201]; mais il chercha la manne véritable. En peu de

temps, il acquit une science étendue et sut cultiver la vigne qui

languit quand le vigneron ne travaille pas. Il ne demanda pas au

Saint-Siège... qu’on le dispensât de rendre six moyennant deux ou trois;

il ne demanda pas l’assurance d’obtenir les premiers bénéfices vacants,

ni les dîmes qui appartiennent aux pauvres de Dieu; il ne sollicita que

le droit de combattre la malice du monde avec la semence dont tu vois

vingt-quatre plantes autour de toi. Ensuite, ce savant et saint

religieux se mit en mouvement, avec la protection apostolique, comme un

torrent que des pluies considérables ont formé. Son impétuosité frappa

les germes de l’hérésie avec d’autant plus de force qu’on opposa plus de

résistance. De cette source naquirent plusieurs ruisseaux qui baignent

le jardin catholique et rafraîchissent ses arbustes[202].»

[200] _Felix_ en latin signifie heureux; Jeanne, en hébreu, signifie

_favorisée de la grâce_.

[201] Le cardinal d’Ostie est un célèbre commentateur des Décrétales,

Thadée un illustre médecin florentin.

[202] Dante, _La Divine Comédie_, _Paradis_, chant XII, vers 52-105.

(Trad. Artaud de Montor.)

* * * * *

Après avoir signé la bulle de canonisation, Grégoire IX déclara qu’il ne

doutait pas plus de la sainteté de saint Dominique que de celle des

apôtres Pierre et Paul; de nombreuses générations de chrétiens l’ont

redit avec lui. Il est impossible, en effet, d’imaginer une abnégation

plus complète de soi-même, une vie plus entièrement vouée au service de

Dieu. Depuis le jour où, jeune étudiant à Palencia, il vendait ses

livres pour secourir les pauvres, jusqu’à celui où mourant, il adressait

à ses religieux ses dernières exhortations, saint Dominique n’a

poursuivi qu’un but, la gloire de Dieu; et c’est ce qui donne à sa vie

une merveilleuse unité. En cela, il ressemble à un grand nombre de

saints; mais sa physionomie devient plus précise et plus personnelle,

quand on considère les moyens dont il s’est servi. Parmi les élus, les

uns se consacrent à la contemplation des choses divines; pour mieux

pratiquer l’ascétisme, ils s’enfoncent dans la solitude, s’enferment

dans les cloîtres, afin qu’aucun bruit extérieur ne vienne troubler

leurs extases. D’autres se lancent dans l’action, soit pour opérer des

miracles de charité, soit pour étendre toujours plus loin le règne de

l’Évangile. Quelques-uns même arrivent à la sainteté par des moyens qui

répugnent à notre délicatesse et étonnent notre esprit. Rares sont ceux

qui ont uni harmonieusement le mysticisme et l’action, en les poussant

l’un et l’autre jusqu’au sublime.

Saint Dominique fut de ceux-là. Si l’on considère ses austérités, si

l’on se rappelle le cilice qui était attaché à sa chair, la chaîne de

fer qui adhérait à ses reins, les disciplines qu’il se faisait donner

jusqu’au sang, les abstinences qu’il pratiqua toute sa vie, les nuits

entières qu’il passa en prières; si l’on n’oublie pas qu’il a fondé un

Ordre de religieuses cloîtrées qui, derrière leurs grilles, se vouent à

la pénitence et à la contemplation, il nous apparaît comme un mystique

digne de figurer sur les autels à côté de saint Bruno, sainte Thérèse,

saint Paul de la Croix. Mais le même Saint a parcouru à pied l’Europe

occidentale pour prêcher; il a fait entendre sa voix à des milliers de

villes et de bourgades; il a fondé un Ordre où tout converge vers

l’action de l’apostolat; il a organisé lui-même la plupart de ses

couvents, dirigé les délibérations de ses Frères réunis en Chapitre.

Savant dans les choses du ciel, connaissant à merveille les choses de la

terre, il excellait à conduire ou une négociation ou une controverse, à

gérer des intérêts matériels, à faire des achats, des échanges, des

comptes d’exploitation rurale pour assurer l’existence de ses chères

filles de Prouille. Ami de Simon de Montfort, conseiller des Papes, il a

été mêlé aux affaires politiques les plus importantes de son temps: il a

jugé les hérétiques; le crucifix à la main, il a paru dans les

batailles, et, à peine âgé de cinquante-un ans, il est tombé, épuisé par

son activité autant que par ses macérations.

C’est ce qui a rendu son influence si profonde et si durable. C’est ce

qui nous permet aussi de rechercher dans sa vie des enseignements qui

s’appliquent à merveille aux nécessités de l’heure présente. Ce n’est

plus seulement en Lombardie ou dans le Languedoc que l’Église est

aujourd’hui reniée et que la société est agitée par des doctrines

néfastes. Ce n’est plus dans un pays isolé que les gouvernements

favorisent les missionnaires de l’erreur et entravent les apôtres de la

vérité. Les grands moyens qu’employa saint Dominique avec tant de

succès, sont encore nécessaires aujourd’hui; plus que jamais, il faut

des Prédicateurs; plus que jamais, il faut que l’Église fasse œuvre de

science et que, tout en augmentant en eux-mêmes par la prière et les

secours surnaturels, la vie divine, ses défenseurs ne manquent pas

d’aller puiser dans les Universités et dans l’étude, la connaissance des

choses divines et humaines.

La vie de saint Dominique est encore une école de patience et de

courage. Après dix ans de prédications en Languedoc, il n’avait encore

que quinze compagnons et les hérétiques semblaient triompher! Mais sa

foi restait inébranlable et, cinq ans après, plus de mille Frères

étaient répandus dans le monde chrétien tout entier, attestant par leur

zèle combien était féconde cette œuvre qui avait paru d’abord échouer.

Il n’avait pas attendu le succès pour avoir confiance: ouvrier dans la

vigne du Seigneur, il était assuré d’avance que le Père céleste la

ferait fructifier.

BIBLIOGRAPHIE

OUVRAGES ET DOCUMENTS DU TREIZIÈME SIÈCLE.

JOURDAIN DE SAXE.--_De l’origine de l’Ordre des Frères Prêcheurs_.

Successeur immédiat de saint Dominique comme Maître général de l’Ordre,

Jourdain de Saxe écrivit ce récit sommaire avant la canonisation du

Saint, avant 1234. Ce texte est imprimé dans le recueil des Bollandistes

_Acta Sanctorum_, 4 août, p. 545; et a été réédité par le R. P. Berthier

O. P., professeur à l’Université catholique de Fribourg. Écrit par un

ami et un disciple de saint Dominique, ce texte a une valeur capitale.

--_Lettre encyclique_ adressée par le Maître général Jourdain de Saxe à

l’Ordre, sur la translation de saint Dominique. Elle fut écrite entre le

24 mai 1233, date de la translation, et le 13 juillet 1234, date de la

canonisation du saint. C’est le récit d’un témoin oculaire; nous nous en

sommes particulièrement servi.--Éditée par les Bollandistes, _ibidem_.

_Actes de Bologne et de Toulouse_, recueil des dépositions sur la vie,

les vertus et les miracles du Saint, qui furent recueillies en 1233, par

les commissaires enquêteurs dans le procès de canonisation. Nous nous en

sommes servi pour décrire les traits particuliers de la vie et du

caractère de saint Dominique.--Édités par les Bollandistes.

BARTHÉLEMY DE TRENTE.--_Vie de saint Dominique_; écrite de 1234 à 1251

par un religieux dominicain qui avait connu personnellement saint

Dominique.--Éditée par les Bollandistes.

HUMBERT DE ROMANS.--_Chronique de l’Ordre des Prêcheurs de 1202 à 1254_,

écrite par Humbert de Romans, Maître général de l’Ordre; mérite la plus

grande confiance à cause de la sincérité et de la situation officielle

de son auteur; publiée par Mamachi, _Annales Ordinis Prædicatorum_, et

rééditée par le R. P. Berthier dans sa réédition complète des œuvres

d’Humbert.

--_Vie du Bienheureux Dominique_; écrite avant 1254, alors que Humbert

n’était pas encore Maître général; publiée par Mamachi, _op. cit._, et

le R. P. Berthier; recueil des traditions les plus authentiques sur la

vie de saint Dominique.

CONSTANTIN D’ORVIETO O. P.--_Vie de saint Dominique_, écrite de 1242 à

1247, pour compléter celle qu’avait écrite Jourdain de Saxe; éditée par

Échard dans ses _Scriptores Ordinis Prædicatorum_; Paris, 1719.

Constantin était évêque d’Orvieto et il écrivit à la demande du Maître

général, Jean le Teutonique.

SŒUR CÉCILE.--_Relation sur la vie de saint Dominique_. Sœur Cécile

avait été une des religieuses que saint Dominique avait transférées de

Sainte-Marie du Transtévère à Saint-Sixte; elle devint plus tard prieure

du monastère de Sainte-Agnès à Bologne. Agée, elle dicta, vers 1280,

cette relation à sœur Angélique. Écrit près de soixante ans après les

événements, ce document, quoique venant d’un témoin oculaire, a besoin

quelquefois d’être contrôlé; il y a une tendance à l’exagération et au

merveilleux.--Publiée par Mamachi, dans ses _Annales Ordinis

Prædicatorum_.

GÉRARD DE FRACHET O. P.--_Vie des Frères de l’Ordre des Prêcheurs_,

écrite par Frère Gérard, originaire de Frachet, dans le diocèse de

Limoges, provincial de de Provence; il l’entreprit, en 1256, sur l’ordre

du Chapitre général de Paris et du Maître général Humbert de Romans, sur

des documents authentiques. Nous en avons tiré de nombreux traits sur la

vie du Saint. Édité en 1619, à Douai, cet ouvrage a été réimprimé de nos

jours par le R. P. Reichert O. P. dans les _Monumenta Ordinis

Prædicatorum_, en voie de publication.

RODRIGUE DE CERRAT.--_Vie du Bienheureux Dominique_, écrite par un

religieux espagnol avant 1266; compilation sans grande valeur.--Éditée

par Mamachi, _op. cit._

THIERRY D’APOLDA.--_Histoire de la vie et des miracles de saint

Dominique et de l’Ordre qu’il a fondé_, vie complète et détaillée du

saint, écrite, vers 1288, par un Dominicain allemand, par ordre de Muño

de Zamora, Maître général de l’Ordre, d’après tous les écrits

antérieurs.--Éditée par les Bollandistes.

Sur la guerre des Albigeois, il faut surtout consulter les chroniques de

Pierre de Vaux-Cernay (Migne, _Patr. lat._, t. CCXIII) et de Guillaume

de Puylaurens (Bouquet, _Historiens des Gaules_, t. XIX). Les bulles

pontificales concernant saint Dominique et les premiers temps de l’Ordre

occupent les premiers numéros du _Bullarium Ordinis Prædicatorum_.

QUATORZIÈME SIÈCLE.

BERNARD GUI.--Cet illustre historien dominicain a écrit d’après les

traditions de l’Ordre et les documents antérieurs, dont il s’est servi

avec beaucoup de tact, plusieurs ouvrages utiles à consulter, notamment

une _Histoire des fondations dominicaines_, un _Catalogue des Maîtres

généraux de l’Ordre_, et un _Catalogue des prieurs de Prouille_, qui ont

été imprimés par Martène et Durand, dans leur _Veterum scriptorum et

monumentorum amplissima collectio_, t. VI.

PIERRE CALO.--_Vie de saint Dominique_, écrite, vers 1314, par un

religieux dominicain; compilation qui se sert surtout de l’ouvrage

quelque peu antérieur d’un autre Dominicain, Étienne de Salagnac: _Des

quatre choses en quoi Dieu a honoré l’Ordre des Prêcheurs_ (inédit).

DU QUINZIÈME AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE.

ALAIN DE LA ROCHE.--_Vie de saint Dominique_. Ce Dominicain breton, qui

écrivait au milieu du quinzième siècle, prétendit écrire la vie de saint

Dominique d’après ses propres révélations. Avec ce procédé tout

particulier, il composa un récit, presque de tout point fabuleux, qui

n’a eu que trop de crédit auprès des âmes pieuses. Une grande partie de

la légende du Rosaire provient des récits d’Alain. Fribourg, 1619,

in-4º.

JEAN DE RÉCHAC O. P.--_Vie de saint Dominique_. Paris, in-4º. A le plus

souvent mis en français les récits fabuleux d’Alain. Paris, 1647, 2 vol.

in-4º.

MALVENDA O. P.--_Annales Ordinis Prædicatorum_. Œuvre de peu de

critique, Naples, 1627, in-fº.

BOLLANDISTES.--_Acta S. Dominici confessoris_. Vie critique de saint

Dominique, écrite par le Jésuite Guillaume Cuper, et publiée dans le 1er

volume d’août du grand recueil des _Acta Sanctorum_, Anvers, 1733; fait

justice de plusieurs fausses légendes obscurcissant la vie de saint

Dominique; nous nous en sommes beaucoup servi.

TOURON O. P.--_La Vie de saint Dominique Guzman, fondateur de l’Ordre

des Prêcheurs, avec l’histoire abrégée de ses premiers disciples_,

Paris, 1739, in-4º. Faite avec une certaine critique, d’après les

sources primitives; elle nous a été de quelque utilité.

MAMACHI O. P.--_Annales Ordinis Prædicatorum_. Rome, 1756, t. I, seul

paru, in-fº.

OUVRAGES MODERNES.

LACORDAIRE O. P.--_Vie de saint Dominique_, parue en 1840, in-8º,

lorsque le grand écrivain travaillait à rétablir en France l’Ordre des

Prêcheurs, dans lequel il venait d’entrer; vaut beaucoup plus par la

forme que par le fond.

DANZAS O. P.--_Études sur les temps primitifs de l’Ordre des Frères

Prêcheurs_. Ier volume, in-8º. Poitiers, 1885.

RÉV. MÈRE DRANE.--_Histoire de saint Dominique_ (en angl.), trad. fr.

par Cardon. Paris, in-8º, 1895.

BALME ET LELAIDIER O. P.--_Cartulaire ou Histoire diplomatique de saint

Dominique_; recueil complet de tous les actes concernant saint

Dominique, publiés et commentés par le R. P. Balme. Nous devons beaucoup

à cette publication, qui permet de préciser la vie du Saint et de la

dégager de beaucoup de légendes. 2 vol. in-8º, parus à Paris, troisième

sous presse.

_Histoire du monastère de Notre-Dame de Prouille_, par une religieuse du

même monastère. Ce livre est surtout intéressant pour ce qui concerne

l’histoire du nouveau monastère. In-8º; au monast. de Prouille.

_Analecta sacri Ordinis Prædicatorum_. Revue publiée par ordre du Maître

général de l’Ordre et donnant, à côté des documents contemporains

concernant l’Ordre, d’importants documents sur l’histoire primitive des

Prêcheurs. Rome, 3 vol. in-fº, maison généralice.

TABLE DES MATIÈRES

Pages

Chapitre I.--Enfance et jeunesse de saint Dominique 1170-1203 1

Chapitre II.--Saint Dominique et les Albigeois 19

Chapitre III.--Fondation du monastère de Prouille 53

Chapitre IV.--Fondation de l’Ordre des Prêcheurs 65

Chapitre V.--Saint Dominique, maître général de l’Ordre 99

Chapitre VI.--Voyages et prédications de saint Dominique 138

Chapitre VII.--Organisation de l’Ordre dominicain 157

Chapitre VIII.--Mort et canonisation de saint Dominique 187

Bibliographie 207

Saint Dominique · 第 12 / 12 段