VARIÉTÉS.

_Fabrique de soude._

On établit actuellement à Paris une fabrique nouvelle; on crée un art

nouveau, celui de retirer la soude du sel marin. C'est au bienfait de

l'assemblée nationale, à l'abolition de la gabelle que nous sommes

redevables de cette nouvelle branche d'industrie et de commerce qui va

se former en France.

Les savonneries, les verreries, les blanchiries et beaucoup d'autres

manufactures consomment de la soude; la consommation annuelle des

manufactures de France s'élève à 25 millions de livres pesant, dont

18 millions sont tirés de l'étranger. Les fabriques de soude, que les

possesseurs du secret de ce nouvel art vont établir en France, pourront

non-seulement suppléer à la soude que l'on nous apporte de l'étranger,

mais encore en fournir dans beaucoup de parties de l'Europe en

concurrence avec Alicant, et les différens ports qui sont en possession

de ce commerce.

Comme la fabrication de la soude, ou l'art de retirer la soude du

sel marin, exige que l'on sépare de ce sel l'acide marin qui y est

combiné, les nouveaux fabricans se proposent d'obtenir cet acide

séparément pour le verser aussi dans le commerce.

Les procédés que l'on emploie dans les fabriques d'acide marin

ordinaire, n'ayant pour objet que d'obtenir l'acide du sel marin, les

autres substances dont on pouvoit encore tirer partie sont rejetées;

ce vice d'économie est cause que cet acide est dans le commerce à un

très-haut prix. En le retirant par le procédé perfectionné, on pourra

le donner à moitié du prix actuel et empêcher par ce moyen, que l'on ne

fasse venir des fabriques Angloises la quantité d'acide marin que l'on

en tire tous les ans.

En fabriquant au moins 18 millions de soude, la quantité d'acide marin

que l'on en retirera excédera non-seulement la consommation que l'on en

fait en France, mais encore dans les pays de l'Europe où l'on pourra

le transporter; c'est pourquoi les nouveaux fabricans ont dirigé leurs

spéculations sur les moyens de tirer de cet acide un parti utile à la

nation Françoise.

Les fabriques, les arts et les métiers de France consomment une

quantité considérable de sel ammoniac. Ce sel se tirait d'Égypte ou

d'Allemagne, parce qu'il n'y avoit pas moyen de soutenir la concurrence

du prix. La grande quantité d'acide marin que l'on obtiendra de la

fabrication de la soude et qui seroit perdue, faute de consommation, si

l'on n'en faisoit pas d'autre usage que de le verser dans le commerce

pour y être employé comme acide, procurera la facilité de fabriquer du

sel ammoniac à bon marché, et qui pourra être vendu en concurrence avec

celui que l'on tire de l'étranger.

Un autre avantage, qui résultera dans ce moment-ci de pouvoir se

procurer de l'acide marin à bas prix, est l'usage que l'on fait de

cet acide dans la fabrication de l'acide muriatique oxigéné que l'on

emploie pour le blanchiment des toiles.

Le blanchiment des toiles est encore un art nouveau; on le doit à M.

Berthollet, de l'académie royale des sciences. Il est pratiqué dans la

Flandre, le Hainaut, le Cambrésis et dans beaucoup d'autres provinces

de France. C'est un art qui réunit, à l'avantage d'une grande économie

de tems et de dépense celui de rendre à l'agriculture une quantité

considérable de prairies qui étoient consacrées au blanchiment des

toiles.

Ainsi la nouvelle fabrique que l'on forme actuellement à Paris aura

pour objet trois grands produits; 1º. de la soude, 2º. de l'acide

marin, 3º. du sel ammoniac. Ces produits pouvant être donnés à un

très-bas prix, remplaceront des substances, que l'on nous apporte de

l'étranger, et pourront être vendues hors de France en concurrence avec

celles des autres nations.

Nous devons prévenir qu'il y a déjà en Angleterre quelques fabriques de

soude; mais qui sont encore éloignées de la perfection que l'on veut

donner à celles de France.

Les nouveaux fabricans voulant donner à leur établissement toute

l'extention qu'il est susceptible de prendre, se sont déterminés

d'associer des actionnaires aux fabriques qu'ils veulent établir dans

tout le royaume. On peut, pour cet objet, consulter M. Mairan, notaire,

rue saint-honoré, près la rue de l'échelle; il donnera sur les actions

de la société tous les éclaircissemens que l'on désirera.

_Cet article est de M. HASSENFRATZ._

Journal de la société de 1789 - Nº II · 第 15 / 15 题