In-4.
[Note 457: Cette pièce est curieuse et rare, selon M. Moreau.
(_Bibliographie des Mazarinades_, t. 2, p. 364, nº 2819.)]
Mazarins, il faut tous partir;
Ma muse vous vient advertir
Que vous couriez comme des Basques
Deguisez en habits fantasques,
Pour vous fourer je ne sçais où,
C'est-à-dire en un petit trou.
La ville est ores trop suspecte
Pour des messieurs de votre secte;
Les cailloux y volent à tas
Sur tous ceux qui ne crient pas:
Vive le roy! vive les princes!
Vive ces apuis des provinces!
Ils vont recoigner les voleurs,
Partisans et monopoleurs,
Et par eux, tous tant que nous sommes,
Nous aurons pour rien pain et pommes.
Mais, quand vous diriez tout cela,
Vous ne mettriez pas le hola:
On vous connoistroit à la mine;
Chacun diroit: Eschine! eschine!
Ce sont pendars de Mazarins.
Et lors je vous tiendrois bien fins
Si, par un tour de passe-passe,
Vous amusiez la populace,
Qui viendroit à grands coups de poing
Faire tôpe sur vostre groing,
Sur tout si dans l'autre semaine,
Auprès de la Samaritaine,
Dame Anne[458] eust peu vous descouvrir:
Vous auriez eu bien à souffrir.
Branquas, qui n'est pas une beste,
Ne fut jamais à telle feste
Qu'il se vit, un certain mardy,
Sur le Pont-Neuf, après midy,
Encore qu'il soit pour la Fronde,
Comme il le jure à tout le monde.
Il entendit crier bien fort:
Assomme! il en veut à Beaufort.
Lors, estourdy d'un: Tue! tue!
Il sent que sur luy l'on se rue;
Il perd de ses cheveux dorez;
Il voit ses habits deschirez,
Et, s'il n'eust bien dit: Ouy et voire,
On l'auroit contraint de trop boire.
Toutes fois, pour leur peine encor,
Il donna quelques louys d'or:
Si bien, pour seureté plus grande,
Que le battu paya l'amende;
Encor ne fut-il pas fasché
D'en estre quitte à ce marché[459].
Ce vacarme cessoit à peine,
Et l'on alloit reprendre haleine,
Quand un carrosse orné de vert
Par fortune fut descouvert.
Il trainoit avecque vitesse
Vers le palais de son Altesse
La mareschale d'Ornano,
Qui souvent, comme un Godeno,
Montroit le nez à la portière,
Et puis se tiroit en arrière.
A voir son habit un peu neuf,
On la crut madame d'Elbeuf,
Qui (cecy dit par parenthèse)
Est dehors de ce diocèse[460].
A l'instant, sans plus consulter,
Le cocher vint à culbuter,
Et, frappé de plus d'une pierre,
Donna bien-tost du nez en terre.
Les laquais ne furent pas mieux:
Les rondins volèrent sur eux,
Mais avec tant de violence,
Que c'est un fort grand coup de chance
Qu'ils ne furent pas ajustez
Comme chair à petits pastez.
La mareschalle, epouventée,
Fut un peu trop près visitée:
Un chacun la vint saluer,
Non pas sans plusieurs coups ruer,
Et luy faire une reverence
Qui luy deplut, comme je pense:
Car, sans qu'elle le treuvast bon,
On la deschargea d'un manchon,
Pendant que les pauvres suivantes
Se laissoient foüiller dans leurs fentes,
Et ne gagnoient rien à crier
A haute voix, à plein gozier,
Les meschans ayant peu d'envie
De leur sauver bagues ny vie.
Or les anneaux on fricassa,
Et la vie on ne leur laissa
Qu'après que leur beau corps d'albastre
Eust esté battu comme plastre.
La populace, après cela,
N'en voulut pas demeurer là:
De mesme qu'un hidre feroce,
Elle deschira le carrosse;
Le cuir n'eut aucune mercy;
Les essieux sautèrent aussy,
Et les deux rideaux d'escarlatte
Tombèrent encor souz sa pate.
Les chevaux eurent du bon-heur,
Car on les mit en lieu d'honneur
Dans un cabaret assez proche,
Où loge un Suisse sans reproche,
Qui, de ce gage faisant cas,
Fit à la trouppe un grand repas,
Cependant que la mareschalle
Fut voir son altesse royale
Sur la mule des cordeliers,
Aux depens de ses beaux souliers.
Mais, tandis que je vous amuse,
J'oy desjà, si je ne m'abuse,
Un bruit de gens determinez
Dont vous serez fort mal menez.
Sus, pour sauver vos belles trongnes
Du baston ferré des yvrongnes,
De la fronde des escoliers,
Du tire-pied des savetiers,
De la griffe des harangères,
Du croc des dames chifonnières
Et du levier des porte-fais,
Dites-nous adieu pour jamais.
[Note 458: Revendeuse des halles qu'on produisoit «comme une
femme mystérieuse, parcequ'elle étoit la plus insolente et
la plus hardie de son quartier.» (_Advis desinteressé sur la
conduite de M. le coadjuteur_... (6 juillet 1651,) _ad finem_.)
Dans une _mazarinade_ portant la même date: _Lettre d'un
marguillier de Paris à son curé sur la conduite de monseigneur
le coadjuteur_, dame Anne et un nommé Pesche, son compère en
rébellion, sont représentés comme étant «des enfans de choeur
elevez par monseigneur le coadjuteur..., l'un et l'autre
chantant les leçons du bréviaire qu'il leur avoit enseignées.»
Les leçons de ce bréviaire, selon Mme de Motteville, étoient des
«chansons infâmes contre le respect qui étoit dû à la reine.»
Dame Anne, cette _coureuse_ qui les chantoit, fut arrêtée. «Je
le dis à la reine, continue Mme de Motteville, à la prière de
Mme de Brienne, qui ne voulut pas lui en parler, par quelque
motif que je ne pus savoir. Cette princesse ne me répondit rien,
et je ne lui en parlai plus. Quelques jours après, la même Mme
de Brienne me dit qu'elle avoit été voir cette dame Anne et
qu'elle ne l'avoit plus trouvée dans sa prison, qu'elle étoit
alors dans une chambre voisine, bien servie, bien couchée et
bien nourrie, et qu'on ne savoit pas d'où pouvoit procéder cette
merveille. Nous sûmes alors que la reine seule avoit fait cette
belle action, et, quand nous lui en parlâmes, elle ne voulut pas
nous écouter. Et l'histoire finit ainsi.» (_Mémoires de Mme de
Motteville_, coll. Michaud, 2e série, X, 422.)]
[Note 459: Cette vive algarade faite à M. de Brancas eut lieu,
en effet, sur le Pont-Neuf, dans la semaine de Pâques 1652,
au moment où tout ce qu'il y avoit de noblesse dans Paris
se rendoit au devant de M. le Prince, qui revenoit après sa
victoire de Bleneau. Brancas ne fut pas le seul maltraité: la
duchesse de Châtillon, Fontrailles, le marquis de Mouy, le
commandeur de Saint-Simon, le prince de Tarente, le commandeur
de Mercé, Mme de Bonnelle, la fille de Bullion, furent aussi
insultés. Mme d'Ornano, comme on va le voir avec plus de détail,
fut injuriée et volée. C'étoit un coup de main dont l'auteur de
l'_Avis important et necessaire donné aux Parisiens_, qui entre
à ce sujet dans quelques détails, accuse tout ensemble Mazarin
et le coadjuteur.]
[Note 460: Catherine Henriette, fille légitimée de Henri IV et
de Gabrielle d'Estrées, et femme du duc d'Elboeuf, étoit en
Angleterre depuis que ses intrigues contre Richelieu l'avoient
fait exiler de la cour.]
_La Tromperie faicte à un Marchand par son Apprenty, lequel coucha
avec sa femme, qui avait peur de nuict, et de ce qui en advint; avec
le Testament du Martyr amoureux._
_A Paris, par François Du Chesne, imprimeur, demeurant rüe des
Lavandières, près la place Maubert; et Anthoine Rousset, libraire,
demeurant en la rüe Frementel._
_Avec permission._
In-8.
_En ceste histoire vous sera depainte l'esprit d'un homme conduit à
une charnelle affection, lequel, cuidant tromper sa moitié, se trouva
trompé du tout._
En la riche ville de Lyon demeuroit un marchand, lequel avoit
l'entendement plus propre à conduire l'estat de sa marchandise qu'à
sagement faire l'amour; et, d'autant qu'il faisoit grand train par
le moyen de son credit, l'un de ses compagnons lui bailla un sien
filz pour apprenty, et de l'aage de dix-huict à vingt ans, marché
conclud que, pour le tenir deux ans en sa maison et luy apprendre le
commencement de l'estat qu'il conduisoit, luy forniroit content la
somme de quarante escus d'or. Ce marchand (à grand peine estoient
six mois passez) avoit espousé une jeune dame lyonnoise de riche
maison et d'assez passable beauté. Comme advient souvent qu'une jeune
femme, n'entendant les ruses qui despendent d'un mesnage, prend
volontiers servante de son aage, sans soy deffier du changement,
qui plaist souvent aux mariz, le semblable fit cette jeune dame, le
mary de laquelle, dispost et assez bien nourry, devint amoureux de
ceste chambrière[461], jeune, affettée[462] et grassette, laquelle il
poursuivit si vivement, tant par belles paroles que promesses, que
ceste garse, ou pour obeïr au commandement de son maistre, pensant
faire service très agreable à sa maistresse, ou pour avoir quelquefois
experimenté le mal qui fait les filles femmes, ne fut long-temps sans
accorder liberalement la requeste du sire, qui se trouva fort content
d'un si favorable accord; restoit seulement le moyen du joindre, qui
fut tel que, la nuit ensuivant, il iroit coucher avec elle, et luy
donneroit, outre ses gages, un corset[463] du plus fin drap de sa
boutique. La chambrière, tant pour le plaisir qu'elle attendoit que
pour l'esperance du corset, fut contente. Ainsi le marchand, voyant
que son entreprise succedoit selon l'intention de son coeur, bruslant
d'un costé d'une longue attente, d'autre estant envelopé d'une crainte
d'estre decouvert de sa femme, ne peut trouver autre remède en sa
lourde teste que de tirer en secret son apprenty, et, se fiant plus en
sa sotte jeunesse qu'en son apparente folie, luy dit: Escoute, j'ay une
entreprinse necessaire où il me faut aller cette nuict pour le fait
de ma marchandise, en laquelle je pourrois avoir grande perte sans ma
presence; mais parce que ta maistresse (craignant qu'il ne survinst
quelque ennuyeuse fortune) ne me voudroit donner congé, au moyen de ce
qu'elle est jeune, craintive de nuict et ne veut coucher seule, pour ce
que je t'ay cogneu fidelle, quasi de son aage, et que tu as bon vouloir
de me servir loyallement pour l'honneur de tes parens, me fiant en
toy, sans luy rien dire, incontinent qu'elle sera couchée et endormie,
je te commande, pour l'asseurer, de te coucher en ma place. Mais
donnes-toy garde de parler ou remuer tant soit peu, de peur qu'elle
ne te cognoisse: car tu serois à jamais perdu. Ce lourdaut d'apprenty
(qui n'avoit accoustumé telle compagnie à son coucher) pleuroit quasi
de l'exécution d'une telle commission; mais, pour ce qu'il avoit receu
exprès commandement de son père d'obeyr en tout et partout à son
maistre, n'osa contredire, de crainte de quelque plainte qu'eust peu
faire le sire envers son père: de sorte qu'à l'heure qui luy avoit
esté ordonnée, avec une frayeur, tout tremblant se coucha auprès de la
dame. Le mari, d'autre costé (estimant avoir mis bon escorte pour son
embusche), alla d'une gayeté de coeur chercher sa marchandise non plus
loin que le lict de sa chambrière, de laquelle pour bien juger s'il fut
mieux receu qu'attendu, je m'en rapporte à ceux qui se sont trouvez au
labeur et plaisir d'un tel changement. L'apprenty, qui, au commencement
de son coucher, trembloit de froid et de peur, sentant la challeur du
lict et de la femme, commença à s'asseurer quelque peu. La dame, qui,
au milieu de son somme, eut affection de sentir son mary, s'approcha
plus près, estimant estre celuy duquel, selon Dieu, elle pouvoit
chercher contentement.
[Note 461: V., sur ces connivences d'amour des maîtres et des
chambrières, notre t. 1, p. 315 et suiv., et t. 2, p. 237-247.]
[Note 462: _Recherchée_, _coquette_. Furetière veut que ce
mot vienne du mot breton _affet_, baiser, «ce que les femmes
coquettes cherchent.»]
[Note 463: Corps de jupe sans manches, que portoient surtout les
paysannes. Les plus coquettes les vouloient, comme celle-ci, en
drap fin, en satin ou en damas.]
Ce jeune garçon, sentant ses approches, cuide reculer, suivant le
commandement de son maistre; mais plus il fuyoit, plus la dame coulloit
sa cuisse le long de la sienne, tellement qu'en ceste fuitte se
trouva bord à bord du lict sans pouvoir reculer davantage s'il n'eust
voulu tomber. En ses altères[464] demeura quelque temps si passionné
et pressé, qu'une chaleur autre que la première luy causa si chaude
fièvre, qu'oubliant le commandement du marchand, ne se peust garder
de remuer si dextrement que de la maistresse fut receu pour son mary,
et d'aprenty se fit tel maistre, que pour le bon traitement qu'ilz
receurent l'un de l'autre, ne le print envye de parler un seul mot.
Ainsi, tout estonné de s'estre trouvé en si nouveau travail, n'oublia
de soy lever plus matin, de peur d'estre cogneu, et s'en retourna tout
gay en la boutique, sans se vanter de la faveur qu'il avoit receu de
la dame, laquelle, sur les sept heures, prend le chemin du marché pour
acheter des vivres, et, retournant en la maison, rencontra son mary,
qui estoit en la bouticque, lequel, apercevant un gras chapon qu'elle
tenoit, luy demanda s'il y avoit quelqu'un de ses parens à disner au
logis. La dame, passant plus outre, lui respond que non. Le mary, qui
n'avoit accoustumé de tenir si gras ordinaire, ne fut content de cette
responce, et la poursuyvit l'interrogeant de son marché. Sa femme,
hochant la teste, lui replicque: Voire vrayement, un chapon! il me
semble que ne devez point tant faire le courroucé, veu que l'avez si
bien gaigné. Je ne sçay quel gibier aviez mangé: ceste nuict vous
estiez quasi enragé. A ce mot d'enragé, le mary fut fort estonné d'une
telle responce, et cogneut par là son evidente sottise; tellement
qu'en ceste extrême cholère, sans plus parler du chapon, rencontrant
ce jeune garson, lequel, voyant les estranges menaces, et craignant
la violence et fureur de son maistre, sort du logis et se retire chez
son père, qui commença soudain à le reprendre d'une rigoureuse façon,
luy disant que c'estoit un enfant qui estoit perdu, qui ne valoit rien
et qui ne demandoit qu'à fuyr la bouticque. Ce pauvre garson, ainsi
chassé de tous costez sans sçavoir où soy retirer, n'osoit retourner à
son maistre, et s'en alloit promenant par la ville pour chercher lieu
seur à se cacher. Mais le père, allant à ses affaires, le rencontre,
et, voyant que son filz avoit un visage si craintif et piteux, eust
soudain opinion qu'il eust desrobé le sire, de quoy voulant sçavoir
la verité, le rameine en sa maison, où tant d'amour que de rigueur le
contraignit de confesser assez piteusement la verité du premier essay
de sa jeunesse, et que le maistre, par force, l'avoit fait coucher
avecq' la dame, dont depuis il s'estoit si fort courroucé contre
luy qu'il l'avoit voulu tuer. Le père, ayant entendu un si bon tour
(advenu par la sottise du marchand), s'appaise, et le va au plus tost
chercher jusques en sa maison, où, après l'avoir salué, luy demande si
son filz l'avoit desrobé, veu qu'il l'avoit chassé comme un larron,
ce qu'où il se pourroit trouver veritable, luy-mesme en feroit la
punition si violante qu'elle serait exemplaire à tous, et que, au
surplus, satisferoit entierement au tort et au larrecin. A quoy luy fut
repondu par le sire (ayant encore le cerveau tout troublé de si recente
tromperie) que non, mais que c'estoit un mauvais et affeté garson
duquel il ne se serviroit jamais. Donc (dist le père), rendez-moy le
surplus de mes quarante escuz, et vous payez du temps que l'avez tenu
et qu'il vous a tant bien servy. Le marchand, despité outre mesure
qu'en ce service avoit fait une si facheuse rencontre, ne pensoit à
autre chose qu'à se plaindre et courroucer, tellement qu'ilz entrèrent
en telles picques, que le père, ennuyé du refus, fit adjourner le
marchand par devant le juge ordinaire de la ville pour luy payer le
reste de l'argent; et fut tellement procedé que, la cause playdée,
l'aprenty fut interrogé, le fait descouvert, et le pauvre sire, avec
une courte honte, condamné.
[Note 464: Ce mot signifie _inquiétudes_, et ne doit pas être
pris ici dans le sens que lui donne Rabelais (liv. 1, chap. 23).]
Si tous ceux (mes dames) qui aiment le change estoient punis de
semblable punition, je crois qu'outre que le nombre en seroit grand,
les maris seroient aussi d'autant plus sages à conserver leurs femmes,
des quelles ils peuvent user en pleine liberté, et non chercher les
chambrières pour en recevoir une fin si sote et honteuse. Mais où ce
malheureux vice prend une fois racine, il ne cesse de pousser jusques à
ce qu'il ait engendré en nos coeurs une tige si puante et infecte que
le fruict n'en vaut jamais rien.
* * * * *
_Le premier Testament du Martyr amoureux._
Puis qu'en dueil et tourment
Je meurs par trop aymer,
Je fais mon testament
Dolent, triste et amer.
Je prie à mes amis
Qu'à la fin de mes jours,
Mon petit coeur soit mis
Dans le temple d'Amours.
Douze torches j'auray
De feu d'Ardent Desir;
En ce cercueil seray
Porté de Desplaisir.
Ceux qui me porteront
Auront chappeaux de saux[465],
Les quelz demonstreront
Mes amoureux assaux.
Les porteurs soyent: Regret,
Faux-Semblant et Reffus;
Pour le quart, Dueil secret,
Pour qui je meurs confus.
Trois porteront le dueil:
Rigueur, Ennuy, Soucy,
Ayans la larme à l'oeil,
Avecques Sans-Mercy.
Puis les cloches de pleurs
En bruit on sonnera.
Cruauté de sonneurs
S'il veut ordonnera.
Mon service fera
L'aumosnier de Pitié;
Le dyacre sera
Le prestre d'Amitié.
Le soubz-diacre après,
Ce sera Bel-Acueil[466],
Qui ne se mettra près
De mon piteux cercueil.
Noires chappes auront,
Beau-Parler, Regard-Doux,
Qui l'office feront
En larmes sans courroux.
A la fin, Noble-Cueur,
D'un cueur bien compassé,
Dira dedans le cueur:
_Requiescant in pace_.
Ballades et rondeaux
D'amours seront donnez
Aux amoureux loyaux
Qui sont abandonnez.
Je fais mes heritiers
Les habitants d'Honneur,
Qui aiment volontiers
Dames sans deshonneur;
Et l'execution
Du testament sera
Dame Compassion,
Le plus tost que pourra.
Dessus moy soit escrit:
Cy gist un douloureux,
Le quel rendit l'esprit
Par trop estre amoureux.
Je vous pry', vrais amans,
De n'aimer si très fort
Que n'en soyez amens
Et encouriez la mort.
[Note 465: Fait avec des menues branches de saule. Jusqu'au
XVIIe siècle on dit _saux_ pour _saule_; mais l'Académie réforma
tout à fait la première orthographe. Voiture pourtant écrit
encore à Costar: «On dit quelquefois au pluriel des _saux_ en
poésie.» (Voiture, lettre 125e.)]
[Note 466: On sait que c'est l'un des personnages allégoriques
du _Roman de la Rose_.]
_Legat[467] testamentaire du Prince des Sots à M. C. d'Acreigne,
Tullois, advocat en parlement[468], pour avoir descrit la defaite de
deux mille hommes de pied, avec la prise de vingt-cinq enseignes, par
Monseigneur le duc de Guyse._
Sans lieu ni date. In-8.
[Note 467: _Legs._ «Il ne se dit guère en ce sens que dans les
pays de droit écrit.» (_Dict._ de Furetière.)]
[Note 468: On a de ce maître Claude Dacreigne plusieurs pièces
en faveur du parti du roi contre celui des princes: _Tombeau
des Malcontents, dédié aux bons et fidèles François..._, 1615,
in-8; _la Félicité des victoires et triomphes du roi pour
l'accomplissement de son très auguste mariage..._, par M. D.;
Paris, in-8; _Stratagème et valeureuse entreprise du marquis
de Spinola pour reconnoître les forteresses de la ville de
Sedan..._, Paris, 1615, in-8.]
Nostre amé et feal, sçachant qu'il n'y a rien si certain à l'homme que
la mort, ne si incertain que l'heure d'icelle, mesme me recognoissant
debile de corps, pour ma vieillesse, et par la grace de Dieu assez
fortifié d'esprit pour pourvoir à la substitution des honneurs ausquels
pour recognoissance j'ay esté promeu, et ne pouvant nommer pour nous
estre substitué aucun plus capable que vous, ayant depuis cinq jours en
çà conféré avec M. Agnan[469], qui nous est apparu embeguiné, enfariné,
tel que les sots de mon royaume l'ont veu et practiqué en nostre hostel
de Bourgongne, et luy, assez instruit de vos merites en ce cas requis,
nous ayant instamment prié de la preference en vostre recommandation,
pour luy complaire et satisfaire au desir que nous avons tousjours
eu de vous advancer, pour l'esperance que vous vous acquitterez bien
et loyaument de la charge à laquelle nous vous voulons appeler, le
cas advenant que Dieu face son commandement de nous, et que vous nous
surviviez, vous avons pour ces causes et autres à desduire cy-après
au long et au large, haut et bas, en bloc et en tasche[470], tant en
gros qu'en menu, donné nos lettres de nomination pour exercer icelle
nostre charge plainement et absolument, et en prendre la possession et
jouyssance incontinent après nostre trespas; et affin de voue installer
plus facilement en icelle nostre charge, vous avons associé avec nous
aux tiltres et priviléges desquels nous jouissons; et, pour eviter
les fraiz qu'il vous conviendroit faire, nous vous en relevons, vous
dispensant de comparoistre, tant en public qu'en privé, en l'estat
que nature vous a relevé, sans qu'aucun de nos dits subjects vous en
puisse porter envie, ausquels nous imposons silence, n'entendant qu'ils
se formalisent en aucune manière s'ils ne vous voyent enchaperonné
comme nous, pourveu que vous soyez tousjours en possession de vos
oreilles d'asne, desquelles nature a faict chef-d'oeuvre en vous,
pour admirable eschantillon de vostre future grandeur, et pour rendre
aucunement satisfaicts ceux qui pourroient contester avec vous, bien
que nous ne soyons tenus de raisonner avec nos subjects autrement que
selon nostre plaisir. Donné à Paris, etc. Nous voulons qu'ils sçachent
que, pour l'effronterie, vous avez faict merveilles; pour l'ignorance,
vous engendrez des monstres; pour l'estourdissement, vous le mettez en
pratticque autant que les dromadaires que nous avons veu à Paris au
bout du pont Neuf; pour les bourdes, vous en sçavez compter comme si
vous veniez de loing; pour un parasite et escornifleur, vous y estes
extremement naïf; pour le soldat, vous l'estes presque autant que
Thersite; pour enchomiaste[471] et louangeur historiographe, autant que
Cherille[472]; pour capitaine, autant que Crocodile, qui s'esvanouit
sur le tombeau d'une grenouille qui, tombée dans l'embuscade des rats,
fut escorchée toute vive[473]; pour frippon, vous en avez esté passé
maistre au collége de Lisieux; pour gibier de mouchard, vous en avez
faict chef-d'oeuvre à celui de Mans[474]; vous sçavez faire le mathois
comme les cappettes de Montaigu[475]; en gourmandise, vous surpassez
les souppiers de Reius.
[Note 469: Comédien de l'hôtel de Bourgogne. Nous ne le
connoissons que par cette phrase de Tallemant, qui est la
première de la 349e historiette, _Mondory, ou l'histoire des
principaux comédiens françois_: «Agnan est le premier qui ait eu
de la réputation à Paris.» (Éd. in-12, t. 10, p. 39.)]
[Note 470: Expression qui n'avoit cours que dans le peuple de
Paris, selon le Dictionnaire de Trévoux, et qui correspondoit à
celle-ci: _en bloc et en tas_.]
[Note 471: _Faiseur d'éloges_, du mot grec [Grec: egkômion],
louange.]
[Note 472: Mauvais poète grec qui vivoit au temps d'Alexandre,
et dont Horace a parlé dans l'Art poétique et dans la 1re épître
du liv. 2.]
[Note 473: Nous n'avons pu retrouver le passage de la
_Batrachomyomachie_ auquel ceci semble faire allusion. Crocodile
doit être mis ici pour Craugaside.]
[Note 474: Le collége du Mans, moins célèbre que celui de
Lisieux, étoit alors situé rue de Reims. C'est en 1683 seulement
qu'il fut transporté rue d'Enfer, sur l'emplacement de l'hôtel
Marillac. Il avoit été fondé en 1519 par Philippe de Luxembourg,
évêque du Mans.]
[Note 475: On appeloit _capettes_, à cause de leur petite _cape_
étriquée, les écoliers du pauvre collége de Montaigu. V. notre
_Paris démoli_, 2e édit., p. 74-75.]
Nous les renvoyons tous, pour estre plus amplement informez de vos
merites, en la lecture de ce recit veritable de la deffaicte des
troupes du prince de Condé par nostre cher et bien-aimé cousin le
duc de Guise[476], que vous avez ampliffiée, par la reigle de
multiplication arithmetique, de vingt pauvres malotrus à cinq cens
francs-archers, ou francs-taupins, tant à pied qu'à cheval: l'un est
aussi vray que l'autre. Ne m'en chaut, pourveu que dans Paris l'on
vende encores les salades en saulce verde[477], pour avaler à petits
morceaux les restes de la vache enragée de patience, exposée au collége
de Clermont[478] par les bons pères jesuistes[479], pour amplifier la
martyrologie du nombre des affidez à l'espagnole, en vertu des grains
benists, selon l'invention du père Ignace, renouvellant les formulaires
prattiqués par les heritiers de Salladin, en Amernie, contre les
princes de l'Europe qui avoient traversé l'Asie et vouloient restablir
un nouveau roy en Jerusalem[480]. J'ay veu representé en la sale de
ma principauté par des personnages qui, non tant pour mon plaisir
que pour faire argent, disoient avoir recouvert tous ces mystères de
nostre vieil archive. J'espère que, si vous nous succedez, vous y
serez recogneu franc archier, car vous ne dementirez point vostre mine,
qui ne nous promet rien moins en vous qu'un bon successeur, digne sur
tous les francs sots de tenir les resnes longuement, en tout heur et
felicité. Donné au Landy, le vingt et unziesme de nostre reigne, l'an
present qui suit les autres. Et à vous d'autant escrimez-vous de la
marotte; n'oubliez la bouteille quand vous visiterez les huissiers
de la Samaritaine, qui, attendant les passans pour continuer leurs
exploicts aux assignations quadrifessales, _Amen et sic per omnes
casus, amen_. Si je sçavois que vous entendissiez mon haut aleman, je
vous en dirois davantage; mais je m'impose silence pour ceste heure,
pour faire ouyr l'harmonie d'une chanson qui prophetise les veritez
passées, pour ne tromper personne à fausses enseignes, comme celles
qu'on porta à Nostre-Dame du temps de la Ligue.
[Note 476: Il nous a été impossible de découvrir la pièce
dont il s'agit, et que Cl. Dacreigne auroit faite à propos de
quelque avantage, à peu près imaginaire, du duc de Guise, alors
à la tête de l'armée royale, contre les troupes du prince de
Condé. Nous ne connoissons, comme se rapportant aux faits dont
il semble être ici question, qu'un livret sans nom d'auteur:
_la Défaite des reitres et autres troupes de M. le prince de
Condé, faite par monseigneur le duc de Guise devant la ville
de Sainte-Foy, assiégée par les troupes du dit sieur prince_,
Paris, 1615, in-8.]
[Note 477: Régal de pauvres gens dont parle Rabelais, et qui se
faisoit de blé vert et d'oseille pilée.]
[Note 478: C'est le premier nom du collége de Louis-le-Grand,
tenu par les jésuites.]
[Note 479: On disoit indifféremment _jésuite_ ou _jesuiste_,
«_jésuite_ toutefois plus communément», selon Voiture (_lettre
citée_). Richelet, qui proscrit la seconde de ces deux
orthographes, donne, pour prouver qu'on doit préférer l'autre,
des exemples assez singuliers. V. la première édition de
son _Dictionnaire_, si plein, comme on sait, d'allusions et
d'équivoques satiriques.]
[Note 480: Ce passage, qui est un spécimen du galimatias du
sieur Dacreigne, doit avoir trait aux écrits qu'il publia pour
célébrer le mariage du roi avec une princesse espagnole. (V. une
des notes précédentes.) Il s'y trouve aussi peut-être quelque
allusion à la singulière pièce qu'il publia vers le même temps,
et dans laquelle il est fort question de Turcs, de Saladin et de
Jérusalem: _Conclusion de la dernière assemblée faite par ceux
de la religion pretendue reformée dans la ville de Montauban,
au pays de Quercy, où est contenue la genereuse response de M.
de Vic, conseiller d'Estat y desputé par Sa Majesté, avec deux
predictions qui nous assurent la ruine de l'empire des Turcs en
l'année 1616, moyennant une bonne intelligence entre les princes
chrestiens_, par M. C. D. (M. C. D'Acraigne)..., Paris, 1615,
in-8.--Nous ajouterons qu'en 1651 parut une pièce où il étoit
dit que l'empire ottoman seroit détruit par un roi de France.
(Moreau), _Bibliog. des Mazarin_. II, nº 1100.]
Ainsi signé: Angoulevent, prince des sots, et scellé de cire invisible;
et sur le reply: Par monseigneur le prince des sots.