De cordons emperlez la chevelure pleine.]

[Note 355: «Entre les femmes, il y a bien d'autres _niveleries_,

j'entends entre les bourgeoises: celles qui ont les cheveux

tirez ou la _chaisne sur la robbe_ sont estimées davantage que

les autres qui ne sont pas ainsi parées.» (_Hist. de Francion_,

1663, in-8, p. 260.)]

[Note 356: «...Plusieurs de ce siècle... disent à tout propos

_chouse_, _souleil_, etc.» (_Le Courtisan à la mode_,... Paris,

1625, in-8, p. 4.) V., sur cette prononciation à la mode

du temps de Louis XIII, _le Banquet des Muses..._ du sieur

Auvray (_les Nonpareils_), et notre _Essai historique sur

l'orthographe_, Paris, 1849, in-8, p. 52-53.]

[Note 357: Dans l'édition qu'a reproduite M. Cassaigne la pièce

se termine par les mots: _A Dieu_.]

* * * * *

_Pasquil de la Court pour apprendre à discourir._

O vous, dames et damoiselles,

Qui desirez passer pour belles,

Et que sur vous on ait les yeux

Comme dessus les demy-dieux,

Si vous voulez, quoy que l'on gronde,

Apprendre le trictrac du monde

Et y vivre morallement

Sans fausser loy ne parlement,

C'est pour discourir à la mode,

Sans le Digeste et sans le Code;

Et puis, quand vous sçaurez parler,

Pour proprement vous habiller,

C'est une façon très nouvelle

Apportée de la Rochelle

Et reformée plusieurs fois

Par la marquise de Vallois.

A vous seule je la dedie

Avecque mon coeur et ma vie;

Vous la verrez, par cest escrit,

Digne de vostre bel esprit.

Lisez-le d'aussi bon courage

Que je vous le rends pour hommage.

Il faut doncques, en premier lieu,

Apprendre à bien parler de Dieu;

Et, bien que l'on n'y sçache notte,

Si faut-il faire la devoste,

Porter le cordon sainct François[358],

Communier à chasque mois,

Admirer tout, tout veoir, tout faire,

Aller à vespre à l'Oratoire[359],

Sçavoir où sont les stations,

Que c'est que meditation,

Visiter l'ordre Saincte-Ursule[360],

Cognoistre le père Berulle[361],

Luy parler de devotion,

Des soeurs de l'Incarnation,

Participer à son extase,

Aller voir le père Athanase,

La marquise de Menelé[362],

Jeusner en temps de jubilé,

Sçavoir où sont les quarante heures[363],

Ne veoir aucun sans controller.

Ses moeurs, sa façon de parler,

Se reserver pour sa conduicte

Père Chaillou, un jesuiste;

Aller conferer avec eux

Chasque journée une heure ou deux,

Avoir des tantes et cousines

Dans le convent des Carmelines[364]

Pour aller joüer en esté;

Veoir madame de Breauté[365],

Amasser force grains de Rome,

Avoir veu de près le sainct homme[366],

Garder de sa robbe un morceau

Pour enchasser en un tableau,

Parler des cas de consciences,

Selon qu'on voit les occurrences,

Appeller tousjours à garand

Arnoux, Granger et Seguerand[367],

Raconis[368], le petit minime;

Discourir un peu de la rime,

Et, si l'esprit n'est trop fasché,

Songer aux amours de Psiché;

Mettre un petit de sa science

A bien faire la reverance

A la Bocane[369] et la Dupont[370],

Ainsi que les autres la font;

Et puis, pour ornement de teste,

Fussiez-vous une grosse beste,

Il faut faire tenir l'iris[371]

Sur le poil noir ou sur le gris,

Et pour cela sur la toilette

Avoir tousjours la boistelette,

Plaine de goume[372] de jasmin;

Visiter madame Gamin[373]

Avecque la coiffe bessée,

La veue demi renversée,

Vous fourer dans son amitié,

Entendre d'elle avec pitié,

Et croire que la romanesque,

Le corps mort du comte de Fiesque,

Peut rendre aux aveugles les yeux

Et la jambe droicte aux boiteux,

Tout ainsi que faisoient les autres

Qui estoient du temps des apostres.

Si on veut la mode imiter,

Il faut pour habit inventer

Se coiffer à la culebutte[374],

Relever ses tetons en butte,

Encore qu'ils fussent pendans,

Ou par l'aage ou par accidens;

Que si l'on a les dents gastées,

Faut les pommades frequentées,

L'opiate, le romarin,

Que l'on trouve chez Tabarin;

Faire de la petite bouche,

Sçavoir friser à l'escarmouche,

Avoir la poincte sur le front,

Qui ne s'estonne d'un affront

Si par hazard quelqu'un arrive,

L'emplastre paroistre excessive,

Puis que l'artifice aujourd'huy

A mis le naturel sous luy;

Faire des sourcils en arcade,

Les moustaches à l'estocade,

Et puis des yeux à l'assassin,

Pour faire naistre le destin,

Et, pour prendre l'amour par l'esle,

Mettre la mouche en sentinelle[375]

Sur un teint poly et bien net;

Avoir gands à la Cadenet,

Ou à la Philis tant aymable,

Le mouchoir à la conestable,

Et la chesne d'un bleu mourant

Qui tue le coeur de l'amant;

Des perles grosses à la Branthe[376],

D'une blancheur très excellente,

A la Guimbarde le collet[377],

De la vraye croix au chapelet,

Du point couppé à la chemise

Pour parer celle qui l'a mise,

Et pour plus grande gayeté

La robbe à la commodité,

Si ce n'est que pour prendre l'aise

On laisse en arrière la fraise.

Il faut sçavoir s'accommoder,

Aux saisons et leur commander:

En hiver il faut la ratine[378],

En esté celle de la Chine,

Et le soulier à la Choisy,

De satin bleu ou cramoisy,

Avecques les bas de fiamette[379],

L'or esmaillé à l'esguillette.

Après, il faut de la maison

Retirer quelque salisson

Pour en former une servante,

Qui fera de la suffisante

Quand son collet sera bien mis;

Luy monstrer qui sont ses amis

Qui sont esprouvez à la touche[380],

Et qui sçache, pour tout discours,

Redire cent fois tous les jours:

_Asseurement, En conscience_;

Qui responde quand on la tance,

Et qui puisse dire: Il est vray;

Ma foy, Madame, je le croy.

Bref, ce sera la damoiselle

Qui aura lavé la vaisselle.

Plus faut un carosse nouveau,

D'escarlatte ou de drap du sceau[381],

Avec le cocher à moustache,

Orné de son petit panache.

Laisser reposer le velour

Pour s'aller reposer en cour,

Et, pour le faire mieux paroistre,

Luy faut rehausser la fenestre,

Après avoir tout son galant

Qui contreface le vaillant,

Encor que jamais son espée

N'ait esté dans le sang trempée,

Et qu'il n'ait jamais veu Sainct-Jean[382]

La Rochelle ny Montauban;

S'il en discourt, sont ses oreilles

Qui luy ont appris les merveilles.

Voilà, pour le vous faire court,

La vraye Mode de la court.

[Note 358: V. notre tome 2, p. 341, note.]

[Note 359: V. sur ces offices de l'Oratoire, dont l'église

venoit d'être bâtie, notre édition des _Caquets de l'Accouchée_,

p. 82, note.]

[Note 360: Les Ursulines s'étoient établies rue Saint-Jacques en

1612. On achevoit alors de bâtir leur église. C'est là que fut

élevée Mlle d'Aubigné. V. _Fragm. des mémoires_ du P. Laguille,

_Archiv. litt. de l'Europe_, nº XXXV, p. 370.]

[Note 361: Fondateur de l'Oratoire en France. V. notre édit. des

_Caquets_, p. 79-80.]

[Note 362: Nous n'avons pu trouver de renseignements sur le

P. Athanase ni sur cette marquise, dont le nom doit être de

Maignelay et non Menelé.]

[Note 363: Prières publiques et continuelles faites pendant

trois jours devant le Saint-Sacrement en des circonstances

importantes. Il manque un vers à la suite de celui-ci.]

[Note 364: Les Carmélites de la rue du Bouloi, chez lesquelles

se faisoient les retraites des dames de la cour. V. _Lettres de

Sévigné_, 15 octobre 1677 et 25 mai 1680.]

[Note 365: Femme d'Adrien de Bréauté, gentilhomme de la chambre,

mort en 1610. V. le P. Le Long, t. 3, nº 31,885.]

[Note 366: Le Pape.]

[Note 367: Le P. Seguirand, confesseur du roi. V. notre tome 2,

p. 134. Le père Arnoux l'étoit aussi.]

[Note 368: V. plus haut une note de _la Chasse au vieil grognard

de l'antiquité_.]

[Note 369: C'est-à-dire à la manière de Bocan, le fameux maître

de danse. V. sur lui une note de notre tome 1, p. 135.]

[Note 370: Autre maître de danse, dont le nom est resté consacré

par l'air encore si populaire de _Dupont, mon ami_, sur lequel

se dansoit, au commencement du XVIIe siècle, cette fameuse danse

de la guimbarde que ce Dupont avoit peut-être réglée et mise à

la mode. V. notre édit. des _Caquets_, p. 59.]

[Note 371: Poudre d'iris, dont on se blanchissoit et parfumoit

les cheveux «pour corrompre une plus mauvaise odeur...» (_La

Mode qui court_, p. 7.)]

[Note 372: _Gomme._]

[Note 373: Espèce de devineresse dans le genre de celle dont

nous avons parlé dans notre tome 1er, p. 29, note. Il paroît,

d'après ce qui suit, qu'elle avoit rapporté d'Italie, entre

autres philtres, de la _poudre romanesque_ et des reliques du

comte Jean-Louis de Fiesque, dont elle se servoit pour ses

enchantements. Ce comte de Fiesque est celui qui mourut en 1547,

à Gênes, dans le plein succès de cette fameuse conspiration dont

le cardinal de Retz s'est fait l'historien.]

[Note 374: La _culebutte_ étoit un noeud de rubans rejeté

derrière la _coiffe-cornette_. (_Dict._ de Furetière.)]

[Note 375: V. sur cette mode des _mouches_, qui faisoit alors

fureur, une pièce du _Recueil de pièces en prose_ de Ch. Sercy,

1661, in-12, t. 4, p. 54-55. V. aussi une longue pièce de M. L.

de Laborde, _Palais-Mazarin_, p. 318, note 368.]

[Note 376: Tous ces mots (_gants à la Cadenet_, _mouchoirs à

la connestable_, _perles à la Branthe_) prouvent à quel point

le connétable de Luynes et ses deux frères Cadenet et Branthe

étoient alors les rois de la mode.--Sur le luxe des mouchoirs

parfumés, à glands, à franges, etc., V. _Vers à la fronde sur la

Mode des hommes_.]

[Note 377: V. une note de notre édition des _Caquets_, p. 59.]

[Note 378: Petite étoffe de laine à poil frisé, dont la

meilleure venoit de Florence, et qui servoit à doubler les

habits d'hiver.]

[Note 379: C'est-à-dire de couleur rouge clair, comme la flamme.]

[Note 380: Il manque ici un vers.]

[Note 381: V. plus haut, sur cette étoffe commune, une note de

_la Chasse au vieil grognard de l'antiquité_.]

[Note 382: Saint-Jean-d'Angely, que M. de Soubise avoit rendu au

roi le 25 juin 1621.]

_Les estranges tromperies de quelques Charlatans nouvellement arrivez

à Paris (histoire plaisante et necessaire à toutes personnes pour

s'en garantir), descouvertes aux despens d'un plaideur[383], par C.

F. Duppé._

_A Paris, chez Robert Daufresne, rue S. Jacques, au Petit Jesus._

M.DC.XXIII. In-8.

[Note 383: A cause de ce mot du titre, M. Leber a placé cette

pièce dans un portefeuille de _facéties anciennes sur les

plaideurs_ (voy. son _Catalogue_, nº 2405), bien que rien ne s'y

rapporte à des affaires de palais, comme on le verra.]

Je ne croy pas que, de tous les proverbes qui ont jamais esté inventez

par les hommes, il y en aye un plus veritable que celuy qui dit:

_Heureux celuy qui, pour devenir sage,

Au mal d'autruy fait son aprentissage!_

Mais aussi croy-je que celuy que je vay faire et inventer, estant très

asseuré, treuvera son passeport parmi ceux qui ont faict des leçons de

sagesse à leurs despens.

Variétés Historiques et Littéraires (03/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 50 / 70 题