EPIGRAMME.

De ce fratricide execrable

Les vrays temoins sont Fagotin

Et tous les mangeurs de boudin.

Ce discours n'est pas une fable:

C'est pourquoy je croy que mes vers

Luy mettront l'esprit de travers,

Car tout le monde le condamne;

Que si cet ecrit voit le jour,

Un chacun dira que son asne

Avoit des amis à la cour.

_Les Regrets des Filles de joye de Paris sur le subject de leur

bannissement[99]._

_A Paris, chez la veuve Jean de Carroy, rue des Carmes, à la Trinité._

In-8.

[Note 99: Cette pièce est de la fin de l'année 1620, comme nous

le prouverons dans les notes.]

Tout est perdu, dame Massette[100]! Nos bons amis sont morts: tous les

jours de nostre vie ne seront desormais qu'une continuelle misère.

Nous avions depuis vingt-cinq ans tenu librement nos grands jours dans

cette grande et bonne ville. Les François et les estrangers y estoient

accourus de toutes parts pour jouir de nos caresses et embrassemens.

Ce n'estoit que plaisantes festes et agremens entre nous. L'avarice,

l'usure et tant d'autres vices quy ont un merveilleux credit en ce

siècle, estoient bannis de nos compagnies. Que deviendras-tu, dame

Massette, et tant d'autres esprits de ta sorte? Tes inventions s'en

vont estre du tout inutiles. Il ne faut plus esperer de r'abiller et

vendre cinquante fois un pucelage. Les changemens de bourgeoises en

demoiselles et de demoiselles en villageoises ne sont plus de saison.

Les garces du puits Certain[101] ne seront plus femmes de secretaires

au puits de Rome[102], et celles du faubourg Saint Germain ne feront

plus de pelerinage à Charenton pour tenter les braguettes reformées.

Que celles-là sont heureuses quy de bonne heure, ayant pris l'essor

aux extremitez des fauxbourgs, s'estoient accoustumées aux aspretés du

soleil et à se retirer dans les masures et cavernes[103] en temps froid

et pluvieux! Elles n'auront pas à combattre les rigueurs auxquelles

elles se sont endurcies. Tant de faces plastrées auront bien plus à

souffrir. Quelle peine à tant de visages nourris à l'ombre, à tant de

corps qui ne cheminoient que sur les fesses! Encore si la verole et

ses avant-coureurs n'avoient point miné nostre vigueur, si nos forces

estoient entières, il y auroit esperance de faire quelque visage en

attendant le changement que la vicissitude des choses humaines peut

faire esperer! Mais tout manque, au besoin. L'absence de la cour[104]

a fait cesser le trafic ordinaire. Il a cependant fallu vendre et

engager jusques à la chemise: quelle pitié! O nos chères compagnes!

que vous avez esté bien conseillées à ce printemps dernier de faire le

voyage de Touraine[105]! Vous avez rencontré vos bons amis dans ce beau

jardin de la France, et nous, au contraire, sommes demeurées en butte

au malheur et à l'infortune. Quelqu'un de nos entremetteurs, disnant

avant-hyer avec la Samaritaine[106], feit rencontre d'un vieux routier

quy l'assura sur son honneur que, si nous pouvions nous rendre, sur

nos poulains ou autrement, en cinq ou six bonnes villes de ce royaume,

nous pourrions encore, en travaillant (comme il est raisonnable),

remettre nostre train. Un autre nous conseille de nous deguiser, les

unes en nourrices, les autres en servantes, chacune selon l'invention

de son esprit, et en cette sorte il promet de nous faire trouver divers

partis, mesme des mariages heureux, selon la rencontre. Divers advis

nous sont donnés de toutes parts, mais nous avons ce malheur qu'ayant

sceu tant de resolutions aux occasions amoureuses, nous ne pouvons

en prendre aucune sur ce subject de nos misères. Rappelle un peu tes

merveilleuses subtilitez, dame Massette, et pense si tu n'as point

autant d'inventions pour nous sauver comme ta malice en a formé pour

nous perdre. Du moins, si nous sommes à nostre dernier maistre et que

toute esperance nous soit ostée, que nous ayons ce contentement d'avoir

pour compagnes tant d'autres de nostre cabale quy ne sont que par le

nom de maistresses et de garces; nous ne differons que du plus et du

moins, quy ne change point la chose, car la garce particulière est

aussy bien garce que la publique: il n'y a que la rencontre d'une bonne

bource quy empesche l'une de faire comme l'autre, et encore tel pense

bien en avoir seul la jouissance quy se trompe: une beste quy a deux

trous sous la queue est de difficile garde. Nos academies sont autant

frequentées de ces bonnes dames-là que des autres; il est bien ignorant

des pratiques amoureuses dans Paris, quy pense posseder seul une

maîtresse qu'il a. Elles leur en font bien accroire: tel pense estre

père quy n'en a que le nom et la despence; au reste un mauvais garçon

parisien disoit ce jourd'huy à sa mère:

J'entends depuis quelques matins

Qu'on chasse toutes les putains[107];

Mesme on tient que les maquerelles

Sont de ce nombre: en bonne foy,

Ma mère, je suis en esmoy

Quy lavera nos escuelles.

[Note 100: C'est encore la Massette de la 13e satire de Régnier:

La fameuse Macette, à la cour si connue,

Qui s'est aux lieux d'honneur en credit maintenue...]

[Note 101: V. une note de notre édition du _Roman bourgeois_,

p. 222-223, sur la situation de ce puits banal au mont

Saint-Hilaire.]

[Note 102: Il étoit très loin du Puits-Certain, à l'extrémité

de la rue Frépillon. On en retrouve un souvenir dans le nom du

_cul-de-sac de Rome_, qui dépend de la même rue. Une vieille

enseigne placée près de la rue des Gravilliers représente

encorece _puits de Rome_.]

[Note 103: Les carrières servoient, en effet, de refuges aux

filles, alors nombreuses dans le faubourg Montmartre, et surtout

dans le faubourg Saint-Jacques. Le nom argotique de _pierreuses_

leur en étoit venu. Dès le XVIe siècle, les mauvais garçons

s'étoient donné les mêmes repaires. V. notre brochure _les

Lanternes_, etc., page 17.]

[Note 104: Le roi étoit parti en mars 1620 pour aller jusqu'à

Tours au devant de sa mère, avec laquelle on le réconcilioit.]

[Note 105: Lors de ce séjour du roi dans la capitale de la

Touraine, il avoit paru un pasquil dans lequel Paris, abandonné

de la cour, recevoit les condoléances de la ville favorisée.

(_Lettre de la ville de Tours à celle de Paris_, Recueil A-Z, E,

p. 130.)]

[Note 106: Les filles de joie affluoient le soir autour de la

Samaritaine du Pont-Neuf, comme on peut le voir dans _le Tracas

de Paris_ de Fr. Colletet. Dans une chanson qui se fit à propos

de l'un des embarquements, si fréquents au XVIIe siècle, des

filles de joie pour l'Amérique, on ne manque pas de leur faire

adresser de tristes adieux à ce rendez-vous de leurs plaisirs:

Adieu, Pont-Neuf, _Samaritaine_,

Butte Saint-Roch, Petits-Carreaux,

Où nous coulions des jours si beaux.

(Bussy-Rabutin, _Amours des Dames illustres de notre

siècle_, Cologne, 1681, in-12, p. 374.)]

[Note 107: C'est de cette chasse donnée aux filles de joie que

veut sans doute parler Saint-Amant, quand il dit, dans _le Poëte

crotté_:

Adieu, maquerelles et garces;

Je vous prévois bien d'autres farces

(Poëtes sont vaticinateurs):

Dans peu, vous et vos protecteurs,

Serez hors de France bannies,

Pour aller planter colonies

En quelque Canada lointain.

Le temps est près et tout certain:

Ce n'est pas un conte pour rire.]

_Histoire joyeuse et plaisante de Mr de Basseville et d'une jeune

demoiselle, fille du ministre de Sainct-Lo, laquelle fut prise et

emportée subtilement de la maison de son père par un verrier, dans sa

raffle; ensemble le bien quy en est provenu par le moyen d'un loyal

mariage quy s'en est ensuivy, au grand contentement d'un chacun._

_Prins sur la coppie imprimée à Rouen par Jacques de la Place, en

1611. In-8._

Variétés Historiques et Littéraires (03/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 13 / 70 题