Les _Phallus_ ont une tête sporifère placée à l'extrémité d'un grand

pédicule creux et tout parsemé de cavités qui le rendent d'une extrême

légèreté, tout en étant très résistant. Le chapeau ou réceptacle qui

coiffe l'extrémité supérieure du pédicule, est recouvert d'une pulpe

brunâtre ou verdâtre d'odeur repoussante pour certaines espèces et

renfermant des myriades de spores. Les mouches attirées par cette

odeur viennent se poser sur la tête du _Phallus_, et en s'en allant

emportent un grand nombre de spores, soit dans leur intestin, soit

sur leur corps, et elles concourent ainsi inconsciemment à propager

l'espèce en déposant ces spores dans d'autres endroits.

Les _Clathrus_ sont encore plus curieux, s'il est possible; l'œuf qui

les renferme laisse voir, lorsqu'il s'ouvre, un magnifique réseau à

mailles polygonales d'un rouge très vif. Ici, la pulpe sporifère se

trouve, non plus à l'extérieur, mais bien à l'intérieur des mailles.

Les espèces exotiques ont, si cela est possible, des formes encore

plus bizarres et véritablement étranges, car il faut dire que dans nos

pays tempérés, elles sont peu nombreuses, et au contraire, très bien

représentées dans les pays chauds.

Avec les Nidulariées, autre sujet de surprise; nous ne sommes plus ici

en présence de champignons charnus, mais bien coriaces, fermes, et

ayant la forme de petites urnes, d'abord fermées, puis s'ouvrant à la

maturité pour donner issue aux spores. On a donné à ces champignons le

nom de champignons nids d'oiseaux.

Les Lycoperdacées nous sont plus familières, et il n'est personne qui

n'ait rencontré ou même ramassé dans les bois, les prairies, ces masses

blanchâtres généralement rondes, sessiles ou pédicellées, et ne les

ait même foulées du pied. D'autres ont pu se trouver en présence d'une

énorme boule blanche revêtue d'une enveloppe satinée, que l'on croirait

avoir été amenée dans les jardins ou les pâtures par quelque sorcière

en quête de magie.

Cette production a, comme tous les champignons, une origine toute

naturelle; elle se développe sur un mycélium blanc né d'une spore

infiniment petite; elle est d'abord minuscule, mais croît très

rapidement, et finit par atteindre un volume considérable, jusqu'à

1 m. 10 de tour et le poids de 5 à 6 kilos. On nomme ce champignon

la vesse-loup des bouviers, ou vesse-loup gigantesque, _Lycoperdon

giganteum_.

D'autres Lycoperdacées, comme les Sclérodermes, ont une enveloppe très

épaisse et sont dépourvues de pied; d'autres, comme les _Geaster_, ont

la propriété de fendre leur enveloppe extérieure en plusieurs parties

qui se recourbent à l'extérieur pour laisser libre la partie sporifère;

à cet état, ils représentent assez bien une étoile sur laquelle on

aurait placé une sphère.

Enfin, il peut arriver que le réceptacle sporifère soit, comme dans les

Phalloïdées, placé au sommet d'un pédicule, c'est ce qui a lieu dans

les _Tulostoma_. Mais chez les Lycoperdacées, le réceptacle fructifère

(le péridium) s'ouvre à un moment donné pour donner passage aux spores;

les Lycoperdacées sont de couleurs peu vives, souvent blanchâtres ou

jaunâtres.

Les Hyménogastrées se distinguent à première vue des autres

Gastéromycètes, parce qu'ils poussent sous terre (ils sont hypogés):

ils ont le plus souvent la forme de petits tubercules arrondis,

irréguliers et presque toujours recouverts de filaments mycéliens.

Ils sont de couleur jaunâtre ou grisâtre, et au premier abord, on

serait tenté de les prendre pour des champignons analogues à certaines

Truffes, mais un simple examen microscopique permettra d'éviter cette

erreur, car dans les Tubéracées il y a des thèques, ce qui n'est pas le

cas ici, puisque les spores sont portées sur des basides.

CHAPITRE IV

Causerie sur les Discomycètes.

Les Discomycètes (champignons en forme de disque) intéressent également

les mycologues de profession et les mycophages; aux premiers, ils

offrent des sujets d'études fort intéressants et très variés; aux

autres, ils fournissent d'excellents champignons comestibles, tels

que les Morilles, les Gyromitres, les Helvelles et même certaines

grandes Pézizes. Les Morilles surtout sont très appréciées, en ce

qu'elles viennent au premier printemps, alors qu'il n'y a pas d'autres

champignons: elles se vendent toujours à un prix très élevé, et il

n'est pas rare de les voir payer 10 à 12 francs le kilog.

Les Discomycètes forment un sous-groupe très naturel renfermant un

grand nombre de genres et une multitude d'espèces, qui ont été fort

bien étudiées et magnifiquement illustrées par M. Boudier, qui pendant

plus de quarante années s'est attaché à décrire, coordonner et dessiner

toutes les espèces existant en Europe. Aussi a-t-il pu résumer toutes

ses recherches dans un gros livre, publié sous le nom de _Discomycètes

d'Europe, histoire et classification_.

Dans ses _Icones_ il a donné une multitude de dessins qui sont les plus

beaux et les plus exacts qui existent, de sorte que l'on peut dire que

les Discomycètes sont bien connus.

Tous les Discomycètes n'ont pas, à première vue, la forme d'un disque,

il faut procéder par induction pour retrouver cette forme type; si nous

prenons une Morille, par exemple, il ne nous sera pas difficile, après

un court examen, d'admettre que chaque alvéole peut être regardée comme

une coupe, un disque qui serait placé à côté d'un autre disque, dont il

serait séparé par une bordure qui forme les côtes de la Morille. Ainsi

envisagées, les Morilles seraient considérées comme une réunion de

disques, et représenteraient une association de Pézizes.

Dans les Helvelles, la forme du réceptacle ou chapeau semble s'éloigner

encore davantage de la forme d'un disque, mais là encore, si nous

voulons bien chercher, nous trouverons des Helvelles dont le chapeau

forme une véritable coupe surmontant un pied élancé, comme cela serait

dans l'Helvelle à grand pied. Ainsi, en raisonnant par analogie,

on arrive assez facilement à faire rentrer dans ce sous-groupe des

Discomycètes, des champignons, qui, comme les _Spathularia_, les

_Geoglossum_, paraissent tout d'abord devoir s'en éloigner.

N'y a-t-il pas dans les Hyménomycètes des faits analogues, et ne

voit-on pas certaines Agaricinées se rapprocher des Polyporées, comme

les Lenzites par exemple, dont les feuillets quelquefois anastomosés

rappellent certains Polypores.

Les Discomycètes ont généralement une consistance charnue, parfois

charnue coriace; plus rarement, et surtout dans les petites espèces,

elle devient cartilagineuse. Leur réceptacle, susceptible, comme nous

l'avons dit, de varier étonnamment de forme, peut aussi revêtir des

couleurs variées et souvent très vives; il y en a de vertes, jaunes,

rouges, etc., avec tous les intermédiaires.

L'hyménium est établi sur un plan à peu près uniforme et toujours

tourné en haut; il est supère: il se compose d'une couche de thèques

pressées les unes contre les autres et séparées par des paraphyses. Ces

asques ou thèques sont toujours relativement beaucoup plus longs que

larges, arrondis à leur partie libre, et rétrécis insensiblement à leur

base où ils se continuent avec le tissu du champignon.

Ces asques renferment presque toujours huit spores, plus rarement

davantage: ces spores, si l'on en juge par la fig. 2, sont

excessivement variées; elles peuvent être rondes ou ovales, ou encore

fusiformes plus ou moins allongées, et relativement grandes, en

comparaison de celles des Hyménomycètes. Elles ont ou non un revêtement

qui fournit des indications précieuses pour la détermination des genres

ou des espèces: à leur intérieur elles montrent presque toujours des

globules, souvent au nombre de deux, que l'on utilise également pour la

détermination. Ces spores une fois mûres doivent sortir des asques et

se répandre au dehors, pour concourir à la dissémination de l'espèce.

Dans bien des cas il est facile d'assister à cette sortie qui a lieu

en si grand nombre que l'on croirait voir un petit nuage blanchâtre

envelopper le champignon.

Le phénomène est surtout visible avec les grandes espèces de Pézizes,

de Morilles ou d'Helvelles; ainsi, quand on touche un peu brusquement

une Pézize de grande dimension, on observe la projection d'innombrables

spores visibles par leur grand nombre; qu'on laisse un peu reposer le

champignon et l'on pourra répéter l'expérience.

M. Boudier, dont le nom doit être cité chaque fois que l'on parle des

Discomycètes, a reconnu que les thèques ne s'ouvraient pas toujours de

la même manière. Ou bien il se soulève à leur extrémité libre un petit

clapet qui laisse une ouverture circulaire par où sortent les spores,

ou bien la perforation est une simple déchirure qui laisse finalement

une ouverture circulaire permettant aux spores de sortir. Comme ces

caractères sont constants, M. Boudier s'en est servi pour diviser les

Discomycètes en deux catégories, les Operculés et les Inoperculés.

Les Morilles, les Helvelles et les grandes Pézizes rentrent dans les

Operculés. Les Géoglosses, _Spathularia_, _Mitrula_, _Bulgaria_, etc.,

rentrent dans les Inoperculés.

Les Discomycètes viennent un peu partout, sur la terre comme les

Morilles, les Helvelles, les grandes Pézizes; sur le bois mort, les

déchets de toute nature, comme un grand nombre de petites espèces de

Pézizes. On les trouve toute l'année et toutes les espèces charnues

sont normalement comestibles et inoffensives. On a bien signalé des

symptômes d'empoisonnement, ou plutôt, des troubles gastriques assez

prononcés ont été signalés à diverses reprises après l'ingestion de ces

cryptogames: mais il paraît hors de doute que ces accidents sont dus à

l'usage de champignons trop avancés et insuffisamment cuits. On sait,

en effet, que la cuisson fait disparaître certains principes nocifs

analogues à des ptomaïnes, qui se développent dans les Discomycètes

trop avancés. Ceci nous indique clairement qu'il sera prudent de ne

consommer que des champignons bien frais et surtout pas trop vieux,

cela sera le meilleur moyen d'éviter ces accidents et de jeter le

discrédit sur certains champignons d'ailleurs excellents.

Le conseil que nous donnons ici pour les Helvelles et les Morilles

s'applique également aux autres champignons comestibles, quels qu'ils

soient; jamais il ne faut consommer des champignons vieux ou cueillis

depuis longtemps, car, à l'inverse des autres végétaux alimentaires,

leur composition chimique comporte des principes azotés en assez grande

proportion, puisqu'elle peut aller jusqu'à 44%; il n'est donc pas

étonnant que ces principes ne se transforment rapidement pour donner

des combinaisons nocives.

CHAPITRE V

Causerie sur les Tubéromycètes.

Les Tubéromycètes, qui renferment la famille des Tubéracées, forment un

sous-groupe des Ascomycètes, au même titre que les Pyrénomycètes, les

Discomycètes, les Gymnomycètes (voir tableau III).

Le caractère le plus saillant des Tubéromycètes et aussi le plus

facile à constater est qu'ils se développent sous terre; aussi a-t-on

donné à ces champignons le nom d'Hypogés (qui pousse sous terre).

Ils ont la forme de tubercules plus ou moins arrondis, jaunâtres,

brunâtres ou noirs; l'enveloppe extérieure, toujours assez épaisse,

peut être papilleuse, rugueuse ou verruqueuse, parfois agrémentée d'une

ornementation susceptible de varier suivant les genres.

La chair, qui porte aussi le nom de glèbe, est charnue ou charnue

coriace et parsemée de loges plus ou moins grandes, munies de thèques

souvent ovales, plus rarement allongées et renfermant de 1 à 8 spores.

Les spores sont rondes ou ovales, lisses ou revêtues d'ornementations

caractéristiques; elles peuvent en effet être réticulées ou alvéolées,

épineuses ou verruqueuses, pellucides ou colorées.

Les principaux genres des Tubéromycètes sont les Elaphomyces, appelés

aussi Truffes blanches ou Truffes des cerfs, parce que l'on croit que

ces animaux les déterrent pour les manger.

Puis, viennent les _Tuber_ proprement dits (les Truffes), si connues et

si appréciées par les gourmets, à cause de leur parfum, si subtil et si

particulier.

Enfin les _Terfezia_ (_Terfas_) qui sont particuliers aux pays chauds,

où ne vient pas la Truffe. On trouve en abondance les _Terfas_ en

Algérie, où ils sont parasites sur les Cistes.

Comme le genre _Tuber_ nous intéresse plus particulièrement, nous

allons en dire quelques mots.

Il y a plusieurs sortes de Truffes, mais la plus appréciée est la

Truffe du Périgord, encore appelée Truffe des gourmets, Truffe

violette, Babasse. En latin les mycologues la nomment _Tuber

melanosporum_ (Truffe à spores noires).

Les Truffes viennent un peu dans tous les terrains et un peu partout

en France; mais la Truffe du Périgord est surtout abondante dans cette

province, où elle acquiert toutes ses qualités. C'est de préférence

au voisinage des chênes, qualifiés de truffiers, et surtout du chêne

pubescent (_Quercus pubescens_) que l'on en trouve en plus grande

abondance.

La récolte se fait de décembre à mars, au moyen de chiens ou de porcs,

qui sentent la Truffe de fort loin et la recherchent pour la manger.

Ils ne sont pas les seuls parmi les animaux à avoir une prédilection

pour les Truffes, et l'on prétend que le renard, le loup, le cerf, le

chevreuil, l'écureuil et même le chat en sont très friands.

La Truffe du Périgord se trouve dans le sol à une profondeur de 10 à

15 centimètres, mais il est d'autres espèces à peine enterrées, et

pour lesquelles il suffit de gratter légèrement le sol ou de relever

la mousse pour apercevoir le champignon, qui s'annonce par une petite

tache noire; de ce nombre est la Truffe d'été, _Tuber æstivum_.

CHAPITRE VI

Photographie des champignons.

Il arrive bien souvent, lorsqu'on s'occupe de l'étude des Champignons,

que l'on aurait le plus grand intérêt, en présence du peu de durée de

ces végétaux, à en conserver la représentation. Il n'y a pour cela

d'autre moyen que d'en faire un dessin; mais tout le monde n'est pas

dessinateur, et de plus il est très difficile de faire un dessin exact

à moins d'être un artiste. Si l'on ne peut faire un dessin, on peut

tout au moins, maintenant que tout le monde fait de la photographie,

photographier les Champignons. Nous sommes persuadés qu'il y a beaucoup

à faire dans cet ordre d'idée, et nous allons donner, d'après M. le

professeur Bourquelot, des renseignements qui pourront engager nos

abonnés à photographier des espèces rares, ou présentant un intérêt

quelconque.

Nous ne pouvons mieux faire que de transcrire ici la communication de

l'auteur.

«Lorsqu'un botaniste rencontre une plante phanérogame, il peut en

général déterminer aisément l'espèce à laquelle elle appartient. Il

lui suffit pour cela de consulter certaines flores spéciales; une clef

dichotomique, dont le jeu repose sur des caractères précis et faciles

à constater, le conduit facilement à la famille, de là au genre, puis

à l'espèce. La lecture d'une description un peu détaillée de l'espèce

à laquelle il est ainsi parvenu, et au besoin de quelques espèces

voisines, achève de porter la conviction dans son esprit.

Si pourtant il lui reste encore des doutes, il peut dessécher

l'échantillon qu'il a trouvé, le conserver et plus tard, quand

l'occasion s'en présente, le comparer soit à un échantillon-type de

l'espèce soupçonnée, soit à des échantillons d'espèces avec lesquelles

la confusion est possible.

La détermination des plantes cryptogames et en particulier des

Champignons présente plus de difficultés. Il n'existe pas à cet

égard de clef dichotomique satisfaisante, par cette raison que les

caractères sont peu tranchés et quelquefois insaisissables pour

certaines personnes. Telle Russule, par exemple, diffère d'une Russule

voisine par une saveur qui lui est propre. Tel autre Champignon exhale

une odeur particulière. Mais on n'ignore pas qu'il faut une grande

habitude pour apprécier l'odeur et la saveur et qu'il existe nombre

de botanistes qui restent toute leur vie inhabiles à percevoir ces

caractères organoleptiques.

Si encore on pouvait conserver avec leurs caractères les échantillons

qu'on récolte et dont la détermination est douteuse? Mais il n'y faut

pas songer. On a essayé des liquides conservateurs de compositions

diverses; ceux-ci détruisent en quelques semaines les plus brillantes

couleurs! On a eu recours à la dessiccation? Le procédé a réussi pour

quelques espèces, mais pour la plupart il n'a donné que des spécimens

déformés, ratatinés, noircis ou décolorés!

On a remédié aux premiers de ces inconvénients en ajoutant des planches

aux descriptions. Tous les mycologues connaissent les planches de

Bulliard qui sont consultées depuis un siècle et qu'on n'a pas

surpassées. Il n'est pas douteux que la possession de bonnes planches

facilite singulièrement la détermination des espèces; mais les bonnes

planches coûtent cher et les mycologues ne sont pas tous riches. Le

moyen n'est donc pas à la portée de tout le monde.

On conseille d'autre part de dessiner avec soin les espèces qu'on

récolte: le dessin aide à l'observation, car il oblige à remarquer tous

les caractères. On fait d'ailleurs ainsi une sorte d'herbier dont la

conservation est indéfinie et à l'aide duquel on peut effectuer des

comparaisons. Malheureusement on ne dessine pas toujours bien, on ne

dessine même pas toujours. Il faut en outre beaucoup de temps pour

faire un bon dessin. Il y a des Champignons comme des Amanites qu'il

est important d'avoir à plusieurs âges et dans plusieurs positions. Le

bénéfice que l'on retire de son travail ne répond nullement à la peine

qu'on s'est donnée.

En réalité, il semble que tous les efforts doivent converger vers la

recherche d'un procédé accessible à tous, qui puisse fournir rapidement

une représentation fidèle d'une espèce sous tous ses aspects. J'avais

remarqué à l'Exposition d'Horticulture de 1885 des photographies en

grandeur naturelle de plantes fleuries. Ces photographies étaient

coloriées et donnaient une idée très exacte des plantes qu'elles

représentaient et qui se trouvaient du reste exposées à peu de

distance. Je pensai dès lors qu'il y aurait peut-être intérêt à

utiliser la photographie pour la représentation des Champignons. J'ai

fait dans ce sens un assez grand nombre d'essais et il me paraît que

cet art aujourd'hui si répandu résout dans une certaine mesure le

problème que je viens de poser.

[Illustration: Fig. 1]

[Illustration: Fig. 2]

[Illustration: Fig. 3]

[Illustration: Fig. 4]

Avec un peu d'exercice, de soins et d'entente des procédés, on peut

arriver, si l'on dispose d'un appareil convenable, à reproduire en

fort peu de temps, non seulement un individu d'une espèce, mais un

groupe d'individus, qui donnera une idée suffisante de cette espèce. La

photographie présente un autre avantage, c'est de permettre, le cliché

une fois fait, d'en tirer un nombre presque indéfini d'épreuves sur

papier sensible et même sur papier ordinaire, comme on le verra par la

suite.

Les procédés généraux de photographie sont exposés tout au long dans

un grand nombre de traités dont quelques-uns sont fort bien faits;

aussi je ne donnerai ici que des renseignements se rapportant plus

particulièrement au but dont j'ai parlé et j'examinerai successivement:

1º le choix de l'appareil et en particulier de l'objectif; 2º la

récolte et le choix des échantillons; 3º l'opération photographique

proprement dite; 4º la préparation des positifs sur papier sensible; 5º

la reproduction sur papier ordinaire.

1º _Du choix de l'appareil et de l'objectif._--Lorsqu'on commence à

photographier, on ne s'occupe pas en général des dimensions de l'image

par rapport à l'objet, et, en fait, cela n'a pas une grande importance

quand il s'agit de paysages ou de portraits, les objets étant très

grands par rapport à l'image. Ici, il n'en est pas de même. Dès les

premiers essais, on sent la nécessité d'obtenir une image dont les

dimensions se rapprochent autant que possible de celles de l'objet

à photographier; mais il faut en même temps que les divers plans de

l'objet, les plus rapprochés comme les plus éloignés, soient reproduits

nettement.

On peut arriver à donner à l'image les dimensions de l'objet avec

toute espèce d'objectif. Il suffit pour cela que l'objet soit placé

à une distance de l'objectif égale au double de la _distance focale

principale_ de cet objectif. Il faut donc déterminer une fois pour

toutes cette distance focale qu'on appelle encore _longueur de foyer

absolu_. On l'obtient d'une façon suffisamment précise pour la pratique

en mettant au point un objet très éloigné: un arbre ou une maison. La

distance entre la lentille et le verre dépoli pour un objectif simple,

entre le diaphragme et le verre dépoli pour un objectif composé,

constitue la distance focale principale. D'ailleurs, dans le cas

d'égalité de dimensions de l'image et de l'objet, celui-ci et celle-là

sont également distants de la lentille. Ce principe peut encore guider

à l'occasion.

Quant à la netteté de l'image dans les conditions que je viens

d'indiquer, elle dépend du mode de construction de l'objectif, et pour

un objectif donné de l'ouverture du diaphragme. Il y a donc un choix à

faire parmi les différents systèmes qu'on trouve chez les opticiens.

Il existe à cet égard un terme technique dont la connaissance évite

bien des périphrases; c'est l'expression _profondeur de foyer_.

La profondeur de foyer est l'aptitude d'un objectif à représenter

nettement à la fois les objets éloignés et les objets rapprochés.

Il importe par conséquent d'avoir un objectif possédant une grande

profondeur de foyer. On peut dire d'une façon générale que plus la

distance focale principale d'un objectif est courte, moins l'objectif a

de profondeur; ce qui conduit à se servir d'un objectif à long foyer et

celui-ci comporte une chambre noire longue en proportion.

La plupart des appareils photographiques d'amateurs destinés à être

transportés à la campagne, à faire des portraits, etc., sont munis

d'objectifs à court foyer. Ces objectifs possèdent des qualités

spéciales, mais pas celles qui conviennent dans le cas actuel.

Il n'est pas possible d'ailleurs d'entrer ici dans tous les détails que

demanderait le sujet. Je m'en tiendrai à donner les conseils suivants:

1º se faire la main avec un objectif quelconque; 2º demander à l'essai

plusieurs objectifs à longs foyers, par exemple un objectif simple et

un objectif rectilinéaire de bonne fabrication, puis exécuter avec

chacun de ces objectifs la reproduction d'un même groupe de Champignons

en se servant des plus petits diaphragmes. L'examen attentif des

clichés même médiocrement réussis donnera des renseignements précis sur

la valeur des instruments. Toutes les affirmations et explications des

constructeurs n'équivaudront jamais à cette simple expérience.

J'ai parlé tout à l'heure d'images de dimensions égales à celles de

l'objet. Les dimensions d'un Champignon constituent en effet un de

ses caractères qu'il serait désirable de conserver dans l'épreuve. On

peut cependant garder à ce point de vue une certaine latitude, les

dimensions d'une même espèce variant elles-mêmes dans de certaines

limites. Si, par exemple, on a récolté de grands échantillons, il n'y

a aucun inconvénient à photographier avec des dimensions réduites,

car on rentrera ainsi dans les dimensions moyennes. L'image y gagnera

beaucoup de netteté. Je me suis bien trouvé, dans la plupart des cas,

de faire mes reproductions aux 4/5 ou aux 2/3 de l'objet.

Pour la grande majorité des Champignons, on peut se servir de plaques

mesurant 18 centimètres de longueur sur 13 centimètres de largeur. Ces

plaques qui sont dites _demi-plaques_ sont les plus employées[1]. Il

y a bien un certain nombre de Champignons comme le _Lepiota procera_

qui atteignent des dimensions beaucoup plus considérables; mais ils

constituent l'exception.

[1] Je parle de plaques au gélatino-bromure. Je ne m'occupe ici que

des procédés au gélatino-bromure.

Nouvel atlas de poche des champignons Comestibles et Vénéneux les plus répandus. Série II (Première édition) · 第 6 / 9 段