APPENDICE

Industrie de l'élève du bétail dans la République Argentine.

On peut juger des bénéfices que procure aux éleveurs de la race bovine

(celle de la race ovine produit bien davantage) par le calcul suivant

fait par un estancier, Mr de Brayer:

«Un capital de 40,000 francs employé à l'achat de trois mille têtes de

bétail[19] placées sur un établissement déjà monté, produit net au

bout de six années, tous frais payés, la somme de cent trente-sept

mille cent quatre-vingt-treize francs; c'est-à-dire que ce troupeau de

trois mille vaches s'accroît chaque année dans une proportion

croissante de trente-deux pour cent, et que, en déduisant les animaux

tués pour la nourriture des pasteurs, ainsi que ceux qui ont été

vendus pour les abattoirs ou saladeros, l'estancier se trouve avoir,

au bout de six années de travail et de soins, un troupeau de dix mille

quatre cent quatorze têtes de bétail.

«Il ne faut qu'un pâtre par mille têtes de bétail, et vu la nature du

terrain et la qualité des pâturages, on compte généralement une lieue

carrée pour deux mille vaches.»

_Émigration et colonisation_, par Arsène Isabelle,

ex-chancelier du consulat français à Montevideo,

page 43.

Dans les 13ème et 14ème volumes des _Annales du club rural de Buenos

Ayres_, publication mensuelle des plus remarquables et des plus

intéressantes, on trouvera les rapports de diverses commissions qui

donneront une idée de la grandeur et de l'importance qu'a prise

l'industrie du bétail dans la République Argentine. Nous allons donner,

d'après ces rapports, un état sommaire de quelques-uns de ces

établissements.

1879.--Estancia de Rosario de las Flores.--Propriétaire,

M Chas.

Ce domaine, fondé en 1857 par François Chas, est situé à trente-cinq

lieues Sud-Est de Buenos-Ayres. Il est traversé par le chemin de fer du

Sud. Près de la station, M. Chas a fait construire des magasins et des

hangars pour le dépôt de ses laines.

Le domaine se compose de douze lieues carrées, dont six sont clôturées

en fil de fer. Les six autres sont affermées à raison de 1,400 à 2,000

francs la lieue. Dans les six lieues clôturées, une lieue est affermée

pour 3,400 francs[20]. Les cinq restantes sont exploitées par M. Chas.

_Exploitation de cinq lieues_--La valeur de la terre de M. Chas est

estimée 28,000 fr. la lieue.

Le majordome de M. Chas pense que l'on peut élever 1,000 vaches, 500

juments et 10,000 brebis dans une lieue.

_Maison d'habitation_.--Non loin de la station du chemin de fer est

située la maison d'habitation solidement construite et à terrasse, sur

une longueur de 30 mètres et une largeur de cinq. En face se trouvent la

cuisine et les magasins de dépôt. Un peu plus loin sont les hangars pour

la tonte des brebis et le dépôt des laines. Autour de ces hangars et à

une courte distance se trouvent de grandes enceintes clôturées de

piquets pour y renfermer les animaux la nuit.

Non loin de la maison d'habitation on conserve avec un soin religieux la

chaumière qui servit d'habitation à M. Chas père, an commencement de son

exploitation en 1857.

Vingt-cinq hectares ont été plantés en bois, on y compte 80,000

peupliers de dix ans, plantés en lignes droites à deux mètres

d'écartement l'un de l'autre; 4,000 eucalyptus... Un champ de 21

hectares est semé en luzerne. Chaque année M. Chas sème 16 hectares de

maïs; son rendement est de 39 hectolitres par hectare.

_Animaux_.--Dans le terrain que s'est réservé M. Chas, et après une

vente de 8,500 vaches qu'il fit en 1878, il élevait, en 1879, 3,000

vaches et 3,000 juments.

_Brebis._--L'estancia de las Flores comprend 6,500 brebis de race, sur

lesquelles 1,000 de pur sang Negrette et 5,500 communes croisées avec

des béliers Negrette.

Les brebis pur sang de la première catégorie se vendent de 200 à 1,700

francs; les brebis croisées de la seconde, 40 fr. La toison d'une des

brebis Negrette qui obtint une prime à l'exposition de Philadelphie et

une médaille d'or à celle de Paris, pesait 31 livres 3/4.

Estancia du Tatay de Samuel Hale.

Cette belle estancia est située dans le district de Carmen d'Areco, à

deux lieues de cette petite ville et à vingt lieues de celle de

Buenos-Ayres.

La contenance est de quatre lieues carrées, clôturées de tous côtés par

sept fils de fer.

Dans la contrée, le fermage de 100 cuadres (166 hectares), pour

pâturage, est généralement de 2,000 francs; celui d'une lieue carrée,

32,000 francs, intérêt à 8 pour cent de 400,000 francs.

D'après le dernier recensement de 1878, l'estancia se composait de

80,000 brebis, de 2,700 vaches, et de 800 chevaux et juments.

Pour expliquer le fermage de 2,000 francs par lot de 1,600 hectares, il

nous suffira de dire qu'un troupeau de 1600 brebis, s'entretenant sur ce

terrain, produit annuellement en laine 240 arrobes, de vingt cinq livres

chaque (2,400 kil.), vendue à vingt francs l'arobe de dix kilogrammes,

soit deux francs le kilogramme, produisent 4,800 francs, plus 400

animaux femelles d'augmentation pour le troupeau.

Les bâtiments se composent d'une belle maison de maître avec des

cuisines d'un côté, des magasins de denrées et de dépôt de l'autre, plus

loin d'autres bâtiments pour fumer les jambons, pour extraire la graisse

des animaux, des hangars pour la tonte et dépôt de laine, des volières,

un magnifique jardin et enfin les diverses enceintes entourées de

piquets pour y renfermer les animaux. Autour du jardin et des

constructions existe un bosquet de 70,000 grands arbres, acacias,

peupliers....

_Vaches._--L'estancia du Tatay contient 2,700 vaches desquelles 1,000

sont de race croisée Devon et Durham. La race Devon a ses quartiers de

devant plus parfaits et s'entretient à moins de frais et engraisse

facilement; seulement, elle n'acquiert pas le volume des Durham et des

Herfords. 150 veaux de race pure de Durham étaient destinés au service

de la reproduction croisée.

Les taureaux croisés d'un à deux ans se vendent 200 francs.

_Brebis._--Le domaine possède 80,000 brebis croisées fines, en majeure

partie de race Negrette et Rambouillet. Divers béliers de ces races ont

produit 35 et 36 livres de laine. En général, ils donnent des toisons de

18 à 20 livres et les brebis 8 livres. La race Lincoln a été également

introduite dans l'établissement; en 1878 la vente des béliers produisit

33,315 francs.

Le produit de la laine des brebis de toute race donne, terme moyen, 5

livres 8 par toison: ce qui donne pour 80,000 brebis 185,600

kilogrammes, soit à 1 fr. 50 le kilo: 464,000 fr.

_Chevaux._--L'établissement ne contient que 350 juments et 50 étalons.

_Cochons._--Il y a aussi 200 cochons de race Chester, blancs, longs de

corps, de forme ronde, oreille tombante. Gras, ils pèsent 80 à 100

kilogrammes, et à un an 120 à 140.

_Administration._--L'administration se compose d'un majordome et d'un

aide-majordome, d'un comptable, un teneur de livres chargé des magasins

à denrées et des dépôts. Il y a un chef domestique et des pasteurs-chefs

pour chaque espèce d'animaux; chacun d'eux dirige et surveille les

serviteurs et pasteurs de chacune de ces classes. Il y a encore un

jardinier, un forgeron, un menuisier; en général, chacun de ces derniers

exploite un troupeau pour son compte dans l'établissement.

_Produit._--Le produit brut du Tatay fut en 1877 de 2,967,019 piastres

papiers, soit 593,400 francs.

Les frais d'exploitation étaient de 32,000 francs.

La valeur de l'établissement est d'environ 3,200,000 francs.

Ce magnifique établissement a été créé par un homme d'une rare bonté,

âgé aujourd'hui de 75 ans, encore robuste, Sir Samuel Hale.

Estancia de San-Juan de Léonardo Pereyra.

L'estancia de San-Juan, appartenant à M. Léonard Pereyra, est située

dans le district de Quilmes, à huit lieues au sud de la ville de

Buenos-Ayres. Sa contenance est de quatre lieues et un tiers. Le chemin

de fer de las Ensenades traverse le domaine, lequel se termine au

sud-est du fleuve de Rio de la Plata.

De la contenance ci-dessus indiquée, 900 cuadres (1,494 hectares) sont

affermées à des cultivateurs en onze fermes de 70 cuadres (116

hectares), deux de 83 hectares chacune et une de 44 hectares. Toutes ces

fermes sont séparées les unes des autres par des haies vives et des

chemins larges de dix-sept mètres. Les haies ont une extension de 34,400

mètres.

Le prix de fermage est de 60 francs par cuadre (1 hectare 66 ares).

Les 3 lieues 3/4 du domaine qui ne sont pas affermées sont destinées à

l'industrie de l'élève du bétail. Elles sont séparées en deux parties

par une clôture en fil de fer. La partie basse près du fleuve, le Rio de

la Plata, d'environ une lieue trois quarts, est destinée au pacage des

vaches et juments, au nombre de 7,000 têtes de la première race,

croisées Herford et Durham et de 800 de la seconde, croisement avec

étalons Claveland. Les autres deux lieues sont destinées à l'élève de la

race ovine, au nombre de 32,000 brebis croisées avec des béliers

Rambouillet et Southdown.

Dans cet espace de trois lieues trois quarts, un quart de lieue a été

divisé en cinq compartiments destinés aux poulains de la race la plus

fine de chaque espèce.

151 cuadres (250 hectares) sont occupées par un grand pare situé autour

du domaine; 50 cuadres (83 hectares) sont semées en luzerne.

_Habitation._--En face la station Pereyra du chemin de fer se trouve la

maison d'habitation, avec l'apparence d'un palais. On y arrive par une

large allée bordée de grands arbres, traversant le parc; c'est la

résidence d'été du propriétaire; 16 ouvriers sont occupés aux travaux et

à l'entretien du parc et des jardins. Un bâtiment de cinq pièces est

destiné au majordome, un autre pour le jardinier, d'autres pour les

hommes de service de la maison. Divers hangars et des étables pour les

animaux de fine race complètent l'ensemble des constructions.

_Race chevaline._--La race chevaline est représentée, dans cet

établissement, par mille juments de divers degrés de croisement.

Bases pour servir aux entreprises de colonisation dans les territoires nationaux de la Republique Argentine · 第 23 / 30 题