À répartir aux trois agents de la production:
Gouvernement,--Colon,--Entrepreneur-capitaliste.
En toute opération productive et surtout dans celles qui ont une grande
portée, les principes d'une bonne morale et ceux de la science
économique prescrivent une équitable répartition des bénéfices entre les
agents qui concourent à son exécution. C'est fondé sur ces principes que
nous procédons à la répartition des avantages et bénéfices entre les
trois agents qui concourent à l'oeuvre de la colonisation, gouvernement
argentin,--colon européen,--entrepreneur-capitaliste, autrement dit
entre les trois facteurs: _Terre, travail, capital_.
Notre système de colonisation organisée à production élevée comporte
deux opérations distinctes, celle de la colonisation proprement dite,
qui consiste à l'exploitation de la terre, et celle de l'élève du
bétail. À la première de ces industries concourent le gouvernement et le
colon; à la seconde le colon et l'entrepreneur-capitaliste qui fournit
le capital des avances. Les avantages et bénéfices de la première de ces
deux industries sont attribués au gouvernement et au colon seulement;
les bénéfices de la seconde sont partagés entre le colon et
l'entrepreneur-capitaliste. Définie ainsi la coopération des trois
agents, nous allons procéder à la répartition des avantages et bénéfices
entr'eux, tout en faisant une large part au colon.
Avantages que recueille le gouvernement argentin de notre
système de colonisation.
Tout d'abord nous simplifions la coopération du gouvernement en
réduisant son concours à celui d'une simple concession de terres, le
dégageant de toute dépense à faire pour avances au colon, et réservant
le capital qu'il emploie aujourd'hui à cet objet pour l'appliquer à la
construction de chemins de fer dans les territoires nationaux pour la
garantie d'un sept pour cent d'intérêt du capital à employer à cette
oeuvre d'une grande portée économique.
La colonisation officielle a rempli son rôle d'initiative et
d'expérimentation, le gouvernement argentin peut abandonner aujourd'hui
la continuation de l'oeuvre à l'industrie privée, en ajoutant à la loi
de colonisation un chapitre 8 ayant pour titre «des colonies à établir
le long du chemin de fer.» Chapitre pour la rédaction duquel pourront
servir de base les quelques articles que nous avons indiqués dans le
cours de cette publication. (Voir page 24.)
Libre de tout engagement avec les colons, déchargé des dépenses que
nécessite l'opération et des embarras de l'administration coloniale,
charges qui incombent aux entreprises de colonisation, le gouvernement
argentin verra s'accomplir sur une vaste échelle l'oeuvre de la
colonisation, si importante pour la prospérité et l'accroissement de
puissance de son pays. Des colonies nombreuses s'établiront dans ses
vastes et fertiles territoires; de nouveaux centres de consommation et
de production se multiplieront; le mouvement et la vie se répandront
dans ces immenses solitudes; et avec eux s'accroîtront la population et
la richesse. La terre des environs augmentera de valeur et deviendra une
source de revenus incalculables pour le trésor national; le commerce,
l'industrie, les arts se développeront dans ces nouveaux centres de
population, de consommation et de production de matières premières qui
iront alimenter les ports, sur l'Océan Atlantique, de Saint-Antoine et
de Bahia-Blanca, dont le mouvement commercial ne tardera pas à prendre
un mouvement inespéré, le jour où le chemin de fer central de la Pampa,
traversant ce vaste territoire, les mettra en communication directe avec
le Chili et les provinces de l'Ouest.
BÉNÉFICES DE L'ENTREPRISE
AUTREMENT DIT DU FACTEUR CAPITAL
Le capital, sans lequel la colonisation, paralysée dans son action, par
défaut d'outillage, ne peut donner que des résultats insignifiants, ou
des insuccès affligeants, est représenté dans notre système de
colonisation à production élevée par l'entrepreneur-capitaliste. Ce
capital, nous l'avons proportionné à l'ample concession de terre, de 20
lieues carrées, faite par le gouvernement et à la masse de travail que
fournit une famille de cinq membres au moins; nous avons voulu qu'il fût
complet (9,500 francs par famille). Aussi avons-nous dû lui faire une
large part dans les bénéfices. Ces bénéfices proviennent de deux
sources: 1º ceux que lui attribue la loi sur la colonisation, savoir,
concession de terre (20 lieues) un dix pour cent d'intérêt annuel, plus
une prime de vingt pour cent sur le capital employé, soit 1,900 francs
sur 9,500; 2º ceux qui proviennent de l'industrie du bétail, laquelle
pour la première fois se trouve ajoutée à l'industrie agricole du colon;
ce sont les bénéfices qui proviennent de cette double source que nous
allons évaluer. Soit donc: 1º bénéfices attribués par la loi à
l'entrepreneur-capitaliste. (Art. 98.)
A--Concession de terre, 25 lieues carrées (art. 65, 98, 104),
que nous réduisons à 20 lieues.
B--Intérêt de dix pour cent à payer
annuellement par le colon, ci 950 fr.
C--Prime de vingt pour cent 1,900 francs.
à ajouter au capital 9,500, ci 9,500 francs.
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Soit ensemble 11,400 francs.
Ces bénéfices attribués par la loi de colonisation argentine au capital
seraient déjà une rémunération suffisante. Mais voulant tirer parti de
la grande étendue de terre à pâturage concédé par le gouvernement et du
nombre de travailleurs que fournit la famille agricole, nous ajoutons à
l'industrie agricole du colon, celle de l'élève du bétail si productive
dans ces contrées à pâturage et à grands domaines, dont la contenance
s'évalue par lieues carrées. Nous avons créé cette industrie sur le pied
de 500 brebis, 20 vaches, 5 juments, pour chaque famille, soit pour une
colonie de quarante familles 20,000 brebis, 800 vaches, 200 juments, et
pour trois colonies à établir chaque année, 60,000 brebis, 2,400 vaches,
600 juments. Le produit devant être partagé par moitié entre le colon et
l'entreprise; il s'agit maintenant d'évaluer la somme des bénéfices que
cette industrie procurera à l'entreprise.
Observons d'abord que nos troupeaux des trois espèces d'animaux, brebis,
vaches, juments, augmentent en nombre chaque année de cinquante pour
cent environ par l'adjonction aux mères des femelles nées dans l'année
et qui deviendront mères l'année suivante; or ce chiffre s'élève
généralement à la moitié des naissances. Nous aurons ainsi sur les 500
agneaux nouveau-nés 250 femelles à ajouter aux 500 mères, soit 750
femelles pour la production de la seconde année, 1,125 pour celle de la
troisième; ainsi progressivement pour les années suivantes. Même
progression à appliquer aux vaches et juments. Nous avons donc une
progression croissante des produits partant des bénéfices; et cela sans
augmentation de frais; le pacage de vingt lieues carrées étant immense,
et les animaux vivant nuit et jour dehors ne nécessitant pas de
constructions d'étables. Appliquant la même progression aux mâles à
livrer chaque année à la vente à l'âge d'un an, nous obtenons pour la
première année 250 moutons, 375 pour la deuxième, 563 pour la troisième,
814 pour la quatrième, 1,765 pour la cinquième. Le prix ordinaire à cet
âge étant cinq francs, on peut évaluer le produit annuel. Appliquant le
même procédé de progression aux produits de la laine, des veaux et des
poulains de deux ans, et réunissant leur somme à celle déjà calculée des
agneaux, nous arrivons à avoir pour production de la première année,
pour chaque famille, 2,300 fr.; pour la seconde année 3,475 fr.; pour la
troisième 5,240 fr.; pour la quatrième 7,830 fr.; pour la cinquième
14,205 fr. Soit total de la production cheptel d'une famille durant cinq
ans 33,050 fr. Déduisant maintenant de ce chiffre le dixième pour
pertes, soit 3,305 fr., il reste 29,745 fr. à partager entre le colon et
l'entreprise, soit 14,872 fr, pour chacun d'eux pour les cinq années.
Chaque famille produisant 14,872 francs de cheptel à l'entreprise
en cinq ans, les 40 familles, composant une colonie
produiront 594,880 fr., ci., 594,880 fr.
À ce chiffre, nous devons ajouter les femelles
des trois races ovine, bovine et chevaline,
conservées pour la reproduction dont la valeur
s'élève, pour la race ovine, à 341,600 fr.;
pour la race bovine, à 117,000 fr., et pour la
race chevaline, à 3,200 fr., soit, valeur en
francs, des produits des femelles des trois races. 461,800
Il nous reste à ajouter, à la somme de ces
bénéfices, la valeur des 19 lieues carrées sur
20, concédées par le gouvernement, soit un
minimum de dix mille francs la lieue, on
aura, 190,000
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Soit, total des bénéfices cheptel produit à
l'entreprise, pour une colonie de 40 familles
(200 personnes) 1,246,680
(_Voir les tableaux du calcul des bénéfices à l'Appendice_).
Pour trois colonies à établir chaque année
× 3 = 3,740,040
avec le capital 1,500,000 fr.
Pour quinze colonies à établir en cinq
ans × 15 = 18,700,200
avec le capital 7,500,000 fr.
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Les chiffres qui représentent ici les bénéfices de l'industrie du
bétail, pour le compte de l'entreprise, n'offrent certainement pas
l'exactitude désirable, ce qui est impossible à obtenir quand on opère
sur des produits de valeur variable dans leur cours commercial. Ces
chiffres se traduiront par un plus ou un moins dans la réalité. Ce qui
est certain, c'est que le produit de vingt mille brebis, pour chaque
colonie, celui de huit cents vaches et de deux cents juments, avec leur
reproduction croissante de cinquante pour cent l'an, sera toujours
considérable, quelque diminution qu'on fasse subir à mon appréciation.
Ni les critiques malveillantes, ni le calculateur le plus sévère, ne
pourront contester ce grand résultat. Nous avons indiqué le procédé de
calcul à suivre pour l'évaluation des produits du cheptel. Que nos
lecteurs veuillent bien se livrer à une étude attentive de la matière,
et ils reconnaîtront que nous sommes restés éloignés de toute
exagération.
Maintenant, si l'entreprise, se contentant du dix pour cent d'intérêt
pour le capital employé et de la prime vingt pour cent qu'accorde la loi
argentine sur le capital, se décidait à élargir le cercle de ses
opérations, en appliquant à la construction des chemins de fer coloniaux
les bénéfices produits par le cheptel, ce qui est possible à exécuter,
on arriverait à construire, avec le capital de dix-huit millions de ces
bénéfices, environ soixante lieues de chemins de fer, celui de Mercedes
à Poitagué, par exemple, à continuer, plus tard, avec les mêmes
ressources, jusqu'au port de Bahia-Blanca.
Le gouvernement argentin accordant une garantie d'intérêt de sept pour
cent aux capitaux affectés à cette classe de travaux publics,
l'entreprise bénéficierait ainsi d'une somme d'intérêt s'élevant à
1,402,254 francs par an, une fois la construction terminée, tout en
restant propriétaire d'une voie ferrée de soixante lieues. Dans ces
conditions, à quel chiffre s'élèveront les actions de l'émission
7,500,000 francs, appliquées à l'opération de colonisation? Je laisse la
réponse à faire aux spéculateurs habituels de négociations de titres
industriels à la Bourse.
Avantages et Bénéfices du Colon.
Le troisième agent de notre oeuvre de colonisation à production élevée,
c'est le colon, qui, avec sa famille, apporte à son exécution le
puissant levier de la production, le travail, troisième facteur de notre
formule économique. Le colon a donc un droit incontestable à la
répartition de la richesse produite avec son concours. Cette part de
richesse doit lui être accordée libéralement, largement, car c'est lui
qui crée cette richesse avec ses bras et son intelligence, le capital
n'étant que l'instrument du travail et la terre la matière à élaborer.
Nous dirons même que le principal objet du colonisateur doit tendre à
assurer la richesse du colon, car, de ce résultat ressortiront le
prestige de l'opération, le succès de l'entreprise, la solution du grand
problème d'économie sociale, l'_extinction du paupérisme agricole
européen_.
Dans notre mode de répartition des profits, il est accordé au colon des
avantages importants et des bénéfices grands et assurés:
1º Les avantages sont les suivants:
Avance de passage d'Europe aux colonies argentines;
Concession après cinq ans, à titre de propriété, d'un domaine de
cinquante hectares, avec une maison d'habitation composée de deux
pièces;
Avance de farines pour la subsistance de la famille durant la première
année, des semences, une charrue, un char à quatre roues.....
Livraison, à titre de cheptel, de troupeaux d'animaux, savoir: 500
brebis, -- 20 vaches, 5 juments, dont la moitié du produit lui
appartiendra;
Le colon sera placé près d'un chemin de fer, conséquemment, transport
facile des personnes, des marchandises, des produits agricoles aux
grandes places commerciales et aux ports de mer de Buenos-Ayres,
Bahia-Blanca, Saint-Antoine.
Il jouira des mêmes avantages sociaux qu'en Europe, de la liberté et de
l'administration communale; avec une école pour l'instruction des
enfants, une église pour ses pratiques religieuses;
Chaque colonie sera pourvue d'un magasin commercial pour la vente de
divers denrées, de ferretterie, de quincaillerie, d'ustensiles de ménage
et d'outils agricoles;
Il sera exempt, pendant dix ans, de la contribution directe (article 114
de la loi de colonisation);
Il sera libre dans son industrie, avec la seule condition de remplir les
obligations du contrat.
2º Les bénéfices sont les suivants; ils résultent de la situation
avantageuse faite au colon:
Tout le produit de l'industrie agricole et de tout autre appartiennent
au colon;
La moitié du produit de l'élevage du bétail lui appartient durant cinq
ans; nous avons vu plus haut que le chiffre de la moitié de ce produit
pouvait être calculé à 14,000 francs pour les cinq ans.
Nous terminons ici l'exposition de notre système de colonisation à
production élevée, à appliquer aux territoires immenses et de fertilité
reconnue de la République Argentine. L'objet de notre travail consiste à
ouvrir au cultivateur pauvre européen, une voie de salut praticable,
facile à parcourir, qui lui permette d'échapper au goufre béant de la
misère vers lequel il est entraîné, et de s'élever par son travail à
l'aisance pour lui, à la fortune pour ses enfants. À cet effet, le
gouvernement argentin nous offre libéralement, largement, la terre: ce
qui est beaucoup, car cette libéralité est le pivot de notre
combinaison, sa grande étendue permettant au capital d'élever son action
productive à un degré de rémunération tel que toute autre opération ne
saurait atteindre, et cela par le fait de l'adjonction à l'industrie
agricole du colon, de l'industrie de l'élève du bétail, organisée sur
une grande échelle: complétant ainsi l'outillage du travailleur
agricole. Pour ce grand service rendu, nous devions au capital une large
part dans la répartition des produits; c'est ce que nous avons fait,
comme on l'a déjà vu, en nous conformant aux usages dans la pratique du
cheptel et aux principes économiques. Donc, toute idée d'exploitation
doit être écartée, et les énormes bénéfices que fait l'entreprise ne
doivent être attribués qu'à l'importance du capital employé, à son
application, à la multiplicité des opérations (40 par colonie), et à la
combinaison bien ordonnée des trois facteurs: terre--travail--capital,
élevés à leur puissance, et dont la résultante production (^m) devait
être la conséquence nécessaire.
Jamais, nous osons le dire, système de colonisation n'a été établi sur
des bases aussi bien définies, aussi clairement déterminées et d'une
aussi grande puissance de production; jamais entreprises de colonisation
n'auront donné de si considérables résultats, jamais colons n'ont obtenu
des conditions aussi avantageuses; jamais gouvernement n'a fait des
concessions si libérales, mais aussi n'aura recueilli des résultats
aussi grandioses.
Jamais capital aussi bien garanti, doté d'un intérêt satisfaisant et
d'une prime équitable, n'aura produit une rémunération aussi
considérable pour le service rendu durant la courte période de cinq ans.
Jamais enfin situation aussi favorable n'a été offerte à la population
agricole européenne pauvre.
Nous pourrons donc voir se réaliser, à une époque peu éloignée, les
belles paroles prophétiques d'un notable écrivain de l'Amérique du Sud:
«La rédemption de la race blanche se trouverait dans l'acquisition
morale de tout un monde riche et vierge, d'un monde qui donnerait terre,
travail, fortune.»
Andres LAMAS.
(Notice sur l'Uruguay).
C'est donc une oeuvre philanthropique et économique de haute importance
que nous conseillons d'entreprendre. Quand à ses résultats heureux, nul
ne peut les contester. Les bénéfices, si réduits qu'ils soient ne
peuvent se nier. Un fait incontestable, c'est l'intérêt dix pour cent
par an et la prime de vingt pour cent sur le capital, alloués par la loi
argentine au capital employé à la colonisation hypothéquée sur l'avoir
mobilier et immobilier avancé au colon et sur une grande concession de
terrain qui devient propriété de l'entreprise, dès le moment de
l'installation de la colonie, c'est-à-dire au moment de l'application du
capital.
Quant à nous, ouvriers de la première heure, dans ce genre d'entreprise
de colonisation dans la République Argentine, notre conscience
satisfaite nous dit que nous faisons une bonne oeuvre et une bonne
action.