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Page 123: La phrase «Dieu voulant consoler son Église a fait passer
l'empire des Grecs SUPERBÉISSANTS aux Latins humbles, superstitieux et
DÉSOBLES, pieux, catholiques et soumis.» est probablement une erreur
pour «Dieu voulant consoler son Église a fait passer l'empire des
Grecs SUPERBES ET DÉSOBÉISSANTS aux Latins humbles, superstitieux et
NOBLES, pieux, catholiques et soumis.»
LE TOUR DU MONDE
IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE
Rue de Fleurus, 9, à Paris
LE TOUR DU MONDE
NOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES
PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE M. ÉDOUARD CHARTON
ET ILLUSTRÉ PAR NOS PLUS CÉLÈBRES ARTISTES
1860
DEUXIÈME SEMESTRE
LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie
PARIS, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77
LONDRES, KING WILLIAM STREET, STRAND
LEIPZIG, 15, POST-STRASSE
1860
TABLE DES MATIÈRES.
UN MOIS EN SICILE (1843.--Inédit.), par M. Félix BOURQUELOT.
Arrivée en Sicile. -- Palerme et ses habitants. -- Les monuments
de Palerme. -- La cathédrale de Monreale. -- De Palerme à
Trapani. -- Partenico. -- Alcamo. -- Calatafimi. -- Ruines de
Ségeste. -- Trapani. -- La sépulture du couvent des capucins. --
Le mont Éryx. -- De Trapani à Girgenti. -- La Lettica. --
Castelvetrano. -- Ruines de Sélinonte. -- Sciacca. -- Girgenti
(Agrigente). -- De Girgenti à Castrogiovanni. -- Caltanizzetta.
-- Castrogiovanni. -- Le lac Pergusa et l'enlèvement de
Proserpine. -- De Castrogiovanni à Syracuse. -- Calatagirone. --
Vezzini. -- Syracuse. -- De Syracuse à Catane. -- Lentini. --
Catane. -- Ascension de l'Etna. -- Taormine. -- Messine. --
Retour à Naples. 1
VOYAGE EN PERSE, fragments par M. le comte A. de GOBINEAU (1855-1858),
dessins inédits de M. Jules LAURENS.
Arrivée à Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le
Tchéhar-Bâgh. -- Le collége de la Mère du roi. -- La mosquée du
roi. -- Les quarante colonnes. -- Présentations. -- Le pont du
Zend-è-Roub. -- Un dîner à Ispahan. -- La danse et la comédie. --
Les habitants d'Ispahan. -- D'Ispahan à Kaschan. -- Kaschan. --
Ses fabriques. -- Son imprimerie lithographique. -- Ses
scorpions. -- Une légende. -- Les bazars. -- Le collége. -- De
Kaschan à la plaine de Téhéran. -- Koum. -- Feux d'artifice. --
Le pont du Barbier. -- Le désert de Khavèr. -- Houzé-Sultan. --
La plaine de Téhéran. -- Téhéran. -- Notre entrée dans la ville.
-- Notre habitation. 16
Une audience du roi de Perse. -- Nouvelles constructions à
Téhéran. -- Température. -- Longévité. -- Les nomades. -- Deux
pèlerins. -- Le culte du feu. -- La police. -- Les ponts. -- Le
laisser aller administratif. -- Les amusements d'un bazar persan.
-- Les fiançailles. -- Le divorce. -- La journée d'une Persane.
-- La journée d'un Persan. -- Les visites. -- Formules de
politesses. -- La peinture et la calligraphie persanes. -- Les
chansons royales. -- Les conteurs d'histoires. -- Les spectacles:
drames historiques. -- Épilogue. -- Le Démavend. -- L'enfant qui
cherche un trésor. 34
VOYAGES AUX INDES OCCIDENTALES, par M. Anthony TROLLOPE
(1858-1859); dessins inédits de M. A. de BÉRARD.
L'île Saint-Thomas. -- La Jamaïque: Kingston; Spanish-Town; les
_réserves_; la végétation. -- Les planteurs et les nègres. --
Plaintes d'une Ariane noire. -- La toilette des négresses. --
Avenir des mulâtres. -- Les petites Antilles. -- La Martinique.
-- La Guadeloupe. -- Grenada. -- La Guyane anglaise. -- Une
sucrerie. -- Barbados. -- La Trinidad. -- La Nouvelle-Grenade. --
Sainte-Marthe. -- Carthagène. -- Le chemin de fer de Panama. --
Costa Rica: San José; le Mont-Blanco. -- Le Serapiqui. --
Greytown. 49
VOYAGE DANS LES ÉTATS SCANDINAVES, par M. Paul RIANT. (Le
Télémark et l'évêché de Bergen.) (1858.--Inédit.)
LE TÉLÉMARK. -- Christiania. -- Départ pour le Télémark. -- Mode
de voyager. -- Paysage. -- La vallée et la ville de Drammen. --
De Drammen à Kongsberg. -- Le cheval norvégien. -- Kongsberg et
ses gisements métallifères. -- Les montagnes du Télémark. --
Leurs habitants. -- Hospitalité des _gaards_ et des _sæters_. --
Une sorcière. -- Les lacs Tinn et Mjös. -- Le Westfjord. -- La
chute du Rjukan. -- Légende de la belle Marie. -- Dal. -- Le
livre des étrangers. -- L'église d'Hitterdal. -- L'ivresse en
Norvège. -- Le châtelain aubergiste. -- Les lacs Sillegjord et
Bandak. -- Le ravin des Corbeaux. 65
--_Le Saint-Olaf_ et ses pareils. -- Navigation intérieure. --
Retour à Christiania par Skien. 82
L'ÉVÊCHÉ DE BERGEN. -- La presqu'île de Bergen. -- Lærdal. -- Le
Sognefjord. -- Vosse-Vangen. -- Le Vöringfoss. -- Le
Hardangerfjord. -- De Vikoër à Sammanger et à Bergen. 85
VOYAGE DE M. GUILLAUME LEJEAN DANS L'AFRIQUE ORIENTALE
(1860.--Texte et dessins inédits.)--Lettre au Directeur du _Tour
du monde_ (Khartoum, 10 mai 1860).
D'ALEXANDRIE À SOUAKIN. -- L'Égypte. -- Le désert. -- Le simoun.
-- Suez. -- Un danger. -- Le mirage. -- Tor. -- Qosséir. --
Djambo. -- Djeddah. 97
VOYAGE AU MONT ATHOS, par M. A. PROUST (1858.--Inédit.)
Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosquées. --
L'Albanais Rabottas. -- Préparatifs de départ. -- Vasilika. --
Galatz. -- Nedgesalar. -- L'Athos. -- Saint-Nicolas. -- Le P.
Gédéon. -- Le couvent russe. -- La messe chez les Grecs. --
Kariès et la république de l'Athos. -- Le voïvode turc. -- Le
peintre Anthimès et le pappas Manuel. -- M. de Sévastiannoff. 103
Ermites indépendants. -- Le monastère de Koutloumousis. -- Les
bibliothèques. -- La peinture. -- Manuel Panselinos et les
peintres modernes. -- Le monastère d'Iveron. -- Les carêmes. --
Peintres et peintures. -- Stavronikitas. -- Miracles. -- Un
Vroukolakas. -- Les bibliothèques. -- Les mulets. -- Philotheos.
-- Les moines et la guerre de l'Indépendance. -- Karacallos. --
L'union des deux Églises. -- Les pénitences et les fautes. 114
La légende d'Arcadius. -- Le pappas de Smyrne. -- Esphigmenou. --
Théodose le Jeune. -- L'ex-patriarche Anthymos et l'Église
grecque. -- L'isthme de l'Athos et Xerxès. -- Les monastères
bulgares: Kiliandari et Zographos. -- La légende du peintre. --
Beauté du paysage. -- Castamoniti. -- Une femme au mont Athos. --
Dokiarios. -- La secte des Palamites. -- Saint-Xénophon. -- La
pêche aux éponges. -- Retour à Kariès. -- Xiropotamos, le couvent
du Fleuve Sec. -- Départ de Daphné. -- Marino le chanteur. 130
VOYAGE D'UN NATURALISTE (Charles DARWIN).--L'archipel Galapagos
et les attoles ou îles de coraux.--(1838).
L'ARCHIPEL GALAPAGOS. -- Groupe volcanique. -- Innombrables
cratères. -- Aspect bizarre de la végétation. -- L'île Chatam. --
Colonie de l'île Charles. -- L'île James. -- Lac salé dans un
cratère. -- Histoire naturelle de ce groupe d'îles. --
Mammifères; souris indigène. -- Ornithologie; familiarité des
oiseaux; terreur de l'homme; instinct acquis. -- Reptiles;
tortues de terre; leurs habitudes. 139
Encore les tortues de terre; lézard aquatique se nourrissant de
plantes marines; lézard terrestre herbivore, se creusant un
terrier. -- Importance des reptiles dans cet archipel où ils
remplacent les mammifères. -- Différences entre les espèces qui
habitent les diverses îles. -- Aspect général américain. 146
LES ATTOLES OU ÎLES DE CORAUX. -- Île Keeling. -- Aspect
merveilleux. -- Flore exiguë. -- Voyage des graines. -- Oiseaux.
-- Insectes. -- Sources à flux et reflux. -- Chasse aux tortues.
-- Champs de coraux morts. -- Pierres transportées par les
racines des arbres. -- Grand crabe. -- Corail piquant. --
Poissons se nourrissant de coraux. -- Formation des attoles. --
Profondeur à laquelle le corail peut vivre. -- Vastes espaces
parsemés d'îles de corail. -- Abaissement de leurs fondations. --
Barrières. -- Franges de récifs. -- Changement des franges en
barrières et des barrières en attoles. 151
BIOGRAPHIE.--Brun-Rollet. 159
VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (Russie asiatique), par OUVAROVSKI
(1830-1839).
Djigansk. -- Mes premiers souvenirs. -- Brigandages. -- Le
paysage de Djigansk. -- Les habitants. -- La pêche. -- Si les
poissons morts sont bons à manger. -- La sorcière Agrippine. --
Mon premier voyage. -- Killæm et ses environs. -- Malheurs. --
Les Yakoutes. -- La chasse et la pêche. -- Yakoutsk. -- Mon
premier emploi. -- J'avance. -- Dernières recommandations de ma
mère. -- Irkoutsk. -- Voyage. -- Oudskoï. -- Mes bagages. --
Campement. -- Le froid. -- La rivière Outchour. -- L'Aldan. --
Voyage dans la neige et dans la glace. -- L'Ægnæ. -- Un Tongouse
qui pleure son chien. -- Obstacles et fatigues. -- Les guides. --
Ascension du Diougdjour. -- Stratagème pour prendre un oiseau. --
La ville d'Oudskoï. -- La pêche à l'embouchure du fleuve Ut. --
Navigation pénible. -- Boroukan. -- Une halte dans la neige. --
Les rennes. -- Le mont Byraya. -- Retour à Oudskoï et à
Yakoutsk. 161
Viliouisk. -- Sel tricolore. -- Bois pétrifié. -- Le Sountar. --
Nouveau voyage. -- Description du pays des Yakoutes. -- Climat.
-- Population. -- Caractères. -- Aptitudes. -- Les femmes
yakoutes. 177
DE SYDNEY À ADÉLAÏDE (Australie du Sud), notes extraites d'une
correspondance particulière (1860).
Les Alpes australiennes. -- Le bassin du Murray. -- Ce qui reste
des anciens maîtres du sol. -- Navigation sur le Murray. --
Frontières de l'Australie du Sud. -- Le lac Alexandrina. -- Le
Kanguroo rouge. -- La colonie de l'Australie du Sud. -- Adélaïde.
-- Culture et mines. 182
VOYAGES ET DÉCOUVERTES AU CENTRE DE L'AFRIQUE, journal du docteur
BARTH (1849-1855).
Henry Barth. -- But de l'expédition de Richardson. -- Départ. --
Le Fezzan. -- Mourzouk. -- Le désert. -- Le palais des démons. --
Barth s'égare; torture et agonie. -- Oasis. -- Les Touaregs. --
Dunes. -- Afalesselez. -- Bubales et moufflons. -- Ouragan. --
Frontières de l'Asben. -- Extorsions. -- Déluge à une latitude où
il ne doit pas pleuvoir. -- La Suisse du désert. -- Sombre vallée
de Taghist. -- Riante vallée d'Auderas. -- Agadez. -- Sa
décadence. -- Entrevue de Barth et du sultan. -- Pouvoir
despotique. -- Coup d'oeil sur les moeurs. -- Habitat de la
girafe. -- Le Soudan; le Damergou. -- Architecture. -- Katchéna;
Barth est prisonnier. -- Pénurie d'argent. -- Kano. -- Son
aspect, son industrie, sa population. -- De Kano à Kouka. -- Mort
de Richardson. -- Arrivée à Kouka. -- Difficultés croissantes. --
L'énergie du voyageur en triomphe. -- Ses visiteurs. -- Un vieux
courtisan. -- Le vizir et ses quatre cents femmes. -- Description
de la ville, son marché, ses habitants. -- Le Dendal. --
Excursion. -- Angornou. -- Le lac Tchad. 193
Départ. -- Aspect désolé du pays. -- Les Ghouas. -- Mabani. -- Le
mont Délabéda. -- Forgeron en plein vent. -- Dévastation. --
Orage. -- Baobab. -- Le Mendif. -- Les Marghis. -- L'Adamaoua. --
Mboutoudi. -- Proposition de mariage. -- Installation de vive
force chez le fils du gouverneur de Soulleri. -- Le Bénoué. --
Yola. -- Mauvais accueil. -- Renvoi subit. -- Les Ouélad-Sliman.
-- Situation politique du Bornou. -- La ville de Yo. -- Ngégimi
ou Ingégimi. -- Chute dans un bourbier. -- Territoire ennemi. --
Razzia. -- Nouvelle expédition. -- Troisième départ de Kouka. --
Le chef de la police. -- Aspect de l'armée. -- Dikoua. -- Marche
de l'armée. -- Le Mosgou. -- Adishen et son escorte. -- Beauté du
pays. -- Chasse à l'homme. -- Erreur des Européens sur le centre
de l'Afrique. -- Incendies. -- Baga. -- Partage du butin. --
Entrée dans le Baghirmi. -- Refus de passage. -- Traversée du
Chari. -- À travers champs. -- Défense d'aller plus loin. --
Hospitalité de Bou-Bakr-Sadik. -- Barth est arrêté. -- On lui met
les fers aux pieds. -- Délivré par Sadik. -- Maséna. -- Un
savant. -- Les femmes de Baghirmi. -- Combat avec des fourmis. --
Cortége du sultan. -- Dépêches de Londres. 209
De Katchéna au Niger. -- Le district de Mouniyo. -- Lacs
remarquables. -- Aspect curieux de Zinder. -- Route périlleuse.
-- Activité des fourmis. -- Le Ghaladina de Sokoto. -- Marche
forcée de trente heures. -- L'émir Aliyou. -- Vourno. --
Situation du pays. -- Cortége nuptial. -- Sokoto. -- Caprice
d'une boîte à musique. -- Gando. -- Khalilou. -- Un chevalier
d'industrie. -- Exactions. -- Pluie. -- Désolation et fécondité.
-- Zogirma. -- La vallée de Foga. -- Le Niger. -- La ville de
Say. -- Région mystérieuse. -- Orage. -- Passage de la Sirba. --
Fin du rhamadan à Sebba. -- Bijoux en cuivre. -- De l'eau
partout. -- Barth déguisé en schérif. -- Horreur des chiens. --
Montagnes du Hombori. -- Protection des Touaregs. -- Bambara. --
Prières pour la pluie. -- Sur l'eau. -- Kabara. -- Visites
importunes. -- Dangereux passage. -- Tinboctoue, Tomboctou ou
Tembouctou. -- El Bakay. -- Menaces. -- Le camp du cheik. --
Irritation croissante. -- Sus au chrétien! -- Les Foullanes
veulent assiéger la ville. -- Départ. -- Un preux chez les
Touaregs. -- Zone rocheuse. -- Lenteurs désespérantes. -- Gogo.
-- Gando. -- Kano. -- Retour. 226
VOYAGES ET AVENTURES DU BARON DE WOGAN EN CALIFORNIE
(1850-1852.--Inédit).
Arrivée à San-Francisco. -- Description de cette ville. -- Départ
pour les placers. -- Le claim. -- Première déception. -- La
solitude. -- Mineur et chasseur. -- Départ pour l'intérieur. --
L'ours gris. -- Reconnaissance des sauvages. -- Captivité. --
Jugement. -- Le poteau de la guerre. -- L'Anglais chef de tribu.
-- Délivrance. 242
VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA (empire des Birmans), par le
capitaine Henri YULE, du corps du génie bengalais (1855).
Départ de Rangoun. -- Frontières anglaises et birmanes. -- Aspect
du fleuve et de ses bords. -- La ville de Magwé. -- Musique,
concert et drames birmans. -- Sources de naphte; leur
exploitation. -- Un monastère et ses habitants. -- La ville de
Pagán. -- Myeen-Kyan. -- Amarapoura. -- Paysage. -- Arrivée à
Amarapoura. 258
Amarapoura; ses palais, ses temples. -- L'éléphant blanc. --
Population de la ville. -- Recensement suspect. -- Audience du
roi. -- Présents offerts et reçus. -- Le prince héritier
présomptif et la princesse royale. -- Incident diplomatique. --
Religion bouddhique. -- Visites aux grands fonctionnaires. -- Les
dames birmanes. 273
Comment on dompte les éléphants en Birmanie. -- Excursions autour
d'Amarapoura. -- Géologie de la vallée de l'Irawady. -- Les
poissons familiers. -- Le serpent hamadryade. -- Les Shans et
autres peuples indigènes du royaume d'Ava. -- Les femmes chez les
Birmans et chez les Karens. -- Fêtes birmanes. -- Audience de
congé. -- Refus de signer un traité. -- Lettre royale. -- Départ
d'Amarapoura et retour à Rangoun. -- Coup d'oeil rétrospectif sur
la Birmanie. 280
VOYAGE AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, par le capitaine
BURTON (1857-1859).
But de l'expédition. -- Le capitaine Burton. -- Zanzibar. --
Aspect de la côte. -- Un village. -- Les Béloutchis. -- Ouamrima.
-- Fertilité du sol. -- Dégoût inspiré par le pantalon. -- Vallée
de la mort. -- Supplice de M. Maizan. -- Hallucination de
l'assassin. -- Horreur du paysage. -- Humidité. -- Zoungoméro. --
Effets de la traite. -- Personnel de la caravane. -- Métis
arabes, Hindous, jeunes gens mis en gage par leurs familles. --
Ânes de selle et de bât. -- Chaîne de l'Ousagara. --
Transformation du climat. -- Nouvelles plaines insalubres. --
Contraste. -- Ruine d'un village. -- Fourmis noires. -- Troisième
rampe de l'Ousagara. -- La Passe terrible. -- L'Ougogo. --
L'Ougogi. -- Épines. -- Le Zihoua. -- Caravanes. -- Curiosité des
indigènes. -- Faune. -- Un despote. -- La plaine embrasée. --
Coup d'oeil sur la vallée d'Ougogo. -- Aridité. -- Kraals. --
Absence de combustible. -- Géologie. -- Climat. -- Printemps. --
Indigènes. -- District de Toula. -- Le chef Maoula. -- Forêt
dangereuse. 305
Arrivée à Kazeh. -- Accueil hospitalier. -- Snay ben Amir. --
Établissements des Arabes. -- Leur manière de vivre. -- Le Tembé.
-- Chemins de l'Afrique orientale. -- Caravanes. -- Porteurs. --
Une journée de marche. -- Costume du guide. -- Le Mganga. --
Coiffures. -- Halte. -- Danse. -- Séjour à Kazeh. -- Avidité des
Béloutchis. -- Saison pluvieuse. -- Yombo. -- Coucher du soleil.
-- Jolies fumeuses. -- Le Mséné. -- Orgies. -- Kajjanjéri. --
Maladie. -- Passage du Malagarazi. -- Tradition. -- Beauté de la
Terre de la Lune. -- Soirée de printemps. -- Orage. -- Faune. --
Cynocéphales, chiens sauvages, oiseaux d'eau. -- Ouakimbou. --
Ouanyamouézi. -- Toilette. -- Naissances. -- Éducation. --
Funérailles. -- Mobilier. -- Lieu public. -- Gouvernement. --
Ordalie. -- Région insalubre et féconde. -- Aspect du Tanganyika.
-- Ravissements. -- Kaouélé. 321
Tatouage. -- Cosmétiques. -- Manière originale de priser. --
Caractère des Ouajiji; leur cérémonial. -- Autres riverains du
lac. -- Ouatata, vie nomade, conquêtes, manière de se battre,
hospitalité. -- Installation à Kaouélé. -- Visite de Kannéna. --
Tribulations. -- Maladies. -- Sur le lac. -- Bourgades de
pêcheurs. -- Ouafanya. -- Le chef Kanoni. -- Côte inhospitalière.
-- L'île d'Oubouari. -- Anthropophages. -- Accueil flatteur des
Ouavira. -- Pas d'issue au Tanganyika. -- Tempête. -- Retour. 337
FRAGMENT D'UN VOYAGE AU SAUBAT (affluent du Nil Blanc), par M.
Andrea DEBONO (1855) 348
VOYAGE À L'ÎLE DE CUBA, par M. Richard DANA (1859).
Départ de New-York. -- Une nuit en mer. -- Première vue de Cuba.
-- Le Morro. -- Aspect de la Havane. -- Les rues. -- La volante.
-- La place d'Armes. -- La promenade d'Isabelle II. -- L'hôtel Le
Grand. -- Bains dans les rochers. -- Coolies chinois. -- Quartier
pauvre à la Havane. -- La promenade de Tacon. -- Les surnoms à la
Havane. -- Matanzas. -- La Plaza. -- Limossar. -- L'intérieur de
l'île. -- La végétation. -- Les champs de canne à sucre. -- Une
plantation. -- Le café. -- La vie dans une plantation de sucre.
-- Le Cumbre. -- Le passage. -- Retour à la Havane. -- La
population de Cuba. -- Les noirs libres. -- Les mystères de
l'esclavage. -- Les productions naturelles. -- Le climat. 353
EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Adolphe JOANNE (1850-1860).
Le pic de Belledon. -- Le Dauphiné. -- Les Goulets. 369
Les gorges d'Omblèze. -- Die. -- La vallée de Roumeyer. -- La
forêt de Saou. -- Le col de la Cochette. 385
EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Élisée RECLUS (1850-1860).
La Grave. -- L'Aiguille du midi. -- Le clapier de
Saint-Christophe. -- Le pont du Diable. -- La Bérarde. -- Le col
de la Tempe. -- La Vallouise. -- Le Pertuis-Rostan. -- Le village
des Claux. -- Le mont Pelvoux. -- La Balme-Chapelu. -- Moeurs des
habitants. 402
LISTE DES GRAVURES. 417
LISTE DES CARTES. 422
ERRATA. 427
VOYAGE AU MONT ATHOS,
PAR M. A. PROUST.
1858.--INÉDIT
Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosquées. --
L'Albanais Rabottas.
À l'extrémité de la péninsule Chalcidique, entre Orfano et le cap
Felice, s'élève au-dessus de la mer une montagne, connue chez les
anciens sous le nom d'_Athos_, et appelée depuis [Grec: Hagionoros] ou
_Monte-Santo_, à cause de sa population exclusivement composée de
religieux. Ces religieux, sous les empereurs byzantins, ont aidé au
mouvement des lettres et des arts qui prépara la Renaissance, et
possèdent encore aujourd'hui de riches bibliothèques et une école de
peinture.
J'avais formé, pendant mon séjour en Grèce, le projet de visiter leurs
couvents, et, le 9 mai 1858, après m'être muni à Constantinople de
lettres patriarcales, sans lesquelles on court le risque d'être mal
accueilli des moines, je quittai Pera avec mon ami Schranz et le
drogman Voulgaris. Schranz devait m'aider à reproduire les peintures
par la photographie; Voulgaris se chargeait de la linguistique et de
la cuisine. Notre projet était de toucher à Salonique, et de là de
gagner l'Athos par terre.
Le 10 nous entrions dans le golfe Thermaïque, et le lendemain nous
doublions la pointe de Kara-Bournou.
Derrière cette pointe, au fond d'une large baie paisible comme un lac,
Salonique[1], ceinte d'un cordon de murs bastionnés, s'étage en
amphithéâtre sur les flancs arides du Cortiah. Cette ville, déchue de
sa splendeur, a un air de coquetterie surannée assez étrange; ses
maisons décrépites, ridées et replâtrées, semblent se pencher
complaisamment pour refléter leur image dans la mer; agaceries
perdues, car, à part quelques vieux courtisans qui viennent là par
habitude chercher les soies de _Serrès_ et le tabac de _Yenidjé_, la
rade est vide. Nulle part le proverbe grec: _Là où l'Osmanli met le
pied, la terre devient stérile,_ ne trouverait une application plus
juste. Le sol est sans culture, coupé de flaques d'eaux croupissantes,
l'air chargé de miasmes putrides. Aussi, pendant les chaleurs de
l'été, un grand nombre des habitants, fuyant les fièvres, se retirent
à l'ouest de la ville dans un faubourg appelé Kalameria (beaux lieux).
De ce côté, en effet, de joyeuses touffes de platanes, groupées selon
le caprice des pentes, dessinent le cours du Vardar et respirent la
vie, tandis qu'au levant de maigres cyprès cachent mal les cimetières,
ce qui indique bien clairement que c'est de là que vient la mort.
[Note 1: Salonique, ancienne Thermès ou
Thessalonique. Philippe avait donné le nom de
Thessalonique à sa fille en mémoire d'une victoire
remportée sur les Thessaliens ([Grec: thessalos],
Thessaliens; [Grec: nikê], victoire), et Cassandre,
gendre de Philippe, fit donner le nom de sa femme à la
ville de Thermès.]
La ville est partagée en deux par une rue qui s'étend de l'est à
l'ouest, parallèlement à la mer. Cette rue est grande, régulière,
bordée de boutiques à auvents, et terminée à chacune de ses extrémités
par un arc de triomphe. C'est là l'endroit vivant, le quartier animé
de la ville; ailleurs le silence est complet, les rues sont désertes,
étroites et taillées à pic dans le rocher. On ne s'explique cette
préférence pour la ville basse que par la difficulté d'atteindre les
quartiers hauts; car les immondices entraînées par la pente naturelle
font de la première un véritable égout, et il n'est rien de plus sale
que cette large rue et le bazar qui l'avoisine, si ce n'est la
population qui l'anime. Cette population est en grande partie composée
de juifs. «Le grand nombre de juifs, dit naïvement Hadji-Kalfa[2], est
une tache pour la ville, mais le profit qu'on retire de leur commerce
fait fermer les yeux aux vrais croyants.»
[Note 2: _Hadji-Kalfa_, savant Turc de
Constantinople, grand trésorier d'Amurat IV, a publié de
nombreux ouvrages, entre autres une _Géographie_ et une
_Histoire de Constantinople_.]
Au milieu des Bulgares et des Grecs, confondus par un costume noir
comme un vêtement de deuil, on reconnaît les juifs à leur coiffure
faite d'un mouchoir de coton roulé en turban, à leur veste bordée de
fourrures, et surtout à ce nez proéminent qu'ils ont conservé sous
toutes les latitudes. Leurs femmes ont un accoutrement qui rappelle
les modes du Directoire: un diadème en carton, recouvert de métal et
serré sous la mâchoire par une étoffe légère, leur cache complétement
les cheveux, fait saillir les joues et ressortir la pâleur mate de
leur visage. Une robe de laine frangée en dents de scie, retenue sous
les seins par une ceinture agrafée d'or, accuse les formes et laisse
voir les pieds chaussés de babouches ou de brodequins lacés.
En butte au mépris de tous, hommes et femmes ont cet air inquiet
qu'imprime la persécution.
Un hasard heureux nous avait fait arriver à Salonique le jour où les
bergers descendent de la montagne pour se louer pendant le temps de la
moisson: le bazar en était encombré. Nous profitâmes de cette foule
pour perdre deux ministres anglicans qui, depuis le bateau, nous
entretenaient avec ténacité de discussions religieuses à notre gré
trop subtiles, et nous nous mîmes à la recherche des mosquées.
[Illustration: Mosquée de Salonique.--Dessin de Girardet d'après M. A.
Proust.]
Salonique, qui compte au plus soixante mille habitants, n'a pas moins
de trente sept mosquées, parmi lesquelles on reconnaît dix anciennes
basiliques appropriées au culte musulman par l'adjonction de minarets
et de portiques sarrasins. Un Juif, qui tenait comptoir de _saraf_
(banquier) au coin d'une rue, consentit à nous servir de guide, et
nous mena à Saint-Démétrius (_Kassoumihié-Djami_), dans le quartier
_d'Eski-Acapoussi_.
Cette basilique a été construite au commencement du huitième siècle
sur le tombeau de saint Démétrius, martyrisé à Salonique en 307. «De
ce tombeau, dit l'historien Nicétas, jaillissait une source d'huile
sainte.» Au jour même de l'entrée d'Amurat dans la ville, cette source
se tarit. Les imans ont respecté le tombeau et le montrent aux
étrangers dans un des angles de la mosquée, tolérance dont le mérite
est atténué par le bénéfice qu'ils en retirent. L'église est précédée
d'une petite cour carrée, ombragée de figuiers. Le narthex a deux
entrées. (Le narthex est le vestibule, le _pronaon_ des temples grecs.
Cette disposition n'existe pas dans les églises du moyen âge, dont la
nef communique directement avec la rue.) C'est dans le narthex que se
tenaient les catéchumènes ([Grec: katêchoumenoi], qui se font
instruire), les énergumènes ([Grec: energoumenoi], possédés) et tous
ceux qu'on ne jugeait pas dignes d'approcher du sanctuaire. Les portes
de l'église leur restaient ouvertes seulement pendant le sermon qui
précédait la célébration du service divin: de là vient qu'il y a
souvent dans les homélies grecques des discours adressés aux païens
pour combattre leurs croyances et les attirer à la foi chrétienne,
coutume qui semble s'être conservée dans les sermons de nos
prédicateurs, qui parfois s'adressent à leurs ouailles comme à des
infidèles. Le narthex est couvert par le [Grec: gynaichônitêst],
galerie réservée aux femmes. «Le peuple était assis par ordre, dit
saint Grégoire de Nazianze, les hommes d'un côté, les femmes de
l'autre, et, pour être plus séparées, elles montaient à une galerie
haute, s'il y en avait.» (Il en est toujours ainsi dans les églises du
rite grec.)
[Illustration: Femmes albanaises près d'un arabas, à Vasilika (voy. p.
107).--Dessin de Villevieille d'après M. A. Proust.]
La basilique de Saint-Démétrius est partagée en trois nefs par deux
rangs de colonnes qui soutiennent les galeries latérales. La
principale nef est formée par seize colonnes de vert antique, et le
sanctuaire par quatre colonnes de granit rouge d'Égypte. Les dalles
sont de marbre blanc, les murs marquetés de porphyre, la charpente,
apparente, en bois de chêne, sans peinture et sans ornement.
Tout près de là est _Ostendji-Effendi_, ancienne église de
Saint-Georges, connue dans la ville sous le nom de Rotonde à cause de
sa forme circulaire. On y conserve un bloc de vert antique sur lequel
prêcha saint Paul. Ce monument, garni à l'intérieur de mosaïques, doit
être un des plus anciens de la chrétienté. M. Cousinery le fait
remonter au temps des dieux Cabires[3]. Cabires ou non, il est
possible que ce temple soit païen, mais il est certain que les
mosaïques qui l'ornent sont chrétiennes; mosaïques, du reste, assez
médiocres et bien loin de valoir celles de Sainte-Sophie, petite
église élevée par Justinien dans le quartier de _Souuk-Sou_ (l'eau
froide). Je ne connais pas de vestige plus beau de l'art des
mosaïstes que cette coupole, respectée par les Turcs peut-être à cause
de son admirable pureté. Quinze figures de plus de trois mètres
d'élévation occupent le pourtour. Elles représentent la Vierge entre
deux anges et les douze apôtres. Au centre plane le Christ dans une
gloire avec cette inscription: «Homme de Galilée, pourquoi vous
arrêtez-vous levant les yeux au ciel? Jésus, qui en vous quittant
s'est élevé dans le ciel, viendra de la même manière que vous l'y avez
vu monter.» Ces figures se détachant sur le fond d'or par larges
teintes d'un ton franc sont d'un effet décoratif merveilleux.
[Note 3: La forme circulaire n'est pas une preuve
d'origine païenne. Sainte Hélène fonda sur le mont des
Oliviers, à Jérusalem, l'église de l'Ascension. Ce
monument est circulaire. (Voy. Lenoir, _Archéologie
monumentale de l'histoire de France_.)]
Après Sainte-Sophie, je citerai _Sarali-Djami-Si_, dans le quartier
_d'Eski-Saraï_, remarquable par sa disposition en croix latine;
_Eski-Djouma_, basilique à deux étages comme Saint-Jean-Studius de
Constantinople; et l'ancienne église de Saint-Bardias, aujourd'hui
_Kassendjitar-Djami-Si_, mosquée des chaudronniers. (_L'esnaf_ ou
corporation des chaudronniers et celle des tanneurs ont une grande
importance à Salonique.)
La disposition de ces basiliques n'affecte que deux types, l'un à
branches égales, voûté en coupoles; l'autre, sans coupoles et sans
croix, de forme longue comme les basiliques de Rome. Toutes sont
petites et la plus grande ne couvrirait pas le cinquième de la surface
d'une de nos cathédrales. On n'y trouve pas la hardiesse des monuments
du moyen âge, mais le plan en est plus saisissable et se rapproche
plus, à ce titre, des conceptions de l'antiquité grecque si admirables
par leur unité. Le jour y pénètre faiblement par de petites lucarnes,
et donne un air de mystère à ces sanctuaires intimes d'une religion
dont la morale austère ne s'accommodait pas encore des splendeurs que
la foi affaiblie devait plus tard demander à profusion.
J'ai parlé de deux arcs de triomphe placés à chaque extrémité de la
Grande-Rue, ancienne voie Egnatia. Ces deux monuments élevés, l'un à
Auguste, l'autre à Constantin, sont en mauvais état et engagés à leur
base dans des maisons qui empêchent d'en saisir les détails. Dans
cette même rue, au-dessus d'une terrasse juive, paraissent cinq
colonnes d'ordre corinthien avec des cariatides sculptées en
bas-relief. Pokocke fait une description pompeuse de cette ruine, qui
n'eut sans doute pour nous que le tort de se trouver trop près des
chefs-d'oeuvre d'Athènes. On pense que là était l'emplacement de
l'hippodrome où Théodose fit massacrer les chrétiens, et que ces
restes sont la tribune qui formait le fond du cirque. Les juifs
appellent ces cariatides: _las Encantadas_, les Enchantées, et les
Turcs: _Soureti-malek_, figures d'anges.
.... Depuis notre arrivée à Salonique nous n'entendions parler que des
exploits d'un brigand albanais, appelé Rabottas, qui ravageait la
Chalcidique. Les quelques tours de son métier qu'on racontait dans les
cafés n'avaient rien de rassurant; cependant il n'y avait qu'une voix
pour dire que c'était un honnête homme. Cette qualification d'honnête
homme, accolée à celle de brigand, a pour nos oreilles quelque chose
de malsonnant. En Turquie, cet assemblage d'épithètes semble tout
naturel et l'est en effet. Il faut savoir que le raya[4] est à
l'Osmanli à peu près ce que l'ilote était au Spartiate. Or le raya,
qui ne peut supporter ni la surcharge d'impôts, ni l'enlèvement de sa
fille ou de sa femme, ni autre injure du même genre, se retire dans la
montagne pour fuir l'oppression. Jusque-là cet homme est parfaitement
honnête; mais il arrive forcément qu'il ne peut vivre sur un rocher
inculte de l'air du temps; alors il pille les caravanes, rançonne les
villages, et, son indépendance compromettant celle de beaucoup
d'autres, il prend naturellement place dans la catégorie des brigands.
Ce sont ces brigands qui ont poussé la Grèce à la résistance une
première fois et qui, selon toute probabilité, l'aideront une seconde.
En attendant il est prudent de s'en garder quand on voyage; le pacha
nous donna à cet effet une escorte de deux _zaptiés_ de sa garde, ou
_bachi-bozouks_, et la Porte y adjoignit deux hommes armés pour
protéger ses chevaux. Notre départ était fixé au 14 mai. Un marchand
de Scio, qui allait au mont Athos pour affaires, nous demanda la
permission de se joindre à nous. Nous la lui accordâmes, mais, faute
d'un cheval, nous nous vîmes forcés de refuser la même faveur à un
moine qui revenait du Sinaï et désirait regagner sa Thébaïde. Ce fut
sans regret, car le P. Gédéon était bien la personnification du moine
dont il est dit: [Grec: ho anaxios, kai anôphelês hieromonachos, ho
anypodêtos kai rhakendytês kai alogôn alogôteros], l'indigne,
l'inutile moine sacré, le _va-nu-pieds, le déguenillé et le plus
animal de tous les animaux_, et il n'avait certes pas médité cette
parole de saint Ambroise: «Que la netteté de ton visage, de tes mains
et de tes vêtements soit un signe de la pureté de ton coeur et de
l'innocence de ta vie.»
[Note 4: On appelle en Turquie _raya_ tout sujet non
musulman, tout individu qui fait partie de la race
vaincue: Grec, Juif, Bulgare, etc., etc.]
Préparatifs de départ. -- Vasilika. -- Galatz. --
Nedgesalar. -- L'Athos Saint-Nicolas. -- Le P. Gédéon.
Jean Belon, du Mans, dans son livre _Des singularités_, dit «que les
Turcs sont gens qui savent le mieux charger et descharger bagages en
allant par pays que nuls autres.» Les Turcs de Salonique ont compromis
cette réputation d'équilibristes; car l'empressement maladroit qu'ils
mettaient à charger les chevaux de bât nous fit perdre deux grandes
heures, et la chaleur était déjà accablante quand la colonne se mit en
mouvement.
Les deux zaptiés ouvraient la marche. L'accoutrement des
_bachi-bozouks_ varie selon le caprice de chacun. Ceux-là portaient la
veste albanaise couleur lie de vin rehaussée de broderies noires, le
pantalon large resserré au genou et le turban conique: un arsenal
d'armes de toute sorte chargeait leurs ceintures. Les armes sont le
luxe des Albanais, et leur vanité à cet endroit ne s'arrête qu'à la
limite de leurs moyens pécuniaires, limite qui chez les bachi-bozouks
n'est précisée que par leur plus ou moins d'aptitude au pillage. De
nombreux [Grec: kalê hôra] (bonne heure), [Grec: kalê hêmera] (bon
jour), _augourler ola_ (que les augures soient bons), nous étaient
adressés par les curieux que le bruit de ce convoi de _tchelebis_
avait attirés sur leurs seuils.
Après trois heures de marche pénible dans les sables, sous un soleil
de plomb, nous arrivâmes au _Kiarvan-Saraï_ de Vasilika. Vasilika est
un hameau de dix ou douze maisons au plus, relevé sur les ruines qu'en
fit en 1821 Achmet-Bey. Quelques familles grecques l'habitent. Le sol
est riche, fertile, planté de vignobles et de figuiers, et l'eau y
descend en abondance de la montagne.
Sous cette oasis verdoyante, un groupe de femmes se reposaient près
d'un arabas. Nous cherchions à les deviner sous leur voile
transparent, quand, à la vue des Albanais, elles s'enfuirent, preuve
du respect qu'inspirent les agents de l'autorité turque....
À mesure qu'on s'éloigne de la mer, les habitations deviennent rares,
le myrte pousse librement dans cette terre féconde que méprise la
charrue, et ce n'est qu'à Galatz qu'on retrouve l'agriculture et son
cortège mugissant: Galatz est adossé au mont Disoron, au fond d'un
cirque gigantesque. Ses maisons, éparpillées sur le rocher, et
surmontées d'une énorme tour qui projette dans la vallée son ombre
trapue et massive, lui donnent l'aspect d'une petite ville....
.... Le lendemain, quand nous partîmes, le brouillard enveloppait
encore la montagne, mais le soleil ne tarda pas à devenir ardent comme
la veille, et nous mîmes pied à terre à _Nedgesalar_ pour prendre une
tasse de ce café léger qu'on sait faire bon en Orient dans la plus
pauvre cabane. Il nous fut servi par une grande fille assez laide,
mais dans la plus jolie cafetière du monde, vraie merveille de poterie
dont la forme ovoïde rappelait les anciens types grecs.
À partir de Nedgesalar le sentier va toujours en montant, et nous
remarquions qu'en sens inverse de la végétation, qui se rabougrit et
se ratatine par degrés à mesure qu'on approche des hauts sommets, les
hommes ont les épaules plus larges, le regard plus fier et la démarche
plus assurée, la tyrannie oisive qui courbe et flétrit ayant
d'ordinaire le pied peu montagnard. Mais comme il n'y a pas de règle
sans exception, nous n'avions pas fait un kilomètre, que la première
partie de nos observations se trouva de tous points inexacte, et que
nous entrâmes sous un couvert d'arbres, tels que nous n'en avions
encore vu dans aucune vallée. On se ferait difficilement une idée de
ces monstrueux colosses entrelacés et enchevêtrés les uns dans les
autres comme les serpents de la tête de Méduse. Quelques-uns ont monté
droits, unis, comme d'un seul jet, par l'échappée que leur laissaient
les voisins; d'autres, moins heureux, refoulés par de plus forts, se
sont contournés, tordus en rameaux courts, énormes, boursouflés aux
extrémités, et la séve faisant irruption a ouvert dans leurs flancs de
larges cratères béants ou mis à nu des excroissances informes. Sous
cette végétation tourmentée fleurissent, comme en une serre chaude, le
rhododendron à fleur pourpre, l'airelle rouge et l'amaryllis.
Au sortir de ce ligneux orage nous attendait un de ces spectacles
géographiques qui surprennent sans émouvoir. L'Athos[5], semblable à
un sphinx accroupi dans la mer, s'étalait à l'horizon dans toute sa
longueur: jusqu'à lui les vallées se succédaient nombreuses comme les
sillons d'un champ labouré; à droite, on découvrait toute la
presqu'île de Pallène et, à gauche, Orfano, au bout d'un golfe arrondi
au compas: tout, même au plus loin, était baigné d'une nappe de
lumière limpide et transparente. On suit encore de là, à chaque pas,
les traces de l'incendie de 1821. Les Turcs ont appliqué la sinistre
parole de Makmoud: «Fer, feu, esclavage,» ont tout détruit jusqu'à
Polyhieros (ancienne Olynthe).
[Note 5: Les anciens dont l'orologie était loin
d'être parfaite prétendaient que de la cime de l'Athos
on voyait le soleil trois heures avant son lever. Ce qui
a pu accréditer cette erreur, c'est que cette montagne
qui, d'après les calculs récents du capitaine Gautier,
n'a en réalité que deux mille six cents mètres
d'élévation, semble, par sa position isolée au-dessus de
la mer, plus élevée qu'aucune montagne de l'Orient.
Sophocle, Pline et Plutarque disent que son ombre
atteignait la place publique de Mirina à Lemnos. (Voir à
cet égard les calculs de Choiseul-Gouffier et les
travaux de M. Delambre.--Choiseul-Gouffier, _Voyage dans
l'Empire Ottoman_, vol. II, p. 246; Éd. Aillaud, 1852.)]
Le soir, à neuf heures, nous traversions la rivière de Doutlitchaï (de
la mûre noire), quand un pappas qui passait par là nous dit que nous
étions venus trop sur le sud-est, qu'il nous fallait gagner la plage
de Gemati, et que près de là nous trouverions le village
d'Agios-Nicolaos où nous pourrions passer la nuit. À minuit nous
arrivions audit village, mais là, complication imprévue! les maisons
étaient encombrées de vers à soie. On nous déblaya bien deux chambres
de ces hôtes incommodes, mais on oublia d'en chasser les puces,
punaises, pucerons et maringouins qui n'eurent garde de nous oublier,
étant conviés à un festin assez rare pour eux. Je compris à ce moment
la distance que mon ami C.... met entre ces deux mots: Voyage....
d'agrément; mais toute peine a sa récompense, et, ne pouvant dormir
dans cette magnanerie, nous eûmes le loisir d'admirer aux premiers
rayons du soleil les cocons rangés sur des claies comme autant de
petites bulles d'or.
Une tartane qui chargeait du bois tout près de là, à _Vorvourou_, nous
offrit de nous faire traverser le golfe de Monte-Santo. Nous
attendions à l'ombre d'un platane que les vents nous fussent propices,
quand nous vîmes arriver le P. Gédéon, haletant, essoufflé, ruisselant
et les pieds gonflés. Il était venu de Salonique à pied en suivant la
côte. C'était au fond un assez bon homme que ce P. Gédéon, malgré sa
malpropreté, et cette malpropreté même était peut-être une vertu.
Saint Basile n'a-t-il pas dit: «Que l'humilité du moine paraisse dans
tout son extérieur, qu'il ait la tête mal peignée, l'habit sale et
négligé.» Il nous donna de nombreux renseignements sur sa Thébaïde,
nous dit d'abord qu'on y vivait très-vieux, d'accord en cela avec
Élien qui constate que les habitants de l'Athos étaient appelés
_Macrobi_, ensuite qu'il y avait au milieu de la montagne un village
peuplé de moines, appelé Kariès, de [Grec: Kara], tête, et outre les
vingt monastères qui garnissaient la montagne un grand nombre de
skites[6], d'ermitages et de cellules, en tout environ neuf cent
cinquante églises et chapelles; il ajouta que les moines qu'on appelle
caloyers ([Grec: Kalogeroi], bons vieillards), n'étaient plus que
trois mille de six mille qu'ils étaient autrefois, mais qu'il y avait
des frères lais, des ermites et des profès, enfin que le séjour en
était délicieux, et qu'on était fort bien accueilli par le conseil de
Kariès, si l'on était bien recommandé, pourvu toutefois qu'on n'eût ni
femme, ni chienne, ni chatte, ni aucun animal du sexe femelle, la
règle étant inflexible à cet égard.
[Note 6: Skites a la même signification que cellules
et vient de Skete, partie de l'Égypte habitée par des
moines.]
Le récit du P. Gédéon était coupé d'invocations à la Vierge qui,
disait-il, avait appelé le mont Athos sa terre de prédilection.
Le couvent russe. -- La messe chez les Grecs. -- Kariès et
la république de l'Athos. -- Le voïvode turc. -- Le peintre
Anthimès et le pappas Manuel. -- M. de Sévastiannoff.
[Illustration: Un juif de Salonique (voy. p. 104).--Dessin de Bida.]
Le 17 mai, à deux heures de la nuit, nous jetions l'ancre devant le
couvent russe, sur la côte occidentale de l'Athos. Aux premières
lueurs de l'aube, des masses de têtes apparurent aux fenêtres des
galeries hautes. On ne saurait voir rien de plus incohérent que la
construction de ce monastère. C'est un mélange incroyable de redans,
de bastions, de tours, tourillons et culs-de-lampe: tout cela lézardé,
ébréché et jauni par le temps. Dans la longue étendue de ces murailles
il n'y a aucune ouverture, mais seulement au-dessous de la toiture,
des galeries de bois en saillie, étayées sur le mur par des
arcs-boutants. Ces galeries, ajoutées depuis que les pirates ont cessé
d'inquiéter les moines, sont peintes d'une couleur sang de boeuf qui
rompt la monotonie du ton général. Cet amas de maçonnerie est entassé
sur un rocher planté au milieu d'une verdure luxuriante.
Voulgaris que j'avais dépêché en ambassadeur revint suivi de deux
caloyers, chargés de melons et de figues fraîches que nous envoyait
l'higoumène.
Après avoir fait honneur à cet envoi, nous montâmes la pente ardue qui
mène au monastère. Une porte double, verrouillée comme la porte d'une
prison et surmontée d'une Vierge ([Grec: panagia portaitisa]) dont on
distingue les vêtements dorés à travers un treillage, donne entrée
dans la cour principale. Au milieu de cette cour est le Catholicon,
basilique à cinq coupoles percées d'ouvertures jumelles: tout autour,
sur un double rang d'arcades superposées les cellules. On nous
conduisit d'abord à l'église, selon la règle de saint Basile:
«Suscepti hospites ad orationem..., et postea cum eis sedeat.» C'était
l'heure de la messe: les moines se rangeaient dans les stalles. Ces
moines ou caloyers sont vêtus d'une robe brune retombant à plis
droits, et, par-dessus, d'un vêtement également très-long, mais de
couleur plus claire et serré à la taille par une ceinture de cuir
noir, agrafée de cuivre. Ils ont les pieds chaussés de brodequins, et
la tête couverte d'un bonnet jaune amadou en forme de gâteau de
Savoie. Prenant à la lettre la parole de l'Écriture, «et le fer ne
touchera pas à sa tête,» ils portent les cheveux et la barbe aussi
longs qu'ils veulent croître. Quelques-uns roulent leurs cheveux en un
chignon énorme qu'ils retroussent sous leur bonnet, mais un grand
nombre, non contents de la longueur démesurée de leurs barbes,
laissent retomber sur les épaules leur abondante crinière, ce qui, à
la longue, par le frottement, rend leur lévite complétement
imperméable et leur donne une apparence de porc-épic derrière laquelle
disparaît toute expression de physionomie.
[Illustration: Une juive de Salonique (voy. p. 104).--Dessin de Bida.]
Cependant parmi les vieillards qui entraient dans l'église d'un pas
chancelant, je vis un jeune homme s'avancer d'un pas ferme: je ne
crois pas avoir jamais rencontré d'expression plus pure de la beauté
mâle: ses yeux brillaient comme des flambeaux au milieu de la pâleur
mate de son visage, amaigri par le jeûne et sa barbe retroussée par la
ligne fière de ses lèvres se divisait sur sa poitrine, mêlant ses
reflets bleuâtres aux tons plus sombres de sa chevelure. C'était un
Grec de Zante, arrivé depuis peu sur la montagne.
Quand les assistants eurent psalmodié un psaume sur le rhythme lent et
nasillard de l'Église grecque, qui est un récitatif plutôt qu'un
chant, le prêtre commença la messe. Il fit d'abord trois signes de
croix suivis d'une inclination. (Le signe de croix se fait chez les
Grecs en portant la main de droite à gauche, parce que le Christ donna
pour être crucifié sa main droite la première, et à l'aide des trois
premiers doigts de la main réunis, pour indiquer qu'il n'y a qu'un
Dieu en trois personnes. L'inclination remplace la génuflexion, qui
n'est admise par l'Église d'Orient que le jour de la Pentecôte.) Il
revêtit ensuite une aube de soie brochée, et se ceignit d'une ceinture
large à laquelle pend une sorte de sachet en losange appelé
_hipognation_, de [Grec: epi] sur, [Grec: gonu], genou. Après le
_Confiteor_ et l'_Introït_, le prêtre prit le pain[7], coupa le
morceau de croûte qui porte la formule, _Jésus-Christ vainqueur_,
ainsi disposée:
___|___
IC | X
____|____
NI | K
la mit dans le bassin, versa le vin et l'eau, recouvrit le bassin
d'une croix et offrit le sacrifice.
[Note 7: L'usage des azymes est au nombre des
dissidences qui séparent l'Église de Rome de l'Église
d'Orient. Les catholiques disent que Jésus-Christ ayant
fait la cène avec ses disciples, devait avoir employé du
pain azyme, selon la coutume des Juifs qui font la pâque
avec ce pain. Les Grecs disent, au contraire, que
puisque l'époque de la pâque n'était pas venue,
Jésus-Christ fit la cène avec du pain ordinaire,
c'est-à-dire avec du pain inzyme.
Les principales dissidences sont, du reste, au nombre de
trois: 1º la suprématie du pape; 2º la procession du
Saint-Esprit, c'est-à-dire l'addition _filioque_; 3º le
purgatoire.
La question des azymes peut être classée dans les
différences d'usage qui sont: 1º les azymes; 2º le
baptême par triple immersion; 3º la prêtrise chez les
hommes mariés; 4º la communion chez les enfants; 5º la
génuflexion; 6º l'abstinence du mercredi.]
Les Grecs ne disent pas la messe sur un autel de forme tumulaire comme
le nôtre, mais sur une table recouverte d'un linge consacré appelé
_antimension_. Ils attachent une idée de profanation à sacrifier dans
le même sanctuaire qu'un autre prêtre, en sorte que dans ces
monastères les chapelles et oratoires sont innombrables.
Après le service divin nous pûmes circuler librement dans l'église. Le
plan de celle-ci est à branches égales; des fresques tapissent les
murs jusqu'à la voûte, disposées dans cet ordre, à peu près invariable
dans les églises du rite grec: au centre le Christ bénissant[8],
portant ce monogramme: IHC XC. O [Grec: pantokratôr], Jésus-Christ
tout-puissant; du côté de l'Orient la Vierge ([Grec: panagia], toute
sainte), entre les anges Michel et Gabriel; plus bas les prophètes;
dans les pendentifs, les évangélistes; au dedans du bêma la Cène;
au-dessus du narthex, la Transfiguration; et sur les branches de la
croix, les miracles de Jésus-Christ et les sujets de l'Ancien
Testament. En dehors, sous la voûte du narthex, les ascètes, les
stylites, les saints philosophes et les saints évêques.