CHAPITRE V.

Mes camarades et moi.--Portraits.--Anecdotes.

Quantité d'hommes remarquables à des titres différens sont sortis du

collége de Juilly; le Marquis de Bonald, si bon qu'il soit, n'est pas le

meilleur qui sorte de là; le Comte de Narbonne, le Marquis de Catelan,

le général Desaix, l'amiral Lacrosse, l'amiral Duperré, Adrien Duport,

Héraut de Séchelles, le chevalier de Langeac y ont été élevés avant ou

après moi; mais j'y ai eu pour condisciples M. Dupleix de Mézy, M.

Pasquier, et pour camarades M. de Joguet, M. Eryès, M. Boiste, MM. de

Salverte, M. Durand, dit de Mareuil, M. Creuzé Delessert et M. de

Sallenave.

Avant de poursuivre mon récit, je crois devoir expliquer pourquoi je

désigne ces messieurs par des qualifications différentes, et quelle

distinction j'établis entre _condisciple_ et _camarade_. _Condisciple_

signifie soumis à la même discipline, et peut s'appliquer à tous les

écoliers qui habitent le même collége et sont régis par une règle

commune. _Camarade_ signifie habitant la même chambre, de l'espagnol

_camara_, et ne doit se dire que des écoliers qui suivent la même

classe, ou travaillent dans le même quartier.

MM. de Mézy et Pasquier étaient pour moi dans la première catégorie.

Tous deux se signalèrent à Juilly par les études les plus brillantes;

entrés au parlement de Paris, au sortir du collége, tous deux semblaient

destinés à jouer un rôle important. Le second seul a rempli entièrement

sa destinée. Parlons du second.

À quelques exceptions près, l'homme diffère peu dans le monde de ce

qu'il était au collége. L'âge le corrige moins qu'il ne le développe.

Doué d'une facilité singulière pour le travail, M. Pasquier s'est montré

à la tribune ce qu'il avait été en rhétorique, habile arrangeur de mots,

mais plus disert qu'éloquent; d'ailleurs courtisan des plus souples avec

les puissans, tant qu'ils sont puissans, il n'a jamais pu se dépouiller,

avec le reste des hommes, de la morgue qu'il avait contractée dans la

robe parlementaire qui lui a servi de maillot et lui servira de linceul.

Ces deux messieurs m'ont précédé de quelques classes. Parmi ceux que je

précédais, il s'en trouve plusieurs qui marquent aussi dans le monde:

tel est M. Alexandre de Laborde. Entré au collége quatre ou cinq ans

après moi, il se trouvait dans une classe très-inférieure à la mienne.

Je n'étais donc pas à même de juger alors des dispositions de son

esprit, si recommandable par tant d'aptitudes diverses; mais je n'en ai

pas moins eu l'occasion de reconnaître dès lors en lui le caractère qui

déjà lui conciliait toutes les affections. Le sort, qui l'avait doué

d'un physique en harmonie parfaite avec le plus heureux moral, lui

promettait une grande fortune. Les vers qu'Horace adressait à Tibulle

semblent avoir été faits pour lui.

Dî tibi formam,

Dî tibi divitias dederant, artemque fruendi.

Dans cette catégorie se trouve aussi Chênedollé, poète à qui le temps a

manqué pour remplir toute sa destinée, mais à qui la littérature doit,

sinon un poëme parfait, du moins des vers admirables; M. Creuzé

Delessert, qui s'est illustré par tant d'ouvrages ingénieux, et surtout

par des poèmes chevaleresques écrits avec tant d'esprit, de grâce et de

facilité; M. Choron, dont l'esprit également propre aux sciences, aux

lettres et aux arts, s'est appliqué surtout à perfectionner

l'enseignement de la musique, et à qui cet art est redevable d'une école

qui rivalise avec les plus célèbres conservatoires de l'Italie; Losier

de Bouvet, à qui nos guerres civiles ont acquis un autre genre de

célébrité, et dont le père a découvert une terre qui n'existait pas[13].

Dans cette catégorie se trouve enfin M. de Caux, que plus d'un genre de

capacité a conduit sous l'empire dans le cabinet de Napoléon, et au

ministère sous la monarchie. J'aime à le répéter, la camaraderie de

collége est pour les bons coeurs une espèce de parenté; M. de Caux m'a

confirmé dans cette opinion. Un jour que, dans les intérêts d'un de mes

fils, je me déterminai à me présenter à l'audience de ce ministre que je

n'avais jamais été visiter, que je n'avais même jamais rencontré dans le

monde: «Nous nous connaissons depuis long-temps, me dit-il du ton le

plus aimable; nous avons été élevés dans le même collége.--Cela est

vrai, monseigneur. Alors vous étiez dans les petits et moi dans les

grands, et je ne faisais guère attention à vous. N'allez pas faire comme

moi avec moi, aujourd'hui que les choses sont dans l'ordre inverse.» Il

ne m'a pas imité; j'en ai la certitude.

Voilà pour mes condisciples; venons-en à mes camarades. Je ne dirai

qu'un mot de M. Durand que j'ai sincèrement aimé. La nature lui a

libéralement départi les qualités qui mènent à la fortune. Il s'est

formé à l'école de M. de Talleyrand. Le patron qui l'a employé ne

pouvait pas trouver un élève dont le caractère eût plus de rapport avec

le sien.

M. de Joguet est un homme solide en amitié. Celui-là eût sacrifié sa

fortune à ses amis, mais non pas ses amis à sa fortune. Quoiqu'il ait eu

des opinions très-opposées à la révolution, il n'a jamais renié ceux de

ses camarades que leurs opinions avaient jetés dans le mouvement

révolutionnaire. Il les plaignait plus encore qu'il ne les blâmait; et

sans les rechercher, il ne s'en éloignait pas. Neveu du marquis de

Bièvre, il eût pu comme lui se faire un nom dans la littérature légère.

Je ne sais pourquoi il s'est amusé à écrire sur des matières graves.

Les deux Salverte ont appelé une grande considération sur leur nom

commun. Un esprit juste, une raison supérieure, une probité inaltérable

caractérisent l'aîné, qui, membre de la chambre des représentans pendant

les Cent-Jours, n'a pu qu'y faire entrevoir ces qualités qu'il a mises

en pratique pendant la majeure partie de sa vie dans l'administration

des domaines où il était placé en première ligne: le second, depuis

plusieurs années membre de la chambre élective, s'y fait remarquer par

l'étendue de ses connaissances, la facilité de son élocution et aussi

par la sévérité de son patriotisme plus spartiate qu'athénien.

Philosophe érudit, littérateur et poète, sa vie entière a été consacrée

à l'étude: peu d'hommes ont autant écrit dans autant de genres.

M. Eryès est un de nos plus savans et de nos plus judicieux géographes.

Quant à Boiste, qui ne connaît pas son _Dictionnaire_? Exécuté sur le

plan le plus vaste, et néanmoins dans la forme la plus concise, ce

dictionnaire est, sans contredit, le plus complet que nous ayons. On a

peine à concevoir que ce soit l'ouvrage d'un seul homme. C'est à sa

complexion débile et maladive que Boiste est redevable d'avoir achevé ce

travail auquel, à la vérité, la nature de son esprit le rendait

essentiellement propre. Contraint à garder la maison, par suite des

privations qu'il était obligé de s'imposer, il avait beaucoup plus de

loisir que le commun des hommes, et pouvait employer à l'étude tout le

temps que les plaisirs ne lui demandaient pas. À quels travaux ne

peut-il pas suffire l'homme qui tous les jours travaille tout le jour?

Aussi, dans l'espace de quinze ans, a-t-il donné de ce dictionnaire

qu'il voulait porter au plus haut degré de perfection je ne sais combien

d'éditions, toutes recommandables par d'importantes améliorations.

Boiste est encore un homme dans lequel l'âge n'a fait que développer les

qualités de l'enfant, et qu'il a complété sans le changer. Porté dès le

collége à tout soumettre à l'analyse, il avait eu plus de succès dans

les études philosophiques que dans les études littéraires; l'imagination

dominait moins en lui que la raison. Grand ergoteur, il aimait beaucoup

la discussion, et ne défendait pas toujours l'idée la plus juste, mais

du moins la défendait-il de bonne foi, et s'il se fondait quelquefois

sur de mauvais argumens, se rendait-il aux bons. Quoiqu'il fût d'humeur

assez morose par suite de son tempérament, il était bon, attaché,

affectueux même: de plus, on n'avait pas un coeur plus honnête et plus

droit.

Tel il était encore quand à mon retour de l'exil, après six ans, je le

retrouvai à Ivri, près Paris, où il avait acquis une petite propriété

qu'il habitait toute l'année. Le pauvre homme me reçut comme un frère.

«Nous avons bien pensé à toi, me dit-il en me montrant sa femme.» Il me

l'avait prouvé en m'envoyant à Bruxelles sa cinquième édition, qui fut

publiée pendant mon séjour forcé hors de France; attention à laquelle je

ne fus pas peu sensible: «Je prenais plaisir, ajouta-t-il, à citer des

exemples tirés de tes ouvrages et à mettre ton nom sous les yeux de mes

lecteurs.»

À propos de ce dictionnaire, racontons un fait assez singulier pour être

recueilli. Quand une expression avait été employée dans une acception

nouvelle, ou quand une nouvelle expression réclamée par le besoin avait

été créée, Boiste n'omettait pas d'en tenir note dans son lexique, en

indiquant, comme de raison, l'auteur de cette néologie. Ainsi,

_spoliatrice_, mot de nouvelle fabrique, mais qui est dans les analogies

de notre langue, lui ayant paru mériter droit de bourgeoisie, il le lui

donna en nommant, comme de raison, l'auteur à qui ce mot appartenait.

«SPOLIATRICE, dit-il à cet article; _loi spoliatrice_, BONAPARTE.» Le

lexicographe n'y avait pas entendu malice. La police ne put se

l'imaginer; elle ne put pas croire qu'il eût rassemblé innocemment des

mots qui formaient une pareille épigramme. Boiste fut arrêté, et ce

n'est pas sans peine qu'il parvint à se faire relâcher par cette

autorité qu'il lui fut encore moins difficile de fléchir que de

convaincre, et qui ne concevait pas qu'un homme d'esprit ne sût pas

toujours ce qu'il disait.

Boiste est mort il y a quelques années. J'ai perdu en lui un excellent

ami.

J'en conserve un à Bayonne, dans ce bon Sallenave. Je ne le vois guère

que de vingt ans en vingt ans; mais suis-je dans la peine, je reçois

aussitôt de ses nouvelles. Le faible et l'opprimé n'ont pas de patron

plus actif que cet avocat, également recommandable par l'originalité de

son esprit et par la générosité de son caractère.

C'étaient mes bons amis aussi que les deux Theurel; c'étaient! car je

leur survis. Ils avaient pour père le plus honnête procureur qui ait

existé, je pourrais dire le plus honnête homme. Le cadet, qui avait

embrassé avec quelque chaleur la cause de la révolution, fit avec

distinction la brillante campagne de Dumouriez. Parti simple volontaire,

il gagna ses épaulettes à Jemmapes, à Fleurus, à Nerwinde; il était chef

de bataillon quand il s'est retiré, et s'est retiré quand l'armée où il

servait fut employée à l'intérieur contre des ennemis qui étaient

toujours pour lui des Français. Il est mort il y a quelques années.

Son frère mourut dès 1786. La cause d'une fin si précoce est bizarre, et

de plus un des plus funestes effets de générosité que je connaisse. Doué

d'une âme ardente et fière, ce jeune homme était d'une extrême

susceptibilité sur tout ce qui tenait à l'honneur. Un jour qu'il

badinait assez librement sur le théâtre de l'Opéra avec une chanteuse,

un acteur, que cette liberté offense, lui donne un soufflet sans autre

explication. On se battrait pour moins: rendez-vous donné. Le lendemain,

comme l'offensé se disposait à se rendre sur le champ de bataille,

arrive l'offenseur; il avait fait ses réflexions. «Je ne me dissimule

pas, dit-il, la gravité de l'outrage que je vous ai fait; la mort seule

peut l'expier. Vous avez droit de me tuer, et cela vous sera facile, je

ne sais pas manier une épée, je n'ai jamais touché un pistolet; mais si

vous me tuez, une famille qui n'a que moi pour soutien tombera dans la

misère, et elle est innocente de mon tort.» Il dit, et fait entrer sa

femme et ses enfans qui attendaient dans l'antichambre. Attendri par

leurs larmes, Theurel sent les armes lui tomber des mains; il se laisse

fléchir; il promet de ne pas donner suite à cette affaire.

Cependant le souvenir d'un affront si cruel le tourmentait sans relâche;

il lui semblait que le public, qui ne s'en inquiétait guère, devait être

moins touché de la pitié qu'il avait eue pour une famille entière, que

frappé de l'indifférence qu'il montrait pour sa propre considération. Il

se tenait pour déshonoré par l'acte le plus honorable qu'un véritable

brave puisse faire en pareille circonstance. La vie lui devint à charge;

il tomba dans la mélancolie la plus noire, et, quoiqu'il fût entouré des

témoignages de notre amitié et de notre estime, il se tua de désespoir

de ne pouvoir révoquer le pardon qu'il avait accordé, et de ne pouvoir

réussir à se faire tuer par un autre, car il avait eu, depuis cette

aventure, des affaires qu'il appelait malheureuses, parce qu'ayant

blessé ses adversaires, il en était sorti sans une égratignure.

Ces deux frères aimaient passionnément les lettres et les arts.

Étaient-ils à Paris, nous en parlions; étaient-ils hors Paris, nous nous

en écrivions. Ils firent en 1785 un voyage à Ferney: beau sujet de

correspondance. J'ai retrouvé dans mes papiers quelques vers dont était

entrelardée la prose que je leur adressai à cette occasion; les voici:

C'est là qu'une urne funéraire

Enferme le coeur de Voltaire.

Tout, en ce dépôt précieux,

Malgré les cagots et l'Église,

Voltaire habite encor ces lieux;

Et c'est son coeur qui l'éternise.

Avec vous, heureux voyageurs,

Avec vous penché sur sa cendre,

Qu'il me serait doux de lui rendre

Un tribut de vers et de fleurs!

Et, m'abandonnant aux douleurs

Qu'un si saint objet vous inspire,

De l'arroser d'autant de pleurs

Que m'en a fait verser Zaïre!

Puis, cherchant à exprimer par une comparaison le sentiment qui nous

unissait, j'ajoutais:

S'il est un triple personnage

Dont l'inexplicable union

Est l'obscur objet d'un hommage

Que prescrit la religion

À l'aveugle dévotion,

Qui n'y veut pas voir davantage;

Sans troubler sa tranquillité

Par notre intimité sincère,

Prouvons à l'incrédulité

Qu'après tout, une Trinité

Peut bien exister sans mystère.

Au nombre de mes camarades de classe, se trouvait aussi un pauvre diable

qu'il est inutile de nommer. Personne n'a manifesté de meilleure heure

la passion de la célébrité, et chez personne cette passion n'a été plus

malheureuse. Secrétaire de Mirabeau, son nom est entré dans l'histoire à

la suite de celui de son patron, comme un valet entre dans un palais à

la suite de son maître; mais, quoi qu'il ait fait, il n'a pu s'y faire

admettre à des titres qui lui fussent personnels. C'était, dès le

collége, une tête qui s'échauffait à froid, un déclamateur sans idées,

un four qui ne cuisait pas, et de la gueule duquel il ne sortait que de

la fumée. Rien d'emphatique comme ses compositions; nous l'appelions _M.

Thomas_, par allusion à l'académicien qu'il contrefaisait, mais qu'au

fait il était bien loin d'imiter. J'étais, à l'entendre, le _faiseur_ de

Bonaparte. Je voudrais bien que cela fût vrai; je voudrais bien pouvoir

m'attribuer certaines proclamations où le langage du grand homme n'est

pas moins sublime que ses conceptions: mais je n'ai pas plus été le

_faiseur_ de Bonaparte que l'homme en question n'a été le _faiseur_ de

Mirabeau.

À ces noms j'en pourrais ajouter d'autres. M. de Mathan, de la chambre

des pairs; M. Sapey, de la chambre des députés; Muiron, mort à Arcole;

Duphot, assassiné à Rome; le général Lamothe, dont le nom, comme les

leur, est inscrit sur nos plus glorieux bulletins; M. Bressier, digne

parent des Portalis et des Siméon; M. Barthélémi, en qui l'on ne saurait

méconnaître le talent le plus énergique, le plus souple et le plus vrai

qui se soit manifesté dans la jeune littérature; M. Berryer, dont tous

les partis voudraient s'approprier le talent; tous ces hommes si

recommandables à des titres si divers, sont des élèves de Juilly.

Ils appartiennent aussi à cette illustre école, les joyeux convives qui

tous les ans, le 3 janvier, jour de Sainte-Geneviève, se réunissent dans

ce banquet où toutes les conditions se nivellent, où toutes les

prétentions s'effacent, où toutes les opinions se confondent pour

quelques heures au moins, et dans lequel il n'est permis de mêler aux

vins qui nous viennent de tous les pays que l'eau importée de Juilly

même, et puisée à la source limpide et salubre où notre enfance s'est

désaltérée.

Pour compléter ce chapitre, il me faut bien aussi parler de moi. J'en

parlerai en conscience, comme des autres. Je laisse à qui il appartient

à prononcer sur la nature et sur la portée de mon esprit; je dirai

seulement que j'ai fait d'assez bonnes études, et cela moins par suite

d'une application sérieuse que de la facilité que j'avais à deviner ce

que les autres n'apprennent pas sans l'étudier. J'étais assez fort en

littérature; mais, en revanche, assez faible en mathématiques. La

passion de la poésie, qui s'est manifestée en moi dès l'enfance,

remplissait ma tête, au point de n'y presque pas laisser de place pour

autre chose; je détestais tout ce qui pouvait m'en distraire: aussi lui

ai-je été redevable de quelque succès précoces, et m'a-t-elle ouvert dès

lors les portes d'une académie, car à Juilly aussi nous en avions une.

Parlons à présent de mon caractère: il en est de plus heureux; il en est

de plus mauvais. J'avais été bon écolier, je fus bon camarade. Plus

sensible qu'irascible, plus rancunier que vindicatif, plus gai que

malin, plus confiant que crédule, gardant moins volontiers le souvenir

du mal que celui du bien, aussi incapable de dissimulation que de

soupçons, franc jusqu'à l'étourderie, jusqu'à la rudesse, constant dans

mes affections comme dans mes aversions, ne dédaignant pas la faveur des

maîtres, mais préférant l'estime publique à tout, j'avais dès

l'adolescence les défauts et les qualités qui, même au collége, donnent

des amis dévoués et des ennemis implacables, et qui, développés par

l'âge, devaient faire dans le monde ma fortune et ma ruine.

Souvenirs d'un sexagénaire, Tome I · 第 12 / 38 题