Depuis sept ou huit ans, j’avais conquis la paix, c’est-à-dire que les
plaisirs de l’intelligence dominaient, domptaient presque ceux de la
chair et du cœur.
Me voilà! Je méprise tout: baiser la bouche d’une femme, tout est là! Et
vite, vite! car je me dégrade et meurs tous les jours. J’ai ouvert
Homère, Euripide, la _Divine Comédie_, Montaigne, Rabelais,
l’_Imitation_: évidemment il n’y a qu’une chose qui compte, c’est baiser
la bouche d’une femme! Cela est écrit entre toutes les lignes qui ne le
proclament pas; c’est la seule vérité qui resplendisse ici-bas. Il n’y a
qu’un homme pauvre, qu’un homme malheureux, qu’un homme vraiment
pitoyable, c’est celui qui ne désire pas cela ou à qui cela se refuse!
J’écrivais tout à l’heure; son parfum a passé comme une nuée, un
fantôme, et la chair de son bras a effleuré ma lèvre... Je le jure; j’en
ai encore le frisson... Je la veux trop! Mon désir la crée. Mon amour me
fait presque peur.