J’ai reçu d’Aix des cartes postales, en échange de celles que j’ai
envoyées à Aix... Joli pays, Aix, je ne dis pas non! Jolie invention, la
carte postale: sous le prétexte que tout le monde la peut lire, on y
écrit banal comme entrefilet de journal, et la lettre fermée, à présent,
prend une importance!... Y recourir, c’est confesser qu’on a des
cachotteries.
Elle a écrit au-dessous d’une vue du lac du Bourget ces seuls mots: «Il
fait beau.» Moi, j’avais mis, sous une maison normande: «Il pleut.»--«Il
pleut», cela pouvait signifier: «Je m’ennuie»; mais «il fait beau», cela
ne veut pas nécessairement dire: «Venez donc...»
* * * * *
Le fait est que la Normandie n’est pas un pays: c’est le déluge. Oh! Et
puis cette universelle verdure, ces vallées, ce ruisseau,--ce tapis de
drap du conférencier dont le verre d’eau s’est répandu!--ces petites
collines en meules de foin!... Oh! Et puis ces chemins, entre haies,
d’où l’on ne voit rien, et qui ne communiquent pas entre eux, chemins
égoïstes et qui vont, chacun pour soi, jusqu’au bout de leur idée, sans
rien entendre!... Oh! Et puis ces vaches, toujours ces vaches, ces
museaux baveux, cette mâchoire infatigable, ces yeux bêtes! cette odeur
de bouse et de lait!... Et les paysans, qui croient toujours qu’on se
moque d’eux, et qui se moquent de vous sans qu’on le croie!... Oh! oh!
j’en ai contre la Normandie!
Autour de moi, l’on plaisante:
--Pourquoi y venez-vous tous les ans? Jusqu’aujourd’hui vous ne vous en
plaigniez pas?
--Jusqu’aujourd’hui j’étais aveugle, et je vois.
Quelqu’un m’a dit:
--Jusqu’aujourd’hui vous voyiez, et vous êtes aveugle.
* * * * *
Évidemment, je suis le siège de phénomènes curieux et nouveaux, parmi
lesquels mon orgueil outrecuidant, surtout, m’étonne... Un amour tel que
le mien exige-t-il donc ce ridicule?...