Sur le point de partir pour la Normandie, j’ai eu un singulier scrupule,
qu’il faut peut-être une longue hérédité chrétienne pour expliquer:
n’ai-je pas pensé que je devais à la femme que j’aime de ne point
prendre de plaisir loin d’elle, fût-ce le plus innocent, comme d’aller
respirer l’air de la mer au mois d’août?... Je jure que j’ai éprouvé
cela. Je ne suis pas assez naïf pour que cette idée ait retardé dix
minutes l’achèvement de ma valise, mais du fond obscur de mon âme
remontent parfois, comme des bulles d’air à la surface d’un étang, de
telles mignardises de conscience, aussitôt évaporées.
Cela se rattache au culte de la douleur, plus profond, plus beau, je le
crois, plus voluptueux, assurément, que celui du plaisir.
Je ne sais quelle voix maligne me souffle: «Je te connais, toi: tu ne
seras à aucun moment si heureux qu’à celui où l’on te torture...»