En cinq minutes, au beau milieu du jour, la nuit est tombée; il se
soulève un colosse d’ombre barbouillé avec la cendre d’un brasier, sur
lequel la maison voisine, en construction, paraît d’un blanc éclatant.
Pas un souffle. Le drapeau que les maçons ont hissé sur la cheminée qui
termine leur œuvre est flasque et immobile. Le thermomètre est descendu
à six degrés. Sur la nuée obscure, un panache de fumée blanche s’élève,
élégant, joli, aussitôt évaporé. Tout à coup, le drapeau se détache de
sa hampe, et d’une seule claque de vent, devient rigide et plat comme
une girouette. Deux hirondelles passent, éperdues, au niveau du
troisième étage; sur la chaussée, des chiens courent; puis l’on entend
les pas se précipiter et les voitures rouler plus nombreuses. Enfin
voici la pluie: et la sinistre cendre du ciel a perdu déjà son ton de
colère; elle s’éclaircit. C’est une crise passée; tout s’affadit et
retourne au commun.
* * * * *
Je sais bien que, quelquefois, l’amour n’est qu’une bourrasque qui
passe!...
* * * * *
Pourquoi mon attention fixée sur la procession d’images que le temps
fait défiler sous mes yeux, décuple-t-elle invariablement mon tourment
ou ma joie? De quel lien secret sont unies les choses extérieures et ma
vie intime, pour qu’elles se puissent à la fois si aisément ignorer, et
pour que, si je les rapproche, elles semblent aussitôt se connaître, de
longtemps, et s’épanchent, avec une complaisance d’anciennes compagnes
de pensionnat?