4 août.

En cinq minutes, au beau milieu du jour, la nuit est tombée; il se

soulève un colosse d’ombre barbouillé avec la cendre d’un brasier, sur

lequel la maison voisine, en construction, paraît d’un blanc éclatant.

Pas un souffle. Le drapeau que les maçons ont hissé sur la cheminée qui

termine leur œuvre est flasque et immobile. Le thermomètre est descendu

à six degrés. Sur la nuée obscure, un panache de fumée blanche s’élève,

élégant, joli, aussitôt évaporé. Tout à coup, le drapeau se détache de

sa hampe, et d’une seule claque de vent, devient rigide et plat comme

une girouette. Deux hirondelles passent, éperdues, au niveau du

troisième étage; sur la chaussée, des chiens courent; puis l’on entend

les pas se précipiter et les voitures rouler plus nombreuses. Enfin

voici la pluie: et la sinistre cendre du ciel a perdu déjà son ton de

colère; elle s’éclaircit. C’est une crise passée; tout s’affadit et

retourne au commun.

* * * * *

Je sais bien que, quelquefois, l’amour n’est qu’une bourrasque qui

passe!...

* * * * *

Pourquoi mon attention fixée sur la procession d’images que le temps

fait défiler sous mes yeux, décuple-t-elle invariablement mon tourment

ou ma joie? De quel lien secret sont unies les choses extérieures et ma

vie intime, pour qu’elles se puissent à la fois si aisément ignorer, et

pour que, si je les rapproche, elles semblent aussitôt se connaître, de

longtemps, et s’épanchent, avec une complaisance d’anciennes compagnes

de pensionnat?

Mon amour · 第 36 / 126 题