Pons était de bonne famille, bien élevé, mais vulgaire. Il n’était pas
sot; mais, sans culture, ancien cancre au collège, rebelle aux examens,
il portait trois ans de caserne. On l’avait mis dans l’industrie: il
gagnait plus d’argent que nous tous et méprisait nos diplômes et nos
goûts; il ne se plaisait pas avec ceux qui se plaisaient avec sa femme,
et ceux qui aimaient à causer avec sa femme ne trouvaient rien à lui
dire, à lui. Sur combien d’entretiens n’a-t-il pas pesé chez lui-même, à
sa table, de tout son poids d’illettré, de balourd, de fabricant fermé à
toute idée du monde moral! Sa femme nous tirait d’embarras avec un tact,
une promptitude, une simplicité à faire croire qu’elle n’avait pas
remarqué la sottise ou que nous-mêmes avions pu nous tromper. Jamais
elle ne parut choquée par le rustre, mais pas une fois elle ne manqua de
dissiper l’effet de la maladresse. Si, dans la causerie, nous
paraissions trop oublier son mari, elle nous rappelait qu’elle était sa
femme en disant: «mon mari», ou bien en l’interpellant: «Amédée!...»
C’était un gaillard blond, ni beau ni laid. Il est parti. Bon voyage!