Footnotes

{1} Le mot VOYAGEUR est employé ici, dans un sens tout canadien.

On appelle «voyageur» au Canada, le bûcheron de profession qui se

dirige chaque année vers les forêts du Nord et du Nord-Ouest, et le

«Coureur de bois» qui fait la chasse et le commerce des fourrures.

{2} L'expression ENCAGER est une locution fort en vogue parmi les

bûcherons canadiens: elle est dérivée du mot CAGE qui signifie:

radeau, et dont on a fait ENCAGER, c-à-d: former des radeaux.

{3} «Concession du 29 octobre 1672, faite par Jean Talon, Intendant,

au sieur de Lavaltrie, d'une lieue et demi de terre de front sur

pareille profondeur; à prendre sur le fleuve Saint-Laurent, bornée

d'un côté par les terres appartenant au Séminaire de Montréal et de

l'autre par celles non concédées; par devant par le dit fleuve et

par dernière par les terres non concédées, avec les deux islets

qui sont devant la dite quantité de terre et la rivière Saint-Jean

comprise.» Registre d'Intendance, No. 1, folio 6.

{4} Extraits de _La France aux Colonies_ par E. RAMEAU:

L'insurrection de 1837 détermina un grand mouvement d'émigration vers

les États-Unis, émigration qui depuis longtemps commençait à s'opérer

à petit bruit, mais qui se dessina d'un manière notable à partir de

cette époque et que nous estimons en moyenne à 2,500 âmes par an,

d'après le nombre considérable de Canadiens qu'accuse le recensement

de 1850 des États-Unis, nombre que la seule émigration 1844 à 1850

ne saurait expliquer.--p. 325.

(_Extrait du cens_ de 1850 des États-Unis.) Dans l'état du Maine,

14,181 émigrants nés dans l'Amérique anglaise;--Vermont,

14,470;--Massachusetts, 15,862;--New York, 47,200;--Pensylvanie,

2,500;--Louisiane, 499;--Ohio, 5,880;--Michigan, 14,008;--Illinois,

10,699;--Missouri, 1,053;--Wisconsin, 8,277;--Minnesota, 1,417;--Nous

ne citons que ces États, parce que ce sont ceux-là qui nous paraissent

avoir pu attirer le plus grand nombre de Canadiens-français. Tous

cependant ne le sont pas, une partie vient de la Nouvelle-Écosse et

du Nouveau-Brunswick, notamment dans le Maine et le Massachusetts.

Nous n'estimons pas que dans ces deux États il y eut plus de 12,000

Canadiens-français. Dans l'État de New-York il en vient de toutes les

parties de l'Amérique anglaise; néanmoins, à cause du voisinage plus

immédiat des Canadiens-français, nous estimons leur nombre à environ

18,000. Dans la Pensylvanie, dans l'Ohio, dans le Michigan et dans le

Wisconsin, les émigrants du Haut-Canada et des autres parties de

l'Amérique anglaise doivent se partager sans doute avec ceux du

Bas-Canada; néanmoins nous n'estimerons ceux-ci qu'à 12,000; mais dans

le Vermont, la Louisiane et le Missouri, ces derniers doivent former la

presque totalité, et dans l'Illinois et le Minnesota, la majorité; nous

les estimons donc dans cinq États au moins à 22,000 âmes, soit en tout

64,000. Mais nous sommes certainement dans cette évaluation au-dessous

de la réalité, parce que nos estimations partielles sont trop basses,

et qu'il faudrait encore tenir compte des Canadiens dispersés dans

les autres États; aussi l'opinion commune est-elle au Canada que les

Franco-Canadiens étaient pour plus de moitié dans les émigrants de

l'Amérique anglaise aux États-Unis.

Nous nous basons dans ces appréciations sur les données que nous ont

fournies 1--l'enquête faite au Canada en 1857 sur l'émigration et qui

nous indique les points principaux où se portaient les Canadiens; 2--sur

l'examen de la répartition des diverses paroisses catholiques des

États-Unis et la recherche des points où le service religieux a lieu en

français; 3--sur de nombreuses informations, par nous recueillies, sur

la répartition des Canadiens-français aux États-Unis.

Les documents sur l'émigration, M. Taché et beaucoup d'autres estiment

aujourd'hui à plus de 150,000 les Franco-Canadiens répandus aux

États-Unis; il est vrai que dès 1850 ils estimaient cette émigration

plus haut que nous ne le faisons.--p. 327.

En relevant les paroisses catholiques des États-Unis en 1853, nous

trouvons sur le lac Ontario et le lac Érié, dans le comté de New-York,

7 paroisses où le service se fait en français, savoir: Petite-France,

Oswego, Rochester; 2 paroisses à Buffalo, Cape-Vincent ou French-Creek

et Rosière; en Pensylvanie, 2 paroisses près Meadville, savoir:

Saint-Hippolyte et Saint-Pierre Saint-Paul; dans l'Ohio, la rivière

Toussaint, près Sandusky, et Saint-Walbert, près Versailles, comté de

Shelby. En 1842 le cap Vincent se composait d'une soixantaine de

familles émigrées de France et d'une vingtaine de familles

allemandes.--p. 328.

En 1856, le gouvernement fit procéder à une enquête sur les causes de

l'émigration. Cette enquête qui provoqua plus de cent rapports détaillés

ou sommaires, assigne d'une manière fort claire et assez unanime, les

causes suivantes à l'émigration: 1--Le manque de chemins et de ponts

pour communiquer des anciens établissements avec les terres vacantes de

la couronne; 2--les concessions abusives de vastes étendues de terres

faites autrefois par faveur ou intrigue à des individus ou à des

compagnies; 3--le défaut de manufactures qui puissent occuper une partie

de la population, réduite durant les longs hivers à une inaction forcée

et préjudiciable; 4--les vices d'administration qui existaient dans le

mode de vente des terres de la couronne, et dans les ventes de bois

faites au commerce sur ces mêmes terres;--enfin plusieurs autres motifs

qui ne sont qu'accidentels ou locaux.--p. 187.

M. Ducharme, un des déposants de cette enquête, établit qu'il avait

personnellement constaté en 1852 la sortie de 2,165 émigrants

canadiens-français, 2,678 en 1853, 4,857 en 1854 et 5,207 en 1855,

total, près de 15,000 personnes en quatre ans, et cela sans compter les

omissions inévitables dans les observations d'un seul particulier.

D'après la même personne, la moitié de ces émigrants se compose de jeune

gens ou ouvriers isolés, l'autre moitié de familles entières; une partie

plus ou moins forte des premiers revient au pays, mais il en revient

très peu des seconds.

D'après le sens général de l'enquête et l'opinion communément

répandue au Canada, les constatations ci-dessus mentionnées ne

correspondraient guère à plus de la moitié des émigrations. On peut

juger par là dans quelle proportion le mal agissait sur une population

aussi peu considérable.--p. 330.

Voici l'état statistique qui nous a été transmis sur la population

canadienne des frontières de l'État de New-York: 1--sur le lac

Champlain, Champlain et Corbeau 800 familles canadiennes, Plattsburgh

et Keeseville 800 également, à Morristown, Fort-Henri et Ticonderoga

1,000 à 1,200 âmes; 2--sur la rive du Saint-Laurent et à la tête du

lac Ontario, à Ogdensburgh 500 familles, dans Wexport, Blackbrook, la

Fourchette, Lewis et Boquette; on comptait 2,700 communiants canadiens,

ce qui peut supposer 6,000 âmes; enfin au cap Vincent et à Rosière, sur

le lac Ontario, il peut s'en trouver 8 ou 900. Un peu plus dans

l'intérieur des terres il se trouve encore quelques villages où l'on

compte encore un assez grand nombre de Canadiens, comme à Malone,

Châteauguay, etc. «Les Canadiens, ajoute M. l'abbé Mignaut, conservent à

l'étranger leur langue, leurs usages, et le précieux trésor de la foi,

presque aussi bien qu'au foyer paternel, mille fois j'en ai été témoin

depuis les quarante-deux ans que j'ai soin des missions qui avoisinent

le Canada.»--p. 334.

Nous avons vu qu'en 1850 il y avait au moins 64,000 émigrants

canadiens aux États-Unis; depuis lors, en considérant le grand nombre

d'émigrants de 1850 à 1855 (voir note 1, chap. XI), il n'y a rien

d'exagéré à supposer, d'une part, que ce chiffre s'est élevé à 100,000

par 36,000 émigrants canadiens nouveaux; et d'autre part, que ces

100,000 émigrants, tous jeunes en général, doivent s'être doublés

aujourd'hui, ci: 200,000 individus.--Les 20,000 Canadiens laissés dans

l'ouest en un laps de cent ans peuvent bien être pris en ligne de compte

pour cinq fois leur chiffre primitif (les Canadiens restés dans leur

pays s'étant presque décuplés deux fois dans ce même laps de temps),

ci: 100,000 individus.--Enfin les 35,000 coureurs de bois, traitants,

voyageurs, dispersés ou perdus dans l'ouest avant 1760, représenteraient

certainement aujourd'hui, ne se fussent-ils doublés que tous les trente

ans, au moins 350,000 âmes.--On voit donc que, même en tenant un large

compte des Franco-Canadiens déjà comptés par nous sur les frontières,

notre calcul est extrêmement modéré quand nous évaluons à 500,000

individus la déperdition éprouvée par la population canadienne, chiffre

dont elle bénéficierait aujourd'hui si elle n'avait pas été constamment

décimée par des émigrations de toute nature.--p. 336.

{5} Ce document emprunté à un journal de l'époque, était signé par

MM. L. O. Loranger, président, et Alfred LaRocque, fils, secrétaire

du comité d'organisation.

{6} Cet appel, daté du 17 mars 1874 et publié dans plusieurs journaux,

notamment dans _L'Écho du Canada_ du 4 avril 1874 (vol. 1, 38) est

reproduit ici de façon incomplète puisqu'il se terminait ainsi:

«Un comité composé de Rév. J.B. Primeau, de MM. A.G. Lalime, Ferd.

Gagnon et Fred. Houle, a été chargé de se mettre en rapport avec

vous, à ce sujet, et de prendre toutes les mesures nécessaires pour

organiser le mouvement aux États-Unis. Le Comité d'organisation,

MM. L. Loranger, Président, MM. G.-A. Drolet, J.O. Joseph, Benoit

Bastien, Dr. Lachapelle, C. Beausoleil, André Lapierre, Guill.

Boivin, Jos. Loranger, H.A.A. Brault, M. Maire, T. Crevier, Dr

W. Mount, A. Dansereau, Adolphe Ouimet, L. O. David, J. Perrault,

Chs Desmarteaux, L.O. Taillon, Dr. L. Desrosiers, Narcisse Valois,

P.A.A. Dorion. Pour copie conforme, Alfred LaRocque, Fils,

Secrétaire du Comité d'Organisation.

{7} À propos de cette association, consulter la chronique à la date

du 11 avril 1874.

{8} L'Écho du Canada était alors publié à Fall River sous la direction

de l'auteur. [L'article qui suit est tiré en partie de L'Écho du

Canada, 26 septembre 1874, vol. 2, no. 62. N.d.É]

Jeanne la Fileuse: Épisode de l'Émigration Franco-Canadienne aux États-Unis · 第 64 / 64 题